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Orthodoxie Catholique.

LE VRAI, LE BEAU ET LE BIEN DE M. COUSIN

MIS A L'INDEX

et établissement d'une Eglise chrétienne

SANS LE CHRIST

21 ARTICLE1.

99. Correspondance avec Mgr Dubois. évêque de New-York, et adhésion de M. l'abbé Lacordaire à M. l'abbé de La Mennais.

C'est pendant que s'élaboraient ces matériaux de défense dans la Société de Saint-Pierre, et que se multipliaient les adhérents à la nouvelle Société, qu'une occasion se présenta d'en étendre l'influence. Mgr Dubois, évêque de New-York, voyant les efforts des Protestants de cette ville pour répandre leurs doctrines rationalistes, forma le projet de leur opposer un enseignement scientifique complet, dans une Université catholique, et dans ce but il demanda à M. l'abbé de La Mennais de lui envoyer des directeurs et des professeurs.

L'espoir d'un enseignement vraiment catholique et anti-gallican était à peu près perdu en France. Le gouvernement y était complétement hostile, et il en poursuivait l'essai ou le projet par toutes les forces dont il disposait; l'épiscopat presque entier, sous l'impulsion de Mgr Frayssinous, s'était rallié au Gallicanisme par la déclaration des 75 évêques dont nous avons parlé 2.

L'abbé de La Mennais comprit toute l'importance de ce projet, aussi il écrivit à M. l'abbé de Salinis :

28 mai 1830. J'ai reçu, mon cher ami, des nouvelles lettres de l'évêque de New-York, lequel entre, sur ses projets et sur les moyens d'exé

Voir le 20 art. au Nc précédent, t. xv, p. 464.

* Voir Annales, t. XIII, p. 466 (6a série).

cution, en des détails fort satisfaisants. D'un autre côté, la Providence a tout récemment ouvert des voies qui faciliteront le concours qu'il demande de nous, et je suis persuadé de plus en plus qu'on peut préparer un bien immense dans ces contrées lointaines, destinées à devenir peut-être l'asile de la foi. Je vous prie donc de faire tout ce qui dépendra de vous pour que l'évêque de New-York soit traité avec faveur dans la première distribution qui se fera des fonds annuels de la Société pour la propagation de la foi. J'écrirai dans le même sens à l'abbé Perreau qui vous secondera, j'espère'.

Ce concours nouveau consistait à l'affiliation de M. l'abbé Lacordaire à la Société de Saint-Pierre et à l'adhésion éternelle qu'il lui avait vouée.

C'est pitié de voir par quelles subtilités le P. Chocarne, M. Foisset et l'abbé Lacordaire, dans ses Mémoires, publiés par M. de Montalembert, sous le nom de Testament, ont dénaturé ce concours et cette affiliation. On y dit :

<< Vers la fin de 1829, l'idée de l'apostolat dans les pays étrangers... paraît avoir assez mûri dans son esprit pour le décider à partir. Il voulait être missionnaire aux Etats-Unis. » Au printemps de 1830, il se rendit seul, et pour la pre» mière fois, à la Chenaie, pour voir M. l'abbé de La Mennais. » Cette démarche ne changea cependant rien à ses projets de ⚫ mission. Il vit même là, chez M. de La Mennais, l'évêque de » New-York, qui lui offrit une place de vicaire-général dans » son diocèse 2. >>>

Nous laissons à juger si tandis que Mgr Dubois traitait avec M. de La Mennais pour avoir des professeurs pour son Université catholique, il pouvait faire à un des membres de cette Société les offres qu'on suppose ici.

M. Foisset assure que l'abbé Lacordaire se rapprocha de M. de La Mennais sous le coup d'une hallucination morale... et le représente-t-il comme ayant formé de lui-même le projet d'aller en Amérique, emportant dans le Nouveau-Monde le prestige et l'appui de cette Ecole".

On voit qu'il cache avec soin qu'il en était le Disciple.

Vie de Mgr Gerbet, t. I, p. 94.

2 Vie du P. Lacordaire, par le P. Chocarne, t. I, p. 90, 91. Vie du P. Lacordaire, t. I, p. 139. Paris, 1873.

En 1861, sur son lit de mort, le P. Lacordaire expose ainsi le résultat de cette visite à l'abbé de La Mennais :

<< Sa philosophie n'avait jamais pris une possession claire de » mon entendement; sa politique absolutiste m'avait toujours » repoussé; sa théologie venait de me jeter dans une crainte que » son orthodoxie même ne fut pas assurée 1. »

Toutes ces assertions sont démenties par la lettre suivante, inédite, adressée à M. l'abbé Gerbet et qui est entre nos mains2: Paris, 2 mai 1830.

Mon cher ami,

Il y a un mois que je veux aller vous voir et m'acquitter envers vous d'une bien vieille dette. J'ai été plusieurs fois sur le point de monter en voiture et la nécessité m'a toujours retenu. Je ne puis ètre libre avant trois mois. Ce temps est trop long; il faut se hâter de se tendre la main dès qu'on le peut. Je le fais à votre égard avec une joie infinie. Après avoir vécu seul si longtemps et cherché avec angoisse où rattacher ma foi, mes espérances, mes travaux, je reviens à vous, j'y reviens de tout mon cœur. Il serait trop long de vous exposer la marche de mon esprit, les nuances successives d'opinions ou d'erreurs où il a passé. Hélas! que le chemin de la vérité est étroit et rude. Je ne crois pourtant pas l'avoir haïe, depuis que je suis chrétien. Mais la Providence est impénétrable autant que bonne, et il y a toujours assez de mal dans l'homme pour obscurcir son entendement. En aucun temps, je n'ai cessé d'avoir pour vous les sentiments de la plus tendre estime, et, sous ce rapport, je n'ai à renouer aucune tradition interrompue; le jour l'a dit au jour, et la nuit à la nuit.

