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plus souvent prédomination du premier sur le second. Si ce dernier cas prouve bien l'état normal de l'homme, l'état de simple lutte ne le prouve pas moins. Si l'homme fait le bien, la nature inférieure réclame; s'il fait le mal, la nature supérieure réclame à son tour et lui fait éprouver les déchirements du remords... ce n'est point là l'état normal de l'homme.

Les géologues qui ont soutenu que le monde que nous habitons avait été en proie à des boulversements subits et violents, ne se sont pas contenté de constater l'existence de ces bouleversements, ils ont encore fait voir que les causes naturelles et ordinaires sont insuffisantes pour les expliquer (par exemple les volcans, les alluvions, l'affaissement des montagnes, le changement du lit de la mer et du cours des rivières, etc., etc. Voir Cuvier), on pourrait de même imaginer des causes insuffisantes pour expliquer la dégradation de la nature humaine. Nous avons déjà réfuté l'allégation des deux penchants, lesquels, pris en soi, ne nous offrent pas l'idée de lutte, de renversement d'ordre. On pourrait supposer encore que cette dégradation actuelle de la nature humaine vient d'une détérioration graduelle de cette même nature. Mais cette supposition ne soutiendrait pas l'examen; elle ne repose sur aucune base ; elle est en contradiction avec les faits, qui attestent que l'humanité, bien loin d'être en voie de détérioration, est, au contraire, en voie de progrès et d'amélioration, au moral comme au physique. Enfin on pourrait attribuer la dégradation morale, intellectuelle et physique de l'homme à l'éducation, comme ont fait, au moins sous le point de vue moral et physique, les déistes modernes, J.-J. Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre, qui attribuent presque toujours la dégradation

Aliter et meliùs. Les géologues, non contents de constater les bouleversements dont le globe offre les traces visibles, ont essayé plus d'une fois de les expliquer par des causes naturelles, les éboulements de terre, l'écoulement des eaux, les volcans, etc. Mais ces causes sont insuffisantes (v. Cuvier); la plupart tendent à un simple nivellement du globe. Quant aux volcans, outre que point de trace de leur action, ils se bornent à des déchirements au haut des montagnes et ne déplacent point les couches environnantes. Les influences astronomiques, dont l'action est d'ailleurs très-lente, n'expliquent pas davantage.

de l'homme à la société, et se plaignent sans cesse de ce qu'on ne laisse pas agir la nature. Mais cette explication est vague, dénuée de fondement, comme la précédente, et, comme elle, contraire aux faits, et bien évidemment, à la conviction générale ; contraire aux faits, car il est de fait que les peuples chez lesquels l'éducation est la plus soignée sont individuellement et collectivement meilleurs que les autres; contraire à la convic-· tion générale, car tous les hommes emploient l'éducation pour rendre leurs enfants bons, et il faut convenir que ce fait serait bien singulier, si l'éducation avait précisément l'effet contraire; auss n'en est-il rien, et l'éducation a réellement pour effet comme pour but d'affaiblir en nous le penchant au mal, de fortifier le penchant au bien, de rétablir la subordination de la chair à l'esprit, de l'amour-propre à l'amour de Dieu et du prochain; en un mot, de détruire autant que possible les suites funestes du péché d'origine.

Les explications naturelles de l'état actuel de l'homme ne sont donc pas plus suffisantes à en rendre raison, que les explications naturelles du globe ne sont suffisantes pour rendre raison des phénomènes que nous avons signalés; et comme il faut remonter à une Cause placée hors des lois actuelles de la nature pour expliquer les faits géologiques précédents, de même devons-nous chercher hors de la sphère actuelle de l'esprit humain la raison du désordre que nous y avons signalé; aucune autre hypothèse que le Péché d'origine ne saurait rendre raison de la prédomination des sens sur l'esprit, comme une catastrophe subite et violente explique seule le bouleversement dont la nature physique porte les traces.

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Traditions comparées

LETTRES AU RÉVÉREND PÈRE BRUCKER

DE LA

COMPAGNIE DE JÉSUS.

DIX-SEPTIÈME LETTRE (suite)1.

De l'Eden sous le nom d'Athènes.

VI.

Ainsi donc, si, dans une partie de sa légende, la plus considérable et la plus importante, sans doute, le héros Thésée, dixième roi de l'Athènes mythologique, figure pour Noë, dixième patriarche de l'ère antediluvienne; dans l'autre on reconnait en lui le premier homme de la création ; — mais dans l'une et l'autre le théâtre sur lequel la fable le met en scène est celui d'une Athènes originairement identique à l'Atlantide, c'est-à-dire au monde antédiluvien.

Sur ce théâtre nous avons vu réapparaître, et à bien des reprises diverses, tous les principaux acteurs ou agents dont le récit sacré avait transmis le souvenir aux peuples issus de Noë.

Vase brisé de cent façons diverses dans le frottement séculaire à travers les peuples et leurs idiomes, ce récit a fini par ne plus circuler parmi les hommes qu'à l'état de fragments.

