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d'un autre côté, les préceptes les plus relevés conviennent » naturellement au plus noble des caractères, je lui ai, à cause » de cela, fait présent de ces traductions. Et, véritablement, car je ne viens pas flatter comme un poète par des fic» tions et en suivant ce qui est peut-être l'habitude de la plu› part des hommes, mais je dis ici ce que je pense en le décla> rant noble à tous égards, c'est bien à un tel esprit qu'on ⚫ doit communiquer le résultat de ses travaux. Si, toutefois, » il apparaît dans ceux-ci quelque chose qui ne satisfasse pas

complétement, ce n'est pas à moi qu'il faut l'attribuer, mais au livre d'après lequel j'ai traduit; car, en vérité, ce livre » était tellement fautif que j'ai eu la plus grande difficulté à y » démêler le sensé.

(A suivre.)

MOYSE SCHWAB.

Histoire biblique.

LA DÉCOUVERTE DU LIVRE DE LA LOI

SOUS LE ROI JOSIAS

ET

LA THÉORIE DU COUP D'ÉTAT

D'APRÈS LES DERNIERS TRAVAUX‘.

Sous ce titre, M. l'abbé Deschamps, vicaire général de Chalons, vient de publier une Dissertation où il nous montre : 1° une nouvelle manière de faire l'histoire, non plus d'après des documents, mais d'après des conjectures; 2° où il donne une réfutation complète de cette manière nouvelle et commode de faire l'histoire.

Quand on est arrivé là, comme il le dit lui-même, il n'y a plus à discuter, car c'est la fin ou plutôt la négation de la science.

Il s'agit de ce passage des Paralipomènes lors de la restauration des cérémonies du temple sous Josias (640 av.

«

J.-C.).

Comme (les ouvriers) retiraient l'argent qu'on avait >> apporté dans la maison de Jehovah, Helcias, le prêtre, trouva » le Livre de la Loi de Jehovah par la main de Moïse. Helcias, » le grand prêtre, dit à Saphan le scribe : J'ai trouvé le Livre » de Loi dans la maison de Jehovah 2. »

Voici d'abord le texte et ses différentes traductions :

משה ביד־

תורתך
ספר
את־

יהוה

Mesche bid

Ieoue thoureth sepher ath, lue sans les points. Mosche be-iadh Jehovah torah sepher hat, avec les points. Voici les diverses traductions:

2

Dissertation de 61 p. Paris, chez Palmė.

II Paralipomènes, XXXIV, 14. - Voir IV Rois, XXII, 8.

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Les Septante : Βιβλίον νόμου Κυρίου διὰ χειρὸς Μωϋσῆς.
La Vulgate Per manum Moysi.

La Bible de Ximenès: in manu ou per manum Moseh, dans sa traduction interlinéaire :

Vatable per manum Moseh.

L'abbé Glaire: Livre écrit de la main de Moïse.

L'abbé de Genoude: Loi donnée1 par la main de Moïse. Giguet La loi donnée par Moïse, traduction des Septante. Nous ne savons pourquoi M. Cahen traduit Torah, la Loi, par doctrine, et a mis par Moïse en supprimant be-iadh, mot à mot par la main.

Sur le mot trouva, M. Cahen dans sa Bible met cette note qu'il est bon de reproduire :

Ainsi cet ouvrage se trouve égaré dans une chambre destinée à recevoir de l'argent, un gazophylacium; ce qui montre d'abord qu'il n'existait pas de bibliothèque, ensuite que ce livre de la thora était rare même à Jérusalem. Si la capitale était si illettrée, que penser des provinces ? Quel culte y existait-il? Outre les lévites, y avait-il encore beaucoup de personnes sachant lire et écrire ? C'est douteux".

M. Cahen oublie que les rois précédents, tous apostats, avaient fait tous leurs efforts pour détruire le culte de Jehovah, il n'y a donc rien d'étonnant que ce livre ne fût dans aucune bibliothèque publique. On comprend aussi qu'il devait être rare, mais il y avait le précepte fait aux rois de l'écrire de leur main.

Après qu'il (le roi) se sera assis sur le trône de son » royaume, il écrira pour lui le Deuteronome de cette Loi dans » un livre, recevant une copie des prêtres de la tribu Léviti» que, et il l'aura avec lui, et il le lira tous les jours de sa

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vie, afin d'apprendre à craindre le Seigneur son Dieu et de

garder ses paroles et ses cérémonies, qui sont prescrites dans » la Loi 3. »

Notons le mot donnée au lieu de écrite.

2 Traduction de la Bible, t. Xví, p. 161.

3 Postquam autem sederit in solio regni sui, describet sibi Deuteronomium legis hujus in volumine, accipiens exemplar à sacerdotibus

VI SÉRIE. TOME XVI.- N° 95; 1878. (95° vol. de la coll.)

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On voit que les Lévites au moins avaient des exemplaires de la Loi. Or ils composaient toute une Tribu.

