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L'église a 320 pieds de long sur 75 de large, et 170 de hauteur. Les bases et les chapiteaux sont tous de sculpture et d'ornemens différens. Les tours, dont l'une était surmontée d'une flèche en pierre de 150 pieds de haut, à partir de sa base, sont admirables par leur délicatesse et leur élégance. Le dôme ou lanterne est d'une hardiesse remarquable. Le buffet d'orgue est d'une belle exécution.

On conserve dans l'église de Laon l'image de la Sainte-Face, que le Pape Urbain IV avait fait copier sur celle qu'on voyait à Rome, pour les religieuses du monastère de Montreuil. (Voyez l'Histoire de Laon, T. 1.", Liv. 4.)

Collégiale de Saint Quentin, aujourd'hui église paroissiale.

Cette église, dont l'origine remonte au berceau du christianisme, après avoir été agrandie et dotée par Charlemagne, sous la direction de Fulrad, qui en était abbé, vers la fin du 8.° siècle, fut pillée et brûlée par les Normands, en 883. Héribert, l'un des Comtes héréditaires du Vermandois, et en même-temps abbé de l'église de S.'-Quentin, l'avait fait rebâtir, en 995, sur les mêmes fondemens que les flammes avaient épargnés; mais ce ne fut qu'en 1014 que l'on s'occupa sérieusement de reconstruire successivement toutes les parties de cette église, qui ne fut achevée qu'en 1477, sous le Roi Louis XI. Ce bel édifice, dont le vaisseau peut être comparé à celui de nos plus belles cathédrales, a 290 pieds de largeur sur 126 d'élévation; il est éclairé par 110 croisées, dont une est remarquable par sa largeur,

Le portail que l'on voit encore aujourd'hui, est la seule partie qui ait été conservée de la construction de Fulrad.

Après les trois monumens dont nous venons de parler, il en est peu qui méritent d'être distingués. Nous croyons cependant devoir indiquer l'église d'Aubenton, dont le portail présente en relief deux lions armés de haches surmontées d'un agneau et d'une croix (21).

Tombeaux réputés antiques.

On a trouvé sur divers points, et en particulier dans l'emplacement de cimetières, des tombeaux en pierre dont la date paraît remonter à un temps très reculé. L'incertitude où l'on est sur l'époque de la consI.

PARTIE,

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truction de ces cercueils, ne nous a pas permis de les comprendre parmi les monumens celtiques ou romains.

Quelques Ecrivains, fondés sur l'absence de médailles dans l'intérieur et d'inscriptions à l'extérieur de ces tombeaux, les attribuent aux Gaulois; d'autres aux Romains, sans considérer que ces Peuples étaient dans l'usage de brûler leurs morts. Une dernière opinion est que ces tombeaux ont servi de sépulture aux chrétiens des premiers siècles ou aux croisés.

En 1820, on a trouvé à Montigny-en-Arrouaise quatre de ces tombeaux placés au milieu d'ossemens, et dont l'un portait le millésime IIII.

A Vauxaillon, près d'Anizy, des fouilles faites en 1821 dans un champ dépendant d'une ferme appelée Moisy, en ont offert un grand nombre rapprochés les uns des autres, et à un pied de profondeur.

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Arcy-Sainte-Restitue, près d'Oulchy-le-Château, est l'endroit qui renferme un plus grand nombre de ces tombes. Nous allons en donner la description. Elles ont à peu près 6 pieds de longueur sur 18 ces de largeur et 15 à 14 pouces de hauteur; l'épaisseur des côtés est de 2 pouces et demi, celle du fond, de 3 à 4 pouces; leur couvercle est de trois morceaux scellés en chaux pure. L'intérieur de quelques-unes est rempli de sable; celui des autres est d'une grande blancheur et n'a conservé aucun débris de chair ni de vêtemens. Elles sont disposées sur des lignes du midi au nord, les pieds tournés vers l'Est; on y trouve quelquefois plusieurs têtes. Les moris y sont placés sur le dos, les bras étendus contre les côtés. (Voyez le Mémoire publié par M. Robert, curé d'Arcy-Sainte-Restitue, inséré dans l'Annuaire du Département de l'Aisne, année 1813.)

