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MARDI ↳ JUIN 1833.

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Ordonnance de M. l'Évêque de Saint-Diez, concernant

discipline ecclésiastique.

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M. l'évêque de Saint-Diez a adressé à son clergé, le 23 Mury dernier, une ordonnance sur la discipline ecclésiastique. Cette ordonnance est étendue, et forme 82 pages in-4°. Elle est divisée en quatre titres : Vie et Mœurs des ecclésiastiques, Instruction et Service divin, Sacremens et Sacramentaux, enfin Règles pour divers cas de l'administration soit spirituelle, soit temporelle. M. de Saint-Diez, tout en se félicitant d'avoir un clergé édifiant et des séminaires bien dirigés, ne se dissimule pas néanmoins les dangers qui entourent aujourd'hui les prêtres :

Il s'en faut bien que nos satisfactions soient sans mélange de peine et d'inquiétude. L'homme ennemi sème l'ivraie à pleines mains dans le champ du père de famille. Une ligue aussi artificieusement que puissamment organisée contre la religion protège la mauvaise semence, s'efforce d'extirper la bonne. Les ecclésiastiques sont loin aujourd'hui d'obtenir un succès proportionné à leurs efforts: leur ministère, en butte à mille entraves, est destitué des ressources extérieures qui pouvoient lui donner de la considération et lui assurer une salutaire influence sur les peuples.....

«Les prêtres sont, comme les peuples, exposés à dégénérer : Sicut populus, sic sacerdos. Et comment en seroit-il autrement, N. T. C. F.? Vous ne l'ignorez pas, le prêtre, abandonné à luimême, laisse plus aisément sa piété se refroidir, son zèle s'éteindre, son amour pour l'étude s'affoibiir, ou même se perdre entièrement. Homme foible et fragile, il a tout à craindre de l'air dangereux qu'il est obligé de respirer au milieu d'un monde pervers: en comparaison des désordres dont il est témoin, il lui semblera toujours qu'il est assez vertueux, il ne sera pas assez sur ses gardes contre un monde vain et léger, dont la conversation dissipe, dont les exemples ébranlent; contre un monde raisonneur et indocile, dont l'esprit insubordonné peut étendre sur le prêtre même sa funeste influence, et le porter à méconnoître la voix de ses supérieurs.....

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Tome LXXVI. L'Ami de la Religion.

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lei, N. T. C. F., il faut que nous vous manifestions toute notre pensée. Si la société est travaillée du délire de l'irréligion, si le Vaisseau de l'Eglise est agité plus iolemment que jamais au milieu des flots et des tempêtes, peut-être la justice scrutatrice de Dieu ne nous absout-elle pas entièrement de ces malheurs. Sans doute ils ont pour cause principale ces écrits irréligieux et immoraux dont la France est inondée, ces ligues de tout genre formées contre le Seigneur et contre son Christ, ces débordemens à jamais déplorables de tout ce qu'on peut imaginer de plus révoltant et de plus monstrueux sans doute le puits de l'abîme est ouvert : mais avons-nous fait d'assez généreux efforts pour le fermer? Il n'a point envahi en un moment, ni avec une égale rapidité, la partie de l'Eglise qui nous est confiée. Avons-nous travaillé avec assez de zèle à prévenir ou réparer ses ravages? Avons-nous assez imploré le secours céleste? Nos prières, nos bonnes œuvres ont-elles été assez abondantes? Avons-nous montré une ardeur infatigable à défendre les bonnes doctrines, à combattre les mauvaises? Avonsnous toujours été assez unis entre nous in vinculo pacis? Nous sommes-nous étudiés à nous concilier réciproquement le respect des peuples par nos discours et nos actions? Avons-nous, à ce dessein, sacrifié, quand il le falloit, nos intérêts propres à ceux de l'Eglise, à ceux de Jésus-Christ, en sorte que l'on pût dire, en toate circonstance, que nous n'avions tous qu'un coeur et qu'une ame, et que l'esprit de Dieu étoit notre unique guide? Avonsnous apporté tous nos soins dans l'administration des divins sacremens, afin d'en rendre aux fidèles l'usage plus salutaire? Enfin, sommes-nous aussi étrangers que nous le pensons à la plaie qui afflige l'Eglise, au dépérissement de la religion, à l'état critique de la société? Avons-nous rempli toute l'étendue de notre ministère ?

