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3. De même dans les verbes " un temps se met pour l'autre. Cela n'est pas étonnant, quand on sait qu'en hébreu il n'y a mi verbes ni

mes persuadés que chaque peuple I désigne un cas plutôt qu'un autre. de l'Europe, qui voudra faire la comparaison de l'hébreu avec sa propre langue, y trouvera la même ressemblance. Actuellement un Savant, qui a fait une étude particu-conjugaisons semblables à celles lière des langues, travaille à faire des Grecs et des Latins, mais seuvoir qu'il y a une conformité éton-lement des noms verbaux et des nante entre l'hébreu et l'ancien celte participes indéterminés; et il en ou le bas-breton. est ainsi dans la plupart des lanWalton, dans ses Prolegomènes gues de l'Occident, où les verbes de la Polyglotte d'Angleterre, ne se conjuguent que par des auxipage 45, a porté au nombre de liaires. De même qu'en français le Soixante les idiotismes de l'Ecri- verbe passif dans tous ses temps, ture-Sainte, parce que, suivant n'est que le participe joint au verbe l'usage, il a comparé le langage substantif toujours exprimé, ainsi des Ecrivains sacrés au grec et au en hébreu le verbe actif est le latin, deux langues riches, très-participe joint au verbe substantif cultivées, à la construction des-sous-entendu. De là vient que le quelles l'art a eu beaucoup de part. Voyons si, en rapprochant du français ces prétendus hébraïsmes, nous n'en ferons pas disparaître au moins les trois quarts.

même nom verbal signifie tantôt le présent, tantôt le passé et tantôt le futur, comme l'ont remarqué deux savans hébraïsans, Lowth et Michaelis, de Sacrá Poesi He

po

1.° Plusieurs livres de l'Ecriture-bræor. prælect. 15, n. 182. Sainte commencent par et ou par une autre conjonction, qui suppose que quelque chose a précédé. Cela vient de ce que dans l'origine l'Ecriture-Sainte n'était pas partagée en livres et en chapitres; l'Auteur qui commençait à écrire liait sa narration avec ce qui avait précédé. Ce n'est donc pas là un hébraïsme. La plupart de nos vieux Romanciers commençaient leurs livres par la conjonction or.

4. Les Hébreux mettent le sitif au lieu du comparatif; ils disent: il est bon, au lieu de dire, il est mieux de mettre sa confiance en Dieu qu'en l'homme. Mais si le que hébreu signifie plutôt que, l'irrégularité disparaît: il est bon de se confier à Dieu plutôt qu'à l'homme.

5. La préférence s'exprime souvent par une négation. Je veux la miséricorde et non le sacrifice 2. Les Auteurs des versions signifie, je veux la miséricorde mettent souvent un cas pour l'au-plutôt que le sacrifice. De même si tre. C'est qu'en hébreu, non plus qu'en français, il n'y a ni cas, ni déclinaisons de noms; les rapports des noms, ou des noms aux verbes, se marquent comme chez nous, par des articles, par des prépositions ou par des conjonctions; et parmi les particules ou liaisons hé braïques, il n'y en a point qui

un homme nous disait : j'aime l'or et non l'argent, nous entendrions très-bien qu'il veut dire, j'aime mieux l'or que l'argent. C'est le sens de la phrase, J'ai aimé Jacob et j'ai haï Esai; et nous pourrions dire sans équivoque, j'aime l'or, et je hais l'argent, parce qu'il est moins commode.

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6. Tout exprime souvent le superlatif. L'homme est tout vanité, Ps. 28. C'est là tout l'homme, Ecclés. c. 12, V. 13, c'est-à-dire, l'homme parfait. Nous disons aussi, cela est de toute beauté, tout aimable, tout nouveau, etc.

7.o Souvent un terme faible a un sens très-fort. I. Reg. c. 11, V. 21: ne courez pas après des choses vaines qui ne vous serviront de rien, c'est-à-dire, qui vous seront pernicieuses. I. Machab. c. 2, V. 21: il ne nous est pas bon d'abandonner notre loi, etc. On dit aussi en français: cela n'est pas bien, au lieu de dire, cela est très-mal; je ne vous en sais pas bon gré, c'est-à-dire, je vous en sais très-mauvais gré.

