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JEUDI 23 MAI 1833.

Herméneutique sacrée, ou Introduction à l'Écriture sainte; par M. Janssens; traduite du latin par M. Pacaud. Nouvelle édition, corrigée et augmentée (1).

L'ouvrage de M. Janssens parut en latin en 1818, et donna lieu à des critiques assez sévères, que nous examinâmes dans notre N° 629. Le nouvel éditeur reproduit quelques-unes de nos observations, et croit aussi que si l'Herméneutique de M. Janssens n'est pas exempte de défauts, elle a été jugée dans les Pays-Bas avec trop de rigueur. Il espère que les additions qu'il a faites calmeront les esprits les plus scrupuleux. On a conservé l'ordre et la distribution des matières. Le seul changement que se soit permis le nouvel éditeur, c'est de supprimer la plus grande partie de l'article sur la magie, qu'il a cru au moins fort inutile. Il rend compte lui-même, dans son Avertissement, des principaux points sur lesquels a porté son travail; nous n'avons rien de mieux à faire que de le laisser parler :

« 1o Nous avons éclairci quelques endroits qui nous ont paru un peu obscurs, et où la pensée de M. Janssens ne paroissoit pas assez à découvert. C'est ainsi qu'au sujet de l'inspiration, qu'il paroît d'abord confondre avec la révélation, quoiqu'il la distingue parfaitement à la fin de l'article même où il en parle, nous avons pensé qu'il seroit utile d'exposer et de définir les quatre secours différens qui ont pu aider les écrivains sacrés dans la composition de leurs ouvrages. Ce court exposé sert encore à faire remarquer que M. Janssens n'a pas assez bien distingué (no 34) l'inspiration de la simple assistance.

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Fondé sur le même principe, nous avons cru devoir ajouter quelques explications au n° 100, où il est dit que le Pentateuque n'a subi aucune altération dans ce qui en constitue la substance, la partie essentielle. Nous n'avons point prétendu par là corroborer preuves données par M. Janssens, car elles ne laissent rien à désirer pour la force et la solidité; mais, comme un livre peut être

les

(1) 3 vol. in-12. Prix, 7 fr., et 10 fr. freno de port. Chez Blaise, rue Férou; et au bureau de ce Journal.

Tome LXXVI. L'Ami de la Religion.

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altéré ou interpolé de plusieurs manières, il n'étoit pas inutile d'entrer dans quelques détails sur les différentes espèces d'interpolations. Après cette explication, l'état de la question se trouvoit plus clairement exposé, et les argumens étoient sans réplique.

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» 2o Nos additions ont encore eu pour but de faire remarquer l'opinion qui paroissoit la plus probable dans les questions difficiles où les sentimens des interprètes se trouvoient partagés. Ainsi, quand il s'agit de déterminer quel est l'auteur du livre de Josué, M. Janssens se borne à exposer les opinions qui ont été émises à ce sujet, sans donner le moins du monde à connoître ce qu'il en pense lui-même. De sorte que l'élève, incapable de juger par lui-même la valeur réelle des preuves alléguées de part et d'autre, hésite, balance, interroge son guide; mais, comme il le trouve muet, il avance même, au péril de s'engager dans une fausse route. M. Janssens garde encore le même silence par rapport aux livres des Juges, de Ruth, à l'Ecclésiaste, et par conséquent il laisse l'élève dans le même embarras. Quant aux Paralipomènes, dont l'auteur n'est point non plus connu d'une manière certaine, il n'est pas exact de dire, comme le fait M. Janssens, que quelques ommentateurs seulement les ont attribués à Esdras, puisque c'est le commun même des interprètes qui s'est déclaré pour ce sentiment. » 3° Il est certaines assertions hardies et téméraires que M. Janssens rapporte dans son ouvrage, sans leur imprimer aucune note théologique. Or, qui ne sait le danger qu'il y a d'exposer aux yeux de jeunes théologiens des maximes pernicieuses, sans leur en découvrir en même temps le poison qu'elies renferment? Et qui ne sent par conséquent la nécessité où nous étions nous-même de suppléer à ce défaut? Falloit-il, par exemple, en parlant de l'ordre que donne l'ange aux deux Tobie d'écrire dans un livre tout ce qui est arrivé, se borner à dire que Jahn regarde l'ordre de l'ange comme une recommandation en faveur de l'ouvrage sous le rapport du style et de l'élocution: Cl. Jahn existimat jussionem angeli esse commendationem libri, quæ ad stilum et elocutionem pertineat? Une opinion si singulière et si gratuitement hasardée ne devoitelle pas être signalée comme téméraire ? On n'est pas moins surpris de voir M. Janssens, après avoir avoué lui-même qu'on croit assez généralement que le livre de Tobie a été écrit par les deux Tobie père et fils, et avoir cité l'opinion contraire, garder cependant le même silence sur une seconde assertion de Jahn, plus étrange encore que la première, surtout si l'on considère la raison sur laquelle son auteur l'a fondée. En effet, ce critique ne craint point d'avancer que le livre de Tobie ne fut composé que deux cents ans au plus, et peut-être seulement cent cinquante ans avant Jésus-Christ, puisque l'idée du démon Asmodée et des sept esprits qui assistent devant le trône de Dieu, idée évidemment tirée de la doctrine de