»

Non, N. T. C. F., il faut l'avouer en gémissant, nous n'avons pas usé de toutes nos ressources à l'égard de Dieu ni à l'égard des hommes. Dieu n'a pas assez vu en nous les vicaires, les représentans de son fils, il n'a pas assez reconnu son zèle, sa ferveur, sa mortification, sa patience: de là souvent le manque de bénédiction sur nos travaux. Les peuples n'y ont pas assez vu les hommes du ciel; ils n'y ont pas remarqué toujours assez de gravité, assez d'ordre, assez de désintéressement, et plus d'une fois ils n'y ont pas trouvé cet esprit de corps et d'unité qui doit lier ensemble tous les ecclésiastiques, et leur faire constamment suivre une même marche dans l'accomplissement des mêmes devoirs, peut-être même its y ont observé des dispositions bien différentes, et ils ont pu dirė: Et tu nostri similis effectus es. Est-il étonnant qu'ils aient manqué de respect pour nos personnes, nos fonctions, nos paroles?

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C'est dans cet état de choses que M. l'évêque a cru devoir réunir les règles et les conseils qui peuvent être le plus utiles aux ecclésiastiques au milieu des dangers du monde et des embarras du ministère. Ces règles et ces conseils ne sont point le fruit de ses scules méditations, c'est le résultat de l'expérience, c'est le résumé de ce que l'Ecriture, les conciles et les auteurs les plus sages renferment de plus solide sur les devoirs du prêtre. Vous verrez plutôt ici, dit le prélat, l'exacte interprétation des pensées de tous, et un secours indispensable pour plusieurs, que des ordres nouveaux et la force de l'autorité. M. de Saint-Diez fait d'abord des réflexions générales sur la nécessité du bon exemple, de l'étude, de l'instruction, de la prière. Les ennemis de la religion reprochent trop souvent aux prêtres de favoriser la superstition. M. l'évêque de Saint-Diez recommande au contraire aux pasteurs de s'appliquer avec prudence à extirper les abus et les superstitions que l'on rencontre encore parmi le peuple: par-là, dit-il, vous mettrez la religion à l'abri des sarcasmes de l'impiété, vous ôterez aux méchans une arme dont ils se servent avec succès pour l'attaquer auprès des foibles, et vous apprendrez à ceux dont l'usage se scandalise de ces usages superstitieux qu'ils n'appartiennent ni à l'esprit, ni à l'enseignement de l'Eglise.

Chaque partie de l'ordonnance embrasse beaucoup d'objets. Ainsi, sous le titre Ier, Vie et Meurs des ecclésiastiques, le prélat traite de la piété des prètres, de l'étude, du réglement de vie, des devoirs qu'ils ont à remplir envers leurs supérieurs et envers leurs confrères, de leur conduite, tant dans leur maison qu'au dehors. Chacune de ces subdivisions renferme beaucoup de détails et des conseils pratiques pleins de sagesse.

Le titre II, le Prêtre considéré dans ses fonctions, comprend l'instruction et le service divin. Le prélat signale les abus et les négligences qui pourroient s'y glisser, et engage les pasteurs à donner surtout leurs soins aux enfans, à surveiller les écoles, à détourner de la lecture des mauvais livres, à bien instruire leurs ouailles, à les prémunir contre les dangers auxquels elles sont exposées, etc. Il recommande l'ordre et la régularité dans le service divin, la propreté dans tout ce qui y sert, la décence et la dignité dans les cérémonies, etc.

Le titre des Sacremens n'est pas susceptible d'analyse. Il

renferme naturellement ce qui a rapport à l'administration des sacremens, et cette matière, comme on sait, est immense. On entend par Sacramentaux des objets bénits, des prières et des cérémonies auquels sont attachées quelques grâces. Le prélat veut que l'on prévienne, par des explications simples, l'abus que pourroit en faire la superstition.

