Page images
PDF
EPUB

peine à trouver, ce sont les hostilités de la révolution de juillet pour le clergé. C'est par-là qu'elle commença à se faire connoître ; dès les grandes journées, elle se signala par des attaques et des violences dont les traces ne sont point effacées. L'archevêché pillé, puis démoli; la maison des missionnaires, le Calvaire, Montrouge, aussi livrés au pillage, les prêtres obligés de se déguiser, SainteGeneviève envahie et ravie au culte, voilà pour Paris. En province, des évêques obligés de fuir, des curés expulsés de leur paroisse, des séminaires pillés ou fermés, ce sont encore les premières douceurs de la révolution. Plus tard, on a vu Saint-Germainl'Auxerrois dévasté et les croix abattues de toutes parts. Sont-ce là des actes d'hostilités assez patens, assez nombreux; et, quand on a ainsi attaqué et outragé le clergé, est-on bien recevable à se plaindre de ses hostilités? Qui des deux a droit de se plaindre? qui des deux a droit d'accuser l'autre? Le clergé pouvoit-il être hostile à la révolution avant qu'elle commençât? Pouvoitil depuis être bien épris d'une révolution qui l'avoit si rigoureusement traité? Qu'elle commence par s'humaniser envers lui, si elle veut le trouver mieux disposé pour elle; qu'elle lui épargne les avanies, si elle veut qu'il lui montre quelque confiance. Peutil raisonnablement se jeter entre les bras de ceux qui ne lui témoignent que défiance et prévention? Voyez comme on parle de lui publiquement à la tribune des députés, et comme on le traite dans les journaux, même dans ceux qui sont aux ordres du gouverne

ment.

Six missionnaires sont partis de Bordeaux la semaine dernière pour les missions d'Orient. Trois sortoient du séminaire des Missions étrangères, ce sont MM. Galabert, du diocèse de Carcassonne ; Bertrand, du diocèse du Puy; et Blazin, du diocèse de Clermont. Tous sont prêtres, et sont destinés pour les missions desservies par le séminaire de la rue du Bac. Trois missionnaires italiens étoient venus en France pour s'embarquer avec les premiers. L'un est M. le comte Besi, d'une famille distinguée de Vérone. Ayant embrassé l'état ecclésiastique, ce jeune seigneur a renoncé à toute idée d'honneurs et de dignités, et a voulu se consacrer aux dangers de l'apostolat dans les pays infidèles. On croit qu'il se rend en Chine. Deux franciscains d'Italie sont venus avec lui, ils sont envoyés par la congrégation de la propagande dans le Chen-Si.

Le jubilé s'ouvrira le dimanche de la Pentecôte dans le diocèse de Coutances. Le mandement indique pour les stations, à Coutances, St-Lo, Valognes, Cherbourg, Avranches, Mortain, Granville et Carentan, toutes les églises et chapelles qui se trouvent dans ces villes. Dans les autres lieux, il indique l'église de la paroisse ou l'église la plus voisine du domicile. Les trappistes et les religieuses sont invités à multiplier leurs prières pendant le jubilé.

M. l'évêque, après avoir invité les fidèles à prier pour les divers besoins de l'Eglise, ajoute en finissant son mandement :

