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nir au strict nécessaire en fait de lettres. J'ai 34 ans écoulés j'ai vu la vie sous tous ses aspects, et ne saurais dorénavant être la dupe des illusions dont on essaierait de me bercer encore. Je n'entends faire de reproches à qui que ce soit; il y a des destins inévitables; mais si j'avais été moins confiant ou moins faible, ma position serait bien différente. Enfin, elle est ce qu'elle est, et tout ce qui me reste à faire est de m'arranger de mon mieux, et s'il se peut, de m'endormir au pied du poteau où l'on a rivé ma chaîne; heureux si je puis obtenir qu'on ne vienne point, sous mille prétextes fatigants, troubler mon sommeil 1.

On a beaucoup blâmé cette lettre, et vraiment il y a là des expressions terrifiantes, mais que l'on fasse attention à tout ce que nous connaissons de son esprit et de son cœur, ses découragements, ses sentiments humbles et on peut dire méprisants pour lui-même, et qu'on se le représente frappé dans son imagination et en réalité élevé au plus grand honneur, au rang le plus glorieux qu'il y ait dans le monde, et on comprendra son quasi-désespoir. Tout prêtre qui n'a pas été abattu, terrifié de ce caractère sacerdotal qui l'élève au-dessus de tous les hommes du monde et en fait presque un Dieu, condamnant, pardonnant, faisant un perpétuel miracle à l'autel, ce prêtre n'a pas été un bon prêtre.

Et puis, qu'on fasse un peu attention à l'imagination fiévreuse de l'écrivain, à l'enivrement de la phrase, qui pousse l'homme jusqu'à une sorte d'ivrognerie, et l'on comprendra alors ce débordement. Il en disait plus qu'il n'en pensait, et c'est ce qu'il va avouer lui-même.

A son frère. · Paris, 9 juillet 1816. On m'a fait entendre, et je crois avec raison, que ma dernière lettre était trop vive, je ne peux pas en désavouer le fond, parce qu'il ne me paraît que trop vrai et que l'on ne peut guère s'abuser sur ce qu'on sent; mais j'aurais dù m'efforcer de mettre plus de mesure dans l'expression. Quoi qu'il en soit, le mieux, ce me semble, est d'éviter de part et d'autre de traiter à l'avenir un pareil sujet. Tout ce qui me le rappelle, de près ou de loin, ine cause une émotion que je ne suis pas le maître de modérer 2.

Puis, dans son découragement, il lance ces boutades.

A son frère.

Paris, 4 janvier 1817. Je regarde que tous mes malheurs viennent, de conséquence en conséquence, de ce que mes parents, bien contre mon gré,

1 Blaize, t. 1, p. 263.

2 Ibid., p. 266.

m'ont forcé d'apprendre à écrire, et il n'y a pas de jour où je ne redise, avec un sentiment profond, ce mot d'un ancien : Utinam nescirem litteras!

Et puis encore:

A quoi servent les livres? Je ne connais qu'un livre gai, consolant, et qu'on voit toujours avec plaisir, c'est un Registré mor tuaire. Tout le reste est vain, et ne va pas au fait ‘.

1 Blaize, I, p. 268, 269.

A. BONNETTY.

Enseignement Catholique.

BREF DE S. S. LÉON XIII SUR LES VESTIGES DU P. PRÉMARE.

C'est le 22 août que Son Excellence Mgr Meglia, nonce du Saint-Siége, a bien voulu nous apporter la lettre suivante, dont nos lecteurs comprendront toute l'importance :

A nos Chers Fils le Chevalier Bonnetty, directeur des Annales de philosophie chrétienne, et Paul Perny, prêtre, ancien missionnaire en Chine.

LÉON XIII, PAPE.

Chers Fils, salut et Bénédiction apostolique, On ne doit point s'étonner, Chers Fils, que le Peuple, fier jusqu'à l'excès de son antiquité et très-conservateur de cette gloire dans ses doctrines et ses mœurs, ait en mépris les nations modernes et leur sagesse ; et, comme il ignore que la vraie Religion a été révélée par Dieu au premier Père même des hommes, qu'il ait en dédain la Religion catholique qu'il n'estime pas être

Dilectis Filiis Equiti BONNETTY. Rectori Annalium philosophiæ Christianæ, ac Paulo PERNY sacerdoti jam missionnario in Sinis, Lutetiæ Parisiorum.

