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facilité, et parloit même avec beaucoup de feu dans ses exhortations les plus familières. On l'entendit plusieurs fois dans les catéchismes des paroisses, dans les colléges, et dans d'autres établissemens, exhorter les jeunes gens à la pratique de la vertu. Son attrait particulier sembloit être de gagner la jeunesse à Dieu. Il avoit orné avec magnificence la chapelle de son château de la Roche-Guyon, et il y fit donner une mission pour les gens du pays. M. l'archevêque de Paris

l'avoit nommé un de ses grands-vicaires. Le duc continuoit de siéger à la chambre des pairs, et il y prit la parole en plusieurs

occasions.

En 1824, il fit un troisième voyage en Italie, et séjourna assez long-temps à Rome. Les pompes de la religion et l'éclat des pieuses cérémonies qui sont fréquentes dans cette capitale plaisoient à sa dévotion. Il transporta à la Roche-Guyon, puis à Besançon, quelques-uns des usages qui l'avoient le plus frappé dans les églises de Rome. Il vaquoit peu de siéges que la voix publique ne l'y appelât. Le 12 mars 1828, il fut nommé par le roi à l'archevêché d'Auch, vacant par la mort de M. de Morlhon. Il fut institué à Rome le 23 juin; mais, dans l'intervalle, M. de Villefrançon, archevêque de Besançon, étant mort, M. de Rohan fut nommé à ce siége. A la même époque, il eut la douleur de perdre la duchesse de Rohan, sa mère, née Montmorency, femme de mérite, qui moarut le 20 novembre, à la suite d'une maladie où elle édifia constamment les personnes qui l'entouroient. Son fils ne la quitta point dans ses derniers instans, et ce fut lui qui administra les derniers sacremens à la malade. Préconisé à Rome le 15 décembre 1828, il fut sacré à Notre-Dame à Paris, le 18 janvier 1829, avec une grande magnificence, par M. l'archevêque de Paris. Il se rendit très-peu de temps après dans son diocèse, et fit son entrée dans son église le 1er février. Il visita successivement les églises et les communautés. Son église métropolitaine lui doit beaucoup d'embellissemens. Il avoit obtenu pour cela des dons de Charles X, un hei autel en marbre, une riche garniture d'autel pareille à celle qui avoit été faite pour le sacre, et un magnifique ornement en drap d'or. Il fit placer dans l'église des vitraux de couleur, qui ont l'inconvénient de rendre le jour un peu sombre. Il rédigea de nouveaux statuts pour le chapitre, et changea l'habit de chœur. Au lieu de la mozette de soie noire qu'on portoit comme partout, il établit pour costume une cape

de fourure blanche en hiver, et en été une mozette de mérinos violet. On sait qu'avant la révolution le chapitre étoit tout en violet. M. de Rohan nomma des archidiacres et autres dignitaires; il établit à la métropole des chapelains auxquels il donna aussi un costume. Il voulut qu'on apportât plus de solennité aux offices; tout, sous ce rapport, avoit été réglé assez mesquinement sous M. Lecoz. Le nouvel archevêque fit beaucoup d'autres changemens dans les usages et les rubriques, et publia de nombreuses ordonnances dont quelques-unes, il faut l'avouer, ne furent pas universellement approuvées. Ainsi le prélat changea beaucoup de choses dans le séminaire de Besançon, qui s'est toujours distingué par la pureté de sa doctrine et par son attachement aux bonnes traditions. L'ancien clergé auroit désiré qu'on ne touchât point aux règles de cet établissement, règles consacrées par 170 ans d'expérience.

Son principal établissement est l'école des hautes études, qu'il affectionnoit beaucoup, et à laquelle il a laissé par testament 6,000 fr. de rentes. C'est un établissement qui peut être en effet fort utile, s'il est dirigé avec autant de prudence que de zèle, et si l'on s'y tient en garde contre la tentation des innovations et des systèmes. Le prélat avoit commencé à établir une maitrise, où il avoit réuni des enfans sous la direction de quelques ecclésiastiques; il les avoit logés dans une portion de l'archevêché, en attendant qu'il leur eût acheté une maison. Il se proposoit, dit-on, de porter leur nombre jusqu'à 50; mais le gouvernement ne donnant plus rien pour les maitrises, et M. de Rohan ayant fait son testament à Rome avant son retour, il est douteux que cette maison puisse subsister. On sait que sa chapelle particulière est magnifique ; il en a fait don à ses successeurs. Úsant noblement de sa fortune, il donnoit souvent, soit à des particuliers, soit à la société des Dames de la Charité de la ville.

