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un jour, des devoirs à remplir comme garde national et soldat, du dévoûment que l'on doit à la patrie. M. Renouard montre que ce seroit changer l'instruction pri maire en sources de divisions. M. Dubois pense que la proposition est impraticable. Elle est rejetée. L'article passe, après quelques débats sur la rédaction, avec un paragraphe portant que, selon les besoins et les ressources des localités, l'instruction primaire supérieure pourra recevoir les développemens qui seront jugés con

venables.

L'art. 2, qui exige que le vœu des parens soit consulté et suivi en ce qui concerne la participation de leurs enfans à l'instruction religieuse, et l'art. 3, portant que l'instruction primaire sera privée ou publique, passent sans opposition.

L'art. 4 autorise tout individu âgé de 18 ans à exercer la profession d'instituteur primaire, sans autre condition que de présenter au maire de la commune un brevet de capacité obtenu après examen, et un certificat de moralité délivré sur l'attestation de trois conseillers municipaux par les maires des communes où il a résidé depuis trois ans. M. Laurence demande si or astreindra les instituteurs au serment; il seroit de cet avis. Le ministre répond qu'on n'en dispensera que les instituteurs destinés à des écoles privées. L'article est adopté.

Le 30, M. Vatout propose un amendement portant que toute association qui `se propose de former des instituteurs et des institutions primaires devra être autorisée par une ordonnance royale rendue sur l'avis des conseils municipaux et généraux, et insérée au Bulletin des lois. L'orateur, qui craint que les jésuites ne reparoissent, voit les plus grands dangers à ce qu'ils s'emparent de l'institution primaire. M. Prunelle prend la défense des frères des écoles chrétiennes. M. Vatout déclare qu'il n'a pas intention d'attaquer ces frères, auxquels il rend justice. M. Guizot, ministre, et M. Renouard, rapporteur, combattent comme inutile l'amendement, qui est rejeté.

On adopte avec de légers changemens de rédaction, et malgré quelques observations, les art. 6 à 10, d'après lesquels quiconque ouvrira une école primaire en contravention à la presente loi sera condamné àuneamende, de 50 à 200 fr., qui, en cas de récidive, sera doublée, avec emprisonnement de 15 à 20 jours. Un instituteur privé pourra être poursuivi par le ministère public pour immoralité ou inconduite, et suspendu à temps ou pour toujours. Les écoles primaires publiques sont celles qu'entretiennent en tout ou en partie les communes, les départemens ou l'État. Toute commune devra, par elle-même ou en se réunissant à d'autres, entretenir au moins une école primaire élémentaire. Enfin, les communes dont la population excède 6,000 individus, et les chefs-lieu de département, seront obligés d'avoir une école primaire supérieure. Différens amendemens n'ont pas été accueillis : on a seulement admis, après un assez long débat, un paragraphe additionnel de M. Coulmann, portant que, si les besoins et les circonstances locales l'exigent, le ministre autorisera la formation ou le maintien d'écoles spécialement affectées à l'un des cultes salariés par l'État.

M. le président interrompt la délibération pour annoncer que M. Laguelte

Mornay, du dépté de l'Ain, a donné sa démission, dans une lettre qu'il ne croit pas devoir lire, attendu que les termes lui en paroissent inconvenans. MM. Demarçay, Larabit, Salverte, Laurence et d'autres membres des extrémités insistent pour la lecture. MM. Voysin de Gartempe, Dulong et Guizot soutiennent que le président n'est pas obligé à cette lecture. M. Dupin met la question aux voix ; la lecture et même l'insertion au procès-verbal sont interdits. M. Dupin lit seulement la phrase annonçant la démission. Dans cette lettre, que des journaux ont publiée, M. le baron de Mornay se borne à blâmer les actes du gouvernement à l'intérieur et à l'extérieur, et à accuser la majorité d'ébranler la royauté. Il s'élève particulièrement contre la détention illégale de madame la duchesse de Berry.

La chambre adopte ensuite les art. 11, 12 et 13 du projet de lọi, ce dernier amendé par M. Duchâtel. Ils portent que tout département sera tenu d'entretenir une école normale primaire, qu'il sera fourni à tout instituteur communal 1° un local convenablement disposé, tant pour son habitation que pour l'école; 2° un traitement fixe, qui ne pourra être moindre de 200 fr. pour une école élémentaire, et de 400 fr. pour une école supérieure; qu'à cet effet s'il n'y a pas de fondation, ni donation, le conseil municipal imposera la commune jusqu'à concurrence de trois centimes additionnels.