M. Rallier, correspondant de la Société royale des Antiquaires de France, dans un Mémoire sur des cercueils de pierre, a trouvé une parfaite ressemblance entre les tombes d'Arcy et celles qui existent dans plusieurs communes du Département d'Ille-et-Vilaine. Cet Ecrivain pense que ce sont les chrétiens qui, les premiers, ont employé ce mode d'inhumation, lorsque leur culte commença à se répandre dans toutes les Provinces de la France; il est même porté à croire que les Croisades, ou du moins les premiers pélerinages à la terre-sainte, ont pu contribuer beaucoup à faire adopter les cercueils de pierre. L'affectation, ajoute-til, que l'on mettait à placer les morts de manière qu'ils eussent toujours la face tournée vers l'Est, s'expliquerait assez bien par la vénération

qu'inspirait la terre-sainte, située dans cette direction. Il remarque de plus qu'un lieu placé près de l'ancienne abbaye d'Iseure (Allier), où l'on trouvait beaucoup de ces cercueils de pierre, conserve encore, selon une ancienne tradition, le nom de Tombeau des croisés. (Voyez le 4.° vol. des Mémoires de la Société royale des Antiquaires de France.)

On vient de découvrir tout récemment, à Nouvion - le - Vineux, un nombre considérable de tombes disposées dans le même ordre que celles d'Arcy (22).

NOTICE HISTORIQUE

Sur les Maisons religieuses qui existaient dans le Département de l'Aisne avant la suppression des ordres monastiques.

En parlant des établissemens religieux, notre intention n'est pas de rappeler un ordre de choses qui ne subsiste plus, mais seulement de faire connaître l'importance qu'avait acquise, au moyen âge, la plupart de ces monastères, dont l'histoire est inséparable de celle de la Monarchic.

COMMUNAUTÉS D'HOMMES.

Ordre des Bénédictins.

Abbaye de S-Crépin-le-Grand, à Soissons. Cette abbaye était considérée comme la plus ancienne du Département. Elle ne fut d'abord qu'une simple chapelle bâtie, à ce que l'on prétend, vers l'an 310, et dans laquelle reposaient les corps des ss. martyrs Crespin et Crespinien; mais cette chapelle fut reconstruite depuis par les chrétiens du Soissonnais. (V. Dormay et Lemoine, ainsi que la Dissertation de l'abbé Lebeuf sur l'époque de l'établissement de la religion chrétienne dans le Soissonnais, publiée en 1757.)

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Abbaye de S.-Médard, près de Soissons. Clotaire I." jeta les fondemens de cette abbaye, qui ne fut achevée que sous Sigebert, son fils. La crypte sur laquelle la nouvelle église avait été bâtie, renfermait les tombeaux de ces deux princes, portant chacun d'une main le sceptre,

et de l'autre une espèce de petit élifice qui représentait l'église à laquelle S.-Médard avait donné son nom. On y lisait ces deux inscriptions:

Clotarius Rex fundator eus ecclesiæ.

Sigibertus, filius Clotarii Regis.

L'abbaye de S.-Médard, déjà riche des bienfaits qu'elle tenait des Rois de la première race, ne dut pas moins aux libéralités de Pépin, de Charlemagne et de Louis-le-Débonnaire.

Sous le Pape Jean III, les religieux bénédictins obtinrent que S.-Medard fat déclaré chef de tous les monastères de France. Il s'y tint plusieurs conciles; l'un des plus célèbres est celui de 1121, où fut déposé Abeilard, pour avoir fait rejeter à ses nombreux disciples la distinction des trois personnes dans le mystère de la trinité. Ce fut également dans ce lieu que les croisés des Provinces du Nord, après avoir concerté leur marche, élurent pour leur chef Baudouin, Comte de Flandre, élevé depuis à l'Empire d'Orient.

On apercevait, sur la fin du siècle dernier, à S.-Médard, un autel, seul reste de l'ancienne église de S."-Sophie, que Lemoine suppose avoir été la chapelle ou l'oratoire que Clotilde avait fait bâtir dans le palais, à Soissons, et où, vraisemblablement, ajoute le même Ecrivain, furent baptisés les enfans de Clovis (25).

