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maladies, qui sont les péchés; il les défend contre le loup infernal: il a tant d'amour pour elles, que, non content de les nourrir de sa doctrine, il se fait luimême leur nourriture. Les brebis fidèles sont les justes, qui entendent sa voix 1, et lui obéissent en toutes choses. Celle qui s'égare est le pécheur, qui se soustrait à sa conduite, dégoûté de sa céleste doctrine, rebuté de le suivre dans les rudes chemins de l'humilité et de la mortification, et rebelle enfin à ses commandements. Ce bon pasteur en a pitié; et, pour courir après sa brebis vagabonde, il descend du ciel en terre, il essuie mille travaux pendant sa vie, et souffre la mort sur le Calvaire.

O infinie charité de Jésus-Christ! O heureuses brebis, qui ne le quittez jamais, qui vivez sous sa protection, et qui, vous reposant amoureusement sur ses soins, dites tous les jours avec le Prophète royal Le Seigneur me conduit, rien ne me manquera2. Mais, brebis insensées et aveugles, qui abandonnez son aimable conduite par un libertinage volontaire, et qui vous exposez à être la proie des loups qui tournent sans cesse autour de vous pour vous dévorer, ô brebis perdues pour toujours, si le divin pasteur ne vient promptement à votre secours.

Vous ne différez pas un moment, divin Sauveur, et dès que j'ai le malheur de vous quitter comme une brebis errante, vous avez la bonté de courir après moi, comme si vous aviez quelque intérêt à ne me pas perdre. Mais non, vous n'avez que faire de moi s'il vous fallait des brebis, vous en avez bien d'autres sur la terre, qui vous suivent avec fidélité; vous avez au ciel un troupeau meilleur et

1 Joan. 10. 3,

4.

2 Ps. 22.1.

plus soumis à vos volontés. Vous ne me poursuivez, aimable pasteur, que par le seul motif de votre amour. Ah! je serais bien insensible si je n'étais touché d'une telle faveur, et je serais bien méconnaissant si je n'étais à l'avenir attaché inviolablement à votre conduite.

Vous me donnez tous vos soins, je vous consacre toutes mes affections, et je veux vous dire avec la sainte épouse: Mon bien-aimé est à moi, et je suis à mon bien-aimé 1.

II. POINT.

Le pasteur ayant retrouvé sa brebis, il la met sur ses épaules avec joie; et dès qu'il est revenu chez lui, il assemble ses amis et ses voisins pour leur dire Réjouissez-vous avec moi, parce que j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue 2.

Admirons dans la conduite de ce berger l'ineffable bonté de Dieu envers les pécheurs qui se convertissent. Il ne les oblige pas de le suivre malgré eux comme des esclaves, mais il les attire par une douceur qui leur gagne tout à fait le cœur; il ne les force pas de marcher, parce que d'eux-mêmes ils ne sauraient faire la moindre démarche dans la voie du ciel; il a compassion de leur faiblesse, et les porte en quelque manière sur ses épaules, en les soutenant par sa grâce, et les aidant à supporter le joug de ses commandements; enfin, plein de joie de voir sa brebis revenue, il invite les anges au ciel et les saints qui sont sur la terre à s'en réjouir avec lui. Comparons, ô mon âme, cette admirable conduite de notre Dieu avec la manière fière et implacable dont les hommes en usent ordinairement en

1 Cant. 6. 2.

2 Luc. 15. 5, 6.

vers ceux qui les ont offensés. Où voit-on un prince mortel courir après un sujet dont il a reçu quelque outrage, aller au-devant de lui, pour lui offrir le pardon de sa faute, le rétablir promptement dans ses bonnes grâces, et ne se souvenir de l'offense que pour en aimer davantage celui qui l'a outragé?

