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Es deux derniers commandemens affurent l'obfervation de tous les autres,coupant la racine de tous les pechez, qui eft la concupifcence. On ne fait mal, que par le defir du plaifir, de l'argent, ou de l'honneur. Le defir du bien d'autruy, ou le déplaifir de fa profperité, caufe l'envie, qui nous porte à la médifance & à la calomnie: & il n'y a gueres de faux témoins qui ne foient gagnez par argent. Ce qui fait ordinairement attenter fur la vie du prochain, c'eft que nous voulons avoir fon bien, ou ôter un obftacle à nôtre plaifir, ou à nôtre gloire. Les mêmes raifons portent

Math.v.48.

méprifer le pere & la mere; & quelquefois à les hair, ou à fouhaiter leur mort. C'est le defir du gain qui fait travailler le dimanche ; & c'eft l'amour du plaifir qui empêche de l'employer faintement.C'eft l'intereft qui fait faire les faux fermens. Enfin ce ne font que les paffions dereglées qui détournent du fervice de Dicu, & qui éteignent la charité. Ainfi ôtant de nôtre cœur les defirs que condamnent les deux derniers commandemens, nous nous mettons en état de pratiquer facilement tous les autres. Or nous ne defirons point les chofes que nous croyons impoffibles: & nous devons compter pour impoffible tout ce qui eft contraire à la volonté de Dieu: quoy que nous ayons la liberté de le faire: parce qu'il eft impoffible au moins d'éviter enfuite fa vengeance. Mais le meilleur moyen pour éviter le peché. eft de tendre autant qu'il nous eft poffible, à acquerir les vertus & la perfection chrétienne. Soyez parfaits, dit Jefus-Chrift, comme vôtre Pere celefte eft parfait.Ce n'est qu'en nous hu

miliant

1 Cor.vj

miliant profondément, que nous éviterons l'orgueil & l'ambition. Il faut méprifer les plaifirs permis pour éteindre le defir des plaifirs défendus. Pour ne point defirer le bien d'autruy, le plus feur eft de n'être point attaché à celuy que nous poffedons legitimement; & pour arriver à ce détachement, il faut penfer fouvent à la mort & à la vie future. Le tems eft court, dit faint Paul, il refte que ceux qui ont des femmes, foient comme s'ils n'en avoient point, ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuroient point, ceux qui fe rejoüiffent comme s'ils ne fe réjouiffoient point, ceux qui achetent comme s'ils n'acqueroient point, ceux qui fe fervent de ce monde com- 1.Tim.vj sa me s'ils ne s'en fervoient point: car la figure de ce monde paffe. Et ailleurs: Ceux qui veulent devenir riches, tombent dans les tentations & les filets du Diable, & dans plufieurs defirs inutils & nuifibles, qui precipitent les hommes dans la perte & la damnation. Car l'avarice eft la Luc.xiv.26. fource de tous les maux. Et c'eft ce

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3.

que Jefus-Chrift dit luy-même, que pour le fuivre il faut renoncer à fon pere,à fa mere, à fa femme, à ses enfans, à tout fon bien. Non qu'il foit neceffaire de tout quitter réellement; mais parce qu'il eft neceffaire d'en détacher fon affection, pour n'aimer que Dieu feul & les créatures, fuivant fon ordre. Il faut donc moderer tous nos defirs: hors celuy de bien faire & de plaire à Dieu, qui ne peut jamais être affez grand.

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LECON XXXI.

Des trois premiers commandemens de l'Eglife.

Dieu,

Ous fommes encore obligez à obferver les commandemens de l'églife: en vertu du commandement de

d'honorer nôtre

pere & nôtre mere. Car l'églife la Jerufalem celefte eft nôtre mere, & fes commandemens ne font autre chofe,que de faintes pra- Gal. iv. 16 tiques reçeuës par une tradition continuelle,depuis les tems apoftoliques: & confervez par l'autorité de tous les peres & les pafteurs, dont on a enfin été obligé de faire des regles dans les derniers tems, pour marquer ce que devoient au moins faire les Chrétiens. On en compte ordinairement fix, que

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