Un débat s'engage sur l'art. 14, qui attribue à l'instituteur communal, pour son traitement, une rétribution mensuelle dont le taux sera réglé par le conseil municipal, à tant par élève; et qui porte que cette rétribution sera recouvrable sur des rôles dans la forme de ceux des contributions directes, et que l'on admettra gratuitement aux écoles les enfans désignés comme ne pouvant payér. M. Réal demande que l'on retranche la disposition relative au mode de recouvrement. M. Dupin quitte le fauteuil pour appuyer cet amendement; il convient que l'appareil des rôles va effrayer les cultivateurs, qui aimeroient mieux payer en blé, en œufs ou autrement. MM. Renouard et Guizot répondent qu'il faut un moyen légal et fixe de recouvrement, que n'offre aucunement le paiement en nature. L'amendement est encore combattu par MM. de Laborde, Taillandier, Dubois, Senné, et défendu par MM. Vatout, Verollot. Il est rejété.

L'article passe avec des modifications d'après lesquelles, 1o le rôle sera rendu exécutoire par le juge de paix, et sera recouvrable sans frais par les percepteurs ; 2o un certain nombre de places gratuites seront réservées dans les écoles primaires supérieures pour les enfans qui présenteront dés dispositions distinguées.

Le Gérant, Adrien Le Clere.

COURS DES EFFETS PUBLICS.-Bourse du 30 avril 1833. Trois pour 100, jouissance du 22 déc., ouvert à 77 fr. 75 c. et fermé à 77 Ling pour 100, jouiss. du 22 mars, ouvert à 101 tr. 90 c. et fermé à 102 Ir. 00. Actions de la Banque.

fr. 70 c.

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1750 fr. 00 c.

IMPRIMERIE D'AD. LE CLERE ET COMP.

SAMEDI 4 MAI 1833.

(N° 2097.)

Rapport sur les Ecoles chrétiennes de Lille (1).

Tous les journaux du libéralisme, et tous ses organes qui siègent dans les bureaux du ministère, dans les académies, les préfectures, les conseils municipaux, veulent les écoles mutuelles, et leur prêtent une généreuse assistance; mais, en dépit de tant de protecteurs, elles ne prospèrent pas. Les écoles chrétiennes, au contraire, n'offrent point l'attrait de la nouveauté, elles ne viennent pas de loin, elles font peu de bruit, elles marchent avec lenteur et précaution vers des améliorations progressives qui jettent pen d'éclat, parce qu'on n'en parle guère, et cependant les pères de famille s'obstinent à y envoyer leurs enfans. Nous pourrions citer un grand nombre de preuves à l'appui de ce fait; mais nous nous bornerons à un chiffre très-concluant.

Un état publié en 1818 établissoit, pour les plus grandes villes du royaume, la proportion suivante entre les écoles chrétiennes et les écoles mutuelles :

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Nous n'avons pas de tableau comparatif pour Marseille, où les Frères ont certainement un succès encore plus décisif. Il est constant que depuis 1818 la proportion leur a été de plus en plus favorable. Nous avons sous les yeux un rapport sur les écoles chrétiennes de Lille, qui, au 1er mars 1833, porte le nombre de leurs élèves à 1,494. Il est bon de remarquer qu'il n'étoit que de 1,132 au 1er mars 1832; et en remontant un peu plus haut (17 décembre 1831), de 1,085. Que s'est-il donc passé? Un événement qui auroit attiré infailliblement la ruine d'une

(1) In-8°. A Lille, chez Lefort.

Tome LXXVI. L'Ami de la Religion.

A

autre école. La majorité du conseil municipal s'est déclarée contre les Frères, leur a retiré ses allocations pour les reporter sur les institutions mutuelles ; et depuis cette époque ils ont 500 élèves de plus. Nous ignorons combien en reçoivent les écoles mutuelles; mais elles n'avoient jamais pu arriver à 300 élèves jusqu'en 1831. Quoi qu'il en soit, il se présente quelques réflexions sur un fait aussi remarquable.