«

Enfin, N. T. C. F., priez aussi pour nous que de longues et cruelles infirmités retiennent séparé de vous depuis si long-temps. O combien de fois, sur notre lit de douleur, n'avons-nous pas désiré de nous retrouver au milieu de vous, et de vous faire part des grâces spirituelles attachées à notre ministère, afin de vous confirmer dans la foi, et nous consoler des peines que nous canse la vue des maux de l'Eglise, par le touchant spectacle de votre attachement à la religion et de votre fidélité à ses pratiques! Demandez au Seigneur qu'il nous redonne assez de force et de santé pour reprendre nos fonctions, si c'est son bon plaisir; car la vie n'a de charmes pour nous qu'autant qu'elle pourra être utile à la gloire de Dieu et au salut du troupeau chéri qu'il nous a confié. A la demande unissons l'action de grâces, remercions le Seigneur d'avoir préservé ce vaste diocèse, presque tout entier, du choléra, de ce fléau destructeur qui a causé dans la plus grande partie de l'univers de si affreux ravages. Et vous, habitans de Cherbourg, de St-Vaast, etc., qu'il a plongés pendant quelque temps dans le deuil et les larmes, que votre joie et votre reconnoissance soient proportionnées à la grandeur du bienfait de votre heureuse délivrance. Efforçous-nous, N.T. C. F., par la pureté et la sainteté de notre vie, de nous prémunir contre le retour de cette redoutable épidémie, qu'on ne peut s'empêcher de regarder comme un châtiment du ciel pour nous punir, et arrêter les progrès toujours croissans de l'impiété et du débordement des mœurs. »

-Des pasteurs zélés luttent avec succès, en quelques endroits, contre l'esprit d'irréligion ou d'indifférence qui tend à s'introduire partout. M. l'abbé André, nouvellement curé des Echelles, en Savoie, près la frontière de France, voyant avec douleur la plupart de ses paroissiens s'endormir dans l'oubli des devoirs de la religion, résolut de procurer une mission à son troupeau, et invita pour cette bonne œuvre M. l'abbé Fabre, directeur des missions du diocèse de Chambéry. Celui-ci se rendit le 3 mars aux Echelles avec quatre de ses confrères, et ouvrit une mission qui a duré un mois. Ceux qui s'appellent libéraux essayèrent de faire échouer une entreprise qui les importunoit; mais comme la liberté des cultes n'est pas un vain mot sous un prince religieux, la mission a eu lieu à la grande satisfaction des honnêtes gens. Dès l'arrivée des missionnaires, toute la paroisse accourut pour les entendre le premier jour, l'église ne pouvoit contenir la foule des assistans; les riches comme les pauvres se pressoient autour de la chaire. Des vieillards désacoutumés de la religion, des femmes dissipées, des jeunes gens remplis de fausses idées du siècle, venoient entendre cette parole qui convertit les ames et purifie les coeurs. Bien des préjugés se sont évanouis, et bien des doutes ont été dissipés. Il s'est fait des restitutions, et la concorde a remplacé les divisions et les baines.

:

Des hommes mêmes, qui étoient venus pour se moquer des missionnaires, s'en retournent frappés et touchés. Tous n'ont pas entièrement changé; mais ils sont forcés d'accorder leur estime au zèle comme aux vertus des missionnaires, et peut-être cette disposition achèvera-t-elle de les ramener quelque jour à la pratique de leurs devoirs de chrétien.