Il n'y a que vous, mon Dieu, capable de ces prodiges de bonté; votre miséricorde est égale à votre grandeur, et l'une et l'autre est infinie. Y a-t-il des pécheurs, après cela, qui puissent désespérer de leur salut, et craindre de se jeter entre les bras d'un Dieu si bon, qui les prévient, qui les recherche, qui les caresse? O bon pasteur, je vous remercie de la patience avec laquelle vous m'avez supporté dans ma rébellion, de l'empressement avec lequel vous m'avez poursuivi dans ma fuite, et de l'admirable charité avec laquelle, m'ayant trouvé, vous m'avez ramené à la bergerie. Vous excitez les anges et les justes à se réjouir de mon heureux retour, et moi je les conjure de vous bénir à jamais de vos miséricordes.

III. POINT.

Ainsi je vous dis, ajoute le Sauveur, qu'on se réjouira davantage dans le ciel pour un pécheur converti que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence 1.

C'est la conclusion de la parabole du Sauveur. Pour la bien comprendre, imaginons-nous un père qui, parmi parmi plusieurs enfants sains et heureux, en a un malade et réduit à une extrême misère. Il ne peut voir celui-ci guéri qu'il n'en ait une joie plus sensible que de la santé ou de la pros

1 Luc. 15. 7.

périté des autres. Ainsi quand quelque pécheur se convertit, sa pénitence est aux esprits bienheureux un sujet de joie tout autre que celle qu'ils ont de voir quantité de justes qui n'ont pas besoin de conversion.

Loin de murmurer, comme les pharisiens, de la charité des hommes apostoliques envers les pécheurs, travaillons avec eux à chercher les brebis errantes, et à les ramener au troupeau de JésusChrist. Si nous avons le malheur nous-mêmes d'être du nombre de ces brebis fugitives, retournons incessamment à cet aimable pasteur; nous lui donnerons, et à toute la cour céleste, une nouvelle occasion de joie. Mais gardons-nous bien ensuite de retourner à nos premiers égarements; les démons s'en réjouiraient, et autant que possible les anges en seraient affligés.

O anges de paix, conjurez le souverain Pasteur des âmes de convertir parfaitement la mienne, de lui inspirer des sentiments d'une véritable pénitence, de renouveler en elle sa grâce, de l'embraser de son amour, et de se l'attacher si fortement, que jamais elle ne s'en sépare.

Oui, mon Dieu, c'est de bon cœur que je retourne à vous. J'ai mille raisons qui me portent à changer de vie; mais quand je n'en aurais point d'autre que de savoir que mon changement est capable de vous faire plaisir, je ne balancerais pas un moment, trop heureux, aimable Seigneur, de vous causer de la joie au moins une fois dans ma vie!

LUNDI DE LA III SEMAINE

APRÈS LA PENTECOTE

De la Providence de Dieu dans l'institution
du très-saint Sacrement,

I. POINT.

Ce qu'était l'arbre de vie dans le paradis terrestre, l'Eucharistie l'est dans l'Église, avec cette différence, qui doit nous inspirer une vive reconnaissance envers le divin réparateur de notre nature, qu'au lieu que l'arbre de vie n'était planté qu'afin d'entretenir la vie de nos corps, il nous a donné son propre corps pour entretenir la vie de nos âmes. C'est pour cela qu'il est appelé le fruit de vie par excellence, et le pain qui fait vivre éternellement 1.

Qu'avons-nous perdu, ô mon âme, par le péché d'Adam, qui ne soit avantageusement réparé par Jésus-Christ? L'Église dont il nous a donné l'entrée ne vaut-elle pas le paradis terrestre? et qu'aurait fait en nous l'arbre de vie que la sainte Eucharistie n'opère d'une manière plus noble? Que m'importe d'être privé des délices de la terre, si je puis mériter par cette privation les plaisirs du ciel? et qu'ai-je à regretter un fruit qui n'aurait fait que prolonger une vie terrestre, une vie temporelle, quand j'en ai un qui me fait vivre d'une vie divine, et qui m'en assure une éternelle?

Je ne puis trop aimer et trop admirer votre providence, ô mon Dieu, de m'avoir fait trouver dans

1 Joan. 6. 59.

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