Page images
PDF
EPUB

tiens aient un autre but que de satisfaire une vaine curiosité! Pour moi, je ne saurois être indifférent sur le sort de l'humanité. L'homme, par sa nature, est mon semblable; par la foi, il est mon frère, un second moi-même. J'ai trouvé la vérité, je suis heureux qu'il partage mon bonheur ; c'est pour ce but que je parle ici. Si mes discours devoient être stériles, je préférerois avoir gardé le silence.

Pour concevoir l'homme dans ses rapports de société, il faut remonter à celui qui a établi l'ordre social, à cet instant où la souveraine sagesse créa l'homme roi de l'univers. Nous avons vu comment le Tout-Puissant forma notre corps, comment il l'anima, l'organisa, après l'avoir tiré d'un peu de boue, et surtout combien cet être souverainement intelligent sut façonner la matière convenablement, afin que cette organisation fût docile aux volontés de l'homme. Nous avons donc assisté à cette formation d'Adam, notre père commun; mais nous n'avons encore rien dit de l'origine de la compagne qui fut donnée à l'homme pour que la société sortit d'eux : remontons donç aussi à cette origine, à ce lien social.

L'homme est créé ; mais il est seul. Dieu lui amène tous les animaux, afin qu'il connoisse son domaine nouveau, et que ces animaux reconnoissent leur maître. Il les voit de cet œil d'intelligence éclairée, avec cette lumière que le verbe lui avoit donnée; et il connoit leur nature, pénètre leur instinct, leur destinée, et leur donne à chacun un nom qui désigne leur caractère et leur fin. En recevant ce nom de celui qui est leur maitre, ils portent la marque de leur sujétion.

Dieu voit ce bel ouvrage ; il considère l'homme, et il se dit : Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Comment Dieu s'estit dit ces paroles? Certes ce n'est pas en les prononçant ; mais il voit que sa conception n'est pas encore toute manifestée au dehors, elle n'a pas produit tout ce qu'il pense. Dixit Deus non est bonum hominem solum esse, faciamus ei adjutorium simile sibi. Et voilà la pensée qui se manifeste au dehors dans son ensemble. Il voit l'homme seul; il l'avoit déjà établi maitre des créatures; il remarque que dans toutes ces créatures il n'y a pas d'être semblable à lui; et alors Dieu achève son dessein, qui sembloit imparfait. Il envoie donc un profond sommeil à Adam, selon le texte hébreu, ou une extase, selon les Septante et les SS. Pères. Dans cet état, l'homme uni à Dieu ne peut plus faire usage de ses sens, son corps est passif;

ìl assiste à l'action divine par l'intelligence. Alors Dieu prend une des côtes d'Adam, couvre la plaie à l'instant même ; bâtit cette côte, ædificavit costam; il en fait un édifice, il en fait une femme qui portera le nom de celui d'où elle procède; puis il la présente à Adam sortant de cette extase pendant laquelle il a vu le dessein de Dieu s'accomplir; et Adam s'écrie: Voilà maintenant l'os de mes os et la chair de ma chair, celle-là s'appellera Virago, parce qu'elle a été tirée de l'homme: c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme; ils seront deux dans une même chair. Remarquez cette extase et ces paroles ; plus tard nous en verrons le mystère.

Voilà donc l'origine de la société et de l'état social; elle est très-bien marquée par ces paroles: Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Non est bonum, etc. Faisons-lui un dide semblable à lui. Remarquez bien l'expression adjutorium simile sibi! Ces paroles expriment la dignité de la femme; elles apprécient sa destinée et son origine. Cette femme donc participera aux mêmes facultés, au même but, à la même gloire que l'homme.

:

Comme lui, elle a reçu un esprit immortel, destiné à être uni à Dieu, son principe et sa fin; mais en participant à la domination de l'homme sur toutes les créatures, elle aura un degré d'infériorité: l'homme ayant été créé seul roi de l'univers, sa part à elle dans ce commandement sera ce qu'il y a de plus doux; elle régnera sur les créatures, parce qu'elle est la compagne, l'objet des affections de l'homme ce dernier a autorité et puissance sur elle; mais ce sera une puissance, une autorité d'amour. Aussi les SS. Pères remarquent-ils que c'est du côté d'Adam que fut tirée la femme, voulant désigner par là les droits qu'elle a sur l'affection d'Adam. Nous verrons d'ailleurs combien la relèvent encore les fonctions essentielles qu'elle doit remplir pour la conservation de la société : porter l'enfant, l'allaiter, l'environner de soins, l'élever, former son jeune esprit à la connoissance du Créateur et de ses devoirs, diriger son cœur et ses premiers pas, ne sont-ce pas là des fonctions assez nobles pour ne point lui faire regretter la domination de son époux?

