Page images
PDF
EPUB

prétendre la même autorité sur vous; mais j'en ai une autre en vertu de mon ministère, qui ne m'autorise pas moins à vous parler de la part de Dieu; et c'est par un mouvement particulier de son esprit, que je viens vous solliciter pour les intérêts de votre religion et de la mienne; me promettant au reste bien plus de vous, que jamais Moïse n'eut droit d'attendre du peuple juif. Car c'étoit un peuple grossier et incrédule, un peuple insensible aux bienfaits de Dieu, un peuple léger et inconstant : et moi j'espère trouver en vous un peuple docile qui sera touché des scandales dont la religion de Jésus-Christ est déshonorée, et qui conspirera avec moi pour les retrancher du royaume de Dieu et de son Eglise : Et colligent de regno ejus omnia scandala(1), Il ne s'agit ici que des scandales qui attaquent spécialement la religion, et voici le dessein de ce discours. Je suppose deux qualités essentielles dont je vous ai déjà entretenus, et que nous reconnoissons, comme chrétiens, dans notre religion; savoir, la vérité et la sainteté. La vérité de sa doctrine, et la sainteté de sa morale. Or, de là je tire deux conséquences qui vont partager ce discours. Notre religion est vraie; donc nous devons tous l'honorer par la profession de notre foi, c'est la première partie. Notre religion est sainte; donc nous devons tous l'honorer par la pureté de nos mœurs, c'est la seconde partie. Voilà où se réduit ce zèle dont j'ai entrepris de vous entretenir, et ce qui me donnera lieu de combattre bien des désordres que nous ne pouvons assez déplorer dans le christianisme. Donnez-moi votre attention.

PREMIÈRE PARTIE.

C'est une décision de l'Apôtre, que pour acquérir la justice chrétienne et pour parvenir au salut, il faut

(1) Matth. 13.

deux choses; croire dans le cœur, et faire au-dehors profession de sa créance. Professer la foi et ne l'avoir pas dans le cœur, ce seroit hypocrisie; mais aussi l'avoir dans le cœur et n'oser pas dans les rencontres et dans les sujets où son honneur le demande, la produire au dehors et en faire une déclaration publique, ce seroit pour elle un outrage, puisque ce seroit la désavouer dans la pratique et en rougir: Corde creditur ad justitiam; ore autem confessio fit ad salutem (1). II est d'un devoir essentiel, à l'égard de tout chrétien, de joindre, pour honorer sa religion, à la soumission de l'esprit, la confession de la bouche; et tel a été l'hommage que lui ont rendu si hautement et avec tant d'éclat les premiers fidèles. Rien n'a plus contribué à sa gloire que la sainte liberté de ces parfaits chrétiens à la reconnoître et à la publier. Voulez-vous savoir comment au milieu des plus violentes persécutions, bien loin de déchoir en aucune sorte et de rien perdre de sa splendeur, elle s'est toujours élevée ? C'est, répond saint Cyrille, qu'elle recevoit alors de grands et d'illustres témoignages. Les empereurs pensoient la détruire en exerçant toute leur sévérité contre ceux qui la professoient; et c'étoit justement le moyen de l'établir. Ils travailloient par là, sans le vouloir, à son accroissement, parce qu'ils lui procuroient autant de témoins, qu'ils condamnoient de prétendus criminels. Chaque confession lui coûtoit un martyr; mais chaque martyr lui attiroit une troupe de nouveaux défenseurs.

Ecoutez l'excellente raison qu'en donne Tertullien : C'est, dit-il, que l'inébranlable et admirable constance des fidèles dans la profession de leur foi, étoit une leçon sensible et convaincante pour les païens: Illa ipsa, quam exprobratis, obstinatio confitendi magistraest(2). Et en effet, ces idolâtres, tout attachés qu'ils étoient à

[merged small][ocr errors][merged small]

1

leurs superstitions, voyant dans le christianisme qu'ils persécutoient une telle fermeté, se sentoient portés à examiner le fond de cette religion prêchée avec tant de zèle, défendue avec tant de force, avouée avec tant d'assurance et au péril même des plus cruels tourmens et de la mort: Quis enim contemplatione ejus non concutitur ad requirendum quid intùs in re sit? (1) Par cette recherche et cet examen qu'ils en faisoient, ils apprenoient à la connoître, et c'étoit assez qu'ils la connussent pour la révérer et pour l'embrasser: Quis autem ubi requisivit, non accedit? (2) Voilà, conclut Tertullien, ce qui augmentoit tous les jours le nombre des disciples de Jésus-Christ, et ce qui donnoit tant de lustre et tant de crédit à la loi qu'ils professoient. Mais au contraire, qu'un d'eux eût fait une fausse démarche et se fût démenti dans une malheureuse occasion; que la crainte des hommes et leurs menaces l'eussent ébranlé, qu'une espérance humaine l'eût tenté et surmonté, qu'il cût honteusement disparu pour ne pas répondre et ne pas rendre raison de sa foi, ou qu'obligé de paroître il eût, par une lâche dissimulation, caché ce qu'il étoit, ah! la honte en rejaillissoit jusque sur la face de l'Eglise; la peine qu'elle en ressentoit lui étoit plus douloureuse que les roues et que les croix, et, comme disoit saint Cyprien, la foiblesse des membres faisoit languir le corps et lui causoit les plus tristes défaillances: In prostratis fratribus et nos prostravit affectus (3).