Quelques grands faits se sont seuls conservés dans leur ensemble, tels que la Création, le séjour dans l'Eden, le premier homme et sa compagne, le Déluge, avec les dix générations antérieures au cataclysme.

Dans le cadre de ces dix générations primitives, diversement transformées en âges ou en siècles, en années ou en jours, en règnes ou en périodes, les compilateurs ont réuni, entassé pêlemêle des versions plus ou moins nombreuses des mêmes faits

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Voir le dernier article au N° de novembre ci-dessus, p. 333.

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originaux. Et c'est ainsi que chaque nouveau règne de l'Athènes mythologique nous a montré, sous des noms divers, le premier homme reproduit quinze et vingt fois.

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Il en a été de même du Démon qui, sous la figure du Serpent, avait joué un si remarquable rôle dans le Jardin des délices dont il semblait avoir été le premier oracle, et qui s'ést soit dans le Serpent diversement reproduit à nos yeux, sacré que la tradition supposait habiter la citadelle d'Athènes1, et que les représentations figurées plaçaient auprès des arbres sacrés et aux pieds de la Déesse ou Vierge d'Athènes; soit, comme mis à la poursuite de la première femme, dans le Serpent que nous avons vu lancé à la poursuite de la vierge Pandrose, coupable d'avoir violé la ciste (le bois réservé) confiée à sa garde; et, mis en guerre contre l'homme, le Serpent qui aurait donné la mort au héros Herysichthon ou ́ Triopas2, comme dans le dragon qui aurait causé la mort du héros sauveur Hippolyte3.

dans

Le Démon prétendant initier le premier homme à la toute science divine s'est montré à nous, avec ce caractère, sous les noms du Chonnidée et du Chiron, instituteurs supposés du héros Thésée.

4

Et le même Démon, sous forme de Serpent, ayant servi d'appui ou de véhicule à l'homme pour s'élever au niveau de la Divinité, s'est reproduit dans les Serpents qui servaient mythologiquement de supports ou de jambes à divers rois d'Athènes, tels que Cécrops, Erechthee... et aussi dans les Serpents ailés formant l'attelage du char, soit de Triptolème" Adam, soit de Médée 3-Eve; deux fables dans lesquelles le char figure pour le bois réservé, qui devait mettre au niveau de Dieu de même que le et transformé ainsi en véhicule aérien ; char attelé dont le premier emploi était attribué à Erichthonius, c'est-à-dire à Erechthee".

Herod., VII, 41.

2 Hygin. arti., 11-14, p. 381.

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Hygin. fa. 250, p. 303.

Apollod. 1-5-2; Paus. 11-18-3; Lucien, iv-3, p. 579.

B

Apollod. 1-9-28; Ovid. Met. vn-218.

6

Hygin. astr. 11-13, p. 377.

1

Le Chérub, ange aux quatre formes d'homme, de lion, d'aigle, de bœuf, s'est montré à nous, sous cette dernière forme, dans le Taureau de Marathon terrassé par Thésée, dans le Minotaure, dont aurait triomphé le même héros, et dans les Taureaux ignivomes des bords du Phase pour le Phison;

Sous forme d'aigle, le même ange, armé de feu, s'est montré à nous dans l'aigle porteur de la foudre qui, par ordre de Zeus ou Ju-piter, aurait pris la place du roi Périphas ;

Comme sous la forme du lion, dans la peau de lion contre laquelle se serait armé Thésée;

Sous la forme humaine enfin, soit dans le guerrier Talos, nommé aussi Tauros, qui aurait été préposé par Héphæstos ou le Créateur à la garde de l'île de Crète1, où il se confond en partie avec le Minotaure; soit dans le Périphétės (circum splendens), fils d'Héphæstos 2, ou du Créateur qui arrêtait et mettait à mort quiconque se présentait aux lieux dont il gardait le passage.

Enfin, le Chérub transformé en chien, par suite de la méprise qui a fait confondre son nom en hébreu 27 avec l'hébreu - canis, s'est révélé encore, au singulier dans le chien immortel de Procris; au pluriel, 27, dans la meute de chiens employés par le Dieu suprême, sous le nom d'Artémis, pour mettre à mort le téméraire Actoon-Adam.

L'épée de feu dont était armé ce même ange, s'est montrée dans la foudre dont se serait servi le Dieu suprême, Zeus ou Ju-piter, pour châtier le premier homme sous les divers noms de Porphyrion, de Périphas, d'Erechthée, rois supposés d'Athen pour Eden.

D'autre part, nous avons vu le souvenir des habits de peau, dont avaient été couverts nos premiers parents, se montrer dans la tunique de peau dont la tradition faisait le vêtement de Vulcain-Gyès ou le Boiteux, dans la peau de faon donnée à la fille de Sémachus, et dans la peau de bête dont aurait été couvert Actœon-Adam avant d'être livré aux chiens, c'est-à-dire aux chérubins.

4 Apollod. 1-9-26.

2

Apollod. -15–1.

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