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LEÇON XVII.

De Salomon et de sa Sagesse.

NTRE les enfans de David, Salomon fut choisi de Dieu pour régner après lui (1), et pour être l'image du Messie dans sa gloire; car il régña toujours en paix. Ce fut lui qui bâtit le temple, dont son père lui avait laissé le dessin et tous les préparatifs (2), C'était un superbe bâtiment, tout revêtu d'or en dedans, et divisé en deux parties, dont la plus secrète était le sanctuaire où reposait l'arche d'alliance sous les chérubins. Le souverain pontife était le seul à qui l'entrée en fût permise, encore n'y entrait-il qu'une seule fois l'année, y portant le sang des victimes, Aussi ce sanctuaire était la figure du ciel, qui était fermé pour les hommes jusqu'à ce que le Christ. y entrât couvert de son sang (3), Devant le temple était l'autel pour les holocaustes et les autres sacrifices, dans une grande cour, environnée de galeries, avec plusieurs salles et divers appartemens pour toutes les fonctions des sacrificateurs et des lévites. Il n'y avait que ce seul temple dans toute la terre d'Israël, et il n'était permis de sacrifier que sur ce seul autel, pour rendre plus sensible

(1) I. Paral. xxviij, 5. (2) III. Reg. vj, etc.
(3) Hebr, ix, 11.

l'unité de Dieu et de son église. Salomon vécut dans l'état le plus heureux que l'on puisse imaginer sur la terre. Il commandait à plusieurs nations étrangères, outre le peuple de Dieu. Il avait des richesses immenses, une prodigieuse quantité d'or et d'argent, et jouissait de tous les plaisirs de la vie ; mais ce qui était bien plus excellent que tous les trésors et que tous les plaisirs sensibles, c'est la sagesse que Dieu lui avait donnée (1), et qui le mettait au-dessus de tous les hommes. Nous la voyons encore dans ses écrits, où il enseigne la sagesse véritable, qui est de bien régler nos moeurs. On y voit la description de la sagesse de Dieu, source de celle des créatures. Elle dit qu'elle était en Dieu au commencement, avant qu'il formât ni la terre, ni la mer, ni les cieux, ni les abîmes (2); qu'elle assistait à la production de tous ses ouvrages, et faisait tout avec lui en se jouant. Elle ajoute que ses délices sont d'être avec les hommes, et les invite tous à s'approcher d'elle, à s'enrichir de ses trésors, et à se rassasier à son festin, c'est-àdire, se remplir de sa doctrine, où se trouve la vie et le salut. C'est ainsi que la sagesse parle dans les proverbes ou sentences morales de Salomon. Il a composé un cantique, où il représente l'affection de Dieu envers son

(1) Reg iij. iv, ix, x. (2) Prov. viij, 22, etc.

église, sous l'image de l'amour le plus fort qui soit entre les hommes, qui est celui d'un époux et d'une épouse. Mais il profita si mal des dons de Dieu, qu'il s'égara dans sa vieillesse pour s'être trop abandonné aux plaisirs, particulièrement des femmes. Il en aima un nombre excessif, même d'étrangères, qui l'engagèrent dans l'idolâtrie, tant sa faiblesse fut grande (1). Dieu le permit ainsi, pour nous montrer, par la chute d'un homme si sage, le danger qu'il y a dans le plaisir et dans la prospérité temporelle, et pour nous convaincre de ce que Salomon a dit lui-même, que tout n'est que misère et vanité sous le soleil (2).

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Du Schisme des dix Tribus, ou de Samarie.

POUR

OUR punition des péchés de Salomon son royaume fut divisé après sa mort (3); il n'y eut que la tribu de Juda et celle de Benjamin qui obéirent à son fils Roboam (4), les dix autres reconnurent pour leur roi Jeroboam de la tribu d'Ephraïm. Ce rebelle craignit que les Israélites ne retournassent à l'obéissance de leur roi légitime, s'ils continuaient d'aller faire leurs prières et leurs

(1) III. Reg. xj. (2) Eccl. j, 3. (3) III. Reg. xij. (4) Ibid. 26.

sacrifices

sacrifices à Jérusalem. Pour les en détourner 9. il changea la religion ; et comme ils aimaient les idoles, il mit deux veaux d'or en deux endroits de son royaume; il éleva plusieurs autels, fit des sacrificateurs qui n'étaient point de la tribu de Lévi; institua une fête de son invention, gardant toutefois au reste la loi de Dieu. Tous les rois qui succédèrent à Jéroboam entretinrent cette fausse religion; et ce schisme dura toujours depuis. On appelle schisme la division des églises, quand une partie du peuple de Dieu se sépare de l'église universelle, qui seule est la véritable. Or, le siége de la vraie église était à Jérusalem parce que l'on y adorait Dieu dans le temple que David et Salomon avaient bâti par son ordre, parce que l'on y observait la loi qu'il avait donnée à Moyse, et que le service s'y faisait par les lévites et les prêtres enfans d'Aaron, qu'il avait choisis (1). Cette église avait subsisté depuis le commencement du monde: car Moyse avait recueilli la tradition de la créance d'Abraham, Abraham celle de Noé, Noé celle d'Enoch et des autres saints plus anciens que le déluge jusques à Adam. L'église qui servait Dieu sous la loi de Moyse, est souvent nommée synagogue, c'està-dire assemblée. Le royaume des dix tribus

(1) II. Paral. xiij, 9.

fut nommé le royaume d'Israël ou d'Ephraïm, ou de Samarie, à cause de la ville, qui en fut depuis la capitale, et le royaume qui demeura à la race de David, fut nommé le royaume de Juda; mais il contenait deux autres tribus, Benjamin et Lévi. Car les sacrificateurs et les lévites étant privés de leurs fonctions par Jéroboam, quittèrent son royaume, et se réunirent.tous à Juda; et dans les autres tribus, plusieurs demeurèrent fidèles à Dieu, et continuèrent à le venir adorer à Jérusalem. Le royaume de Juda ne fut pas toutefois exempt de vices et d'impiétés. Plusieurs rois descendus de David ne suivirent point ses exemples; plusieurs furent idolâtres, vicieux, injustes, cruels: même entre les Juifs qui pratiquaient extérieurement la loi de Dieu, la plupart ne lui obéissaient que par crainte et pour les biens temporels; il y en avait peu qui le servissent par affection,

LEÇON XIX.

Des Prophètes.

Ce fut depuis le schisme des dix tribus que

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Dieu envoya le plus de prophètes pour consoler les vrais fidèles, et ramener de leur égarement les rebelles et les pécheurs. On appelait prophètes ceux que Dieu inspirant,

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