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nouveaux détails sur la mort de M. l'abbé de Maccarty; ils complètent ceux que nous avons déjà publiés

On voudroit pouvoir répéter toutes les paroles qui sont sorties de la bouche de ce juste mourant, surtout depuis le moment où, après avoir reçu les sacremens, il conjura ceux qui l'envirounoient de ne lui parler désormais que des affaires de l'éternité. Quelle paix ! quelle humilité! quelle grandeur! Chaque mot, chaque élan de cette belle ame étoient puisés à une source céleste. Les ecclésiastiques, qui se sont fait un devoir et un honneur de l'assister jusqu'à son dernier soupir, étoient ravis d'admiration à la vue de ces témoignages d'une foi si vive et d'un amour si tendre. Comme il étoit dévoré par une fièvre ardente, on lui demanda s'il souffroit beaucoup : Ah! je ne souffre pas autant que Jésus-Christ! Souvenez-vous que c'est sur la croix que notre divin Sauveur acheva le grand œuvre de la rédemption: Oui, tout se fait par la croix. On lui présenta le crucifix: Oh! que d'hommes seront perdus pour n'avoir pas voulu le reconnoître ! La veille de sa mort, on lui dit que c'étoit le lendemain le jour de l'Invention de la Ste-Croix: Ah! que Jésus-Christ daigne la planter dans mon cœur! On se souvenoit de l'effet extraordinaire qu'il produisit le vendredi Saint, lorsque, au milieu d'une invocation sublime a la croix, il laissa échapper çes pa-roles en versant des larmes: O croix que l'on outrage ailleurs !.... Quelqu'un lui répéta ces mots d'Horace: Levius fit patientia quidquid corrigere est nefas. Alors il répondit avec vivacité : patientiá Christi.... Entendant-prononeer quelques paroles à sa louange, il répondit, en portant ses regards vers le ciel : Mihi absit gloriari nisi in cruce.... Cette grande ame, accoutumée à n'envisager que le ciel et à méditer sur la mort, n'éprouva rien des frayeurs ordinaires des enfans de la terre. Ah! qu'une vaine philosophie nous montre ses prétendus héros sur le lit d'agonie, et on jugera quelle énorme distance il y a entre eux et un vrai chrétien!

Quand M. de Maccarty eut rendu le dernier soupir, son corps, revêtu des ornemens sacerdotaux, fut transporté dans la chapelle du palais épiscopal, où il fut exposé sur un lit funèbre. A peine en eut-on connoissance dans la ville, que les fidèles de toutes les classes accoururent et remplirent l'enceinte de la chapelle jusqu'au moment de la sépulture. Chacun, par un mouvement aussi spontané qu'inattendu, s'empresse de toucher le corps du défunt. On ne se contente pas de cette expression du respect et de la foi, on le touche encore avec une infinité d'objets religieux, pour avoir le bonheur de les conserver comme de précieux souvenirs. On ne put modérer ce transport de la multitude, qui alla même jusqu'à couper les cheveux et les habits de ce saint prêtre. Ah! s'est écrié aujourd'hui Hotre vénérable pontife, en adressant des remercimens à sa ville épiscopale, la vie, la maladie et la mort de cet homme de vertu justifient l'empressement avec lequel vous l'avez environné après son trépas, pour honorer, j'ai presque dit vénérer, sa dépouille mortelle! Que certains esprits forts, qui savent se mettre au-dessus de ce qu'ils appellent les préjugés vulgaires, se rient de

ces témoignages de respect et d'admiration, on le conçoit; de si beaux sentimeus n'honoreront pas moins les habitans de cette ville.

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» Quand le moment de la sépulture fut arrivé, le clergé de la ville et les élèves du grand-séminaire se réunirent aux chanoines de la cathédrale pour procéder à la cérémonie des funérailles. La foule encombroit les avenues du palais épiscopal et remplissoit la cathédrale. On plaça le corps du défunt au sommet d'un catafalque dressé au milieu du chœur de cette église; on lisoit sur l'une de ses faces l'inscription suivante, heureusement choisie dans une épître de saint Paul : Defunctus adhuc Loquitur. Oui, il parle encore par les conversions qu'il a opérées, par les justes qu'il a affermis dans la foi, par le souvenir de ses vertus, par tout le bien qu'il a fait. Il parlera encore, nous l'espérons, par ses éloquens discours, dont toutes les ames religieuses et tous les amateurs de la saine littérature désirent vivement l'impression.

