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› un passage de Macrobe 1. » ---- Le nombre des victimes importe peu; ce qui importe c'est le fait. Qui croira d'ailleurs qu'une ville, toute petite qu'elle fût, et Tous ses environs ne comptassent que cinq ou six naissances mâles par année?

M. Bonnetty nous donne sur l'enfance de Jésus, d'abord le récit biblique, puis différents autres détails contenus dans les Apocryphes, non qu'il leur attribue une importance que leur refuse l'Église, mais parce qu'ils témoignent d'anciennes traditions comme nos vieilles chroniques.

Quant à la vie active du Sauveur, il l'étudie toujours au point de vue de la transformation de l'humanité. Les titres de beaucoup de chapitres l'indiquent clairement : « Jésus rẻ» nove la notion de béatitude; Jésus ennoblit la mission

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de ses disciples; - Jésus rénove la manière de secourir les > pauvres; Jésus rénove la forme de la prière et en donne » le plus parfait modèle ; — Jésus rénove les dispositions que » doivent avoir les hommes à l'égard des biens de ce monde.» - Cette manière est assurément des plus pratiques. C'est plus qu'une histoire, c'est une suite de conclusions.

Mais l'espace nous manque; bornons-nous à résumer l'impression générale du livre l'antiquité païenne nous est peu connue et mal connue; depuis trois siècles, nous avons plus ou moins nettoyé ses auteurs de manière à leur faire une réputation d'honnêteté à laquelle ils avaient peu de droits. Ses philosophes ont émis, il est vrai, d'admirables maximes, mais qu'on aurait tort de leur attribuer en propre, car on en retrouve la source, traditionnellement, historiquement, dans la révélation primitive. Ce qui leur appartient, ce sont leurs incertitudes finales, c'est leur scepticisme ou leur panthéisme. Nous sommes habitués à parler des superstitions païennes; le mot est juste, mais ne dit pas tout. Il semble, en effet, indiquer que tout était faux dans la croyance; on y remarque cependant quelque chose de vrai et de fondamental; c'est la croyance au Démon, qui, par suite du pacte fait avec Adam, n'était devenu que trop le maître de la société. Il y avait son culte, ses prêtres, ses victimes et même ses prodiges. L'Écri

Univers pittoresque. Palestine, p. 559.

ture en cite plusieurs exemples; l'histoire en cite d'autres. Par ses oracles, par ses augures, par ses initiations, ses consécrations, le Démon dominait tout, gouvernait tout, dans la cité non moins que dans le temple, au camp non moins que dans la cité. Il était tellement chez lui dans le monde que la corruption y était profonde, générale, éhontée. L'idée de chasteté y survivait cependant comme un lointain souvenir; mais la chasteté elle-même n'existait plus, et le vice contre nature était devenu l'habitude même des philosophes. Eh bien ! c'est ce pacte de malheur que Jésus-Christ est venu déchirer et clouer sur la croix, suivant le mot de saint Paul, que M. Bonnetty rappelle. Jésus, le Verbe, le Tao des Chinois, le Logos des Grecs, le Ratio des Latins, est venu tout réparer et tout accomplir. Satan avait dit au premier homme et à la première femme : « Vous serez comme des dieux »; promesse menteuse, mais qui devait se vérifier avec Jésus-Christ. On a vu, dans la langue chrétienne, le nom d'Homme-Dieu qui ne se trouve en aucune autre langue, et l'homme participera lui-même à la Divinité par sa participation au corps de Jésus-Christ : « Ainsi nous >> serons dieux par cette participation, suivant le mot d'un » grand maître de la vie spirituelle, comme Dieu est Dieu par » nature 1. >>

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Et le corps de l'homme, ce corps qui a été jeté dans la fosse comme un animal, aura, lui aussi, sen immortalité; il ressuscitera, spirituel et glorieux, « glorieux, sans doute, dit M. Bon» netty, car la parcelle divine dont il s'est nourri, n'a pu » périr, et, en réalité, ce sera surtout cette parcelle divine >>> qui se montrera avec éclat. Certes les prophètes et saint » Paul ont eu bien raison de dire que « ni l'œil n'a vu, ni l'o>> reille n'a entendu, ni le cœur de l'homme n'a senti ce que » Dieu prépare à ceux qui l'aiment ... »

<< Nous n'avons pas besoin de dire en finissant, ajoute » M. Bonnetty, que nous soumettons tout notre ouvrage à la » révision et à l'approbation de ce Chef de l'Église, assisté de >> Jésus pour conserver intacte la vraie doctrine. Nous avons

'Mgr Gay.
2 Isaïe, LXIV, 4.- Paul, 1 Cor.

De la Vie chrétienne, 2e édition, t. 1er, p. 30,
11, 9.

