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portent à croire qu'il entendit saint Paul à Antioche, et devint son disciple. Ce qu'il y a de plus sûr, c'est que s'étant attaché à cet apôtre, il fut le plus fidèle compagnon de ses courses apostoliques et le coopérateur de tous ses travaux. Il commence à parler de lui-même, en première personne, dans les Actes, au temps où l'apôtre s'embarqua pour passer de la Troade en Macédoine, l'an 51 de Jésus-Christ, peu de temps après le départ de saint Barnabé; et saint Irénée date de la même époque les voyages que saint Luc fit avec saint Paul. Ces deux grands saints ne se séparèrent plus que par intervalles, et lorsque le besoin des églises le demandait. Toute l'ambition de saint Luc était de partager les travaux, les fatigues, les souffrances et les dangers de l'apôtre. Il fit avec lui quelque séjour à Philippes en Macédoine. Ils parcoururent ensemble les villes de la Grèce, où l'Évangile faisait chaque jour de plus rapides progrès. Saint Paul écrivant à Philémon, témoigne que son disciple coopérait fidèlement à l'œuvre de Dieu.

Les interprètes pensent que Lucius, appelé par saint Paul son parent, est le même que saint Luc; et ils se fondent sur ce que le même apôtre donne aussi une terminaison latine au nom de Sylas, en l'appelant Sylvanus. Plusieurs auteurs prétendent, d'après Origène, Éusèbe et saint Jérôme, que quand saint Paul parle de son Évangile dans l'Épître aux Romains, il entend celui de saint Luc; mais ce passage peut ne signifier autre chose que l'Évangile en général, qui était prêché par saint Paul. L'Épître aux Romains fut écrite en 57, quatre ans avant le premier voyage de l'apôtre à Rome.

Vers l'an 56 de Jésus-Christ, saint Luc et saint Tite furent envoyés à Corinthe par saint Paul. Le premier est représenté par l'apôtre comme un homme dont le nom est

célèbre dans toutes les églises. Il le suivit à Rome en 64, quand l'apôtre s'y rendit de Jérusalem, chargé de chaînes. Saint Paul resta deux ans dans cette ville; mais il eut enfin la permission de vivre dans une maison qu'il avait louée, et les gardes auxquels on l'avait confié ne l'empêchaient point de prêcher l'Évangile à ceux qui venaient le trouver chaque jour. Il paraît par divers monuments anciens de l'église de Sainte-Marie de Rome, dite in Viâ latâ, et qui est un ancien titre de cardinal diacre, qu'elle est bâtie à l'endroit où saint Paul logeait, et où saint Luc écrivit les Actes des Apôtres. C'est pour cela que Sixte-Quint fit mettre la statue de saint Paul, avec une nouvelle inscription, sur la fameuse colonne d'Antonin, qui est dans le voisinage.

Saint Luc ne jouit de la liberté que quand elle fut rendue à saint Paul; et lorsque ce grand apôtre fut emprisonné pour la seconde et dernière fois, son fidèle disciple partagea ses fers, tandis que tous les autres l'abandonnaient. Après le martyre de saint Paul, saint Épiphane dit que saint Luc précha dans l'Italie, la Gaule, la Dalmatie, la Macédoine. On n'est pas d'accord sur ce qu'on doit entendre par la Gaule. Les uns pensent qu'il s'agit de la Gaule cisalpine, et les autres de la Galatie. Selon Fortunat et Métaphraste, saint Luc passa en Égypte, et prêcha dans la Thébaïde. Nicéphore dit qu'il mourut à Thèbes dans la Béotie, et que de son temps on montrait le tombeau de ce saint près du lieu de sa mort; mais cet auteur paraît confondre l'Évangéliste saint Luc avec saint Luc Stiriote, ermite de Béotie. On lit dans saint Hippolyte, qu'il fût crucifié à Élée, dans le Péloponèse. Il fut attaché à un olivier, si l'on s'en rapporte aux Grecs modernes. L'ancien martyrologe africain du cinquième siècle, lui donne le titre d'évangéliste et de martyr. Saint Grégoire de Nazianze, saint Paulin, et saint Gaudence de Bresse, assurent

aussi qu'il alla dans le ciel par la voie du martyre; mais Bède, Adon, Usuard et Baronius disent seulement, dans leurs Martyrologes, qu'il souffrit beaucoup pour la foi, et qu'il mourut fort âgé dans la Bithynie. L'Église latine célèbre sa fête le 18 octobre.