Il ne reste plus aujourd'hui d'autres vestiges de ce célèbre monastère, auquel se rattachent de si grands souvenirs, que la prison où fut détenu Louis-le-Débonnaire. Le propriétaire actuel (M. Geslin) fait reconstruire le passage souterrain qui, d'après la tradition, conduisait à cette prison. S. A. R. la Duchesse De Berry la visita, en 1822, Jors de son passage à Soissons.

Abbaye de S-Vincent de Laon, fondée au G. siècle par la Reine Brunehaut, épouse de Sigebert, Roi d'Austrasie. En 1559, cette abbaye fut incendice par les troupes d'Edouard III, Roi d'Angleterre; elle perdit, en cette occasion, sa riche bibliothèque, qui renfermait plus de 20,000 volumes manuscrits, collection précieuse à une époque où l'art de l'imprimerie n'était pas encore connu.

En 1591, Henri IV établit son quartier-général à S.-Vincent. (Voyez J'Histoire de Laon.)

Abbaye de S-Jean de Laon, fondée au 7. siècle par Salaberge, fille d'un des principaux seigneurs d'Austrasie. Cette abbaye fut originaire

ment destinée à des religieuses, à qui on substitua, en 1128, des bénédictins, parmi lesquels Brichanteau introduisit, en 1643, la réforme de S.-Maur. En 1780, ces religieux furent chargés de l'enseignement et dirigèrent le collége de Laon jusqu'à la suppression des ordres monastiques. Les bâtimens de l'abbaye de S.-Jean, occupés d'abord par l'Administration départementale, l'ont été, depuis 1800, par la Préfecture, ainsi que par les archives et la bibliothèque publique de la ville de Laon. (Voyez l'Histoire de Laon.)

Abbaye de S-Quentin-en-l'l'e, fondée au 10.° siècle par Anselme, chanoine de la collégiale. L'abbaye, située dans une île de la Somme entièrement séparée de la ville par cette rivière, ayant été détruite en 1557, fut alors transférée dans la ville, et construite par les soins de Regnaut-Leblond, riche bourgeois. (Voyez la Notice sur la ville de S.Quentin.)

Abbaye de Nogent-sous-Coucy, fondée au 11. siècle par Albéric, premier seigneur de Coucy.

Selon quelques Historiens, l'abbaye de Nogent aurait été construite sur l'emplacement d'une ancienne maison royale. Le Roi Thierry l'habitait en 675; il en fut chassé, dit-on, par Ebroïn, qui, l'ayant atteint à Crécy-sur-Serre, l'obligea de le reconnaître pour Maire du palais.

Guibert, qui écrivait au commencement du 12.° siècle, était abbé de Nogent. Il subsiste encore plusieurs bâtimens bien conservés de cette abbaye, dont l'église était d'une belle architecture. Les anciens seigneurs de Coucy y avaient leur sépulture.

Abbaye de S. Nicolas aux Bois, fondée en 1080. Il s'y tint un concile, sous S.-Bernard. Cette abbaye avait une école estimée dans le moyen âge. Trois jeunes gentilshommes flamands, qui y faisaient leurs études, en 1256, furent trouvés avec des armes, mais sans chiens, dans la forêt de Coucy; Enguerrand IV les fit pendre, sans forme de procès, comme coupables d'un délit de chasse. S.-Louis fit arrêter l'auteur d'une si affreuse violence. Sous un autre Prince, Enguerrand en eut été quitte pour offrir le duel; mais le sage Roi voulut qu'il fût soumis à un jugement juridique; et c'en était fait de l'accusé, si les Pairs, qui étaient tous ses parens, en même-temps que ses juges, n'eussent conjuré Louis de lui faire grâce de la vie On lui infligea diverses peines, et l'amende à laquelle on le condamna fut employée à la fondation de l'hôtel-Dicu de Pontoise, du grand couvent des cordeliers de Paris, et de celui des jacobins de la rue S.-Jacques.

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