» touché à une foule de questions délicates, obscures, souvent > nouvelles et où, avec la meilleure volonté, l'erreur a pu se glisser. Nous désavouons tout ce que l'Église désapprouve » et nous approuvons tout ce qu'elle approuve. Telle a été >> notre volonté dans tous nos travaux et telle elle sera jusqu'à » la fin 1. »

'Bonnetty, t. IV, p. 1040.

EUGÈNE DE LA GOURNERIE.

Orthodoxie Catholique.

LE VRAI, LE BEAU ET LE BIEN DE M. COUSIN

MIS A L'INDEX

et établissement d'une Eglise chrétienne

SANS LE

CHRIST

23o ARTICLE1.

106. M. de la Mennais depuis son Sacerdoce jusqu'à la publication de son Essai sur l'indifférence.

Le 8 juillet 1815, Louis XVIII était rentré à Paris.

Le 18 juin 1817, un autre concordat est arrêté entre Pie VII et Louis XVIII, pour le rétablissement et la prospérité de la religion catholique en France. Par une bulle du 27 juillet, le Pape y établit 47 nouveaux siéges. Dès le 17 juin, il avait adressé un Bref aux évêques et aux chapitres de France pour les prévenir des nouvelles circonscriptions et leur demander leur assentiment.

Voici la première fois qu'il est question de l'Essai sur l'indifférence, et dans quelles conditions M. de La Mennais y travaillait.

A son frère. Paris, 4 avril 1817.

Il m'est impossible de demeurer sur le même pied. Ma santé en souffrait trop. Peu ou point de sommeil, à cause du bruit dans la chambre que j'occupais, des courses multipliées pour des bagatelles, tous les soins du ménage, faire le lit, balayer, et ce qui s'en suit; tout cela était trop dur, pouvant surtout être si bien et si à l'aise chez moi... Je consens à souffrir ici, mais dans une certaine mesure 2.

Et là-dessus il projette un nouvel établissement et pour cela il établit son bilan :

Ses revenus sont de 1,800 fr.

Ses dépenses montent à 1,800 fr.

Voir le dernier art. au No précédent, ci-dessus p. 121. 2 Blaize, t. 1, p. 271.

Ainsi donc il lui faudrait encore 600 fr. pour être au pair. Et sur cela il parle de son futur livre, et de ce qu'il en pensait. Il continue:

J'aurais encore dans 15 ou 18 mois une autre ressource, dans un Ouvrage en 2 volumes que Tesseyre m'a fait entreprendre, et dont le 1er tome est à peu près fini. Je serais fort aisé d'en causer avec toi si tu venais. Cela fixerait mes idées sur ce qui est fait. On m'encourage, et cependant je trouve cela si extraordinairement médiocre, que j'ai toutes les peines du monde à me décider à le continuer. Je n'écrivis jamais quoi que ce soit avec moins de goût'.

L'ouvrage avance cependant, et il écrit:

A M. Blaize.

Paris, 14 avril 1817. Plus je vis et plus je réfléchis, plus je me confirme dans la conviction qu'il n'existe ici-bas de sagesse et de bonheur que dans un Christianisme pratique.

Hors de là je ne vois que folie et misère sans recours. J'espère rendre ceci sensible pour tout homme de bonne foi, dans un ouvrage auquel je travaille depuis un an. Le Ier volume est achevé, il y en aura deux. Mais n'en parlez pas, je vous prie 2.

Il y revient encore dans la lettre suivante.

A son frère.

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Paris, 22 avril 1817. Je n'aime point à écrire et je ne fais que cela. Mon ouvrage sera tout neuf et n'en vaudra pas mieux peut-être. S'il était bon, il tiendrait lieu de toute une bibliothèque. Mais la beauté même du sujet et son étendue, est un terrible écueil. Je touche à la fin du 1er volume, qui aura 500 pages. La partie la plus neuve formera le commencement du 2e volume, l'ouvrage de Pascal doit se retrouver, presque en entier, dans le mien et n'en fera pas la moitié. Il y a bien de l'inconvénient et non moins de difficultés à abréger de la sorte. Enfin, tu en jugeras. Trente fois j'eusse laissé la chose là, si Tesseyre ne m'avait pressé de continuer. Au moins ne suis-je pas dupe de ce que je fais. C'est quelque chose et après tout, la Providence peut tirer d'un mauvais livre d'utiles effets ".

Et il continue à décrire ses tourments.

A son frère. - Paris, 13 mai.

Je n'avance guère mon ouvrage, il m'ennuie. Ecrire m'est un supplice. Je déteste Paris, je déteste tout. Cette vie est pour moi un enfer. J'y ai manqué l'occasion de vivre selon mon caractère et mon goût; c'est sans retour".

Blaize, t. I, p. 273. ↑ Blaize, t. I, p. 277. Blaize, t. I, p. 278. ▲ Blaize, t. 1, p. 282.

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