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pour favoriser la proposition de Baïus, que toutes les actions des infideles sont des péchés : les auteurs les plus exacts et les plus orthodoxes traduisent ainsi : Tout ce qu'on ne fait pas selon la créance que l'on a, ou selon la conscience est péché; et le P. Mauduit lui-même, dans son Analyse des Epitres de saint Paul, dit que le sens littéral de ces paroles est que toute action qui ne vient pas de la persuasion intérieure de la conscience est péché. Le même apôtre disoit aux Corinthiens, ch. xv, *. 10: Non ego, sed gratia Dei mecum; ce qui donne une idée aussi nette que juste de la coopération libre de la volonté à la grâce. Le Gros, comme Mons et Sacy, ont eu soin de faire disparoître ce sens dans leur traduction: Non pas moi, mais la grace de Dieu qui est avec moi. Nous ne citerons pas d'autres passages; ceux-ci suffisent pour montrer l'esprit de cette traduction, et sa conformité dans les points essentiels avec celle de Mons, qui a été condamnée par deux papes et par plusieurs évêques.

Tout concourt donc à rendre cette traduction suspecte, et nous ne saurions prendre sur nous de recommander l'edition de M. Desoër. Encore supposons-nous qu'il suivra la première édition de la Bible de Le Gros, qui parut en 1739, en vol. in-12. Ce seroit bien pis s'il prenoit pour guide la deuxième édition, publiée en 1756, en 5 tom. in-12 (reliés quelquefois en 6). Celle-ci, qui fut donnée par Rondet, est chargée de notes, dont plusieurs sont assez mauvaises; elle est, de plus, augmentée d'un Discours sur les prophètes, où l'éditeur donne dans des illusions chères à son parti, se perd en conjectures sur les derniers temps, et fait des allusions aussi absurdes que méchantes contre une société célèbre par ses services. Il y a lieu de croire que M. Desoër ne compte pas grossir son édition de ces déclamations qui sentent la passion et l'emportement. Du reste, afin qu'il ne nous accuse pas de ne point donner une idée de son entreprise, il se propose de faire deux éditions à la fois de la Bible, l'une en un gros vol. in-8°.; l'autre en 7 vol. in-18. L'in-8°. paroîtra e avril prochain, et sera de 20 fr.; l'in 18 paroîtra par livraison d'un ou deux volunies, et la première doit être publiée dans ce mois. Le prix de cha que volume sera de 3 fr. 50 cent. Le caractère et le papier doivent être semblables à ceux du Prospectus, qui est exécuté d'une manière satisfaisante; et si l'on ne s'en rapportoit qu'à l'œil, l'impression, quoiqu'un peu fine, seroit pourtant asser séduisante.

(Mercredi 24 février 1819.)

(N. 474-)

Notice sur M. l'abbé le Gris-Duval (1),

René-Michel le Gris-Duval naquit, le 16 août 1765, à Landernau, petite ville du diocèse de Saint-Pol de Léon, en Bretagne; il fut baptisé, le 18, dans l'église paroissiale de Saint-Houardon, Son père, qui jouissoit d'une grande réputation d'intégrité, est ainsi dé signé dans l'extrait de baptême du fils: noble homme Jean-Marie le Gris, sieur Duval, conseiller du Roi, contróleur des deniers d'octroi de la ville. Sa mère se nommoit Marie-Thérèse-Périne-Renée de la Fontaine de Truaudet. Elle étoit de la famille de MM, de Querbeuf, dont l'un devint conseiller des finances de S. A. R. MONSIEUR (le Roi actuel), et l'autre, ecclésiastique et ancien Jésuite, est connu par des éditions de bons ouvrages, et mérite encore plus de l'être par sa piété, par son zèle pour le ministère, et par l'estime qu'il avoit inspirée à beaucoup de personnes de distinction dont il étoit le directeur dans la capitale. M. et Mme, le Gris-Duval eurent huit enfans, quatre garçons et quatre filles. RenéMichel étoit l'aîné. Il ne reste aujourd'hui de toute cette famille que le plus jeune des frères, qui est médecin à Brest, et une soeur retirée aux Carmelites de Morlaix.

MM. de Querbeuf ayant obtenu des bourses à Louisle-Grand et à Navarre, pour trois de leurs neveux, l'aîné fut envoyé à Louis-le-Grand, vers l'âge de 11 aus. Il s'y fit remarquer dès-lors comme un enfant de prédilection, enrichi des dous les plus précieux de la nature et de la grâce; il n'avoit de l'enfance que la candeur, l'ingénuité, l'innocence et les autres

(1) Brochure in-8°. de 32 pages; prix, 5 cent. et go cent. franc de port. A Paris, chez Adr. Le Clerc, quai des Augustins, no. 35. Tome XIX. L'Ami de la Religion et du Roi. D