» M. l'évêque fit l'absoute. Bientôt après, le défunt fut ravi à nos regards, et descendit dans le caveau destiné à la sépulture des successeurs de saint François de Sales. C'est là que repose la dépouille mortelle de l'éloquent orateur dont s'honore l'église de France, du théologien profond, du savant apologiste de la religion catholique, du prêtre pieux et modeste qui se jugea indigne d'entrer dans le corps des premiers pasteurs. Sou caractère aimable, ses vertus et sa science, lui méritèrent l'estime générale. La charité et l'obéissance abrégèrent ses jours au milieu de nous. La patrie de saint François de Sales environnera à jamais son tombeau de son respect, de sa reconnoissauce et de son admiration. »

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PARIS. Le Moniteur de vendredi contenoit un extrait des registres de la paroisse de Blaye. Cet extrait, signé de M. le curé, porte qu'à la demande de ta princesse il a ondoyé l'enfant nouveau-né. L'acte est du ro mai, et signé; outre M. le curé, de MM. Deneux et Ménière. Quelques journaux avoient annoncé le départ de M. le comte de Mesnard pour Blaye; cette nouvelle ne paroît pas se confirmer. Le docteur Dubois a quitté Blaye pour revenir à Paris.

Nous voyons avec un plaisir mêlé de surprise que la chambre des députés commence à revenir aux habitudes religieuses. Depuis les glorieuses journées, elle avoit mis une sorte d'affectation à ne point vaquer les jours de fêtes solennelles; et, pour mieux se faire remarquer ces jours-là, il lui arrivoit quelquefois de prolonger ses séances jusqu'à huit heures du soir, au risque de laisser refroidir son diner. Elle a fini par s'apercevoir qu'elle étoit dupe du marché, et que le haut exemple d'irréligion qu'elle vouloit donner ne changeoit rien à l'empire du culte catholique. Voilà qu'elle se remet à faire comme les autres; et, malgré la petite réminiscence d'impiété d'un de ses membres, qui lui conseilloit de ne pas faire attention à la solennité de jeudi, elle a fêté l'Ascension. C'est toujours un scan→ dale de moins.

- Les journaux du gouvernement sont enchantés. Ils viennent d'acquérir ta

preuve qu'il n'existe nulle part un état de prospérité publique comparable à celui de la France. C'étoit le jour de la Saint-Philippe. On distribuoit partout des comestibles au peuple souverain pour lui rappeler le bon marché qu'il a fait en se donnant la branche cadette à la place de la branche aînée. Or, voici ce qui est arrivé dans la ville de Dole : La mairie avoit fait des provisions pour régaler ses indigens. Mais les indigens ne se sont pas trouvés en nombre suffisant pour tout enlever et il est resté cent cinquante livres de pain faute de parties prenantes. Ainsi ce ne sont pas les vivres qui ont manqué aux pauvres; ce sont les pauvres qui ont manqué aux vivres. Heureux embarras que ceux qui sont causés par ces excès de prospérité publique! Si nous avons un conseil à donner aux pensionnaires de l'ancienne liste civile, c'est d'aller s'établir à Dole. Il paroit qu'ils y trouveront plus facilement à vivre qu'à Paris, où le désespoir les pousse souvent jusqu'au suicide, et où l'on passe en riant à l'ordre du jour, quand ils s'avisent de rappeler à la chambre des députés qu'elle les laisse mourir de faim depuis trois ans. Charitables magistrats de la ville de Dole, envoyez leur les restes de la Saint-Philippe, quand ce ne seroit que pour donner au gouvernement un exemple d'humanité dont il paroit avoir grand besoin.

