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MONSIEUR

J'ai lu vos belles études morales et politiques sur le paupérisme; il faut un flambeau pour marcher dans ces recherches, à travers les obscurités des systèmes, et à travers les sophismes des intérêts; ce flambeau, c'est un principe. Vous avez saisi le vrai le principe de la charité chrétienne, appliqué à l'organisation et à l'administration des peuples.

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Vos intentions étaient dignes de marcher à cette clarté, et votre talent digne de la refléter.

Recevez mes remercimens pour la conformité de plusieurs solutions, sur des questions que nous avons sondées du même regard.

Comme moi, vous ne comprenez dans les sociétés

que le mouvement régulier. Les révolutions ne sont bonnes que pour préparer le terrain de la reconstruction.

Puisse celle de notre époque avoir beaucoup d'ouvriers comme vous!...

Recevez, Monsieur, l'assurance de mes sentimens les plus distingués et les plus affectueux,

AL. DE LAMARTINE.

Paris, 6 mai 1842.

M. de Chamborant, ancien avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation.

INTRODUCTION.

Les questions religieuses sont depuis longtemps épuisées; personne ne songe plus à faire valoir les droits de Dieu l'épée à la main. La liberté de conscience est définitivement entrée dans nos mœurs, et si l'on considère attentivement l'état des esprits, il est facile de voir que la tolérance politique suivra de près la tolérance de la foi. Les classes qui se disputent le pouvoir paraissent lasses de tant de débats, et les peuples plongés dans la plus complète indifférence sur les résultats de la lutte, se montrent décidés à ne plus servir de marche-pied à qui que ce soit. Il est clair que les masses ne se laissent plus émouvoir par les inspirations de la tribune ou de la presse, et que leur apathie témoigne suffisamment des dispositions de leur cœur. Que nous importe, disent-elles, le nom de celui qui tient les rênes de l'État, si notre situation reste toujours la même; que la noblesse où la bourgeoisie gouvernent, si notre sort n'est point amélioré; que quelques riches banquiers favoris de la fortune regorgent d'or, si nous sommes plongés dans la misère, si le travail ne suffit plus pour subvenir à nos besoins? Voilà cinquante ans que l'on fait raisonner à nos oreilles crédules des noms brillans et sonores! Vingt fois saisis des plus nobles élans, nous avons protégé de notre corps et de notre enthousiasme des intérêts qui n'étaient pas les nôtres; nous nous sommes laissés entraîner à des espérances et à des promesses qui ont toujours été déçues, et plus l'essai a été renouvelé, plus la déception a été cruelle. C'est assez. On ne nous y reprendra plus.

Quand une société en est arrivée là, il est évident qu'une querelle de portefeuille est quelque chose de mesquin et de misérable, qu'une lutte qui ne viserait qu'à changer des ministres, à substituer même un intérêt de dynastie à un intérêt rival de même nature, serait sans portée comme sans grandeur; car il

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ne s'agit plus simplement des formules qui doivent régler les destinées sociales, il s'agit de l'existence même de la société, et sur cette question la division n'est plus permise.

De nobles et grandes intelligences ont déjà signalé cet état de choses à ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Une voix puissante entre toutes les voix, n'a point failli à ce devoir. Notre illustre ami, M. de Lamartine, avec cette profondeur de vues qui distingue l'homme d'État, cette persévérance qui le fait connaître, et cette autorité que donne le génie, a montré la ligne sociale dans laquelle il convenait de s'engager et de se maintenir. Il a touché avec cette noblesse de cœur et cette fière indépendance de caractère et de talent que tout le monde lui reconnaît, les questions vitales sur lesquelles l'attention des hommes réfléchis doit désormais se fixer.

C'est pour obéir à cette inspiration puissante, que nous avons essayé l'examen de la question la plus complexe et la plus ardue que présente l'état actuel de la société, et que nous livrons à nos concitoyens un travail que nous avions résolu de garder pour nous seuls, parce qu'il n'a de mérite à nos yeux que d'avoir obtenu un suffrage si flatteur.

Il en est toutefois de cette question comme de toutes les autres, ce n'est qu'à force de la remuer, de la retourner dans tous les sens et de l'envisager sous toutes ses faces, que l'on parviendra à découvrir qu'elle n'est pas plus insoluble que tant de problèmes qui ont été successivement résolus par la marche incessante de l'esprit humain, et dont la solution fut pourtant regardée en leur temps comme impossible.

Quand le quincailler Newcomen et le vitrier Crawley, après la découverte de la puissance de la vapeur par Denis Papin de Blois, s'amusaient à perfectionner le premier essai de machine à vapeur de l'ingénieur Savary, qui aurait pu croire au rôle que cette puissance serait appelée à jouer dans les destinées de l'humanité, même après les célèbres applications de l'Ecossais James Watt?

Et cependant! les conditions nautiques sont changées, le plus puissant des rameurs se rit de la direction des vents, et se joue de la résistance furieuse des flots; des distances incommensu

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