qualités qui la rendent intéressante et aimable. Parvenu à l'époque des exercices pour la première communion, on vit qu'il en sentoit toute l'importance; il s'y prépara par un redoublement de vigilance sur luimême. Entouré d'un bon nombre de camarades distingués par leur piété, tous le reconnoissoient pour leur maître et leur modèle, et ils lui rendoient avec d'autant plus d'empressement ce témoignage flatteur, que, loin de se prévaloir de sa supériorité, il ne s'en apercevoit même pas. Ingénieux à les gagner à Dieu, il les attiroit par sa complaisance, par la bonté de son coeur, par les charmes de sa conversation, par les saillies de l'esprit le plus aimable. Ceux mêmes qui n'avoient pas la force de suivre son exemple, recherchoient sa société, et ne pouvoient s'empêcher de le respecter; et l'on a vu depuis de ses camarades qui ont marqué d'une manière plus ou moins fâcheuse pendant la révolution, ou qui ne dissimu loient pas leur indifférence ou leur mépris pour la religion, donner néanmoins des marques d'une profonde estime à leur ancien ami; tant l'ascendant d'une haute vertu est puissant sur ceux mêmes qui marchent dans d'autres sentiers. Et ce qui ajoutoit à la cousidération qu'on avoit pour le jeune le Gris - Duval au collége, c'est que les talens de l'esprit ne le cédoient point chez lui aux qualités du cœur. Il ne brilloit pas moins dans la classe qu'à l'église, et il obtint et conserva sur ses camarades, dans tout le cours de ses études, une supériorité qui ne fut jamais contestée. Il termina son cours de philosophie par une thèse qui lui fit le plus grand honneur, et il sortit du collége, y laissant la même réputation que ce Décalogne qu'il avoit, en quelque sorte, remplacé; qu'il égaloit en piété, mais qu'il passoit sous le rapport du talent, de la facilité pour l'étude, et des dispositions pour les lettres.

Avec une piété si tendre, le jeune le Gris-Duval n'avoit pas hésité long-temps sur sa vocation. Il se destinoit à l'état ecclésiastique, qui lui offroit plus de moyens

de satisfaire son zèle et sa charité pour le prochain. Il reçut la tonsure, le 7 avril 1781, des mains de M. de Contrisson, évêque de Thermopyles, et passa maîtreès-arts, le 1er août 1785. Il fit choix du séminaire le plus renommé pour la pureté de la doctrine et pour l'esprit sacerdotal. Il entra au grand séminaire Saint-Sulpice, et y montra le même goût pour la vertu, le même désir de perfection, le même attachement à ses devoirs qu'à Louis-le-Grand, avec la seule différence qu'y devoient apporter les progrès de l'âge et du jugement. Il ne paroissoit occupé que de son avancement spirituel, et de ses études théologiques. On s'apercevoit bien à son air, et à tout l'ensemble de sa conduite, qu'il marchoit constamment en la présence de Dieu, et qu'il tra vailloit à former en lui l'homme intérieur. Il suivit en Sorbonne les leçons de MM. de la Hogue, Dudemaine, Asseline et autres professeurs habiles. Il reçut les ordres mineurs, le 10 juin 1786, de M. de Beauvais, ancien évêque de Sénez, et fut ordonné sous-diacre, le 22 décembre 1787, par M. Miroudot-Dubourg, évêque de Babylone. Ce fut ce même prélat qui lui conféra le diaconat, le 22 mars 1789, et la prêtrise, le 20 mars 1790. Il prit, le 9 février 1789, le grade de bachelier en théo◄ logie.

M. l'abbé le Gris- Duval ne quitta point la France en 1792. Jeune encore, n'étant p int porté sans doute sur les listes d'émigrés, n'ayant point occupé de place, et n'ayant pas eu par conséquent à refuser le serment de 1790, il étoit moins suspect, et pouvoit se rendre plus utile dans un moment où tant de prêtres proscrits et fugitifs alloient laisser les fidèles sans secours. Il se retira à Versailles, et commença à s'y livrer au ministère auquel l'avoient si bien préparé une jeunesse passée dans l'innocence, la méditation des vérités saintes, et l'étude assidue de tout ce qui est relatif à la religion. Il n'étoit point caché, quoique les décrets de proscription et les massacres du mois de septembre eus

sent suffisamment motivé cette précaution; il sortoit pour, tout ce qui exigeoit sa présence au dehors, allant visiter les malades, catéchiser dans les maisons, faire des instructions, et célébrer les saints mystères. Son âge éloignoit de lui les soupçons, et son courage étoit d'ailleurs supérieur aux dangers. Il en douna une preuve éclatante dans ce temps même.

Louis XVI venoit d'être condamné à mort. On ponvoit craindre que, dans l'état où étoit la religion, le roi ne fût privé des secours de l'Eglise, et on voit par le testament de ce prince qu'il s'y étoit lui-même attendu. La charité généreuse de l'abbé Duval s'émut à cette pensée, et il prit la résolution d'aller se présenter pour offrir an Roi les consolations de son ministère. Il ne faut que se reporter en esprit à cette terrible époque pour sentir à quoi l'exposoit cette démarche magnanime. part de Versailles, le 20 janvier 1793, à la nuit, et se rend dieit à la salle de la convention', où il ne trouve personne. La commune de Paris étoit en permanence; il y court, et se fait introduire, en annonçant que c'est pour une affaire importante et pressée. Il entre sans effroi dans cet antre du crime: Je suis prétre, dit-il ; j'ai appris que Louis XVI étoit condamné à mort, je viens lui offrir les secours de mon ministère; je demande que mon offre lui soit transmise. (Récit de M. le comte de Marcellus, dans la Quotidienne du 28 janvier 1819). On peut se figurer l'étonnement de tous les meinbres de la commune. Es lui répondent qu'on va en délibérer lorsque l'on aura terminé Fallaire dont on s'occupoit. Deux heures se passent; l'abbé Duval, offrayé de voir le temps s'écouler sans résultat, prend la parole pour appeler de nouveau l'attention sur sa demande. Un des membres remarque que c'est peut-être un émissaire des amis du tyran, chargé de lui donner les moyens de prévenir le dernier supplice par une mort volontaire. Il demande que l'abbé Duval soit fouillé, ce qui pourtant ne fut pas exécuté. On lui apprend que le lioj

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