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L'éducation de l'esprit se fait par l'enseignement de la vérité. Plus un enseignement est riche de vérités, meilleur il est pour développer l'esprit ; comme plus fertile est la terre, plus vigoureuse est la végétation. Quelles vérités les auteurs païens peuvent-ils enseigner, qui ne soient enseiguées plus complétement et plus parfaitement par les auteurs chrétiens? Par exemple, quelles lumières nouvelles les auteurs païens peuventils donner à des enfants baptisés sur Dieu, sur la création, sur l'homme, sur l'âme, sur les devoirs, la nature et le but de la vie, sur la formation et les lois de la société, même sur les sciences purement naturelles? Poser ces questions, c'est les résoudre. XXXV.

L'éducation du cœur se fait par l'enseignement de la vertu ; et l'enseignement de la vertu se fait par la parole et par l'exemple. Ici encore, quelles maximes, quels préceptes, quels exemples de vertus y rencontre-t-on dans les auteurs païens, qui ne se trouvent avec une autorité et une supériorité incomparables dans les auteurs chrétiens? Vraiment, les beaux maîtres d'humilité, de douceur, de charité, de mortification, de chasteté, d'oubli de soi-même que les auteurs païens, latins et grecs, prosateurs et poètes! Leur bouche ne parle que d'intérêts purement humains, et ne préconise que des vertus purement humaines, qui de terra est de terra loquitur1, lorsqu'elle ne glorifie pas le crime et n'enseigne pas le vice. Quant à leur conduite habituelle, elle est en opposition flagrante avec leurs paroles et avec les vertus purement humaines.

XXXVI.

L'éducation du goût se fait par l'enseignement du beau, en littérature, en poésie, en art. Enseigner que les Païens sont les maîtres, les grands maîtres, les seuls vrais maîtres du beau et du goût voyons ce que cela signifie. D'abord, s'il est incontestable que le beau est la splendeur du vrai, cela signifie que les auteurs païens possèdent plus de vrai que les auteurs chrétiens. Ensuite, cela signifie que le Christianisme n'a produit en littérature, en poésie, en art que des médiocrités ; que si le Christianisme a le fond, il n'a pas la forme; que s'il est vrai, il n'est

1 Jean, III, 31.

pas beau; que pour être parfait, il faut que le Paganisme vienne le compléter.

XXXVII.

En résumé, tout cela signifie que le VERBE-JÉSUS, la Parole par excellence, n'a pas su parler, ou qu'il n'a pas pu ou pas voulu donner à son Eglise, ni à ses enfants, ni même à ses Prophètes, des talents qu'il aurait prodigués au père du mensonge et à ses sectateurs. Qu'on y prenne garde : de pareilles affirmations n'ont-elles rien qui offense les oreilles pieuses? Rien qui scandalise les faibles? Rien qui porte le trouble dans les âmes?

Qu'aujourd'hui la méthode mixte soit acceptable, désirable même comme méthode de transition, soit. Mais il ne faut pas l'oublier la société ne sera tout d'une pièce, que lorsque l'éducation elle-même sera tout d'une pièce; entièrement chrétienne, si l'éducation est entièrement chrétienne; sinon, non.

:

XXXVIII.

Telle fut la pensée des premiers chrétiens, nos maîtres et nos modèles. Si on ouvre les Constitutions apostoliques, dont l'origine touche au berceau de la foi, et que toute l'antiquité a révérées comme des témoins fidèles de l'esprit et de la tradition primitive, on y lira en propres termes : « Abstenez-vous » de tous les livres des Gentils. Qu'avez-vous à faire de ces >> doctrines, de ces lois étrangères et de ces faux prophètes ? » Ces livres font perdre la foi aux hommes légers. Que vous ⚫ manque-t-il dans la loi de Dieu, pour que vous recouriez à » ces fables?

» Si vous voulez de l'histoire, vous avez les livres des Rois. » S'il vous faut de la philosophie et de la poésie, vous en > trouverez dans les Prophètes, dans Job, dans les Proverbes, » et bien plus belle que dans aucun ouvrage de ces sophistes » et de ces poètes; c'est, en effet, la parole de Dieu qui,

seule, est sage. Recherchez-vous du lyrique? Lisez les » Psaumes. D'antiques origines? Lisez la Genèse. Des lois, des » préceptes de morale? Prenez le Code divin du Seigneur.

Const. apost., lib. I, c. 6, Pat. grecque, t. I, p. 569, et le texte et la trad. de tout ce chap. Annales, t. XVI, p. 251 (4o série), et Labbe, t. I, p. 215; Baron., t. 1, p. 102, no 9.

» Abstenez-vous donc absolument de tous ces ouvrages profanes > et diaboliques: Ab omnibus itaque alienis et a diabolo exco> gitatis fortiter abstine1. »

XXXIX.

