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sur le dogme Hors de l'Eglise point de salut ont été toutes rationnelles. Au surplus, ce qui peut faire juger de la loyauté du Messager, c'est qu'à côté des reproches qu'il adressoit au prédicateur catholique, il n'a eu que des expressions d'estime, de tendresse et d'admiration pour les saints-simoniens, qui étoient alors à Marseille, et qui mettoient toute la ville en rumeur. Telle est l'impartialité du judicieux rédacteur. L'immense majorité de la population, à Marseille, a mieux apprécié des prédications si différentes. Il a paru dans la Gazette du Midi un très-bon article sur la station de M. l'abbé Guyon. On y rend à son talent un hommage toutà-fait remarquable; on loue surtout ses discours sur les preuves de la religion. La Gazette regarde M. Guyon comme ayant été dans cette partie le digne successeur du savant et lumineux auteur des Conférences sur la religion, qui ont été entendues si souvent à Saint-Sulpice. Il admire la fécondité, la logique, le savoir de l'orateur que Marseille vient d'entendre. Enfin il réfute les calomnieuses allégations du Messager en citant un morceau où M. Guyon invitoit ses auditeurs à l'union et à la réconciliation, et manifestoit les sentimens les plus généreux et les plus dignes d'un Français et d'un prêtre.

NOUVELLES POLITIQUES.

PARIS. Les députés de l'opposition de gauche ont tenu conseil, ces jours derniers, pour aviser on ne sait trop à quoi; car il n'est sorti de là rien de fixe et d'arrêté. Dans cette réunion, M. Laffitte passe pour avoir dit que, restauration pour restauration, celle de Henri V lui paroîtroit plus naturelle et plus avantageuse que tout ce qui pourroit être entrepris en ce genre par le gouvernement actuel. Il n'est pas dégoûté vraiment; et, moins que jamais, après les trois premières années d'épreuve de la révolution de juillet, personne ne lui dira le contraire. Seulement on peut s'étonner que ces grands esprits-là ne voient les choses que quand elles crêvent les yeux à tout le monde, et qu'on soit obligé avec eux de commencer par subir le danger pour constater son existence. La veille des glorieuses journées, les réflexions actuelles de M. Laffitte auroient été excellentes ; et voilà qu'il nous les apporte trois ans après ! Pourquoi ne prévoyoit-il pas que la royauté nouvelle chercheroit naturellement à se réfugier dans la restauration pour éviter de périr par la révolution? Et, s'il étoit évident pour le commun des esprits qu'elle n'avoit de salut à espérer que dans les voies de la restauration, comment l'autre restauration, qui étoit la vraie et la seule qui n'eût pas les inconvéniens de la fausse, n'a-t-elle pas paru préférable aux yeux de grands régénérateurs politiques qui se ravisent aujourd'hui là-dessus? Eh! vraiment oui, ces messieurs ont raison maintenant; mais c'étoit il y a trois ans qu'il falloit l'avoir. Quant à M. de Lafayette, il n'y a rien à lui dire; il en est toujours à son année 89, et à la prise de la Bastille. D'après la manière dont il s'est expliqué dans cette même réunion des députés, il n'est survenu en quarante-quatre ans qu'une toute petite

modification dans ses idées : Au commencement de l'autre révolution, il vouloit, dit-il, la monarchie avec la liberté; et maintenant il vent la liberté avec la monarchie. Gaudeant benè nati!

