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maritimes, coloniales et industrielles, et portant partout ses doctrines, comme passe-port de ses produits industriels. Les colonies hollandaises et espagnoles, les colonies françaises, l'industrie de Lyon et la moderne conquête d'Alger, sont l'objet de sa convoitise inquiète et jalouse il lui faut absolument écouler son immense prone pût rompre de long-temps. « Telle était sa servitude, dit un historien, que même les vaisseaux qui allaient au Brésil, sortaient des chantiers de l'Angleterre, ainsi que toutes les munitions de guerre et de bouche. L'Angleterre naviguait pour lui. C'était l'Angleterre qui faisait son commerce des Indes, de l'Afrique, de la Chine et du Japon. »

« L'Angleterre régna paisiblement en Portugal jusqu'à l'avénement, au ministère, du marquis de Pombal, qui, indigné de l'abaissement commercial et politique de son pays, entreprit, avec hardiesse, de ressaisir l'influence que les Anglais avaient usurpée sur les Portugais à force de ruses et d'obsessions. « Je sais, écrivait le marquis de Pombal, dans une première dépêche au ministère anglais, que votre cabinet a pris un empire sur le nôtre mais je sais aussi qu'il est temps d'en finir. Si mes prédécesseurs ont cu la faiblesse de vous accorder tout ce que vous vouliez, je ne vous accorderai que ce que je vous dois. C'est mon dernier mot: réglezvous là-dessus. >>

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Depuis cinquante ans (écrivait-il dans une autre occasion) vous avez tiré du Portugal pour plus de 1,500 millions, somme énorme dont l'histoire ne dit pas que nation en ait jamais enrichi aucune d'une pareille. Par une stupidité qui n'a point d'exemple dans le monde, nous vous permettons de nous habiller et de nous fournir tous les objets de notre luxe qui n'est pas considérable. Nous donnons à vivre à 50,000 mille artisans sujets du roi George, population qui subsiste à nos dépens dans la capitale de l'Angleterre. Ce sont nos champs qui vous nourrissent vous avez substitué vos laboureurs aux nôtres. Tandis qu'autrefois nous vous fournissions des grains, aujourd'hui vous nous en fournissez. Vous avez défriché vos terres, et nous avons laissé tomber les nôtres en friche.

On sait que sans l'or du Brésil, et sans les fournitures continuelles faites par l'Angleterre au Portugal, l'industrie anglaise, après avoir fait beaucoup de ravages dans les systèmes politiques de l'Europe, serait rentrée d'ellemême dans l'état où elle était sortie. On a relevé, d'une manière exacte, que depuis la découverte des mines du Brésil jusqu'en 1760 sculement, il est sorti de cette partie de l'Amérique 3 milliards 800 millions, capital immense qui a passé presque en entier en Angleterre, et a fondé sa puissance colossale. Depuis cette époque, plus de 2 milliards ont été le fruit du monopole de la Grande-Bretagne en Portugal. On voit quelle est aujourd'hui la recon naissance de l'Angleterre envers ce malheureux pays,

duction et sa population exubérante. Aussi tous les peuples ont-ils été tour à tour victimes des crimes politiques que commande sa situation forcée. L'histoire dira un jour la part qu'elle a prise de tous les temps à nos troubles intérieurs (1), à la catastrophe qui a fait périr le vertueux Louis XVI, et peut-être à celle qui a fait exiler trois générations de rois (2). Déjà semble se justifier aux yeux de l'Europe la guerre à outrance déclarée à l'Angleterre par Napoléon; Napoléon qui, vaincu par l'Europe, eut la noble imprudence de se confier au gouvernement anglais, et fut condamné par lui à périr, dans la force de l'âge et du génie, sur l'aride rocher de Sainte-Hélène ! En voyant dans l'Angleterre l'ennemie éternelle de la prospérité de la France, il avait interrogé l'histoire et les faits. En se livrant à elle désarmé, il obéit à la confiance des grandes âmes il se trompa cette fois; car il avait compté sur une politique généreuse, inconnue sur cette terre d'égoïsme et de calcul.