D'où vient, mon cher ami, l'aberration incompréhensible signalée dans cet écrit ? Elle vient de deux sources. La première, l'ignorance de la littérature Biblique et Chrétienne. La jeunesse prétendue lettrée qui sort des lycées, n'en connaît pas le premier mot; celle qui vient des colléges catholiques et des petits séminaires n'en connaît pas le second. Tous connaissent la Louve de Romulus, les Oies du Capitole et les Poulets de Claudius; mais les gloires littéraires du Christianisme sont pour eux, ce que l'Amérique était pour l'Europe avant Christophe Colomb.

La seconde, le préjugé que depuis le commencement du monde, le beau littéraire et artistique n'a jamais habité que dans la Grèce païenne et dans Rome païenne. Personnifié dans quelques hommes seulement, il est mort avec eux.

Toutefois, il faut le constater, ce préjugé, sous le rapport artistique, fait place au bon sens. En 18511, M. de Montalembcrt m'écrivait, et sa prédiction s'est vérifiée : « Il y a vingt » ans, on riait de ceux qui osaient mettre la cathédrale de > Reims au-dessus de Saint-Pierre de Rome, et je me sou» viens d'avoir été à peu près traité d'impie et d'imbécile par » un homme respectable, à qui j'avais manifesté cette préfé»rence en 1839. Dans trente ans peut-être, on rira du Chrétien qui hésitera à mettre, sous tous les rapports, les Pères » et les grands écrivains du Moyen-Age au-dessus des auteurs > classiques et de leurs modernes imitateurs. >

XL.

L'ignorance et le préjugé dont je viens de parler, sont imputables à l'éducation; comme l'éducation moderne elle-même est imputable à la Renaissance, qui fut la plus terrible épreuve de l'Eglise depuis son berceau, suivant l'expression de l'illustre évêque d'Arras, Mgr Parisis.

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Qu'est-ce donc que le monde actuel? C'EST UN ENFANT

• 25 octobre.

MAL ÉLEVÉ. Pourquoi mal élevé? Parce qu'on lui a laissé ignorer Celui qui est la Voie, la Vérité, la Vie, le VERBEJÉSUS. Dans ce fait, le monde actuel peut trouver une circonstance atténuante à ses iniquités et une explication à ses malheurs.

« Il est vrai, dit-il, je suis bien coupable et bien malheu>> reux. Mais à qui la faute? Ce n'est pas moi qui me suis fait » ce que je suis; je suis ce que l'on m'a fait, et ce sont mes » maîtres qui m'ont fait ce que je suis. Pendant les années déci»sives de ma vie, on m'a laissé ignorer le Christianisme, ou » l'on ne me l'a administré qu'en doses homoeopathiques, tan» dis qu'on m'a bourré de Paganisme. Je transmets ce que j'ai » reçu; le mépris du Christianisme, que je ne connais pas, » joint à l'admiration de tout ce qui n'est pas le Christianisme. » Vous me reprochez d'être ce que je suis ; je le conçois. Con» damnez-moi, excommuniez-moi; vous le pouvez. Mais si » vous êtes justes, après m'avoir fait mon procès, faites-le à » ceux qui m'ont élevé.»

Bien à vous,

J. GAUME,
Protonotaire apostolique.

Traditions mexicaines.

LE CHANT D'AXAJACATL

Je traduis de l'espagnol. Ce chant1 rapporté par Torquemada, est peut-être un des plus complets de ceux de ce malheureux peuple mexicain, qui sont parvenus jusqu'à nous.

Je m'en tiens à la lettre, et c'est aussi ce que déclare le traducteur espagnol. Ces deux traductions toutefois ne peuvent donner qu'une idée bien pâle de la poésie mexicaine, laquelle, comme personne ne l'ignore, tenait bien plus à la forme et à l'harmonie qu'aux idées et à l'intérêt des faits, et n'hésitait pas à orner les strophes de monosyllabes et de polysyllabes de toute nature, toujours sans signification.

Il est très-difficile de reproduire dans notre langue la langue mexicaine, si nous devons ajouter foi au milanais Bottorini (17e siècle), qui affirme : - «< « Qu'aucune langue ne peut être › comparée à la mexicaine, soit pour l'urbanité et l'élégance de » la phrase, soit pour la sublimité des idées, tour à tour grave » et suave à l'oreille. »

Mais je ne puis guère croire à cette assertion, quand je pense à l'alphabet de ces peuples, privé des six consonnes, b, d, f, g, r, s, et très-abondantes en 1, x, t, z, tl, tz.

Le sujet du chant est historique, et nous le trouvons mentionné dans un très-grand nombre d'écrivains qui traitent des affaires du Mexique. Voici le passage de Humboldt :

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« Une guerre civile fut allumée à cette époque (1464) par Moquihuix, que je change en Mochivi pour la facilité de la » traduction, roi de Tlatelolco. Quoique ce prince fût, du temps » de Montézuma Ier, du nombre des plus illustres soutiens de » l'empire mexicain, et qu'il eût dû rester l'allié d'Axajacatl, » 6e roi du Mexique, successeur de Montézuma, ne serait-ce » que parce qu'il en avait épousé la sœur, il changea tout à

Ce chant est traduit de l'italien, du t. vIII de la Rivista europea de Florence.

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