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avoir choisi ce dernier genre d'attaque. Il a refusé de conclure quand on l'y a invité tout haut, il ne s'est levé ni pour ni contre l'amendement; mais il a contribué à le faire adopter. Cette tactique n'est pas la plus franche et la plus loyale, mais elle est la plus commode en temps de révolution, et voilà pourquoi elle est assez

commune.

- Le samedi, veille de la Trinité, M. l'archevêque a fait l'ordination annuelle. Il y a eu trente prêtres, dont cinq seulement pour le diocèse de Paris; dix diacres, dont trois pour Paris; vingtneuf sous-diacres, dont dix-sept pour Paris; quinze minorés et trente-cing tonsurés. Le nombre des ordinands étoit de cent dixneuf, dont vingt-quatre anglais ou irlandais. Il y avoit quelques sujets du séminaire des Missions étrangères et du séminaire du Saint-Esprit.

Le gouvernement ayant retranché les allocations accordées précédemment aux cathédrales pour entretenir des choeurs, ces églises se sont trouvées privées tout à coup de ce qui pouvoit y soutenir le chant, M. Choron a cherché les moyens d'y suppléer par un travail qui simplifieroit beaucoup les choses. Il a fait l'essai de sa méthode dans un voyage en diverses parties de l'Ouest. Il est allé successivement à La Rochelle, à Luçon, à Nantes et à Chartres, et y a organisé en quelques jours des choeurs pour exécuter le plain-chant et la musique à plusieurs parties. Il se sert pour cela des élèves des séminaires, sans appeler des musiciens étrangers. Les essais de sa méthode ont réussi, et on l'a appliquée non-seulement dans les cathédrales, mais aussi dans les différentes paroisses, avec les moyens que chaque église peut avoir. Le 23 mai dernier M. Choron a fait un nouvel essai de sa méthode dans une des principales maisons d'éducation de la capitale, faubourg St-Antoine; un hymne à la sainte Vierge, chanté à trois voix, a été exécuté avec aisance et précision. Cette organisation n'est pas dispendieuse pour les églises où on voudra l'introduire en province; les frais se bornent à l'indemnité de route de M. Choron, et au prix des livres de chant. Il doit aller prochainement établir des choeurs dans quelques cathédrales, et pourroit de même le faire dans des maisons d'éducation. On peut lui adresser les demandes rue de Vaugirard, no 69, à Paris. Ses œuvres sont d'un prix peu élevé. Le livre choral, contenant l'ordinaire et les principales parties de la messe en contre-point, est de 2 fr. 50 c. la partition. Les messes, motels ou cantiques sont tous du même prix, à peu près. L'auteur publiera incessamment une instruction sur la marche à suivre pour l'organisation des choeurs, et l'enseignement du chant; cet ouvrage ne sera que de 1 fr.

Nous citions dans notre dernier numéro une mesure fâcheuse pour une portion de la population catholique à Arras. La Gazette

de Flandre et d'Artois fait connoître une autre mesure qui vient d'être prise par le conseil municipal de cette ville. Le 4 juillet 1820, M. l'évêque d'Arras avoit présidé à l'ouverture d'une école de Frères, fondée par les libéralités de madame Marie-LouiseAngélique Cauwet, veuve Dourlens. Plus tard, le prélat fonda une seconde école de cinq classes; il la soutint tant de ses propres deniers que des offrandes des fidèles, et il sollicita et obtint en 1824, de Me la duchesse d'Angoulême, un scours de 500 fr. pour cet établissement. Dans la suite, il proposa à la ville de lui faire don de la maison dite de l'Ecu d'Artois, où l'école étoit établie, à la condition que la ville se chargeroit à perpétuité de la dépense des cinq classes et du traitement des cinq Frères. Le conseil municipa! ne pouvoit refuser une offre si favorable, et il y eut à ce sujet un acte passé par-devant notaire. Qui ne croiroit qu'un tel acte devoit être durable? Cependant, à l'une des dernières séances du conseil municipal, un membre proposa la révision de l'acte de donation fait par M. l'évêque; un autre, allant plus loin encore, s'opposa à l'allocation de la somme nécessaire pour les écoles, et 12 voix contre 9 adoptèrent sa proposition; ainsi on viole un contrat revêtu de toutes les formalités, on annulle par caprice des engagemens pris librement. Et quel est le prétexte? Est-ce le manque de fonds? Non; on n'allègue rien de semblable. Est-ce parce que l'école des Frères n'est plus fréquentée? Non; elle inspire plus que jamais la confiance des parens. La véritable raison, c'est qu'on veut favoriser exclusivement une école rivale. La Gazette de Flandre et d'Artois se flatte encore que l'autorité supérieure n'approuvera point une délibération aussi injuste et aussi partiale.

-Il est déplorable de voir, jusque dans les campagnes, de jeunes insensés tourner publiquement en dérision les cérémonies de la religion. Dans un des villages dépendant de Combourg, diocèse de Rennes, des jeunes gens, excités par un étranger, ont simulé d'une manière ridicule un enterrement. Pendant que les uns portoient étendu sur une civière un individu contref·isant le mort, d'autres, grotesquement habillés, aspergeoient, chantoient, parodioient les cérémonies funèbres. Cette espèce de mascarade est à la fois un outrage à la religion et une insulte à une population chrétienne.