Je vous prie d'être mon introducteur auprès de M. l'abbé de La Mennais, à qui je dois trop comme chrétien et comme prêtre, pour ne pas désirer qu'il le sache. Veuillez bien, mon cher ami, lui présenter la lettre ci-jointe; elle tiendra de vous un mérité qu'elle ne peut avoir par elle-même. Voilà donc qui est fait. Vous pouvez me compter éternellement parmi les sentinelles de la vérité, perdues ou non, et je vous prie d'en recevoir le gage dans cet embrassement.

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H. LACORDAIRE.

Il ajoute à la fin dans son testament : « Cette démarche » fausse et peu expliquable décida de ma destinée. » C'est là la pensée du Lacordaire de 1861, après les grandes séparations. Mais ce n'était pas celle du Lacordaire de 1830.

Car le 2 juiellt il écrivait : « C'est M. l'abbé de La Mennais

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» qui sera, en France, le fondateur de la liberté chrétienne » et américaine1. »

Et le 19 juillet « Oter l'Eglise de l'état d'engrainement où » elle est chez nous, pour la mettre dans l'état d'indépen>> dance absolue où elle est en Amérique, voilà ce qui est à > faire avant tout. Une fois que j'ai cru cela je suis allé à » La Chenaie 2. »

Non, ce n'est pas avant d'y être allé, c'est après, puisque c'est là que vous avez vu Mgr l'évêque de New-York.

Lorsque donc en 1830, il projète d'aller en Amérique, il y va comme mandataire de l'abbé de La Mennais, avec M. Jules Morel, un autre des disciples, et c'est comme son disciple, qu'en 1830 et 1831, il l'appelle Mon Père, comme les autres affiliés de la Société de Saint-Pierre 5.

C'est là une question vidée.

100. Travaux philosophiques et religieux de M. l'abbé Gerbet Des doctrines de la Certitude.

C'est en 1826 que l'abbé Gerbet avait publié :

Des doctrines philosophiques sur la Certitude dans leurs rapports avec les fondements de la Théologie", avec cette épigraphe: Vera Religio... omnino sinè quodam gravi auctoritatis imperio iniri recte nullo pacto potest, (S. Aug. De utilitate credendi, c. ix, n.

1.21.)

Voici comment ce livre est jugé par Mgr de Ladoue :

<< L'auteur cherche à prouver que le Cartésianisme a altéré » la notion même essentielle de la foi ainsi que l'ont exposée » les Pères de l'Eglise et la plupart des anciens théologiens; » qu'il a faussé l'idée de la foi primitive telle qu'elle existait » avant Jésus-Christ et qu'elle existe encore après sa venue..... » Ce que je puis attester, c'est que le livre éveilla l'attention » des professeurs de théologie et qu'il contribua à combler » une des lacunes les plus sensibles de l'enseignement des sé> minaires... La conclusion qu'il laisse deviner plutôt qu'il ne

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Dans quatre lettres inédites de Juillet 1831.

* Vol. in-8 de 206 p. Paris, Lib. classique, 8, rue du Paon.

> l'annonce est celle-ci : impossible de faire de bonne Théologie » sans prendre pour base le système philosophique du sens com» тип 1. >>>

Ce fut là, en effet, la pierre d'achoppement contre laquelle on peut dire se brisa toute l'école La Mennaisienne. Dans un travail, d'ailleurs très-remarquable, intitulé Sommaire d'un système des connaissances humaines 2, M. l'abbé Gerbet dit :

« La Vérité, par rapport à l'homme, ne pouvant être ce que » l'esprit humain repousse, nous sommes forcés, pour nous en» tendre, d'appeler Vérité ce à quoi l'esprit humain adhère. »

L'esprit humain devenait ainsi juge de la Vérité. S'il avait dit: La Vérité, c'est ce que le Verbe-Jésus a enseigné dès le commencement, et ce qui a été plus ou moins conservé par l'esprit humain, il aurait été d'accord avec ce même Verbe-Jésus qui a dit:

« Je suis la voie (la méthode), la vérité (la science) et la vie » (Dieu); personne n'arrive au Père, si ce n'est par Moi 3. » C'est cette méthode que nous nous sommes efforcé de suivre dans toutes les thèses philosophiques exposées dans les Annales.

Personne n'aurait attaqué cette thèse ; tandis qu'elle fut violemment combattue par le P. Rosaven, jésuite, dans un assez gros volume: Examen d'un livre de M. l'abbé Gerbet, intitulé des Doctrines philosophiques, etc. 1831.

M. Gerbet ne répondit pas à cette attaque, et plus tard, il supprima la vente du volume".

Mgr de Ladoue. Mgr Gerbet, sa vie et ses œuvres et l'école Mennaisienne, t. 1, p. 134. Paris, 1872.

Publié dans le livre de l'abbé de La Mentais, des Progrès de la Révélation et Appendices, no x1, p. 359. 1829.

Ego sum via, et veritas, et vita; nemo venit ad Patrem nisi per Me (Jean, XIV, 6).

Nous avons eu assez longtemps dans notre magasin environ 30 exemplaires qui restent; ils sont en ce moment entre les mains de M. l'abbé Bornet, son héritier.

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