C. (1)

(1) Les précédentes analyses des cours de M. Frere auroient dû être marquées de cette initiale.

nouvelles ecCLÉSIASTIQUES.

PARIS. M. l'abbé Colin, curé de Saint-Philippe-du-Roule, a été uommé par M. l'archevêque à la cure de Saint-Eustache; il a été installé dimanche dans cette dernière paroisse, par M. l'abbé Jalabert, archidiacre. M. l'abbé Boisson, premier vicaire de la Madeleine, le remplace à Saint-Philippe-du-Roule, et doit être installé jeudi. M. l'abbé Dupanloup est nommé premier vicaire de la Madeleine, et conserve la direction du catéchisme, dont il étoit chargé depuis long-temps, et où il a obtenu tant de succès: on sait qu'il a formé une réunion de jeunes gens de toutes les classes qui persévèrent, après leur première communion, dans la pratique des devoirs de la religion, et dont il sait cultiver à la fois l'intelligence et la piété par des exercices variés avec beaucoup d'art, de goût et de zèle.

Le cours d'Écriture sainte de M. l'abbé Frère n'avoit lieu jusqu'ici que le jeudi. Il y aura désormais deux leçons par semaine, le lundi et le jeudi, à une heure. M. l'abbé Frère a voulu répondre par-là à l'empressement de ses auditeurs. Nous tâcherons nous-mêmes, pour ne pas trop rester en arrière, de faire paroître plus souvent nos analyses. Il est à remarquer pourtant que ces analyses ne perdent aucunement de leur intérêt pour n'être pas publiées immédiatement après la leçon à laquelle elles se rapportent. Nous savons d'ailleurs que M. l'abbé Frère en a approuvé la rédaction. Quoique circonscrites dans de certaines bornes, ou plutôt par-là même qu'elles sont circonscrites, elles présentent un résumé plus facile à saisir du plan de l'auteur, de ses idées principales et des grandes conséquences qu'il en tire.

Bien des gens ont oublié peut-être, au milieu du mouvement qui nous emporte et des graves événemens qui se succèdent depuis plus de deux ans, qu'une ordonnance du 25 décembre 1830, contresignée de M. Mérilhou, rétablit la nécessité des grades en théologie à dater du 1er janvier 1835, pour un grand nombre de places ecclésiastiques. Nous avons donné le texte de cette ordonnance n° 1735. Elle avoit été précédée d'un rapport de M. Rendu, membre du conseil de l'instruction publique. Dans ce rapport, M. Rendu remarquoit que les grades conférés par les universités après un certain temps d'études et à la suite d'examens publics, avoient toujours été regardés comme une garantie pour la société, et que plus ces grades étoient soumis à des conditions difficiles, plus il en résultoit de considération et d'estime pour les gradués. Les lois révolutionnaires renversèrent cet état de choses; mais au bout de dix ans d'expérience on sentit la nécessité de rétablir, pour l'étude de la médecine, des examens et des degrés. L'année