Dans le budget des cultes, le gouvernement a proposé trois allocations supplémentaires, savoir, 335,000 fr. pour le culte catholique, 35,000 fr. pour les cultes protestans, et 5,000 fr. pour le culte israélite. La commission, par l'organe de M. Duvergier de Hauranne, a appuyé ces demandes. Les 335,000 fr. figureront au chapitre des curés et desservans. Cette augmentation est fondée, dit un journal ministériel, sur l'impossibilité morale et constitutionnelle de refuser des pasteurs aux églises qui se trouvent aujourd'hui en manquer absolument. Elle se réduit d'ailleurs de 45,300 fr., résultant d'extinctions présumées de pensions.

Louis-Philippe et sa famille ont quitté Paris, le samedi 18, pour aller habiter le château de Neuilly.

Les colléges électoraux de Nantua et Riom sont convoqués pour le 8 juin, à l'effet de procéder au remplacement de MM. Laguette-Mornay et Baudet-Lafarge, démissionnaires.

Le ministère du commerce et celui des finances, d'accord avec l'administration de la ville de Paris, ont levé les difficultés qui retardoient l'exécution de l'entrepôt. Le préfet de la Seine va être autorisé à procéder à l'adjudication des deux entrepôts, qui devront être situés sur la place des Marais et au Gros-Caillou.

La commission du budget de 1835, partie des recettes, est composée de MM. Gouin, Calmon, Passy, Duchâtel, Legrand, Odier, Lepelletier-d'Aulnay, de Mosbourg et Besson.

Il vient d'être nommé une commission pour examiner un projet de loi sur les patentes, et proposer les modifications dont la nomenclature et le classement des patentables Jui paroîtroient susceptibles. Les membres de cette commission sont MM. Teste, Legrand, Mercier, Verollot, Cunin-Gridaine, Ganneron, Barbet,

Boigues et Laffond, négocians et députés; Vincent, membre du conseil su périeur du commerce; Baudouin, Vitalis, Delannoy et Hurtrelle, directeurs des contributions directes.

– Une députation du conseil de l'ordre des avocats, composée de MM. Parquin, bàtonnier, Guairal, Thevenin, Duvergier, de Vatisménil et Mollot, a présenté le 17, au garde des sceaux, un projet de réglement rédigé par le barreau de Paris sur la profession d'avocat. M. Barthe a promis de s'occuper promptement de l'examen de ce travail.

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On avoit saisi chez M. Lépy-Danville, comme objets séditieux, de petits paniers en paille, quelques pelottes de fil et des broderies. M. Battur, chargé de la défense de ce marchand, n'a pu s'empêcher de traiter la prévention de ridicule. En quelques minutes les jurés ont fait justice des poursuites du ministère public, et les corbillons ont été remis à M. Lépy-Danville.

La Quotidienne a été saisie à la poste et dans ses bureaux, le 19, à l'occasion de l'insertion d'une lettre de M. le comte de Kergorlay au président du conseil, où se trouvent de nouvelles protestations contre le refus qui lui a été fait de se rendre auprès de madame la duchesse de Berry, et contre l'exactitude des faits rapportés, le 14, dans de Moniteur. Cette publication est qualifiée d'excitation à la haine et au mépris du gouvernement.

Quelques journaux ont cité comme extraite de la Gazette de Rome une notice qui a paru sur le comte de Lucchesi-Palli et sur sa famille. Il n'existe point à Rome de journal sous ce titre, et les deux feuilles politiques qui paroissent dans cette capitale, le Diario di Roma et la Notizie del Giorno, que nous recevons l'un et l'autre, n'ont point parlé de la famille de Lucchesi,