Nous lui devons le troisième des quatre Évangiles, selon l'ordre chronologique. Il n'y a jamais eu de partage sur ce point. Il était même le seul admis autrefois par les Marcionites qui le corrompirent. Ils en retranchaient les deux premiers chapitres, et ne commençaient le troisième qu'à ces mots : Anno quinto decimo imperii Tiberii Cæsaris, en retranchant autem, qui marque la liaison de ce texte avec ce qui précède, et le joignant au verset 54 du chapitre Iv, dont ils retranchaient encore la plus grande partie, et qu'ils commençaient à ces mots : Descendit Deus in civitatem Galilææ Capharnaüm. Ils y faisaient plusieurs autres retranchements et additions que l'on peut voir dans Tertullien et dans saint Épiphane. Il est assez difficile de déterminer précisément le temps où saint Luc a écrit son Évangile. Ce n'est pas quinze ans après l'ascension, comme le veulent la plupart des manuscrits grecs, puisqu'alors il n'était pas avec saint Paul. Il aurait écrit à Rome, si l'on se rapportait au titre de quelques autres manuscrits grecs, pendant le premier emprisonnement de l'apôtre; mais ces titres sont modernes, et paraissent confondre le livre dont il s'agit avec les Actes des Apôtres. Il est plus probable que ce fut en Achaïe, vers l'an 55 de Jésus-Christ, pendant que saint Paul prêchait dans cette contrée.

Il annonce dans sa préface le motif qui l'a porté à écrire son Évangile. Son dessein a été de s'opposer aux narrations moins certaines qui couraient de son temps, soit que la trop grande simplicité des uns et l'excessive crédulité des autres

leur eussent fait embrasser ce qu'ils ne connaissaient qu'imparfaitement; soit que la malice des juifs, des hérétiques et des ennemis du christianisme eût corrompu leurs écrits dès qu'ils parurent. C'est ce qui fit naître à saint Luc l'envie de s'informer plus exactement de chaque chose, auprès de ceux qui avaient vu le Seigneur, et qui avaient vécu avec lui, des apôtres et des disciples qu'il appelle les ministres de la parole, et les prédicateurs de l'Évangile, et d'en composer une histoire suivie, fidèle et authentique. L'ouvrage de saint Luc est souvent attribué à saint Paul. Le maître sans doute aida son disciple et approuva depuis son Évangile; mais saint Luc assure lui-même qu'il avait d'autres secours, et qu'il avait écrit d'après les témoins oculaires des actions de Jésus-Christ. Ces témoins, qui d'ailleurs auraient eu part aux faits rapportés, donnent à son récit le plus haut degré d'autorité. Il fut encore dirigé par le SaintEsprit qui lui révéla tout ce qu'il a rapporté concernant nos mystères, et qui l'assista d'une inspiration spéciale jusque dans les plus petits événements historiques. Les anciens, en prétendant que saint Paul avait concouru à l'Évangile de saint Luc, se sont apparemment fondés sur la conformité des expressions dont ils se sont servis l'un et l'autre en rapportant l'institution de l'Eucharistie, et l'apparition de Jésus-Christ à saint Pierre.

Saint Luc adresse son Évangile et les Actes à un nommé Théophile, que plusieurs anciens ont pris pour un nom général par lequel il voulait marquer tous ceux qui aiment Dieu. Mais d'autres ont cru que Théophile était un homme puissant à Rome, attendu que le titre de Optimus, qu'il lui donne, n'était en usage que pour les souverains pontifes, les gouverneurs de provinces, les édiles curules, etc., et parce qu'on ne doit pas sans nécessité prendre les noms

propres pour des noms significatifs. Comme il destinait plus particulièrement son Évangile à Théophile, païen converti au christianisme, il a soin de traduire en grec certains mots hébreux, tels que rabbi et amen, et de lui dire quelles villes sont Capharnaum et Bethleem, où sont situés le pays des Géraséniens, la montagne des Oliviers, etc.; au lieu que dans les Actes des Apôtres, qu'il adresse comme son Évangile au même Théophile, n'ayant à lui parler que de villes d'Italie et de Sicile, il ne les accompagne d'aucune explication, supposant avec raison que Théophile doit avoir à cet égard toutes les connaissances nécessaires. Saint Luc insiste principalement dans son Évangile sur ce qui a rapport au sacerdoce de Jésus-Christ, sans négliger des faits et des particularités qu'on ne trouve point dans les autres Évangiles; et c'est pour cela que les anciens, en appliquant aux quatre Évangélistes les représentations symboliques mentionnées dans Ézéchiel, lui assignent le bœuf comme un emblème des sacrifices. Ce n'est que dans son Évangile que l'on trouve le récit de plusieurs circonstances relatives à l'Incarnation, comme l'annonciation de ce mystère à la sainte Vierge, la visite de Marie à sainte Élisabeth, la parabole de l'enfant prodigue.

Saint Luc est celui de tous les auteurs inspirés du Nouveau Testament, dont les ouvrages sont le mieux écrits en grec. Son style est clair, élégant et varié. On s'aperçoit que l'écrivain avait reçu une éducation soignée, et qu'il avait cultivé les lettres. Tous les philologues s'accordent à lui rendre cette justice. Selon Grotius, il a pris beaucoup de traits et de manières des Hellénistes, en recevant et en professant la religion des Juifs, et en lisant le livre des Hébreux. L'étude de la médecine a contribué à rendre son style plus correct et plus pur que celui des autres écrivains

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