Il y en avait donc, mais cachés. Les provinces comme éloignées du centre de la persécution devaient en avoir plus que la capitale. Quant au culte, c'était celui des pères et des mères qui n'a jamais pu être entièrement oublié.

Et au IV Livre des Rois, xx, 8, M. Cahen ajoute cette

note:

Eichorn remarque avec raison qu'il serait faux de conclure de la circonstance dont il s'agit ici, qu'auparavant personne n'ait eu connaissance des livres de Moïse. Ce n'est pas toute la cour qui est émue à la lecture des paroles du livre de la doctrine (verset 11), mais le jeune Roi seul, et il fut ému non de l'existence du livre, mais de son contenu 1.

De tous ces textes il résulte clairement une chose, c'est que le Livre de la Loi, écrit par la main de Moïse, qui était placé dans l'Arche d'alliance, avait été enlevé et soigneusement caché sous le règne des rois précédents apostats et persécuteurs. Il fut retrouvé alors, et l'on conçoit la joie, l'émotion du roi Josias et les grandes cérémonies qu'il fit faire pour rétablir le culte, selon toutes les prescriptions de ce livre.

Or, savez-vous ce que les exégètes modernes ont trouvé dans ce fait? Ils ont trouvé que c'est là que commence la religion d'Israël et l'établissement du Monothéisme.

Que le grand prêtre Helcias et autres prêtres formèrent un complot, composèrent le livre de la Loi, le cachèrent dans le temple, puis dirent qu'ils l'avaient trouvé, et ainsi commence le vrai culte mosaïque.

Or, comment est composée cette histoire? Sur des conjec

tures.

C'est cette extravagance historique que M. l'abbé Deschamps expose et anéantit, on peut dire, dans sa dissertation.

Voici d'abord la préface qu'il donne à ce tableau de la polémique anti-catholique.

« Après le dieu et l'homme, le malade. »

Leviticæ tribus, et habebit secum, legetque illud omnibus diebus vitæ suæ, ut discat timere dominum Deum suum, et custodire verba et ceremonias ejus, quæ in Lege præcepta sunt (Deuteronium, XVII, 18, 19.

Bible, t. VIII, p. 187.

Sous la plume de son auteur, cela peut vouloir dire ceci : après avoir fait du Christ un homme ordinaire, sauf la sublimité du génie et la divinité de l'idéal qu'elle lui accordait, la critique négative en est venue à en faire un « malade » atteint d'affection nerveuse, « congestive » au début, « puis inflammatoire »; « affection », ajoute-t-on encore « incurable. »

Cette dernière et niaise déformation du Dieu des Evangiles porte la signature de M. Soury.

On l'aurait deviné.

Dans le domaine de l'exégèse antibiblique, M. Soury se montre constamment l'enfant terrible, ou plutôt l'homme qui casse les vitres.

Cela dure depuis 1872, l'époque à laquelle il commençait à poser, dans une revue fameuse, sa candidature au rôle de critique ultra évhémériste.

Ce titre, objet de ses voeux, M. Soury, à l'heure présente, achève de le conquérir, et ce sont MM. Kuenen et Renan qui lé lui décerneront.

Chose curieuse! c'est la même série de dégradations systématiques que devaient subir, en passant par les mains de l'exégèse rationaliste, et l'histoire de la découverte du « Livre de la Loi» et l'histoire du Christ, rédempteur des hommes.

Mais, chose plus curieuse encore! c'est le même écrivain français qui, sous nos yeux, devait pousser jusqu'à la dernière limite du puéril et de l'absurde les caprices du rationalisme biblique, et dans la question du Pentateuque, notamment du Deuteronome, et dans la question des Evangiles.

En d'autres termes, c'est le même M. Soury qui devait faire du 5e livre de Moïse, de pauvres «grimoires»; d'un jeune roi de Juda, Josias, un « don Quichotte hébreu », et de l'HommeDieu « un problème de psychologie morbide. »

L'auteur de Jésus et les Evangiles est aujourd'hui à M. Renan ce qu'il était hier à M. Kuenen. Il a fait faire à la théorie de l'un, concernant la divine personne du Christ, comme à la théorie de l'autre, concernant la question biblique traitée ici, le dernier pas qui les séparait encore de l'abîme où il n'y a plus que l'odieux et le ridicule.

Nous ne saurions nous en plaindre.

En traversant le cerveau de M. Soury, ce puissant alambic, les idées de M. Kuenen sur la religion d'Israël, ainsi que le système de M. Renan sur le divin fondateur du Christianisme, ont perdu l'attrait qui les faisait valoir auprès de beaucoup de gens.

Les admirateurs de la théorie du coup d'Etot monotheiste inventée par M. Kuenen auront trouvé grotesque l'intervention du héros de la Manche et des « grimoires » d'Helcias en cette affaire.

De même, les naïves imaginations jusqu'ici agenouillées de confiance devant la charmante idylle galiléenne, rêvée et décrite en vrai poëte par M. Renan, vont s'enfuir à tire-d'aile à l'apparition du nouveau « Nazaréen », cette manière de « Juif fanatique », cette tête dure de visionnaire », que M. Soury

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