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Deschamps aux Professeurs catholiques dans les termes sui

vants :

Une pensée nous traverse l'esprit au moment où nous terminons cette étude. Il nous semble que l'exégèse catholique, notamment dans l'enseignement de l'Ecriture sainte, n'accorde peut-être pas une assez large place à la question que nous venons d'essayer de traier. Quoi qu'il en soit, cette question a une portée immense. Voilà pourquoi elle captive à un si haut degré aujourd'hui la critique rationaliste, qui en fait le sujet de l'une de ses attaques les plus bruyantes contre la divinité de la Bible. « A l'aide du double récit de la prétendue découverte du » Livre de la Loi, dit-elle triomphalement, la science dé>> montre qu'aucun des livres dits Mosaïques n'existait encore » sous Josias avant le coup d'Etat consommé par ce prince. » Il est évident que si la théorie du coup d'Etat, telle qu'elle est exposée par la nouvelle école antibiblique, a raison, il n'y a pas eu de Peniaieuque avant le 7e siècle qui a précédé notre ère, puisque, en plein 7e siècle, on en eût été encore à chercher un programme, » ou si l'on veut, un ensemble de lois prétendues mosaïques, » pour assurer le succès de la restauration monothéiste dont on aurait placé le point de départ dans un acte de supercherie littéraire. » .

«

Mais si, d'un côté, la question est aussi importante que nous le disons, d'un autre côté elle se trouve résolue en faveur de l'authenticité de l'œuvre du grand législateur avec une nouvelle force et un nouvel éclat, grâce aux nouvelles données que le progrès des études bibliques met à la disposition de la saine critique (p. 58, 59).

M. l'abbé Deschamps résume ainsi toute la question :

Quelles sont donc les deux grandes questions qui se posent devant nous et sollicitent une réponse? La première, la voici : les livres des Rois, le 11e et le ive, sont-ils des sources d'information historique assez sûres pour que l'on puisse admettre leur témoignage sur parole? La seconde est cette autre de quelle valeur historique peut être le témoignage des Paralipomenes? La réponse à ces deux questions a été donnée depuis longtemps d'une manière péremptoire par la science impartiale, et cette réponse a reçu, sous nos yeux, dans ces dernières années, une confirmation éclatante qui va toujours croissant, grâce au développement continu des richesses mises au service de l'exégèse biblique? La nouvelle école, il est vrai, se trouve ébranlée devant tant de documents nouveaux venant tour à tour donner raison, non-seulement aux livres des Rois, mais aux Paralipomenes, comme nous l'avons vu. Cependant, parmi ses adhérents, il en est qui résistent encore. Il n'est pas jusqu'aux inscriptions assyriennes, faisant écho aux pages des Paralipomènes, ainsi que nous l'avons montré; il n'est pas jusqu'à la stèle de Mésa1, cette page vivante où se reflètent les Rois et les

Voir Die Keilinschriften und das A. T., par Eber. Schrader,

Paralipomenes, qui ne laissent indifférents plus d'un représentant de la nouvelle critique.

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C'est un savant professeur du Collège de France qui ne croit pas devoir parler de la captivité de Manassé en Assyrie, cet événement, dit-il, « ne nous étant connu que par le témoignage plus que suspect des Chroniques. » M. Maspéro a cependant vu dans l'ouvrage de M. Schrader, qu'il y a, pour nous certifier la réalité historique de la déportation du roi de Juda à Babylone d'autres témoignages que ceux dont il ne consent pas à tenir compte. C'est l'exégète de Natal dont la stèle de Mész n'a pu encore gagner les bonnes grâces, bien qu'elle ait été saluée à son apparition par plus d'un critique rationaliste au moins comme un argument de plus en faveur du livre des Rois, l'une des deux sources bibliques où le Rév. Colenso puise, tout comme nous, le récit du « Livre de la Loi ». « Le professeur Rawlinson prétend, dit-il, qu'après la découverte de la stèle de Mésa, il est difficile de prévoir tout ce que l'on ne peut pas attendre de l'exploration de la Palestine (en faveur de la partie historique de la Bible), comme si la pierre moabite, bien interprétée, ajoute le récalcitrant auteur, prouvait autre chose que l'existence de Mésa, roi de Moab .» Ne peut-on pas, notamment sur de telles paroles, juger si la science, dans l'école de M. Kuenen, est en train « de nous conduire à la possession » de la vérité, » dans le domaine des études bibliques, ou si, au contraire, elle ne nous mène pas tout droit à la négation de la science même (p. 59, 60)?

Nous n'hésitons pas à dire que c'est par des travaux de ce genre, et non par des discussions scolastiques sur Aristote, Platon, saint Thomas ou Scot, que l'on réfutera ces modernes détracteurs de la Bible et que l'on appuyera l'Eglise sur son maître et son fondateur, le Verbe primitif, qui ne fait qu'UN avec notre divin Jésus.

A. BONNETTY.

p. 26. Cf., I Rawlinson, 48, l'inscription d'Assarahaddon, déjà citée, où Manassé figure au nombre des vingt-deux princes tributaires du « grand roi. »

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Maspero, Hist. anc., p. 450, no 1.

« As if the Mosbite stone, if (it is) righthly interpreted, proved anything beyond the existence of Mesha King of Moab. » The Pentateuch, par M. le Rév. Cotenso, évêque de Natal, vol. VI, p. xx et XXI de la préface.