-La Gazette de Picardie attribue l'émeute de Boves au mécontentement excité par les tracasseries du parti irréligieux. Le nouveau conseil municipal a fatigué la fabrique par ses exigences. Il y avoit dans ce village une sœur pour les écoles; elle avoit la confiance des familles. On a fait venir de Paris une institutrice qui suit les nouvelles méthodes. On a supprimé pour elle le traitement de la sœur, et lui a donné le local que celle-ci occupoit. Les habitans ont dû se cotiser pour procurer à la sœur un autre local. En

fin, le bruit s'est répandu que la nouvelle institutrice avoit dénoncé le curé, et aspiroit à le faire renvoyer. Mais la Gazette de Picardie déclare que, d'après les informations qu'elle a prises, il n'a jamais été question du déplacement de M. le curé de Boves.

- M. l'abbé de Solages, préfet apostolique de l'île Bourbon, avoit quitté cette colouie le 13 juillet de l'année dernière pour se rendre à Madagascar. Les obstacles qu'il pouvoit craindre, un climat mortel pour les étrangers, les mauvaises dispositions des habitans, la triste issue de semblables tentatives faites à différentes époques, rien ne put arrêter son zèle. Il se rendit à la petite île Sainte-Marie, où il y a un établissement français, et passa de là à Madagascar, qui en est très-près. Arrivé à Tamatave, le port de mer le plus fréquenté du côté de Bourbon, il sollicita de la reine la permission d'entrer dans ses Etats, et se mit en route pour Émirne, la capitale. Son dessein étoit d'obtenir de la reine de prêcher la religion; mais, arrivé à 40 lieues environ dans l'intérieur des terres, il fut arrêté, et obligé de rebrousser chemin. On conjecture que les méthodistes anglais, qui se sont insinués dans l'île, et qui ne se soucioient point d'y voir un missionnaire catholique, ont mis obstacle à son voyage. M. de Solages revint à Tamatave, et y fut atteint de la fièvre, qui est particulièrement dangereuse dans ce pays, et dans cette saison. Il prévit aisément quelle seroit l'issue de cette maladie dans une situation où il n'avoit à attendre de secours ni des indigènes, ni même des Français qui étoient dans ce port pour leur commerce, et chez qui sa qualité de prêtre étouffoit tout mouvement de pitié, tant la haine de la religion et l'esprit de parti prévalent sur les sentimens les plus naturels. Dans cette extrémité, M. de Solages voulut, dit-on, que son domestique le quittât, sans doute parce qu'il prévoyoit que celui-ci ne pourroit à son tour éviter la maladie; cela se passoit au mois de septembre dernier. Peu après, le bruit s'est répandu à Bourbon que le préfet étoit mort, et, en effet, il est comine impossible qu'il n'ait pas succombé. Mais on n'a et on n'aura peut-être jamais rien d'authentique sur sa mort, vu que dans ce pays il n'y a point de mode légal de constater les décès. Telle a été la triste fin d'un ecclésiastique victime de son zèle. M. de Solages n'avoit accepté la préfecture de l'île Bourbon que dans l'espoir de se consacrer aux missions. Il avoit formé le projet d'évangéliser dans les îles de la mer du Sud, et il devoit eninener avec lui des missionnaires. L'exécution de ce projet étoit assez difficile à concilier avec les devoirs d'un préfet apostolique de l'île Bourbon; mais M. de Solages, entraîné par l'ardeur de son zèle, ne calculoit guère les obstacles. Il resta environ un an à Paris à préparer le succès de son plan, et il y étoit encore lorsque la révolution de 1830 éclata. Il partit peu après pour Ja colonie, où il rencontra quelques contradictions. Le conseil colonial l'accusoit dé sévérité et de roideur, et avoit demandé son ex

pulsion; des prêtres de la colonie se plaignoient aussi de sa rigueur. Quelque jugement qu'il faille porter à cet égard, M. de Solages étoit un prêtre animé de l'esprit de son état, et rempli des meilleures intentions. M. Henri de Solages étoit précédemment grandvicaire de Pamiers. Il avoit été nommé préfet apostolique de l'île Bourbon le 5 août 1829, et n'étoit parti de Paris qu'en septembre 1830. Il s'étoit embarqué à Bordeaux. En partant pour Madagascar, il a nommé vice-préfet M. l'abbé Dalmond.

Le Journal de Francfort annonce la mort subite de M. Joseph Guy Burg, évêque de Mayence. Ce prélat, né à Offembourg le 27 août 1768, avoit été d'abord évêque in part, de Rodiopolis, et fut élevé sur le siége de Mayence en 1829.

NOUVELLES POLITIQUES.

PARIS. D'après le Journal de la Guienne, madame la duchesse de Berry étoit encore extrêmement foible le 29 mai; elle étoit atteinte d'une douleur de côté, et ne pouvoit marcher, dans les courts instans où elle quittoit le lit, que soutenue par deux personnes. On s'occupoit depuis trois jours de l'emballage de ses effets sur la corvette l' Agathe. On annonce le départ pour Blaye de M. Hennequin, que la duchesse demande de nouveau à voir, et de madame de Beaufremont, qui l'accompagneroit dans son voyage à Palerme.