Le gouvernement a grand tort de se plaindre des journaux qui le menacent de la république. Ils lui sont plus utiles que ceux qu'il paie souvent très-cher pour le bien servir; et ils amènent à lui beaucoup de monde qui peut-être n'y viendroient pas sans cela. Car il faut bien se mettre dans l'esprit qu'en France tont paroit bon à côté de la république, et que la peur qu'on a de la revoir est un puissant titre de recommandation pour tout ce qui n'est pas elle. En un mot, elle est cause qu'on ne marchande presque sur rien avec ceux qui se présentent sous un autre nom que le sien, et qu'on prend tout les yeux fermés. C'est donc bien mal se connoître en amis que de ne pas considérer comme tels les missionnaires de la ré-` publique. Au lieu de les condamner à la prison et à l'amende, le gouvernement devroit leur payer pension. Sans eux, en effet, le régime d'arbitraire et de misère, que la révolution de juillet nous a fait, paroitroit bien difficile à supporter ; et notre patience n'y tient qu'en considération du sort où messieurs les patriotes du programme nous attendent au sortir de là. Voilà ce que les ministres et les procureurs du Roi n'entendent pas bien. S'ils comprenoient cela comme nous, ils seroient enchantés de voir les républicains montrer leur drapeau rouge, qui contribue tant à rallier la nation française de tous les côtés où il n'est pas.

M. Hémar, vice-président du tribunal de première instance de la Seine, est nommé conseiller à la cour royale, et remplacé par M. Eng. Lamy, juge audit tribunal. Celui-ci a pour successeur M. Portalis, conseiller-auditeur à la cour royale.

Des ordres sont donnés pour disposer à Saint-Omer un camp de manœuvre ou d'observation.

M. Arthur Aston, secrétaire de l'ambassade d'Angleterre, est accrédité à Paris comme ministre plénipotentiaire de la Grande-Bretagne, jusqu'au retour de lord Granville, ambassadeur.

- Un député, en recevant la lettre close de Louis-Philippe, l'invitant à assister à l'ouverture de la session, a renvoyé cette lettre en déclarant qu'il assistoit à la chambre par l'autorité de la Charte et des électeurs.

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Le nombre des pétitions à la chambre des députés, qui n'ont pu être rapportées dans la dernière session, et qui ont été réputées non avenues, s'élève, diton, à 2,347.

Les ingénieurs du ministère de la guerre sont, en ce moment, occupés à fixer les places des forts que l'on va construire à Montmartre, Belleville, Montreuil et Charenton. Le gouvernement veut absolument faire dominer Paris par des positions que l'opposition signaloit comme inquiétantes pour la sécurité des habitans.

M. le vicomte Vilain XIV est arrivé le 28 avril à Paris. Il est chargé d'une mission particulière du roi des Belges.

Les ouvriers posent, en ce moment, la toiture en fer de l'église de la Madeleine. Espérons que ce monument, commencé depuis tant d'années, sera enfin livré à sa destination.

La justice croit avoir découvert les auteurs de l'assassinat commis à Paris, il y a 12 ans, sur la veuve Houet. On a arrêté à Bourbonne-les-Bains le sieur Robert, gendre de cette malheureuse, sur qui les soupçons s'étoient toujours portés. Une lettre qu'on lui a saisie indiquoit que le cadavre de la victime se trouvoit rue de Vaugirard, no 81. Des fouilles ont été faites en sa présence, et l'on a découvert un squelette ayant encore au cou la corde qui avoit servi à la strangulation. Le nommé Bastien, qui passe pour complice de Robert, est aussi en arrestation. L'affaire s'instruit.

M. Lefèvre, éditeur du journal intitulé le Diable boîteux, a été condamné par défaut à un mois de prison et 200 fr. d'amende, pour avoir traité de matières politiques sans le dépôt préalable de cautionnement.

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Le ministre du commerce et des travaux publics a mis à la disposition de la Société royale des antiquaires de France, sur les fonds d'encouragement aux sciences et aux‹ beaux arts, une somme de 1,000 fr., destinée à faciliter l'impression du 10° volume des mémoires de cette société sur les antiquités nationales.

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Le préfet du Rhône a publié un arrêté portant qu'il ne pourra être donné aucun banquet, bal ou réunion, avec un caractère de publicité quelconque, sans une permission de la mairie. Cette mesure a eu pour but d'empêcher un banquet que l'on préparoit à M. Garnier-Pagès et à d'autres patriotes notables.

