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comme en Europe, plus de garçons que de filles. C'est, disent les Lamas (1), la raison de la loi qui, chez eux, permet à une femme d'avoir plusieurs maris (2).

Mais je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de pays où la disproportion soit assez grande, pour qu'elle exige qu'on y introduise la loi de plusieurs femmes ou la loi de plusieurs maris. Cela veut dire seulement que la pluralité des femmes, ou même la pluralité des hommes, s'éloigne moins de la nature dans de certains pays que dans d'autres.

J'avoue que si ce que les relations nous disent étoit vrai, qu'à Bantan (3) il y a dix femmes pour un homme, ce seroit un cas bien particulier de la polygamie.

Dans tout ceci, je ne justifie pas les usages, mais j'en rends les raisons.

(1) Du Halde, Mémoires de la Chine, tome IV, page 46.

(2) Albuzéir-el-hassen, un des deux MahométansArabes qui allèrent aux Indes et à la Chine au neuvième siècle, prend cet usage pour une prostitution. C'est que rien ne choquoit tant les idées mahométanes. (3) Recueil des voyages qui ont servi à l'établissement de la compagnie des Indes, tome I.

CHAPITRE V.

Raison d'une loi du Malabar.

SUR la côte du Malabar, dans la caste des Naïres (*), les hommes ne peuvent avoir qu'une femme, et une femme, au contraire, peut avoir plusieurs maris. Je crois qu'on peut découvrir l'origine de cette coutume. Les naïres sont la caste des nobles, qui sont les soldats de toutes ces nations. En Europe, on empêche les soldats de se marier : dans le Malabar, où le climat exige davantage, on s'est contenté de leur rendre le mariage aussi peu embarrassant qu'il est possible: on a donné une femme à plusieurs hommes; ce qui diminue d'autant l'attachement pour une famille et les soins du ménage, et laisse à ces gens l'esprit militaire.

(*) Voyages de François Pyrard, chap. XXVII. Lettres édifiantes, troisième et dixième recueils sur le Malléami dans la côte du Malabar. Cela est regardé comme un abus de la profession militaire : et, comme dit Pyrard, une femme de la caste des bramines n'épouseroit jamais plusieurs maris.

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CHAPITRE VI.

De la polygamie en elle-même.

A REGARDER la polygamie en général, indépendamment des circonstances qui peuvent la faire un peu tolérer, elle n'est point utile au genre humain, ni à aucun des deux sexes, soit à celui qui abuse, soit à celui dont on abuse. Elle n'est pas non plus utile aux enfans; et un de ses grands inconvéniens, est que le père et la mère ne peuvent avoir la même affection pour leurs enfans; un père ne peut pas aimer vingt enfans, comme une mère en aime deux. C'est bien pis, quand une femme a plusieurs maris; car pour lors, l'amour paternel ne tient plus qu'à cette opinion, qu'un père peut croire, s'il veut, ou que les autres peuvent croire, que de certains enfans lui appartiennent.

On dit que le roi de Maroc a dans son serrail, des femmes blanches, des femmes noires, des femmes jaunes. Le malheureux! à peine a-t-il besoin d'une couleur.

La possession de beaucoup de femmes ne prévient pas toujours les desirs (*) pour celle

(*) C'est ce qui fait que l'on cache avec tant de soin les femmes en Orient.

d'un

d'un autre : il en est de la luxure comme de l'avarice, elle augmente la soif par l'acquisition des trésors.

Du temps de Justinien, plusieurs philosophes, gênés par le christianisme, se retirèrent en Perse auprès de Cosroës. Ce qui les frappa le plus, dit Agathias (1), ce fut que la polygamie étoit permise à des gens qui ne s'abstenoient pas même de l'adultère.

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La pluralité des femmes, qui le diroit! mène à cet amour que la nature désavoue : c'est qu'une dissolution en entraîne toujours une autre. A la révolution qui arriva à Constantinople, lorsqu'on déposa le sultan Achmet, les relations disoient que le peuple ayant pillé la maison du chiaya, on n'y avoit pas trouvé une seule femme. On dit qu'à Alger (2) on est parvenu à ce point, qu'on n'en a pas dans la plupart des serrails.

(1) De la vie et des actions de Justinien, page 403. (2) Laugier de Tassis, histoire d'Alger.

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CHAPITRE V I I.

De légalité du traitement dans le cas de la pluralité des femmes.

DE la loi de la pluralité des femmes, suit celle de l'égalité du traitement. Mahomet, qui en permet quatre, veut que tout soit égal entre elles, nourriture, habits, devoir conjugal. Cette loi est aussi établie aux Maldives (1), où on peut épouser trois femmes.

La loi de Moïse (2) veut même que si quelqu'un a marié son fils à une esclave, et qu'ensuite il épouse une femme libre, il ne lui ôte rien des vêtemens, de la nourriture et des devoirs. On pouvoit donner plus à la nouvelle épouse; mais il falloit que la première n'eût pas moins.

(1) Voyages de François Pyrard, chap. XII. (2) Exod. chap. XXI, vers. 10 et 11.

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