Traditions chinoises.

APPRECIATION DU LIVRE DU P. PRÉMARE

PAR M. J.-M. SUCHET.

L'Union franc-comtoise de Besançon a inséré dans son n° du 18 octobre dernier une appréciation du livre du P. Prémare que nous croyons devoir reproduire. Ce journal, dirigé et rédigé par M. Michel, est un des meilleurs journaux de province que nous connaissions. Par ses articles de fonds, par le choix des extraits des journaux de Paris, il tient parfaitement au courant de toutes les questions importantes religieuses ou politiques. Voici cet article : A. B.

Notre compatriote, M. Paul Perny, ancien provicaire apostolique en Chine, a publié précédemment, avec une courageuse persévérance, plusieurs ouvrages importants sur la langue et la littérature chinoises. Tels sont : deux Grammaires de la langue chinoise; des Dialogues chinois-latins; des Proverbes chinois; un grand Dictionnaire français-latin-chinois; un Appendice de ce dictionnaire, contenant un grand nombre de curieuses notices sur les usages, les arts et la littérature de la Chine.

M. Paul Perny vient de compléter ces importants travaux en publiant, de concert avec M. Bonnetty, le savant directeur des Annales de philosophie chrétienne, un livre aussi curieux qu'intéressant pour l'apologétique chrétienne.

On sait quel respect le peuple choinois professe pour ses traditions et ses livres anciens. Or, un missionnaire de Chine, le P. de Prémare, eut autrefois l'idée de rechercher dans ces anciens livres les Vestiges de la révélation divine telle qu'elle nous est transmise par les livres de Moïse et des prophètes. Il y retrouva cette Révélation primitive, conservée dans ses élé

(1) Prix: 32 fr. par an pour la Franche-Comté, 40 fr. au dehors. Besançon, Grande-Rue, 14.

ments essentiels, quoique altérée par des travestissements. La fable n'y était qu'une corruption de la vérité, comme l'avait déjà remarqué Bossuet. Mais cette vérité se reconnaissait à une foule de traits. « Dans ces livres, incontestablement les >> plus anciens monuments profanes de l'antiquité, les Chinois » ont conservé presque tous les dogmes essentiels et toutes les prescriptions morales de ce Christianisme primitif. »

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Ce sont ces livres chinois que le P. dẹ Premare lut et relut cent fois. Il y recueillit tous les passages qui rappellent les promesses, les figures, les prescriptions de l'Ancien Testament, et, avec ces textes, il composa, pour la Chine, le plus beau et le plus savant traité d'apologétique.

Ce travail précieux, resté en manuscrit, était depuis longtemps demeuré dans l'oubli. MM. Bonnetty et Perny en ont compris toute la valeur. Ils ont uni leurs efforts pour publier cet ouvrage si curieux pour tous, mais si utile en particulier pour les Missionnaires; car, au moyen de ces textes si nombreux, ils pourront, comme le font observer nos auteurs, dire aux Lettrés chinois : « Nous ne sommes pas pour vous des › étrangers, nous sommes des frères, nés d'un même père, » séparés depuis longtemps en familles diverses, mais ayant > conservé de nombreuses et très-nombreuses preuves de notre > commune origine. Aussi ce n'est pas une Religion nouvelle » que nous venons vous annoncer; c'est le complément, la

suite, l'explication, la correction de vos propres croyances. » Voici nos Livres, nos traditions, nos croyances; consultons >> ensemble vos Livres, que nous connaissons, que nous traduisons, et vous verrez que, pour le fond et dans l'antiquité, vous avez les mêmes croyances que nous. Nos livres » expliquent complétement les vôtres; les vôtres expliquent » les nôtres en quelques points. »

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Tel est le caractère et l'importance de ce livre, qui devient ainsi, pour les Missionnaires, un moyen puissant de prédication et de conversion auprès des Chinois, comme il est pour nous une preuve de plus que les traditions de la Religion primitive se sont conservées chez tous les anciens peuples sous des formes diverses.

VI SÉRIE. TOME XVI.-No 95; 1878 (95° vol. de la coli.)

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<< On pourra citer, nous dit M. Perny, aux Lettrés chinois » les textes de leur langue qui leur prouveront que leurs an› cêtres ont été chrétiens comme les patriarches, puisqu'ils » ont connu Dieu, ses attributs, la Trinité, le Messie futur, la › chute des anges et de l'homme, etc. En leur annonçant

l'Evangile, on ne fait que les ramener aux vérités consi» gnées dans leurs propres livres, seul témoignage qu'ils veu» lent accepter. »

L'ouvrage important que nous signalons mérite donc l'attention de tous ceux qui s'occupent d'Apologétique chrétienne. Il renferme les rapprochements les plus curieux entre la Bible et le Kings chinois. MM. Bonnetty et Perny n'ont pas seulement traduit et publié l'ouvrage du P. de Prémare, ils y ont ajouté des compléments intéressants et des remarques explicatives. Au moyen de la Table de concordance des textes bibliques avec les traditions chinoises, qu'ils ont placée à la fin du volume, on peut facilement se faire une idée des croyances judaïques et chrétiennes conservées dans les livres chinois.

Ce livre, du reste, vient de recevoir un témoignage qui est bien au-dessus de nos recommandations. Sa Sainteté Léon XIII a adressé un Bref de félicitation aux auteurs.

J. M. SUCHET.

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