Au reste, la justice suprême s'exerce envers les nations comme sur les individus; tôt ou tard, les sociétés subissent les conséquences de la violation des lois éternelles proclamées par la Providence. Nous ne sommes pas éloignés peut-être du moment où l'un de ces formidables arrêts vont s'accomplir à la face du monde. L'Angleterre, arrivée au sommet de la puissance factice qu'elle s'est créée

(1) On a calculé que depuis l'avénement de Guillaume III jusqu'en 1815, plus de onze cent millions de livres sterling ( 25 milliards de francs) ont été dépensés par l'Angleterre dans le but d'abaisser la maison de Bourbon, et qu'une somme égale a été employée à détruire la puissance de la république et de l'empire.

(2) On sait que le premier coup de pistolet tiré le 27 juillet 1830 partit de la main de M. Fox, Anglais qu'on dit parent du célèbre ministre, et qui fut une des victimes des sanglantes Journées de Juillet. Les incendies qui ravageaient la Normandie peu avant cette époque, ont été attribués, non sans fondement peut-être à une politique étrangère. Il serait trop affligeant de penser que des Français eussent imaginé un aussi épouvantable moyen de trouble et d'alarmes.

par des moyens anti-sociaux, voit son sein creusé profondément par des plaies douloureuses. Le paupérisme hideux, la guerre imminente entre les riches et les prolétaires, la lutte engagée pour la réforme du parlement et de l'église, les longs ressentimens comprimés de l'Irlande, cette terre classique de l'oppression, suivant l'expression énergique d'un noble pair de France (1), ne peuvent manquer d'éclater tôt ou tard par une grande révolution politique et sociale dont nous voyons déjà les indices et les préludes. La dette énorme de l'Angleterre, ses entreprises industrielles gigantesques (2), la crise commerciale qu'elles

(1) M. le baron Mounier.

(2) « Immensité, universalité, sont les seules expressions qui puissent caractériser les opérations commerciales de la Grande-Bretagne. Mais le commerce anglais, en possession de donner la loi au monde commercial, a porté, jusqu'à l'abus le plus irréfléchi, l'action de son omnipotence, et il a soulevé contre lui l'amour-propre, comme les intérêts des peuples. Partout on cherche à se soustraire à une domination devenue insupportable. Le commerce anglais a cesssé d'être indispensable. On a appris que l'on pouvait s'en passer partout on essaie de le faire. Chaque pays tend à pourvoir à ses besoins par ses propres ressources. Les symptôme de la décadence du commerce anglais se manifestent de bien des côtés. Ses colonies d'Amérique sont portées, par l'excès de leurs souffrances, vers lcs Etats-Unis. Les Indes orientales ne donnent plus lieu qu'à des échanges sans profits, et tendent à se détacher de la métropole; ce qu'elles effectueront tôt ou tard, surtout si, dans une guerre, la Russie leur offrait son appui.

« L'industrie anglaise s'est trop pressée de substituer des machines aux bras, et d'exclure presque entièrement ceux-ci de la participation à ses travaux et à ses bénéfices. Il en résulte qu'alors que la nation s'est enrichie, des classes se sont appauvries, et que des individus, par milliers, ont été privés des moyens de pourvoir à leur existence. A côté de manufactures dépeuplées d'ouvriers dont le travail est remplacé par celui d'une machine, des familles meurent de faim, et tombent à la charge, non du manufacturier qui fait tourner à son profit la plus grande partie de la somme qu'il économise par la suppression de leur travail, mais de la communauté qui ne fait aucun bénéfice sur l'état de souffrance de ces malheureux. >>

« La puissance de l'esprit d'association appliquée au commerce et à l'industrie exerce une grande influence. Mais le bien qu'elle produit s'arrête à

doivent faire naître de nouveau, la détresse horrible de la classe ouvrière et l'exubérance d'une population sans débouché, sont des élémens prochains de troubles et de ruine qu'on ne voit aucun moyen d'étouffer.