suivante, on rétablit les grades en droit. En 1808, le décret qui organisa l'université prescrivit des grades pour occuper des places dans l'administration ou dans l'enseignement. Dans le décret du 15 novembre 1809, il étoit dit que le conseil de l'université présenteroit un projet où il indiqueroit les professións qui devoient être soumises à l'obligation de prendre des grades dans les diverses facultés. A la fin de 1814, le conseil de l'université avoit adressé au gouvernement un projet qui embrassoit les cinq facultés. C'est encore à ce projet que renvoie M. Rendu. Son rapport, dout nous venons de présenter un extrait, finit ainsi : il n'est pas question d'imposer subitement et indistinctement, ni en théologie, ni en droit, ni dans aucune autre faculté, soit les mêmes grades, soit les mêmes épreuves, au jeune homme qui commence sa carrière, et à l'homme fait qui la parcourt depuis plusieurs années. Il seroit convenable et juste de faire des exceptions aux règles générales et d'accorder des délais plus ou moins prolongés. On ne toucheroit point aux droits acquis, on ne troubleroit point les existences. Dès à présent les principes seroient posés, mais les applications seroient l'œuvre du temps. Tout d'ailleurs, applications et principes, seroit concerté avec les principaux chefs du corps intéressé au nouvel ordre de choses. Le projet d'ordonnance qui suit le rapport de M. Rendu est à peu près conforme à l'ordonnance, telle qu'elle a été adoptée. Il y auroit beaucoup de choses à dire sur cette ordonnance. Il y auroit sûrement des avantages à ce que les grades fussent rétablis; mais cela est-il possible dans l'état ac tuel? Peut-on espérer que l'ordonnance sera plus exécutable, en 1835 qu'aujourd'hui ? Cette ordonnance est-elle en harmonie. avec les besoins et les intérêts de l'église ? L'est-elle avec la liberté de l'enseigt.ement promise dans la nouvelle charte? C'est ce qui nous paroît au moins fort douteux. Un mémoire présenté par la faculté de théologie de Paris, le 6 décembre 1830, insistoit beaucoup sur la nécessité des cours publics pour offrir des garanties à la société. J'avoue que je serois peu touché de cette raison. Je ne vois pas que des professeurs de facultés offrent plus de garantie que des professeurs de séminaires. Je crois qu'on peut s'en reposer sur la sollicitude des évêques dans le choix des professeurs de leurs séminaires. La surveillance qu'ils y exercent vaut bien sans doute celle du gouvernement sur les facultés. La publicité des cours et desexamens peut avoir ses avantages, mais elle auroit aussi aujourd'hui ses inconvéniens, si on en faisoit une obligation étroite et de tous les jours. On ne sauroit comparer l'état des choses ancien avec l'état actuel, tout le monde le sent. Ainsi, à Paris, où les ecclésiastiques ne sortent point en costume, il faudroit donc que les jeunes gens du séminaire changeassent de vêtemens plusieurs fois par jour; ce seroit une nouvelle perte de temps. Que le gouvernement maintienne l'ordre dans la capitale, qu'il fasse que les

prètres n'y soient pas insultés, qu'il leur assure la protection à la quelle tous les citoyens ont droit, c'est une première condition avant de faire des ordonnances et d'en exiger l'exécution.

er

La ville de Saint-Bertrand, siége de l'évêché de Cominges supprimé en 1801, vient de jouir d'un jubilé en vertu d'un privilège qui remonte au temps du pape Clément V. Les populations environnantes s'y étoient rendues même d'assez loin; car la mémoire de saint Bertrand, évêque de Cominges au XIIe siècle, se conserve religieusement dans ces contrées. L'ouverture du jubilé s'est faite par une procession où officioit M. l'archevêque de Toulouse, qui a ac¬ tuellement ce pays sous sa juridiction. Environ cinquante prêtres voisins s'étoient offerts pour assister M. le curé de Saint-Bertrand et son vicaire dans les soins de leur ministère. Pendant trois jours, du 1 au 3 mai, les tribunaux de la pénitence n'ont pas désempli, et il avoit fallu assigner des lieux hors de l'église pour satisfaire à l'empressement général. Des missionnaires étoient chargés des instructions. Les ecclésiastiques du séminaire de Polignan sont venus ajouter par leur présence à l'éclat des cérémonies. La saintetable a été très-fréquentée pendant les trois jours. M. l'archevêque a passé ce temps au milieu des bons fidèles pour lesquels sa piété étoit encore un encouragement. Le prélat a encore officié à la procession de clôture, où on portoit la relique du saint évêque auquel l'ancienne cathédrale est dédiée. On doit dire que, malgré l'affluence, le plus grand ordre a régné. On avoit envoyé de divers côtés de la gendarmerie, qui a eu seulement à constater les dispositions religieuses et pacifiques des habitans du pied des Pyré

nées.

-Un mauvais génie travaille-t-il encore les populations pour y exciter du désordre? Il devoit y avoir le 14 avril un baptême de deux enfans à Ruffey, canton de Bletterand, arrondissement de Lons-le-Saulnier. Or, d'après un usage établi par le curé précédent, les baptêmes, à moins d'urgence, se faisoient un peu avant la nuit. Les habitans s'étoient conformés à cet usage. Mais le 14 avril, tout à coup, et sans qu'on s'attendît à rien, ce délai excita une rumeur parmi ceux qui pourtant étoient le moins intéressés dans l'affaire, car les parrains s'étoient retirés. On entre tumultueusement dans l'église; des cris, des menaces, des blasphèmes retentissent dans le lieu saint. Le curé, qui étoit au confessionnal, sort pour faire des représentations aux perturbateurs, il n'est point écouté, et sa voix est couverte par des clameurs horribles. On frappe à coups redoublés sur les bancs. L'adjoint arrive, le sage magistrat se prononça prudemment pour le plus fort, il Ꭵ donna raison aux factieux. Pour ôter tout prétexte à l'émeute, le curé ordonna à son vicaire de faire le baptême.

– M. l'abbé Martin, d'Annecy, a la bonté de nous adresser de

« PreviousContinue »