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Une autre mesure de police, qui vient d'être prise à Lyon, a causé un peu d'agitation dans cette ville c'est l'arrêté qui défend de chanter dans les rues et dans les cafés. Les chanteurs publics, mécontens de cette prohibition, se sout rassemblés; et, suivis de quelques ouvriers, ils ont parcouru tumultueusement les rues, dans la soirée du 26 avril, en chantant la Marseillaise et la Carmagnole, et en poussant les cris de: Five la république. Ils se sont arrêtés sur la place des Célestins, et là, un individu, monté sur une borne, à harangué le rassemblement par une allocution assez séditieuse, quí a été applaudie aux cris de: Vive la république. Des patrouilles ont été envoyées contre les groupes qui se`` sont dissipés sur les trois sommations. Un piquet est resté sur la place des Cċlestins.

M. de Theux a rejeté les nouvelles propositions que le roi des Belges lui a faites pour la composition d'un ministère, et la marche à suivre. Léopold a pris alors le parti de dissoudre la chambre des représentans.

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Les derniers actes de négociations entre la Hollande et les deux puissances protectrices de la Belgique sont du 16 avril. Lord Palmerston et M. de Talleyrand, dans une note de ce jour, ont repoussé les prétentions élevées de nouveau par M. Dedel, et ont fini par le prier de demander des pouvoirs plus étendus, afin qu'il pût traiter sur les bases dans lesquelles ils persistent.

Le ministère anglais vient d'éprouver un échec sérieux à la chambre des

communes. Dans la séance du 26 avril, à peine la chambre se formoit-elle en comité de subsides, que M. Ingelby proposa sur la taxe de la drèche une réduction susceptible de représenter 75 millions de franes. Lord Althorp a combattu cette motion comme renversant les combinaisons du budget, sans présenter un soulagement notable. La chambre s'est divisée, et la motion a passé à la majorité de dix voix. Le ministre a aussitôt déclaré que cette décision plaçoit le gouvernement dans le plus grand embarras, et il a demandé l'ajournement du comité. Un conseil de cabinet a été convoqué pour le lendemain; il y a eu une forte baisse à la Bourse de Londres.

Il résulte des nouvelles récentes de Porto qu'il ne s'est rien passé de remarquable avec les assiégeans depuis le 24 mars, et que l'amiral Sartorius a reçn le 25 avril la solde de ses équipages, et a promis, sous la médiation du géneral Saldanha, de revenir des îles Bayonne a Porto.

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M. Garnier, journaliste allemand, vient d'être arrêté à Carlsruhe, à son arrivée de Paris, où il s'étoit retiré depuis plusieurs années.

La nouvelle de l'arrivée des Russes à Constantinople, qui se repandoit depuis quelques jours, est confirmée par la Gazette d'Augsbourg. Le 5 avril, un corps considérable d'infanterie et d'artillerie russes, porté sur des bâtimens de transport, est entré dans cette capitale. Le sultan a été charmé de l'arrivée de ces régimens, et les a visités avec le grand amiral. La population n'a fait aucune démonstration extraordinaire. Ces premiers régimens ont été dirigés sur la côte d'Asie, et la flotte s'est rapprochée de Constantinople, où vient d'arriver uue seconde esca dre russe. On attendoit encore 30,000 hommes de troupes russes, venant, par des principautés.

terre,

L'ile de Chypre s'est déclarée en faveur du pacha d'Egypte Méhemed-Ali,

CHAMBRE DES PAIRS.

Le 29, on procède à l'élection d'un secrétaire, en remplacement de M. le maréchal Gérard, non acceptant. Le choix tombe sur M. Guilleminot, qui arrive en ce mement de Bavière.

M. Mounier ayant déposé une proposition tendant à reviser le règlement, M. lé président demande si elle est appuyée. Sur l'affirmative, l'honorable membre est invité à la développer à la prochaine séance.

M. le ministre de l'intérieur, an nom de son collègue, M. Thiers, ministre du commerce, rapporte la loi sur les propriétés pour cause d'utilité publique, qui a subi des modifications à la chambre des députés.