<«< La situation des nombreuses possessions d'outre-mer de l'Angleterre, disent des publicistes étrangers réfugiés dans ce royaume, est peut-être encore plus précaire que celle de la métropole. Les colonies du Cap de BonneEspérance, de Sierra-Leone, de la Nouvelle-Galles, du Sud, de la Terre de Van-Diemen, des deux Canada, n'ont été jusqu'ici qu'onéreuses à la Grande-Bretagne : les Indes occidentales sont pauvres et languissantes, et, s'il est vrai qu'elles fassent entrer 123 millions par an dans le trésor de la mère-patrie, c'est après les avoir tirés préalablement de la poche du peuple anglais, qui, en conséquence du double droit dont sont frappés les sucres des Indes orientales et ceux des autres colonies étrangères, est obligé de s'approvisionner du sucre des Antilles, pour ainsi dire au prix fixé par les colons. Enfin l'Indostan, accablé d'une dette d'environ un milliard et demi de francs, a pu enrichir des particuliers; mais il est à charge de la grande

la surface de la société, et ne pénètre que lentement et imparfaitement dans les détails. Traitant tout de très haut, elle ne porte pas ses regards sur les misères qu'elle crée et qu'elle place dédaigneusement en dehors de ses spéculations. Si elle procure de la splendeur aux états et aux générations futures, c'est presque toujours aux dépens des individus et de la génération présente. >>

« Un écueil presque inévitable existe, et cause de nombreux naufrages. C'est l'excès de la population. On ne peut limiter le nombre et le produit des machines. La production l'emporte sur la consommation et la pléthore cause de fréquentes et terribles catastrophes : avertissemens inutiles, leçons perdues pour ceux qui suivent la même route. »

« L'industrie anglaise sera bientôt forcée de se borner à l'approvisionnement de la métropole et des colonies, consommation qui, malgré son étendue, ne saurait balancer une production sans limites, et dont la disproportion est déjà une source de calamité que l'on doit calculer dans une proportion ascendante.» (Le baron d'Haussez, de la Grande-Bretagne en 1833.)

majorité de la nation anglaise, qui doit au monopole exercé par la compagnie des Indes de payer le thé, l'opium, etc., un tiers plus cher que les habitans des autres pays de l'Europe. >>

« L'Angleterre ne peut donc obtenir aucune assistance réelle de ses colonies; d'ailleurs, elles secoueront tôt ou tard le joug de la métropole : les deux Canada se réuniront aux Etats-Unis ; les esclaves des Indes occidentales obtiendront, par l'insurrection, la liberté que des maitres aveuglément avides leur refusent; les Hindoux euxmêmes, aguerris par leurs nombreuses défaites, civilisés par leurs vainqueurs, apprécieront leurs propres forces, et l'étendard britannique aura cessé de flotter sur cette belle partie du monde. Alors le cabinet de Saint-James n'aura plus de riches gouvernemens à donner à son aristocratie, d'innombrables sinécures à la partie oisive de sa population, ni une foule d'emplois à distribuer à cet essaim d'agens civils et militaires qui pullulent dans ses colonies. >>

« C'est plus près d'elle qu'elle doit chercher des remèdes aux maux dont elle est affligée. Qu'elle restitue l'Irlande à l'industrie agricole et commerciale par l'émancipation des catholiques; qu'elle rétablisse la confiance dans le commerce par de sages restrictions apportées à l'émission du papier-monnaie, et surtout qu'elle rende aux produits de ses manufactures leur ancienne supériorité par la réduction des droits sur les objets de première nécessité, et par l'abolition des lois prohibitives sur les grains étrangers, etc. >>

« Malheureusement il est à craindre que l'Angleterre ne soit point disposée à ces changemens. L'émancipation des catholiques a de puissans ennemis ; la banque possède des priviléges auxquels il est peut-être difficile de toucher, et la révocation des lois sur les grains demanderait préalablement, afin de ne pas ruiner la classe nombreuse des

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