Zoroastre, n'avoit point encore été transportée dans la religion mosaïque.

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Enfin, pour ne pas être trop long, nous n'ajouterons plus qu'un seul exemple, qui prouve que M. Janssens use de trop d'indulgence à l'égard de certaines opinions légèrement émises par les plus hardis crítiques. Après avoir dit que Jahn pense que le Cantique des cantiques renferme plusieurs petits poèmes qui n'ont aucune liaison entre eux, il ne nous fait point connoître ce qu'il pense lui-même de cette opinion, opposée au sentiment de toute l'antiquité et de tous les plus habiles interprètes de ces derniers temps, et soutenue par des argumens que réprouve une saine critique.

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Nous sommes bien éloigné de penser que M. Janssens approuve toutes les opinions qu'il rapporte dans son ouvrage, sans chercher à les réfuter; mais nous croyons qu'il auroit donné moins de prise à ses censeurs s'il se fût prononcé dans bien des circonstances d'une manière plus décisive.

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Il y a encore d'autres additions de ce genre que nous avons cru utile de faire. Ainsi, nous avons signalé, parmi les versions françaises de la Bible, celles qui contiennent des doctrines erronées, et qu'on doit lire avec précaution.

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4 Dans bien des questions, les preuves étoient susceptibles d'un certain développement, qui pouvoit ajouter à leur force; c'est encore un des objets que nous nous sommes efforcé de remplir par nos additions. C'est dans cette vue que nous nous sommes étendu sur l'idée bien précise qu'il faut se former du travail d'Esdras dans la collection qu'il a faite des Livres saints. Placé entre deux écueils, nous avions à défendre la vérité d'attaques bien opposées entre elles. D'un côté, il falloit prouver, contre le sentiment de quelques Pères de l'Eglise, qu'Esdras n'a point recomposé les Livres sacrés, mais qu'il n'a fait que les recueillir, les mettre en ordre, et, suivant l'opinion la plus généralement reçue, les transcrire en caractères chaldéens ; de l'autre, nous avions à répondre aux objections de quelques critiques, qui prétendent que, quoique Esdras et Néhémie aient travaillé à la confection du Canon de l'Aucien Testament, ils ne l'ont cependant pas achevé, et que ce Canon n'a été terminé que sous les Machabées.

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M. Janssens prouve, contre les incrédules qui objectent que Moïse donne à Dieu des oreilles, des yeux, des pieds, des mains; qu'il le fait descendre, monter, se repentir, etc., que le législateur hébreu, n'écrivant pas pour des philosophes qui regardoient Dieu comme un pur esprit, mais pour les hommes les plus grossiers de la terre, il falloit, pour se faire entendre, qu'il employât des métaphores, et que de temps en temps il leur parlât de Dieu, comme s'il leur eût parlé d'un homme. Nous avons cru que cette preuve pouvoit recevoir une nouvelle force, en montrant que tout autre

langage que le langage métaphorique, quand on s'en sert pour exprimer les substances immatérielles et leurs actes, est impossible, et que le philosophe le plus spiritualiste n'auroit pu parler autrement que ne l'a fait Moïse.

Nous avons également ajouté de nouveaux motifs aux preuves données par M. Janssens, que l'Ecriture ne peut s'expliquer par elle-même ; que les Juifs n'ont pu ignorer le dogme de l'immortalité de l'ame; que l'opinion de R. Simon sur les parties historiques du Pentateuque est inadmissible; que les critiques modernes ont adopté beaucoup trop légèrement l'opinion de M. Astruc sur la Genèse; que les cérémonies mosaïques ne sont point vaines, mais inspirées de Dieu; que la loi de l'année sabbatique n'est ni absurde ni imprudente, etc.