M. de Rohan, avant été présenté par Charles X pour le chapeau, fut déclaré cardinal par Pie VIII, dans le consistoire du 5 juillet 1830: il étoit seul de sa promotion. Un garde-noble du pape fut envoyé, suivant l'usage, pour lui porter la calotte rouge, et le prince Chigi fut désigné comme ablégat pour lui porter la barrette. M. de Rohan partit de Besançon pour venir à Paris recevoir la barrette des mains du roi, comme c'étoit la coutume. Il arriva peu de jours avant les fameuses ordonnances, et fut témoin de la catastrophe qui renversa la monarchie. Dès qu'on

put sortir des barrières, le cardinal songea à quitter Paris; mais l'effervescence de la capitale s'étoit communiquée aux villages voisins. Sa voiture paru! suspecte à Vaugirard, on l'arrêta. Le cardinal fut forcé de descendre, et trouva un asile chez le maire contre les attroupemens tumultueux. L'argent et les objets précieux, trouvés dans sa voiture, furent confisqués et envoyés à l'Hôtel-de-Ville à Paris, d'où ils ne furent rendus qu'avec beaucoup de peine : ce ne fut aussi qu'après de pressantes instances que le cardinal obtint de pouvoir continuer sa route. Il sortit de France, et passa plusieurs mois en Suisse. Pie VIII étant mort le 1er décembre 1830, le cardinal se rendit à Rome pour le conclave auquel il assista. Il reçut le chapeau le 28 février suivant avec les formalités accoutumées, et eut le titre de la Trinité au mont Pincius. Son Em. passa assez longtemps à Rome; et c'est là qu'elle publia sa belle lettre pastorale du 16 avril 1831, que nous avons donnée en entier, N° 1793; mais ayant appris que le choléra régnoit en France, elle voulut revenir dans son diocèse, et arriva le 24 mai 1832 à Besançon, où les libéraux lui donnèrent un charivari. Le cardinal venoit au moment même d'envoyer 1,800 fr. pour être distribués de suite en pain et en viande. A ce propos, on raconte que celui qui est bien connu pour avoir provoqué cette scène, témoignant sa peine de savoir le prélat malade, quelques personnes s'étonnèrent de ce vif intérêt, et qu'il répondit : « Je ne pouvois le souffrir, parce que tout ce qui est grand et riche m'importune; mais ayant eu à l'entretenir d'une affaire, il m'a reçu avec tant de politesse et de bonté, que j'ai changé entièrement de dispositions à son égard. Chaque soir de ces scènes, M. de Rohan alloit se prosterner devant le saint Sacrement, pour remercier Dieu d'avoir été humilié, et lui demander pardon des offenses commises contre lui. Tous les gens de bien gémirent de l'insulte faite au prélat, et il y eut à ce sujet des protestations publiques d'un grand nombre de ses diocésains.

Nous avons vu que le cardinal, depuis son retour, visita plusieurs parties de son diocèse, administrant la confirmation et prêchant la parole de Dieu avec zèle et onction. Ce fut au milieu de ces courses que la maladie le surprit. On le ramena à Besançon, où il mourut le 8 février, comme nous l'avons vu. On mit un grand appareil à ses obsèques. Une neuvaine de grand'messes des morts fut célébrée; le corps embaumé fut ex

posé pendant trois jours dans une chapelle ardente, disposée dans une salle de l'archevêché, où l'on célébroit toute la matinée des inesses à trois autels. Le vendredi 15, on transporta le corps à l'église; le mauvais temps empêcha de faire le tour ordinaire en pareil cas. M. l'évêque de St-Diez, qui avoit été invité par le chapitre, officia. Les prêtres et les élèves des séminaires assistoient en grand nombre; les autorités suivoient le convoi. Les troupes, postées sur la place, firent trois décharges de mousqueterie. Le corps fut placé sur un catafalque bien décoré; le chœur étoit drapé en noir. Le samedi, M. de St-Diez célébra une messe pontificale au milieu d'un grand concours où régnoit autant de recueillement que de tristesse. Le corps, renfermé dans un cercueil de plomb, fut déposé dans une chapelle, en attendant l'autorisation du gouvernement pour l'inhumer dans le caveau des archevêques; cette autorisation arriva quelques jours après.