La première, c'est que l'on peut douter qu'un conseil municipal qui comprend si mal les vœux les moins équivoques d'une grande cité ne lui ait pas été imposé par l'effet d'une erreur, suite du vice de la loi qui régit les élections municipales. Assurément le peuple de Lille compte pour quelque chose l'éducation de ses enfans; c'est bien là son premier intérêt et le premier objet de ses affections; et cependant l'administration fait tout ce qu'elle peut pour lui enlever des instituteurs de son choix : s'il les conserve, c'est à la générosité de 4,203 souscripteurs qu'il en est redevable. Nous n'examinerons pas si ce bon peuple a été dédommagé par la diminution des impôts, par l'accroissement du travail, ou par d'autres avantages. On sait à quoi s'en tenir sur tous les bienfaits que lui a procurés la révolution de juillet.

Une seconde réflexion, c'est que le vœu du peuple n'est pas toujours, comme on nous l'avoit promis, la suprême loi de nos gouvernans. Parlez-leur des avantages d'une institution, ils en conviendront peut-être; mais, disent-ils, le peuple la repousse, et nous avons pour ses volontés, comme pour ses répugnances, une entière déférence. Si, au contraire, cette volonté n'est pas équivoque, ils se plaignent qu'elle est aveugle. Ils ne tarissent pas sur l'ignorance et l'abrutissement de cette classe qu'ils élèvent quelquefois si haut, et dont ils consacrent, si tel est leur intérêt, les accès de délire au point de les préférer au droit divin lui-même, dont la violation entraîne la plus épouvantable ruine. Comment discuter avec de si étranges raisonneurs? Ce seroit assez, ce nous semble, de leur faire remarquer une aussi choquante contradiction; mais nous avons besoin de leur prouver que le peuple entend mieux leurs intérêts qu'ils ne les entendent eux-mêmes, et de leur rappeler aussi les aveux qui leur échappent dans les rares intervalles où le bon sens parle plus haut que la passion.

Nous avons plus d'une fois élevé notre foible voix en faveur des Frères, et il nous reste bien peu de choses à dire sur un sujet

que nous pouvons regarder comme épuisé. Nous avons prouvé que leurs vivaux n'avoient point une méthode plus sûre, ni ui plus instructive, ni plus rapide, ni plus économique, ni plus en harmonie avec nos mœurs et notre civilisation (1). Nous ne reviendrons pas sur cette thèse, désormais inattaquable: nous avons invoqué les droits sacrés des pères de famille, droits qui constituent la plus légitime des libertés, droits que consacrent la Charte et l'esprit général de notre législation. Aujourd'hui nous ferons valoir un motif non moins puissant sur l'esprit des dépositaires du pouvoir. Que vous importe, pouvons-nous leur dire, telle ou telle méthode, telle ou telle doctrine, à vous qui les regardez toutes comme également indifférentes? Mais ce qui vous touche, nous ne pouvons l'ignorer, c'est que la société où vous vous êtes fait une assez belle place ne soit pas sans cesse ébranlée par de nouvelles secousses. Trouvez-vous qu'il y ait parmi nous une tendance excessive au repos, un besoin prononcé de respecter la probité, les mœurs, les lois, les liens de famille et l'autorité paternelle? Si nous ne savons que faire de la surabondance de ces biens, favorisons, à la bonne heure, les écoles où on possède si bien l'art d'en dégoûter la jeunesse ; mais si nous n'avons tout juste que ce qu'il en faut pour empêcher un état de tomber dans l'anarchie, sachons apprécier des institutions qui les conservent et les défendent contre nos innovations et nos folies.

Il y a long-temps qu'on a remarqué que la religion seule obtenoit des peuples le miracle de l'obéissance. C'est donc elle qu'un gouvernement éclairé doit appeler à son secours lorsque les liens de la subordination se relâchent de toutes parts, lorsque l'on trouve bien plus d'hommes qui se croient capables de commander qu'il n'en est de disposés à obéir. Aussi, tout pouvoir qui compte sur un avenir, en suivant le seul instinct de sa conservation, doit faire ce que le prince le plus catholique feroit par conscience et par conviction.

A l'appui de ces raisonnemens, nous produirons les autorités les moins suspectes de prévention :

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La religion, dit M. Cousin, est à nos yeux la meilleure et la base unique de l'instruction populaire. Je connois un peu l'Eu

(1) On peut consulter un ouvrage, fort bien fait, dont nous avons rendu compte l'année dernière, les Frères des Ecoles chrétiennes devant le conseil muni cipal de Lille, Chez Lefort, à Lille.

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