Page images
PDF
EPUB

divine, elle se leva avec force et vit le ciel. Elle le vit, puis elle se reposa de nouveau, et son repos fut éternel.

Les jeunes filles, ses compagnes, couronnèrent son front de roses blanches, mirent une palme verte à sa main droite, et c'est ainsi que, le visage découvert et habillée de blanc, elles la portèrent dans le tombeau de sa mère, qui la reçut de nouveau dans son sein.

A. BONNETTY.

Orthodoxie Catholique.

LE VRAI, LE BEAU ET LE BIEN DE M. COUSIN

MIS A L'INDEX

et établissement d'une Eglise chrétienne SANS LE CHRIST

24o ARTICLE1.

108. M. de La Mennais depuis la publication de son livre : De la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil, jusqu'à sa maladie mortelle.

A M. Berryer.

Après son procès et sa condamnation M. de La Mennais quitte Paris et se retire à La Chenaie, d'où il écrit à M. Berryer, son brillant défenseur, une lettre d'une tendresse extrême. La Chenaie, 18 septembre 1825. Hélas! comment ne vous aimerait-on pas ? vous êtes si bon, cher. Mon pauvre coeur se repose dans le vôtre, et là, il sent que tout n'est pas tristesse et douleur sur la terre. Aimez-moi aussi, cher, et dites-le moi ; cette douce parole va bien avant, elle ranime mon âme qui plie sous le poids de tout ce qui la presse 2.

Mais bientôt ses propres affaires le rappellent à Paris, d'où il jette de tristes et prophétiques appréciations sur la position du Gouvernement du Roi ".

A M. de Senfft. Versailles, 8 juillet 1826. Nous nous en allons tout doucement, sans résistance et sans bruit, sans regret apparent, comme un pauvre mort qu'on porte à son dernier gite. Chaque jour le Gouvernement perd quelque chose de ce qui lui restait d'autorité dans l'opinion. Il reste debout comme le tronc d'arbre qui n'a plus ni seve ni racines vivantes. Aussi les événements les plus extraordinaires et les plus graves par leurs suites se passent autour de nous, sans que nous ayons l'air d'y prendre seulement garde ".

Voir le dernier art. au No précédent, ci-dessus p. 224.

• Euvres posthumes de F. La Mennais, publiées selon le vœu de l'auteur, par E. de Forgues, t. I, p. 135.

M. de Senfft ambassadeur de Saxe à Paris, puis d'Autriche à Turin.

[ocr errors][merged small]

Cependant il ne se décourage pas et travaille toujours. L'étude des traditions orientales l'étonne à bon droit et il déplore l'ignorance où l'on est à cet égard.

A M. de Senfft.

[ocr errors]

Versailles, 9 août 1826. Les courts moments dont je peux disposer, je les consacre à des recherches relatives à l'ouvrage que je médite et qui s'étend dans mon esprit. J'étudie le Moyen Ag, si peu connu et si digne de l'être ; j'étudie la législation primitive de l'Orient, et j'y découvre, à chaque minute, des trésors de vérité qui me confondent d'étonnement, et cela dans les ordres très-divers. Je vois combien les idées de notre temps sont rétrécies en religion, en philosophie, en droit social, comparées aux idées antiques. On en est venu à un tel degré d'ignorance et d'aveuglement que l'on ne comprend même pas ce qu'on lit. Plaise à Dieu que je ne reste pas trop au-dessous de l'immense sujet que j'aurai à traiter '.

Ici se trouve une épisode de sa vie, c'est celle du bruit qui courait que Léon XII voulait le nommer cardinal. Voici ce que l'on peut savoir de ce projet, c'est la comtesse de Senfft qui écrit :

A M. de La Mennais Turin, 15 novembre 1826. Maintenant à bon entendeur, salut. La comtesse R. (Ricini) ajoute dans sa lettre que le bruit d'une certaine nomination au Cardinalat s'étant répandu à Rome, quelqu'un osa bien y faire faire allusion dans un entretien avec le Saint-Père lui-même. qui n'a donné aucune réponse quelconque. Il fut ensuite question de la promotion possible d'une autre personne qui déjà, par avance, avait acheté son costume, sur quoi Sa Sainteté ajouta Il peut bien vendre sa pourpre de peur que les vers ne s'y mettent. Je puise beaucoup d'espérance dans ces renseignements, et j'ai voulu me hâter de vous conter tout cela moi-même 2. L'abbé de La Mennais se borne à répondre le 26 novembre 1826:

J'ai reçu exactement vos lettres. —Je vous remercie beaucoup des détails qu'elles contiennent3.

Mais son cœur s'échauffe et déborde en expressions d'une tendresse extrême à l'égard de ses amis.

A M. de Senfft.- Paris, 22 décembre 1826. Mon cœur, habituellement si serré et si triste, s'épanouit à la

Forgues, t. 1, p. 190.

2 Forgues, t. I, p. XLIX.

Forgues, t. I, p. 205. Il y a quelques autres paroles p. 198, mais on ne sait s'il s'agit de ce projet. Voir ci-après une lettre du 9 août.