Les journaux des Etats-Unis ont publié une lettre d'une sœur de la Charité sur les ravages du choléra dans la ville de Saint Louis. Cette lettre montre à la fois et la gravité du mal et l'admirable dévoûment des Soeurs. La maladie se déclara inopinément le 24 octobre au matin ; des cris de morts subítes se firent entendre. Tout à coup il y en avoit jusqu'à deux ou trois dans une même famille. Plusieurs étoient atteints sans se douter de la nature du mal. On porta à l'hôpital un jeune Français qui avoit sa connoissance; mais il étoit si tourmenté de crampes violentes, qu'on ne put le déterminer à s'occuper d'autre chose :'il expira en peu d'heures. D'autres malades furent également portés à l'hospice, un prêtre plein de zèle les y suivit et les exhortoit successivement, profitant d'un peu de relâche qu'ils éprouvoient dans leurs douleurs. Les deux jours suivans, la ville présenta une scène d'horreurs. L'effroi étoit général, les habitans fuyoient, on abandonnoit ses amis et les fugitifs eux-mêmes ne trouvoient point d'asile, parce que l'on craignoit que la contagion n'entrât avec eux. Ainsi les deux hôpitaux, l'ancien et le nouveau, se trouvèrent pleins en un moment, Le 26 octobre étoit pour les Sœurs un jour de communion; M. l'évêque de Saint-Louis, M. Rosati, disoit la messe qu'elles ne purent même entendre en entier. Le prélat ému jusqu'aux larmes prioit sans doute le Seigneur d'épargner son troupeau, if encouragea les Sœurs par quelques mots seulement au moment de la communion : Votre Dieu, leur dit-il, sera votre force, il comptera tous vos pas. Peu après, les Soeurs furent appelées auprès des malades. Jusqu'au 31 octobre on n'entendoit dans les deux hospices que les cris de ceux qu'on apportoit de toutes parts. Des hommes vigoureux, frappés soudainement, expiroient en quelques heures. On ne suffisoit pas à enlever les corps. Les ecclésiastiques de la ville étoient onstamment occupés à entendre les confessions des catholiques, à conférer le baptême à ceux qui ne l'avoient pas reçu, à consoler et à instruire autant qu'on pouvoit le faire dans ces terribles momens. Les Soeurs se sont montrées de véritables Filles de Saint-Vincent de Paul: elles soignoient jour et nuit les malades, ne prenant que le repos auquel les forçoit la nature épuisée. La charité les soutenoit et leur donnoit la force de faire des choses extraordinaires. Tous les gens en santé autour d'elles s'étoient enfuis. Les blanchisseuses laissèrent leurs cuviers pleins de linge mouillé, et on ne put les décider même à laver chez elles le linge des Soeurs. M. l'évêque obtint d'un Irlan

[ocr errors]

dais de passer trois jours à l'hospice pour assister les sœurs. Un seul homme ne les quitta point, c'étoit un frère de l'ordre de Saint-Vincent. Il portoit les malades, passoit auprès d'eux les jours et les nuits et soulageoit les sœurs en tout ce qui dépendoit de lui. La lettre de la Sœur finit par des détails plus rassurans sur l'état de la ville. On commençoit à respirer à Saint-Louis, il n'y avoit plus que neuf cholériques dans les hospices. Les Sœurs, mafgré toutes leurs fatigues, n'avoient point été attaquées.

NOUVELLES POLITIQUES.

PARIS. Deux choses essentielles manquent encore au bonheur des patriotes de juillet : le monument de la Bastille, et la statue de la place Vendôme. A la manière dont ils s'expriment à ce sujet, il y a tont lieu d'espérer que, quand ils auront obtenu satisfaction sur ces deux points, la France n'aura plus rien à désirer sous fe rapport de la gloire et des félicités. C'est donc à M. Thiers qu'il appartient maintenant de mettre le comble aux promesses et aux bienfaits de la révolution de juillet. M. d'Argout, son collégue, a déjà retrouvé tous les anciens vainqueurs de la Bastille, et même quelques centaines en sus. Il s'est háté de nous acquitter envers eux en leur offrant notre dette de reconnoissance en bonnes pensions › auxquelles il a joint les complimens des contribuables et les siens. A présent c'est à M. Thiers à faire le reste. Il sait parler; nous savons payer; et il arrangera tout cela pour le mieux. Tout ce qu'on lui demande, c'est de ne pas nous faire trop long-temps attendre le monument de la Bastille et la statue de Bonaparte, qui sont les deux choses les plus propres à consoler la France de tout ce que l'empire lui a coûté de sang, el de tout ce que la revolution de juillet lui a coûté d'or.

La fête de Louis-Philippe a été célébrée avec une pompe religieuse très-remarquable. Les autorités civiles et militaires, les troupes sous les armes, ont assisté à cette cérémonie avec une pieuse décence, comme aux plus beaux temps de l'Eglise catholique : ceci vous étonne peut-être, parce que vous n'avez rien remárqué de semblable. Aussi n'est-ce pas en France que cela s'est passé. C'est en Afrique, au pays d'Alger. Le jour de la Saint-Philippe, on y a célébré en plein air une messe militaire, à laquelle tous les chrétiens de la colonie et les troupes out assisté avec recueillement et gravité. Ainsi nos saintes cérémonies ne sont point totalement abandonnées, et les pompes augustes de la religion reviennent quelquefois à la pensée des hommes qui représentent le pouvoir de la révolution de juillet. Seulement il faut aller en Afrique pour voir ces choses-là.