Dans le dernier titre, il est parlé des religicases, de la distribution des saintes huiles, des cimetières et inhumations, du refus de sépulture, des processions, des saluts, des confréries, des indulgences, de l'administration des fabriques, de la tenue des registres, des cloches, des commissions épiscopales, de la correspondance avec l'évêque, etc. Le prélat s'exprime ainsi en finissant :

Tels sont, N. T. C. F., les règles et les avis que nous avons cru devoir vous donner. Si vous les suivez, vous attirerez sur vous-mêmes les bénédictions les plus abondantes : vous aurez part à tous les biens que Dieu promet à une obéissance toute filiale. Nous ne saurions jamais oublier notre double titre de pasteur et de père, et nous ne cesserons d'implorer avec toute l'ardeur dont nous sommes susceptible les grâces célestes sur notre troupeau et sur la plus chère partie de notre famille. Puissions-nous ne pas voir un seul Esaü dédaignant par fierté l'héritage des grâces que nous pouvons et désirons transmettre à tous, car Jésus-Christ, qui nous établit son ministre, est riche en miséricordes! Puissionsnous ne voir en chacun de vous que la douceur et la fidélité de Jacob! Que nous aurions lieu de nous féliciter de ces heureuses dispositions, qui rendroient désormais notre tâche aussi douce que facile! Nous n'aurions plus à l'avenir que des encouragemens à vous donner. Puisse-t-il donc ne s'en pas rencontrer parmi vous un seul capable de dire avec l'Israélite rebelle: Nauseat anima nostra super cibo isto levissimo! Malheur à celui qui, aveuglé par la présomption, est sage à ses propres yeux, et ne prend conseil que de sa prétendue sagesse! Car toute science qui n'est pas celle de Dieu, qui s'élève au-dessus des règles qu'il trace par ses Voyants n'est que ténèbres, et toute force qui n'est pas appuyée sur la force divine n'est que foiblesse. Ce ne sont pas toujours les plus agiles en apparence qui atteignent plus sûrement le but, ni les plus robustes ou les plus habiles qui font la guerre avec plus de succès, mais ceux qui marchent et combattent au nom du Seigneur sont ceux que le Dieu de Jacob exauce et protége.

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Ce qui nous a frappé dans cette ordonnance, ce n'est pas seulement le grand nombre d'objets qu'elle embrasse, le savoir

ecclésiastique qu'elle suppose, la sagesse des règles et des conseils que le prélat adresse à son clergé, c'est encore l'esprit de douceur et de modération qui a dirigé M. l'évêque. Rien daus ses conseils ne ressent la sévérité ni l'amour de la domination, ni l'habitude des menaces et des censures. Tout, au contraire, y est paternel, plein de mesure, et propre à alléger pour les ecclésiastiques le poids de leurs fonctions et la rigueur de leurs devoirs. On remarquera encore dans cette ordonnance le soin qu'a pris l'illustre auteur d'éviter toute collision entre les ecclésiastiques et l'autorité civile: les conseils qu'il leur donne à cet égard sont marqués au coin de la prudence la plus attentive.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

PARIS. De quelque côté que l'on envisage l'amendement qui a passé mercredi à la chambre des députés, on ne peut assez s'étonner d'une décision si brusque et si hostile. Un vœu avoit été émis dans les précédentes sessions pour revenir au concordat de 1801, et pour que des négociations fussent ouvertes à ce sujet avec la cour de Rome. Mais il falloit donc attendre le résultat de ces négociations. A quoi bon négocier, comme l'a remarqué le ministre des affaires étrangères, si vous devancez l'effet de la négociation? Quelle est cette nouvelle diplomatie de commencer par décréter une mesure pour laquelle on a besoin du concours du souverain pontife? Est-ce ainsi qu'on en agit envers une autorité vénérable à toute la chrétienté? Auroiton craint de lui montrer quelques égards? N'y a-t-il pas là une affectation de hauteur qui au fond est bien petite et bien misérable? Oh! que MM. les philosophes font quelquefois pitié avec leurs formules hypocrites et leurs manoeuvres pleines de malignité! Des gens qui se moquent de la religion et qui prétendent travailler pour elle, en lui retranchant chaque jour quelque chose! Hommes impartiaux qui accablent le clergé, tantôt de leurs sarcasmes, tantôt de leurs décrets! Il y a eu surtout dans cette discussion un orateur qui a joué un singulier rôle, c'est M. Dupin. Il a fait un assez long discours, où il n'a conclu positivement ni pour ni contre l'amendement; mais comme il a beaucoup parlé de l'ambition du clergé, de l'influence toute-puissante des prêtres sous la restauration, de leur esprit d'envahissement qui s'exerçoit sur tout, son discours a dû laisser et a laissé en effet dans l'esprit de ses auditeurs une impression défavorable au clergé, et c'est peut-être à lui qu'a été dû le succès de l'amendement. On arrive à son but par des voies différentes, tantôt de front et directement, tantôt obliquement et par des chemins détournés. M. Dupin paroît

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