Une commission est de suite nommée par M. Pasquier pour un nouvel examen de ce projet.

CHAMBRE DEs députés.

Le 29, M. le ministre des finances présente le réglement définitif des comptes de 1831 et le budget de 1834. Il annonce que le gouvernement a enfin la satisfaction de niveler les dépenses avec les recettes. Le budget de l'année prochaine, que l'on a dégagé de services extraordinaires, offre une réduction totale de 112,609,000 fr. sur celui que le gouvernement avoit proposé pour 1833, et une de 170,732,000 fr.

sur les dépenses de 1832, les crédits supplémentaires compris. Des économies seront apportées dans les services; celles qui auront lieu sur le ministère de là guerre s'élevent à plus de 90 millions. Les besoins de l'exercice se trouvent ainsi bornés à 1,029,140,000 fr.; mais le gouvernement propose d'anualer 20 millions de rentes rachetées par la caisse d'amortissement. Le budget des dépenses sera restreint à 999,140,000 fr. Pour compenser ces 20 millions, le gouvernement demande de rehausser d'autant l'impôt. Ici M. Humann discute la nature des contributions à frapper. Il pense que le crédit doit être ménagé, et établit que la fortune territoriale est suffisamment imposée, et que les voies indirectes doivent être imposées davantage. Il conclut à redemander à l'impôt sur les boissons 20 millions sur les 36 ou 40 millions dont on l'a dégrevé tout à coup. Au moyen de cette reprise, les recettes s'élèveront à 1 milliard 240 millions, et couvriront les dépenses.

M. le ministre annonce ensuite qu'il sera prélevé encore sur les rentes rachetées 3,600,000 fr. que l'on emploiera en travaux d'utilité publique. Cette somme, jointe aux 20 millions annulés, réduira le 1er janvier prochain l'amortissement de 97 millions à 73,400,000 fr., ce qui permettra de tenter la réduction de l'intérêt de 5 à 4 pour 100, ou le remboursement. Le travail étoit prêt à être présenté aux chambres; mais on s'est décidé à ne le produire qu'à la prochaine session, dans l'espoir que la négociation de rentes qui va s'opérer par la loi ci-après en rentes 4 p. 100 fera goûter ce cours.

Il n'y a rien de changé dans le chapitre des cultes.

M. le ministre du commerce et des travaux publics, qui succède à M. Humann, présente le projet de loi annoncé par son collègue. Le projet énumère pour 100 millions de travaux, auxquels il sera pourvu par une création de rentes 4 pour 100. Sur cela, il y a 24 millions pour des achèvemens de monumens de la capitale, dont 2,800,000 fr. pour l'église de la Madeleine, 1,500,000 fr. pour l'église royale de St-Denis, 3,450,000 fr. pour l'hôtel commencé du quai d'Orsay, où sera transférée la Bibliothèque royale; 44 millions seront affectés aux travaux de canalisation, et le surplus anx routes, notamment dans l'Ouest.

I

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La discussion s'ouvre ensuite sur le projet de loi concernant l'instruction primaire. L'art. 1oa divise cette instruction en élémentaire et en supérieure. La première comprend l'instruction morale et religieuse, la lecture, l'écriture, les élémens de la langue française et du calcul. La seconde comprend, en outre, les élémens de géométrie, notamment le dessin linéaire et l'arpentage; des notions des sciences physiques et de l'histoire naturelle, applicables aux usages de la vie; le chant et les élémens de l'histoire et de la géographie, principalement de la France. M. Demarçay demande que l'on comprenne dans l'instruction élémentaire les notions premières des droits et des devoirs politiques. M. Guizot fait observer qu'il s'agit d'enfans de 6 à 8 ans et que l'on ne peut exiger de tous les maîtres d'école de faire un cours de politique. MM. de Podenas et Laurence appuient l'amendement; ils voudroient que chaque enfant fût instruit de l'impôt qu'il aura à payer

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