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(Samedi 20 février 18 19.)

(No. 473).

La Cité de Dieu, de saint Augustin, traduite en françois. Nouvelle édition, revue et corrigée (1).

Saint Augustîn est l'un des plus beaux génies que les lettres aient produits, et un des plus grands saints qui aient honoré la religion. Sa doctrine a toujours été en grande autorité dans l'Eglise, et s'il a tenu la place la plus distinguée dans l'histoire ecclésiastique de son temps, par ses écrits, par ses travaux et ses controverses, on peut dire que l'histoire des siècles suivans est encore remplie de son nom. On a toujours recouru à ses ouvrages comme à un dépôt sûr et fidèle de la tradition. Les conciles, les papes, les docteurs, l'Eglise entière, en appellent sans cesse à son témoi guage, et adoptent souvent jusqu'à ses expressions pour en faire la règle de leurs décisions, et les sectaires eux-mêmes l'invoquent en leur faveur, et cher chent à s'appuyer d'un si illustre suffrage.

Augustin naquit, le 13 novembre 354, à Tagaste en Numidie, d'un père païen et d'une mère chrétienne. Son père prit soin de cultiver son esprit, et sa mère mit encore plus de zèle à nourrir son cœur de bons sentimens. Augustim fit de grands progrès dans les lettres; mais sa jeunesse fut fort déréglée. Il donna même dans des erreurs monstrueuses, et adopta quelque temps les folies et les impiétés des mani

(1) 3 vol. in-8°.; prix, 18 fr. et 24 fr. franc de port. A Bourges, chez Gilles, libraire; et à Paris, chez Adrien Le Clere, au bureau du Journal.

Tome XIX. L'Ami de la Religion et du Ros.

chéens, comme si Dieu ayoit voulu montrer, par son exemple, dans quel abîme d'aveuglement peut tomber l'esprit le plus élevé, quand il n'est point guidé par la foi, et qu'il n'écoute que les passions et l'orgueil. Augustin enseigna successivement les bellesLettres à Tagaste, à Carthage, à Rome et à Milan, et partout il se fit une haute réputation par ses talens, son savoir et son éloquence. Il alloit souvent à Milan entendre saint Ambroise, et ce furent les dis cours de ce saint évêque qui commencèrent à lui faire sentir la honte de ses égaremens. Après bien des combats, qu'il raconte dans ses Confessions, il se convertit, en 386, dans sa 32°. année, et se consacra aussitôt à la prière et à la méditation des choses saintes. Il fut baptisé par saint Ambroise, le samedi-saint 387, et retourna la même année en Afrique, où il passa trois ans dans une retraite voisine de Carthage, avec quelques amis animés des mêmes sentimens que lui. La vie qu'il y menoit a servi de modèle à l'ordre des Hermites de saint Augustin. Notre saint ayant été ordonné prêtre, se retira à Hippone, où il forma une nouvelle communauté; il fut chargé par Valère, évêque d'Hippone, de l'instruction de son peuple, et de là vient ce grand nombre de sermons que l'on a de lui. Fait, malgré lui, coadjuteur de Valère, en 395, il lui succéda l'année suivante. Ce n'est pas ici le lieu de raconter ses combats coutre les Manichéens, les priscilliauistes, les païens, les juifs, les donatistes, les pélagiens, les semi-pélagieus, etc. Ces controverses, où saint Augustin joua un si grand rôle, nous entraîneroient bien au-delà de notre but. Il nous suffira de dire que saint Augustin fut, en quelque sorte, l'ame de tout ce qui se fit alors d'important dans l'église

d'Afrique. Il ne négligeoit pas cependant le soin de son troupeau, prêchant, exhortant, visitant les malades, soulageant les pauvres, et donnant l'exemple de toutes les vertus pastorales. mourut au milieu. de l'exercice de ces vertus, le 28 août 430, à l'âge de 76 ans, dans le temps où les Vandales dévastoient l'Afrique, et lorsqu'ils assiégeoient Hippone, qui tomba en leur pouvoir l'année suivante.