8. Dans le seul verset 31 du Psaume 67, le mot comme est supprimé trois fois. « Résistez à ceux » qui sont comme des bêtes féroces » au milieu des joncs, et comme >> des taureaux dans un troupeau; » qui éloignent ceux qui sont purs » comme l'argent. » Nous faisons de même quand nous disons: cet homme est un tigre, un lion, une bête féroce; nous entendons par là qu'il leur ressemble.

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11. Ce n'est pas non plus en hébreu seulement qu'il y a des terl'on ne doit pas toujours prendre à la rigueur; dans nos discours ordinaires, aussi-bien que dans le style des Ecrivains sacrés les mots jamais, toujours, éternellement, pour l'éternité, etc., ne signifient souvent qu'une durée indéterminée ; il ne s'ensuit pas néanmoins qu'il ne faille quelquefois les entendre à la lettre et dans le sens le plus rigoureux.

12. Lorsque les incrédules reprochent aux Hébreux d'avoir attribué à Dieu des mains, des pieds, des yeux, un entendement, des actions et des passions humaines, ils ne font pas attention que cet inconvénient est inévitable dans toutes les langues, puisqu'aucune ne peut avoir des termes propres et uniquement consacrés à exprimer les attributs et les opérations de Dieu; nous ne pouvons les concevoir que par analogie aux qualités • Porter l'iniquité, ou le crime, et aux actions des êtres intelligens. signifie quelquefois en obtenir le Voy. ANTHROPOLOGIE, ANTHROpardon; plus souvent il signifie en POPATHIE. Nous ne pouvons même porter la peine, en être puni; por-exprimer les opérations de l'esprit ter, dans notre langue, a aussi la que par des métaphores empruntées signification active et passive, et des corps; voir, entendre, touun grand nombre de sens différens. cher au doigt, sentir, etc., signiIl ne faut donc pas regarder les fient souvent concevoir et comverbes, les prépositions, les con- prendre. jonctions équivoques, comme des hebraismes, puisque c'est un inconvénient commun à toutes les langues.

9.

10.o Il en est de même des métaphores, des allusions à des objets des transpositions de mots,

connus,

13.o Les noms propres hébreux sont significatifs, et dans les versions ils sont quelquefois rendus par la chose même qu'ils signifient; ainsi dans le Prophète Osée, c. 1, V. 8, il est dit que son épouse seora celle qui était sans miséri

corde, c'est-à-dire, l'enfant dont | en hébreu, n'exprime pas seulele nom signifiait sans miséricorde.ment les enfans et la postérité C'est un défaut d'exactitude dans mais ce qui sort, ce qui vient d'un la traduction, mais ce n'est pas lieu ou d'une chose, ce qui y tient un idiotisme. Chez nous, les noms ou qui en fait partie. Ainsi les enpropres ont aussi une signification, fans du nord ou du midi sont les et si nous avions conservé la con- peuples de ces contrées, les filles naissance du celte, ou de l'ancien du carquois sont les flèches, les gaulois, nous verrions que ces noms filles du cantique sont les oreilles ne sont ni bizarres ni vides de sens, flattées par la musique, la fille de que dans l'origine ils désignaient Sion ou de Jérusalem est la ville quelque qualité personnelle de ceux de ce nom. Dans le même sens, auxquels ils ont été donnés. nous appelons enfans de France, la famille de nos Rois; enfant de Paris, un homme né à Paris; enfant du régiment, le fils d'un soldat; enfant de la balle, celui qui exerce la profession de son père.

14. Les noms des Patriarches sont mis pour désigner leur postérité; Jacob ou Israël, signifie les Israélites, Esau ou Edom, les Iduméens; Ephraïm, la tribu de ce nom, etc. Nous faisons à peu 17. En français, aussi-bien près de même, en disant les Bour- qu'en hébreu, tête se met pour bons, les Guises, les Montmo-homme, femme pour effeminé, enrency; la France, pour les Fran- fant pour esprit faible et borné; çais, l'Angleterre, pour les An- les aigles, les lions, les tigres, glais. Ottoman, qui désigne les sont des peuples féroces et avides Turcs, était, dans l'origine, le nom de butin. Verge, cordeau, exprid'un homme. ment une possession, un héritage; comme chez nous perche, verge, toise, désignent une portion de terre de telle mesure.