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– Une ordonnance du 3 mai fait remise des peines disciplinaires prononcées contre des gardes nationaux du bataillon communal de Nérac (Lot-et-Garonne). Le 7 mai, est mort, dans les prisons de Chartres, un Vendéen, Chenière, condamné à la détention aux assises d'Orléans pour avoir pris part au soulèvement de la Vendée. C'étoit un royaliste plein de résolution, en qui l'âge, il avoit 65 ans, n'avoit point affoibli le dévoûment à sa cause. Il étoit aimé et respecté de ses camarades de prison. Ses manières étoient franches, et son caractère doux et sociable. Avant de partir d'Orléans pour le Mont-Saint-Michel, il avoit prévu qu'il n'iroit pas jusqu'au bout du voyage. Il tomba malade à Chartres, reçut les et mourut chrétiennement. Sa femme et ses enfans arrivèrent pour recevoir ses adieux et sa bénédiction. L'Orléanais du 15 fait l'éloge de ce brave martyr de la fidélité vendéenne.

sacremens,

M. Brunet, gérant de la Gazette du Midi, a été condamné, le 9 mai, six mois de prison et 4,000 fr. d'amende pour deux délits de la presse.

à

La tranquillité est rétablie à Londres. On fait une enquête pour découvrir le meurtrier de l'officier de police qui a succombé dans la collision du 12.

Une discussion a eu lieu le 16 à la chambre des communes, au sujet de

l'émeute de Cold-Bath-Fields. M. Roebuck a soutenu que la réunion n'étoit point illégale, attendu que la proclamation qui l'a défendue n'étoit pas signée. Il s'est étonné de l'effroi qu'a pris de cette assemblée le gouvernement qui tolère depuis long-temps des réunions politiques, et il a attaqué avec véhémence la conduite de jla police. M. Lamb s'est plaint de cette sortie, et a déclaré que le placard avoit été revêtu de l'approbation de lord Melbraune. M. O'Connel a dit qu'il ne voyoit rien de répréhensible dans le nom de convention nationale que l'on mettoit en question. Il a attribué dans cette affaire tout le tort à la police, qui ne devoit agir qu'après la lecture du riot-act par un magistrat, à moins qu'elle ne fût attaquée. Le solliciteur général a soutenu le coutraire, et a demandé l'ajournement jusqu'à ce que la justice eût prononcé.

· Lord Teynham, pair d'Angleterre, a été condamné le 13, avec un nommé Donellan, à la cour du banc du roi, pour avoir extorqué une somme de 1,400 l.st. (35,000 fr.) à un sieur Langford, en lui promettant de lui procurer un emploi avantageux à la trésorerie, ou dans les bureaux de l'artillerie. Cette affaire a retenti le même jour à la séance de la chambre des lords. Le comte Winchelsea a appelé l'attention de l'assemblée sur la flétrissure que venoit de recevoir l'un de ses membres. Lord Brougham, chancelier, a représenté qu'il étoit convenable, avant de s'occuper de cette question, d'attendre que lord Teynham eût épuisé les voies de recours contre l'arrêt qui l'a déclaré coupable. Le comte Winchelsea a consenti à ajourner sa motion.

Le roi de Hollande vient d'envoyer à Londres sa réponse à la dernière note de MM. Talleyrand et Palmerston. Il paroit qu'il accepte ou qu'il sollicite à La Haye une convention parlementaire, et qu'en attendant la conclusion d'un traité définitif il consent à un armistice, ainsi qu'à la libre navigation de l'Escaut.

Un mouvement populaire a eu lieu le 7 à Mentone, principauté de Monaco. A l'instigation d'un Français, des portefaix et des pêcheurs poussèrent des cris de: Vive la république! et voulurent se livrer au pillage. La force armée a reprimé ce désordre. Le gouverneur de Nice s'est rendu le lendemain à Mentone, mais l'ordre étoit rétabli.

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Le Général comte Orloff, envoyé extraordinaire de l'empereur de Russie, est arrivé le 4 mai à Constantinople. Il est revêtu des plus grands pouvoirs, et est chargé, au besoin, de prendre le commandement de toutes les forces russes envoyées au secours de la Porte.

CHAMBRE DES PAIRS.

Le 17, M. le président nomme une commission pour l'examen du projet de loi sur le conseil d'état.

On reprend la discussion de la loi départementale. M. Pasquier demande si l'on délibérera d'abord sur le projet du gouvernement, sur les amendemens de la chambre des députés, ou sur ceux de la commission. La priorité est donnée à

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