MM. Battur, avocat à Paris, le comte et le vicomte de Kergorlay, le comt e de Floirac, le vicomte de Couny, les barons de Sudre et de Mengin-Fondragon, ont souscrit le 14 mai une protestation contre l'authenticité et l'autorité des pièces publiées dans le Moniteur de ce jour, au sujet de madame la duchesse de Berry. Cette protestation est rédigée eu forme de plainte judiciaire. Elle est adressée aux

cours royales de Paris et de Bordeaux : déjà un certain nombre de royalistes y ont adhéré.

-

on,

des

La frégate l'Agathe est partie de Brest, et son capitaine a reçu, dit instructions secrètes. On sait seulement que ce bâtiment se rend à l'embouchure de la Gironde, et l'on croit qu'il est destiné à transférer à Palerme madame la duchesse de Berry, dont les journaux ministériels laissent entrevoir la prochaine mise en liberté.

Le général Jamin, qui commande une division de l'armée du Nord, a été élu député à Montmédy, à la majorité de 76 contre 40. Le candidat de l'opposition étoit M. Gillon.

[ocr errors]

· Le général comte d'Hondetot, aide-de-camp de Louis-Philippe, est parti en mission particulière pour l'ouest de la France; on présume qu'il est allé faire quelques dispositions pour le voyage du prince dans ce pays.

M. Vatout, conservateur des bibliothèques des maisons royales, est nommé rapporteur de la proposition de M. Laffitte en faveur des imprimeurs et libraires, débiteurs de l'état sur le crédit de 30 millions.

[ocr errors]

Le prix du pain de quatre livres est réduit à dix sous et demi à partir du 16 mai. Il n'avoit pas été à ce prix depuis 1822.

Le thermomètre de Réaumur s'est élevé ces jours-ci à 23 degrés.

Le Musée monétaire a été ouvert le 14 à l'Hôtel des Monnaies. Le public y sera admis les mardis et vendredis, de midi à trois heures.

On croyoit que c'étoit M. Sarrans, ancien aide-de-camp du général Lafayette, et auteur d'une brochure sur la révolution de 1830, qui étoit cité le 15 devant la cour d'assises de Paris. Il paroît même que ce M. Sarrans a reçu, par erreur, une citation à Londres, où il se trouvoit. Il s'agissoit de M. Sarran, ancien rédacteur du Drapeau blanc, qui étoit prévenu d'avoir excité à la haine et au mépris du gouvernement dans le journal les Provinces. M. Sarran a fait défaut. MM. Delacroix, rédacteur principal, et Poussielgue, imprimeur, se sont présen tés; mais, sur les plaidoiries de MM. Moret et Lafargue, le jury les a fait acquitter.

Le tribunal de commerce a repris le 15 le procès intenté par la Banque de France à MM. le baron de Perregaux, Claremont et Pierre Laffitte, en paiement de la commandite qu'ils s'étoient obligés à verser dans la maison Jacques Laffitte. M. Delangie, avocat de M. Perregaux, a répondu au plaidoyer de M. Parquin, avocat de la Banque, et a soutenu que son client n'avoit rien à verser au-delà des valeurs qu'il a remises à cette maison. M. J. Laffitte, placé au bareau, auprès de M. Mauguin, son avocat, a donné de nouvelles explications. Il a représenté que, dans le cas seulement où l'on vendroit ses biens à l'amiable, et de la manière la . plus convenable pour obtenir leur valeur, la Banque seroit couverte de ses avances, et la commandite de M. Perregaux pourroit être sauvée en partie. Il a terminé en disant qu'il n'avoit fait que des ingrats. M. Mauguin est entré ensuite dans des dé

« PreviousContinue »