LEO PP. XIII

Dilecti Filii, salutem et apostolicam Benedictionem. Mirum profecto videri non debet, Dilecti Filii, quod Populus antiquitatis suæ ad miraculum ostentator, hujusque gloriæ in doctrinis moribusque retinentissimus, despectui habeat recentiores nationes earumque sapientiam; et cum ignoret, veram Religionem ipsi hominum Protoparenti revelatam a Deo fuisse

une explication plus grande de la Religion antique, mais une invention de la sagesse moderne.

Celui donc qui s'attache, par des preuves convaincantes, à dissiper cette erreur, dont les esprits sont imbus, accomplit certainement une œuvre excellente, en faisant disparaître un grand obstacle à la propagation de l'Evangile.

C'est pourquoi Nous vous félicitons, Chers Fils, vous qui, vous aidant des doctes recherches faites au siècle passé par un des Pères de la société de Jésus remplissant les fonctions de missionnaires dans ces régions, vous êtes attachés avec une nouvelle diligence à étudier les Livres Sacrés des Chinois et les ouvrages des sages antiques, et en avez extrait les Vestiges très-clairs des dogmes et des traditions de notre très-sainte Religion, lesquels Vestiges prouvent qu'elle a été depuis longtemps annoncée dans ces régions, et que, par son antiquité, elle précède de beaucoup les écrits des sages, d'où les Chinois tirent la règle et l'enseignement de leur Religion.

Que Dieu favorise votre but et vos études, lesquels

catholicam aversetur Religionem, quam non antiquæ pleniorem explicationem arbitratur, sed recentis sapientiæ commentum.

Qui igitur insitum hunc mentibus errorem, perspicuis argumentis, depellere studeat, egregiam profecto confert operam submovendo gravissimo obstaculo Evangelii propagationi objecto.

Gratulamur idcirco vobis, Dilecti Filii, qui usi doctis disquisitionibus præterito sæculo institutis ab altero e Patribus Societatis Jesu missionariorum munere functis iis in regionibus, novaque diligentia versatis Sacris Sinarum Libris, vetustorumque sapientum operibus, clara ex ipsis Vestigia duxistis dogmatum et traditionum Religionis nostræ sanctissimæ ; quæ doceant, eam jandiu nunciatam fuisse illis regionibus et antiquitate sua longe excedere scripta sapientum, e quibus Sinæ religionis suæ normam ducunt et documentum.

si, par le secours de la lumière céleste, ils pénétraient dans les esprits des sages, ouvriraient certainement une voie royale à la vérité et procureraient le salut d'âmes innombrables.

C'est ce que nous vous souhaitons de tout notre cœur, et en même temps, comme augure de la Faveur divine, et gage de notre Bienveillance paternelle, Nous vous donnons avec amour, Chers Fils, notre Bénédiction apostolique.

Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 12 du mois d'août 1878, an Ier de notre pontificat.

LÉON XIII, PAPE.

Obsecundet Deus proposito studiisque vestris ; quæ si, superno affulgente lumine, sapientum mentes illustraverint, regiam profecto sternent veritati viam, innumerarumque animarum saluti prospicient.

Id toto corde vobis ominamur, dum divini Favoris auspicem Nostræque paternæ benevolentiæ pignus Apostolicam Benedictionem vobis, Dilecti Filii, peramanter impertimus.

Datum Romæ, apud S.-Petrum, die 12 Augusti 1878, Pontificatus Nostri, anno primo.

LEO PP. XIII.

Quelques conséquences à tirer de ce Bref de Sa Sainteté Léon XIII.

On comprend bien que nous n'avons pas à faire l'éloge de ce Bref; les écrits du suprême Pasteur des chrétiens sont audessus de tout éloge. Mais il nous est permis, c'est même un devoir pour nous, d'en examiner les conséquences. Il ne faut pas que de telles paroles soient lues dans un journal et puis oubliées. Voici, à ce qu'il nous semble, les instructions que nous devons en tirer :

I. « On ne doit point s'étonner, Chers Fils, que le Peuple, » fier jusqu'à l'excès de son antiquité et très-conservateur de > cette gloire dans ses doctrines et de ses mœurs, ait en mé> pris les nations modernes et leur sagesse. »

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