15.o Au lieu de dire les lois de 'Dieu, les Ecrivains sacrés disent les justices, les justifications, les commandemens, les témoignages, les paroles, les voies de Dieu. Chez nous, loi, édit, déclaration, lettre, ordonnance du Roi, sont à peu près synonymes; on dit faire droit, faire justice, pour rendre

un arrêt.

18.o Dabar ou Deber en hébreu, Pua, en grec, Res en latin, qui vient du grec Po, parler; Chose en français, qui est le latin Causa, et le grec Kavadi, jaser, causer sont le terme le plus générique parce que toutes les affaires se font et se terminent par des paroles. L'allusion est la même dans les

16.o Père, en hébreu, signifie non-seulement la paternité proprement dite, mais aïeul, ancien maî-quatre langues. tre, auteur, docteur, possesseur. Aussi disons-nous en français nos aïeux ou nos pères, les Docteurs ou les Pères de l'Eglise; le peuple appelle un homme riche le père aux écus, et un procès qui en produira d'autres, un père qui aura des enfans. Il en est de même du nom de mère. D'autre part, fils ou fille,

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19. Lorsqu'il est dit que JésusChrist est notre justice, notre sanctification, notre rédemption, notre paix, notre salut, nous entendons qu'il en est l'auteur; nous sommes accoutumés à dire de même la Commission pour. les Commissaires, le Conseil pour les Conseillers, le Parlement pour les Magistrats

le Gouvernement pour ceux qui gouvernent, la prétendue réforme pour ceux qui voulaient la faire. Si ces derniers avaient été meilleurs Grammairiens, ils ne se seraient peut-être pas avisés de fonder sur cette équivoque le dogme de la justice imputative.

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sent qu'en hébreu c'est une élé-
gance de mettre un adverbe au
lieu d'un adjectif, de dire sanguis
immeritò, pour sanguis innoxius;
mais si ce qu'ils prennent pour un
adverbe est véritablement un ad-
jectif, à quoi sert cette remarque
?
Ils disent qu'un adverbe s'exprime
quelquefois par un verbe; qu'au
lieu de dire, il prit ensuite une
autre femme, les Hébreux disent
il ajouta de prendre une femme,
ou il ajouta et il prit une femme.
Mais si le mot que l'on prend pour
un verbe, et que l'on traduit par

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gérondif, s'il signifie derechef, de plus, par surcroît, etc. cet hébraïsme prétendu se trouve encore

nul.

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23. Dans l'Ecriture - Sainte faire une chose, signifie assez souvent commander qu'elle se fasse, la laisser faire, prédire qu'elle se fera, la représenter comme faite. C'est aussi notre usage de dire qu'un Seigneur bâtit un hôtel qu'un Magistrat fait le mal qu'il n'empêche pas, qu'un Orateur fait parler un personnage, qu'un Astrologue fait pleuvoir au mois de Décembre. Il est dit dans le Lévi

20. Les verbes hébreux n'ont, comme les nôtres, que la seconde personne de l'impératif; on est donc forcé de se servir du futur : ainsi pour traduire le latin ritus patrios colunto, nous disons les rites nationaux seront observés. De là l'impératif ou l'optatif hébreuil ajouta, est un adverbe ou un n'exprime souvent que le futur. Lorsque les incrédules lisent dans le Prophète Osée, c. 14, N. 1: « Périsse Samarie parce qu'elle a » irrité la colère du Seigneur, que >> ses habitans périssent par l'épée, » que ses petits enfans soient écra» sés que ses femmes grosses >> soient éventrées,» ils prennent pour une imprecation ce qui n'est qu'une prédiction, et celle-ci fut vérifiée peu de temps après. IV. Reg. c. 15, . 16. Puisque le Prophète invite les Samaritains à se convertir au Seigneur, il ne souhaitait pas leur destruction. Il en est de même des malédictions qui se trou-tique que le Prêtre, après avoir vent dans les Psaumes et ailleurs examiné un lépreux, le souillera, elles sont dans les versions, et non c'est-à-dire, qu'il le déclarera dans le texte. Lorsqu'un père irrité souillé. Ezechiel, c. 13, parle des dit à son fils, va, malheureux, va faux Prophètes, et dit qu'ils affecte faire pendre, il ne le désire cer- tent de vivifier des âmes qui ne vitainement pas, mais il le prédit. vent point, c'est-à-dire, de leur Voyez IMPRÉCATION. persuader faussement qu'elles sont vivantes. De même, dans notre langue, noircir un homme, c'est le faire paraître coupable; le justifier ou l'innocenter, c'est le déclarer juste et iunocent.