Les écrits de saint Augustin sont très-nombreux, et leur collection forme un des monumens les plus précieux de la tradition des premiers siècles de l'Eglise Il y en a eu beaucoup d'éditions différentes, dont la plus estimée est celle des Bénédictins, en 11 volumes in-folio, qui parurent depuis 1679 jusqu'en 1700. Elle fut rédigée principalement par DD. Delfau, Blampin, Constant, Vaillant et de Frische. Parmi ces écrits, on a toujours distingué l'ouvrage intitulé : la Cité de Dieu. Cette apologie de la religion chrétienne fat commencée en 413, et achevée en 426. Le saint docteur répond à une foule d'objections des païens, qui attribuoient au christianisme la chute de l'empire romain; les barbares mênies qui ravageoient l'empire, apprécioient mieux la religion, puisqu'ils accordoient le droit d'asile aux églises et aux tombeaux des mar tyrs. Saint Augustin montre que les calamités temporelles sont souvent avantageuses aux gens de bien et que ces grands châtimens peuvent être même utiles aux nations; il rappelle les vices des Romains idolâtres, la licence de leur culte, la cruauté de leurs guerres civiles, non moins meurtrières que l'invasion des Goths, l'avarice, l'ambition, et tous les excès qui signalèrent les derniers temps de la république. Il fait voir que sous le règne même de l'idolâtrie, l'uni

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vers fut souvent affligé de grandes calamités; que l'agrandissement de l'empire ne fut point l'effet de la protection des idoles, et que la longue suite des victoires des Romains ne fut peut-être, après tout, que la récompense naturelle des vertus morales qu'ils avoient fait éclater dans le commencement, mais dont ils s'écartèrent si fort dans la suite. S'il est question de prospérité temporelle, on peut opposer aux païens celle dont jouirent Constantin et Théodose; mais comment justifieront-ils l'extravagance de leur théologie, et l'histoire ridicule ou impure de leurs dieux, qui participent à toutes les folics et à toutes les passions humaines ? Telle est la substance des dix premiers livres.

Les douze derniers traitent des deux cités, celle de Dieu et celle du monde. Leur origine, leurs progrès et les fins y sont marquées. Le saint docteur rapporte la création des bons et des mauvais anges, celle de ce monde visible, celle de l'homme et sa chute. Il continue l'histoire des deux cités, depuis Cain et Abel jusqu'au déluge, et joint à sa narration des allégories spirituelles et des réflexions morales. L'amour de soi-même et l'amour de Dieu, dit-il ont bâti les deux cités opposées, et il en distingue et earact rise les habitans. Il conduit l'histoire des deux cités jusqu'à Salomon; puis il reprend celle du monde, et présente l'origine des anciennes monarchies; il termine cette partie par le triomphe de Jésus-Christ sur le démon, et expose son incarnation, sa mort, et l'établissement merveilleux de son Eglise au milieu des persécutions et des hérésies. Quant à la fin dernière des deux cités, les habitans de l'une et de l'autre dit le savant évêque, tendent aur souverain bien; mais ceux de la cité terrestre le connoissent si peu que les

plus sages de leurs philosophes ignoroient en quoi il consistoit. Varron a compté jusqu'à deux cent quatrevingt-huit opinious différentes des anciens sur cet objet. Il n'y a que la vraie religion qui fasse connoître ce souverain bien, et qui apprenne à l'atteindre. La fin de la cité terrestre est une éternité malheureuse, et la fin de la cité céleste est un bonheur immense et inaltérable.

Cette analyse, fort abrégée, ne peut donner qu'une idée imparfaite de ce grand ouvrage, où saint Augustin passe en revue une foule d'observations, de faits et de raisonnemens qui montrent des counoissances très-étendues. Il y confond les païens par leur propre histoire, par l'absurdité de leur mythologie, par les turpitudes de leur culte, par les contradictions de leurs philosophes, par leurs aveux mêmes. Il cite un grand nombre de témoignages, et les accompagne de réflexions judicieuses. Quant à son style, il est assez connu. Il avoit peut-être plus d'abondance que de précision, et plus de facilité et de naturel que de correction. Il y a des endroits où le saint docteur entre dans des détails qui effaroucheroient le goût de notre siècle; car on a remarqué, il y a long-temps, que plus on est corrompu, plus on est difficile dans le choix des expressions sur certaines matières. Le traducteur avoue qu'il a hésité dans les traductions de ces endroits, et qu'il a été tenté d'y faire quelques changemens; il s'en est néanmoins abstenu, en quoi je ne sais s'il sera universellement approuvé. Loin de nous sans doute l'idée de blâmer un saint si célèbre depuis sa conversion par sa retenue sur les moindres choses qui avoient rapport à la pureté, qu'il ne parloit jamais à une femme qu'en présence d'un de ses

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