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Voici un député dont le langage fait les délices des esprits faux : c'est l'honorable M. Joly. Il a cru trouver un argument sans réplique en montrant à la chambre des députés la différence de poids et de mesure dont on use à l'égard de deux prisonniers qui lui paroissent coupables au même degré. Ce sont madame la luchesse de Berry, et le sieur Jeanne, l'un des condamnés de l'iusurrection de juin. Pour qu'il y eût ici quelque analogie, quelque point de comparaison un peu admissible, il faudroit que les héros de juin fussent, par rapport au trône de Louis-Philippe, dans la même situation, et au même degré d'hérédité que le duc de Bordeaux et sa mère. Alors la dispute pourroit se concevoir; et, en supposant qu'il y eût erreur de la part des prétendans du cloître Saint-Merry, au moins paroîtroit-elle un peu excusable. Mais il n'y a rien de cela dans les positions réciproques. Cependant personne n'en a fait la remarque à la chambre des députés; et la comparaison de M. Joly a passé sans contestation. C'est que la chambre des députés se trouve elle-même dans un grand embarras pour décider ces questions-là. Après avoir reconnu le droit d'insurrection et la souveraineté du peuple, elle ne sait plus comment s'y prendre pour prononcer entre les anciens et les nouveaux prétendans. Eu pareil cas, le juste-milieu est de ne dire mol; et c'est le parti qu'elle a pris à l'égard des sophismes de M. Joly. Débattez les mêmes questions devant des juges moins liés par leurs antécédens, moins engagés dans l'erreur; et vous verrez qu'ils sauront bien découvrir quelque différence de droit ou de position entre un héros de juin et madame la duchesse de Berry.

-La Gazette de Piémont du 23 mai contient une espèce de manifeste sur la

marche et l'issue du dernier complot découvert en Savoie. Après avoir peint les efforts du gouvernement pour le bien de ses sujets et les heureux résultats qui en ont été la suite, on se plaint qu'il se soit trouvé un petit nombre de misérables qui aient projeté de plonger leur patrie dans un abime de maux Dès la fin de 1831, on avoit découvert une conspiration où étoient entrés quelques jeunes gardes du corps. Le roi se contenta de faire renvoyer du contrôle de l'armée ceux qui en faisoient partie, et d'ordonner de surveiller les autres. On ent avis d'autres trames obscures, cependant aucune arrestation ne fut ordonnée. Mais il a fallu derniè ment arrêter quelques individus qui avoient essayé de séduire les sous-officiers des quatre régimens, qui faisoient circuler des écrits révolutionnaires imprimés à Varseille et à Lugano, et qui offroient de l'argent. Il ne s'agissoit de rien moins que de détruire la religion et d'établir une république. Pour cela tout moyen étʊit bou, l'incendie, le poignard, le poison. En effet on a trouvé du poison dans les chambres des deux sergens aujourd'hui réfugiés en France, et la chose est confirmée par les avenx de tous les prisonniers. Le projet étoit d'exciter des émeutes, el de profiter d'un jour de fète pour s'introduire dans les casernes pendant la messe militaire et s'emparer des armies. La tentative de corruption ayant échoué à Chambéry, on vouloit faire sauter la poudrière, et ce dessein avoit eu un commencement d'exécution. Un passage avoit été pratiqué pour introduire une mèche. On devoit mettre le feu à Turin à dix endroits différens. Il y avoit aussi un complot à Gênes et un à Alexandrie. Il paroit que la première idée de la conspiration est venue du dehors, et les conjurés attendoient aussi un appui extérieur. Les poursuites ont commencé, et le 20 mai le conseil de guerre de Chambéry a condamné à inort les fourriers Canale et Tamburelli. Celui-ci a été exécuté le 22. Canale ayant fait des révélations, sa peine a été commuée en vingt ans de galère. Un autre fourrier, Degubernatis, a été acquitté. Les informations continuent. Telle est la substance du manifeste.

M. l'Evêque d'Arras vient d'être nommé comman lant de l'ordre de la Légion d'Honneur.

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– L'Académie des sciences morales et politiques est enfin parvenue à nommer son secrétaire général. Samedi dernier, M. Ch. Comte ayant réuni, au second tour de scrutin, seize suffrages, nombre voulu par le réglement, a été élu secrétaire. Plusieurs officiers et une compagnie de soldats sont occupés depuis plu sieurs jours à dresser aux environs de Saint-Denis les plans des différentes fortifications qu'on a dessein d'y établir, afin de compléter celles qui furent faites à la håte en 1830. On va commencer les travaux de fortifications du côté de Charenton.

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Le gouvernement vient d'envoyer M. Tixier en Orient, pour faire des recherches sur l'architecture ancienne de ces contrées et sur les principales bibliothèques de Constantinople. Il doit faire des observatious sur les matériaux dont les monumens sont construits, et sur les moyens d'exécution employés par les dif férens peuples.

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