s;

21. Nous ne devons donc pas être surpris de voir exprimer en termes de commandement ce qui est une simple permission; ce style est de toutes les langues, et le terme même de permission est équivoque. Voyez ce mot.

24. Dans les articles CAUSE et CAUSE FINALE, GRACE, §. 3 22.° Les Grammairiens nous di- | ENDURCISSEMENT, etc. nous avons

fait voir que souvent l'Ecriture- | action, pour signifier seulement la Sainte exprime comme cause effi- volonté de la faire; dans ce sens ciente d'un événement ce qui n'en Jésus-Christ est l'Agneau de Dieu est que l'occasion, et comme cause qui efface les péchés du monde ; il finale ou intention ce qui arrive a porté nos iniquités; il a pacifié contre l'intention même de celui le ciel et la terre; il éclaire tout qui agit; mais nous avons montré homme qui vient en ce monde, etc. en même temps que ce tour de parce qu'il a eu la volonté de le phrase n'est point particulier à la faire quoique l'effet n'y réponde pas langue hébraïque, et que la même toujours. Fausse interprétation, inéquivoque a lieu dans nos façons jurieuse à Dieu et à Jésus-Christ, de parler les plus ordinaires. digne de Calvin et de ses sectateurs. Avec de pareils subterfuges, aucun passage de l'Ecriture – Sainte serait capable de rien prouver. Les Sociniens sur-tout ont supposé des hébraïsmes dans les façons de par

a

ne

25.o Enfin, la source la plus feconde des prétendus hébraïsmes est le sens trop limité l'on que donné à la plupart des particules hébraïques; on les a comparées à nos prépositions et à nos conjoncler les plus simples, afin de pervertions, dont le sens est beaucoup tir à leur gré le sens de tous les plus restreint, et l'on n'en a pas passages qu'on leur oppose. senti toute l'énergie. Quand on s'est convaincu que les particules en hébreu ne sont des liaisons ou des monosyllabes, qui indiquent un rapport sans le caractériser ni le modifier, on n'est plus étonné de leur trouver dix ou douze sens différens. Nous avons en français des prépositions qui n'en ont guères

moins.

que

C'est mal à propos que les incrédules ont argumenté sur la multitude des hébraïsmes, pour persuader que l'hébreu est une langue inintelligible, à laquelle on fait signifier tout ce qu'on veut, unė pomme de discorde, un piége continuel d'erreur, etc. puisque le trèsgrand nombre de ces prétendus hébraïsmes sont imaginaires. C'est comme si l'on soutenait que le fran

Nous ne parlons pas des prétendus hébraïsmes qui viennent uni-çais est un langage indéchiffrable quement d'une ponctuation fautive; pour les étrangers, à cause de la on en est quitte en n'y faisant au- multitude de gallicismes et des facune attention. Voyez la Gram- çons de parler qui ne se trouvent maire hébraïque de M. Lavocat. point dans leur langue maternelle. Nous ne craignons pas d'avancer que si l'on comptait les idiotismes de notre langue, ils se trouveraient pour le moins en aussi grand nombre que ceux que l'on remarque dans le style des livres saints.

Il serait inutile de pousser plus loin ce détail; il deviendrait minutieux. Nous ne prétendons pas soutenir qu'il n'y a point absolument d'idiotismes en hébreu, puisqu'il y en a dans toutes les langues; mais ils y sont en très-petit nombre. Quelques-uns semblent avoir été forgés à dessein, et pour soutenir des sentimens singuliers ou des erreurs. On dit, par exemple, que les Hébreux expriment souvent une

nous

Pour entendre l'hébreu, avons des règles certaines et des secours abondans. 1.° Lorsque le sens littéral ne renferme ni absurdité, ni erreur, on doit s'y tenir, et ne pas y supposer gratuitement

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