Or il est vrai, mes frères, ces temps d'une persécution ouverte et générale ont cessé, et nous ne sommes plus appelés devant les tribunaux ni exposés aux arrêts des tyrans. On ne nous fait plus un crime d'être chrétiens, et même on nous en feroit un de ne l'être pas : mais ne nous flattons point de cette paix; car à le bien (3) Cypr.

(1) Tertul.

[ocr errors]

- (2) Idem.

[ocr errors]

prendre, cela veut dire que nous ne sommes plus en pouvoir d'honorer autant notre religion que l'ont honorée ces glorieux athlètes, qui eurent le courage et le bonheur de signer leur foi de leur sang. Cependant, sans être en état de l'honorer comme eux, il y a un témoignage qu'elle attend de nous; et parce que souvent nous lui refusons ce témoignage si juste et si raisonnable, qu'arrive-t-il? C'est qu'au lieu de lui faire tout l'honneur que nous pourrions au moins lui procurer, nous la déshonorons par nos scandales et la décréditons. Si je puis bien vous développer ce mystère d'iniquité, vous en gémirez avec moi, et vous apprendrez à en réparer les suites funestes. Suivez-moi, je vous prie.

Oui, chrétiens, la profession de notre foi et l'honneur qu'en retire la religion, est pour nous d'un devoir tellement rigoureux, que nous n'y pouvons manquer sans en devenir responsables et à Dieu, et à l'Eglise, et à toute la société des fidèles. Trois preuves exprimées en trois mots, et fondées sur la doctrine de saint Thomas: expliquons-les. Car quand Dieu a voulu instituer une religion sur la terre, il n'a pas prétendu qu'elle y demeurât obscure et dans les ténèbres; parce qu'elle devoit servir à sa gloire, et qu'elle n'étoit même établie que pour sa gloire, il ne suffisoit pas qu'elle fût toute intérieure et renfermée dans le secret des ames; mais il falloit qu'elle fût visible; il falloit qu'elle parût au jour, et au plus grand jour, afin que par son éclat elle contribuât à relever la grandeur du maître à qui elle nous soumet et qu'elle nous propose comme l'objet de notre culte. Or elle ne peut ainsi paroître, qu'autant que nous la professons; et de là ces exercices publics qu'elle nous fait pratiquer, de là ces sacrés mystères qu'elle nous fait célébrer, de là ces solennités et ces fêtes qu'elle nous fait observer, de là ces pieuses assemblées où elle nous appelle, et ces augustes cérémonies où elle nous fait as

sister; de là ces prières communes, ces louanges divines qu'elle nous fait réciter; de là tout cet extérieur de religion que nous devons accompagner de l'esprit, et qui, nous donnant une haute idée du service de Dieu, nous attache plus étroitement à Dieu même, et nous excite à le glorifier. Si donc nous voulons nous borner à une fausse obéissance du cœur, et que nous dépouillions notre religion de ces apparences et de ces dehors; si nous craignons de la faire voir, nous l'obscurcissons, nous la retenons captive dans un honteux silence; toute vraie qu'elle est, nous en altérons, non pas la vérité, qui est toujours la même, mais la foi, qui a divers degrés, et qui peut être plus ou moins vive. La tache se communique, elle s'étend en quelque sorte jusqu'à Dieu, et par là nous lui dérobons une partie de la gloire qu'il avoit en vue, et dont nous lui sommes redevables.

Il n'est donc pas surprenant que Dieu, par un commandement exprès, nous oblige de nous faire connoître sur le point de la religion, de parler ouvertement et sans déguisement, d'ajouter aux paroles tout ce qui peut dans la pratique découvrir et mettre en évidence notre foi, d'en rehausser par cette confession les avantages et d'en confirmer la vérité. Mais ce n'est pas tout, poursuit l'Ange de l'école, et cette même confession de la foi que la lumière céleste a gravée dans notre sein, l'Eglise, par un autre précepte, a droit encore de nous la demander, et en effet nous la demande, comme une ratification de la promesse faite pour nous dans notre baptême, et de l'engagement contracté en notre nom. Cette pensée est solide, comprenez-la. Sur les sacrés fonts de baptême nous avons fait à l'Eglise un serment d'obéissance, et nous nous sommes présentés pour être admis parmi ses enfans et au nombre des fidèles. A la face des autels nous avons solennellement reconnu la vérité de la loi où nous voulions être agrégés pour y

« PreviousContinue »