[ocr errors]

seule vue de vos écritures. Oh! oui, je vous aime, je vous aime comme personne ne vous aima jamais. Puisse, puisse le bon Dieu nous réunir ici-bas et ensuite dans cette belle éternité qui doit nous être sans cesse présente, et où toutes nos douleurs seront consolées; euntes ibant et flebant, mittentes semina sua; venientes autem venient cum exultatione, portantes manipulos suos1. Et toujours avec une ardeur infinie il s'adresse à Dieu :

A Madame de Senfft. - Paris, 24 décembre 1826. Du reste je suis triste et souffrant ; Michel-Ange a peint ce que j'éprouve:

Il ben per durar poco,

L'alma, non men che'l mal, m'aggrava e preme1.

Dieu, Dieu et Dieu seul; oh! oui, Dieu seul ! Aimons-nous en lui, pour, en lui aussi, nous retrouver éternellement.

Il prévoit une révolution nouvelle et il appelle encore Dieu à son aide.

A Madame de Senfft. Paris, 1er janvier 1827. Nous approchons des jours mauvais, des jours que Job a déplorés dans sa douleur toute prophétique, et dont son âme ne pouvait soutenir le poids; mais au bout est le repos, la joie, la gloire. Encore un peu de temps, comme il est dit dans l'Evangile, et puis nous entendrons la voix de l'époux: Venio cito, amen; veni Domine Jesu! Ma grande, mon unique consolation est de méditer ces douces paroles d'espérance et de paix. J'ai tant souffert des hommes, depuis un an surtout, que le monde m'est devenu comme une perpétuelle apparition de l'enfer".

Il quitte de nouveau Paris, il revient à La Chenaie, et de là, il écrit à la fille du comte, laquelle était malade.

[ocr errors]

A Mad. Louise de Senfft. La Chenaic, 4 juin 1827. Hélas! que serait-ce que cette triste vie, si la foi, si l'espérance, si l'amour ne nous soutenaient; il y a des moments où je suis près de succomber sous le fardeau. Mais vous avez plus de force que moi, parce que vous avez plus de vertu. Le bon Dieu vous mesure ses grâces en proportion de vos épreuves. Oh! profitez, profitez-bien d'une si grande occasion de mérite. Ne laissez rien échapper, pas même la plus petite feuille de cette belle et riche couronne que les anges tressent pour vous dans le Ciel. Les souffrances seront passagères; même ici-bas,

▲ Psal. CXXV, 6, 7. Forgues, t. 1, p. 213.

Non moins que le mal, le bien, par son peu de durée, fatigue et déprave mon âme.

Forgues, t. I, p. 219.

Forgues, t. I, p. 219.

VI SÉRIE. TOME XVI.-- N° 94; 1878 (95e vol. de la coll.) 20

elles ne dureront pas toujours, mais la récompense ne passera point.

Que je voudrais être près de vous pour partager les soins que vous prodigue la tendresse de vos proches, pour essayer de vous distraire, ne fut-ce que par quelqu'une de ces folies que vous pardonniez à ma jeunesse. Vous souvenez-vous comme nous avons ri; j'espère toujours que ce temps-là reviendra, et sûrement ce ne seront ni les choses risibles, ni les personnages ridicules qui manqueront à notre gaité, quand le bon Dieu permettra que j'aie le bonheur de vous revoir ‘.

Au milieu de toutes ces persécutions, il était encouragé par les témoignages d'affection qu'il recevait de Rome, de la part du Souverain Pontife, un de ses amis lui écrit :

[merged small][ocr errors]

Rome, 8 juin 1827.

Le Saint-Père nous regarde toujours avec un œil de bienveillance tcute paternelle. Lundi de la semaine prochaine, je serai à ses pieds. Je lui offrirai votre Portrait lithographique que j'ai fait encadrer dans une cornice (cadre, bordure) d'une trèsgrande beauté. Avant de le lui présenter, je l'ai fait interroger, et il a eu la bonté de me faire entendre que S. S. acceptera volontiers le Portrait de M. de La Mennais, mais qu'elle désire que le Père le lui présente en personne.

[ocr errors]

Qu'il me tarde, mon très-cher ami et frère, que ce Portrait soit exposé dans la chambre d'audience du Souverain Pontife! J'espère, par ce seul trait de la bienveillance souveraine envers vous, que les courtisans, au moins, apprendront à vous estimer davantage; et je me flatte que votre modestie voudra bien me pardonner cette sainte cotterie romaine (sic) en faveur des conséquences salutaires qui peuvent en résulter pour la vérité 2.

Il prévoit les persécutions contre le Christ, vu les dispositions gallicanes des ministres et des évêques, et il excite l'abbé Gerbet, l'abbé de Salinis et les autres à soutenir le bon combat. A l'abbé Gerbet. La Chenaie, 21 juin 1827. Une conspiration contre Jésus-Christ et son Eglise s'ourdit en ce moment à Paris. Des hommes plus coupables que Crammer, car celui-ci pouvait au moins alléguer la crainte d'Henri VIII, travaillent à nous jeter dans le même abîme; leur conscience a cessé de parler, et rien ne les arrêtera désormais; il faut comp· ter là-dessus. Dieu s'est retiré d'eux, il leur a dit: Faites.

Tout ce que la perversité astucieuse et froide peut concevoir de plus odieux, tout ce que la rage peut inventer de plus violent, nous le verrons. Mais en dépit de tous leurs efforts, de toute leur puissance, de toutes leurs ruses, de toutes leur persécutions, la foi triomphera. Jamais ils ne parviendront à la

Forgues, t. I, p. 249.
Forgues, t. I, p. XLVI,

« PreviousContinue »