Telle fut la fin prématurée d'un prélat recommandable par une piété tendre, par un zèle très-vif, par un esprit aimable, et par d'excellentes qualités. Nous renvoyons, pour le connoître, au mandement des grands-vicaires de Besançon, que nous avons publié. Nous indiquerons aussi l'oraison funèbre prononcée dans la métropole de Besançon, le 27 mars 1832, par M. l'abbé de Marguerye, chanoine. Cette oraison funèbre, qui a été imprimée, est écrite avec autant d'élégance que de piété. L'orateur considère M. le cardinal dans le monde, dans le sacerdoce et dans l'épiscopát; c'est la division de son discours. Cette division est remplie rapidement, mais d'une manière intéressante. M. l'abbé de Marguerye montre le prince de Léon étonnant le monde par le langage et les pratiques de la piété la plus tendre. Il le suit dans la carrière sacerdotale, et le représente exerçant un ministère de charité et de persuasion, parlant de Dieu avec l'accent de la foi la plus vive, et attirant à la vertu tantôt de jeunes étudians, tantôt de pauvres ouvriers; car son zèle ne dédaignoit aucune bonne œuvre. L'orateur s'est plus étendu, comme cela devoit être, sur l'épiscopat de M. de Rohan. Nous sommes obligé de renvoyer au discours même; nous n'en citerons qu'un court passage :

Attaché du fond de ses entrailles à l'Eglise romaine, et prêt à verser pour elle jusqu'à la dernière goutte de son sang, il soutint avec non moins de zèle l'autorité de l'épiscopat, si audacieu

sement méconnue de nos jours. Sous les yeux du chef de l'Eglise, le premier il éleva la voix contre des théories éblouissantes et des nouveautés dangereuses soutenues par un brillant génie dont les vues larges et élevées, l'ame ardente et générense, la parole éloquente et magique, pourroient encore faire oublier à l'Eglise de France de tristes écarts qui troublèrent sa paix, alarmèrent sus évêques et contristèrent tous les vrais catholiques. »

Il paroit que c'est à Rome que le cardinal composa le Manuel que M. de Marguerie appelle un véritable chef-d'œuvre de piété, d'onction et de sagesse, gage touchant de son tendre amour pour les jeunes élèves du sanctuaire. Ce Manuel, ses mandemens et ses lettres pastorales sont probablement les seuls écrits qui restent de lui.

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NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

ROME. Lé 1o mai, M. le cardinal Zurla a fait dans la Basilique des XII Apôtres le sacre de trois évêques, savoir : M. Pierre Auvergne, comme archevêque d'Iconium; le père Antoine - François Orioli, vicaire général des Mineurs conventuels, comme évêque d'Orviéte; et M. Laurent Parigini, comme évêque d'Urbania et de Saint-Ange in vado. M. Auvergne est un missionnaire français distingué par ses vertus et son mérite, que le saint Siége a nommé visiteur apostolique au mont Liban. On sait que la nation des Maronites qui réside en ce pays est toujours restée attachée à l'église romaine. Il est d'usage que le saint Siége y envoie de temps en temps des prélats visiteurs ou ablégats pour examiner l'état des églises et remédier aux abus qui pourroient s'y glisser. Un des savans Assemani, a eu cette mission en 1736, et en 1793 nous voyons un autre prélat, M. Adami, exercer dans le même pays, les fonctions d'ablégat. A ces deux époques il se tint des synodes des évêques maronites.

PARIS. Rien n'est plus commun dans la chambre et hors la chambre que d'entendre dire que le clergé est hostile à la révolution de juillet. Dernièrement encore M. Salverte, M. Eschassériaux fui ont fait ce reproche à la tribune. Les maires qui veulent se débarrasser de leur curé disent qu'il est hostile à la révolution de juillet. Que l'on propose un bon ecclésiastique pour une place, ceux qui veulent l'écarter ont, faute d'autre prétexte, la ressource de dire qu'il est hostile à la révolution de juillet. C'est une espèce de refrein à l'usage de tous ceux qui cherchent à humilier le clergé. Ce reproche est-il bien fondé? Je cherche où sont les hostilités du clergé pour la révolution.de juillet. Mais ce que je n'ai pas de

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