» Les calomnies répandues par quelques incrédules contre la législation mosaïque, nous ont engagé à extraire des Lettres de quelques juifs portugais, par l'abbé Guénée, un abrégé des lois de Moïse, pour prouver que les lois de l'illustre chef du peuple hébreu, soit religieuses et morales, soit politiques, soit militaires, soit enfin civiles, offrent le code le plus parfait qu'on puisse imaginer, si l'on considère et le peuple auquel il étoit destiné, et le temps où il a été publié. Nous avons cru faire d'autant plus de plaisir au lecteur, en lui mettant sous les yeux les textes mêmes de l'Ecriture qui établissent les divers points de la législation mosaïque, qu'il sera mieux à même de juger sur-le-champ si nous en avons fidèlement retracé l'esprit dans notre travail. Pour ne point embarrasser la marche de l'ouvrage de M. Janssens, cet abrégé a été placé à la fin du Ier volume, dans lequel se trouvent traitées les questions relatives aux lois mosaïques.

»

Ce passage de l'Avertissement indique les améliorations que cette édition a reçues, et nous dispense d'entrer à cet égard dans de plus longs détails. Nous ajouterons cependant que le travail de l'éditeur mérite d'autant plus de confiance qu'il a lui-même beaucoup étudié l'Écriture sainte, et qu'à l'application et aux lumières il joint cette sage critique qui se tient en garde contre la manie des innovations et contre la témérité des systèmes. Son nom, s'il nous étoit permis de le faire connoitre, seroit la meilleure recommandation pour l'édition qu'il a bien voulu revoir, et qui est bien véritablement corrigée et augmentée. Ses notes sont nombreuses ; elles répondent à des difficultés que M. Janssens avoit omises. L'abrégé de la législation mosaïque, à la fin du premier volume, est à lui seul un heureux complément de l'ouvrage principal.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

PARIS. Nous avons déjà cité quelque chose du Gianeur, de Chartres, sur les troubles de Lèves et de Chartres. Ce journal a applaudi au schisme de Lèves, et a attaqué à ce sujet M. l'évêque de Chartres avec emportement. On auroit cru du moins qu'après l'émeute du 28, après la résistance opposée aux autorités, après le pillage de l'évêché, le journaliste auroit par pudeur tenu un langage plus modéré. Hé bien! voici ce qu'il a fait imprimer quelques jours après l'émeute. Nous n'avons point le Glaneur sous les yeux, nous prenons cette citation dans la Gazette de France; après des regrets obligés sur les désordres commis, le journaliste chartrain

continue ainsi :

Il y a eu du sang à la surface de la terre, du sang français versé par des mains françaises? Sur qui ce sang doit-il retomber? Sur vous, sur vous, évêque de Chartres, sur vous qui, au lieu d'employer les voies calmes et pacifiques pour ramener des esprits égarés, avez provoqué contre un pauvre village des mesures acerbes et irritantes; sur vous qui, au lieu de céder par une temporisation prudente à la première effervescence des passions populaires, avez pris à tâche de les exaspérer pour élever entre les citoyens et les soldats un fatal conflit. Quel étrange contraste entre la mission de paix et de modération que vous impose votre caractère de prêtre chrétien, et les actes de violence et de brutalité où vous a entraîné un inflexible orgueil!... Christ avoit dit : « Pierre, remets ton épée dans le fourreau!» Et vous, pensant que les foudres spirituelles étoient impuissantes, vous avez appelé au secours de votre crosse chancelante le sabre militaire, et vous avez dit : Faisons-nous, s'il le faut, un chemin de cadavres pour ar riverà l'autel. Triomphez maintenant, applaudissez-vous de votre victoire.... Vous vouliez être cardinal; vous l'êtes maintenant, car votre soulane est rõige de sang. Mais, pendant que vous vous livrez aux joies de l'orgueil satisfait, le peuple vous maudit. L'odieux dont vous vous èles couvert rejaillit sur la religion dont vous êtes le ministre, et les restes de popularité du vieux catholicisme achèvent de s'écrouler. »

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Et cela a été écrit après la révolte et le pillage du 28! Crainton donc que le peuple n'en ait pas fait assez? Veut ou l'exalter davantage? On reproche à M. l'évêque, dans une apostrophe brutale, de n'avoir pas employé les voies calmes et pacifiques pour ramener des esprits égarés. Et vous, Glaneur, pourrions-nous lui dire à son tour, employez-vous des voies calmes et pacifiques pour ramener les esprits égarés? S'y prendroit-on autrement pour provoquer de nouveaux désordres et des nouvelles violences? Ne semble-t-on pas appeler sur un respectable évêque les haines et les farcurs populaires? On veut le rendre responsable du sang versé; mais à qui imputer le sang verse? Ce n'est point à M. l'é

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