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reproche avec justice aux esprits de cette époque. Cependant, il paroît avoir cédé lui-même à la crainte d'offusquer les écrits ombrageux qui s'alarment de la seule supposition d'un miracle. Il ne veut pas voir de miracle dans ce qui s'est passé lors du déluge, et croit qu'il en est de ce grand événement comme de tant d'autres phénomènes que la science n'est pas encore parvenue à expliquer. Nous avouons que nous n'aurions pas le même scrupule que lui; puisqu'il est catholique, il ne doit point faire difficulté d'admettre des miracles. Toute la religion repose sur des miracles, et les esprits superbes qui les rejettent rencontrent des objections plus embarrassantes que les miracles mêmes.

L'auteur, qui avoit promis de ne point faire d'hypothèses, n'a pu tenir rigonreusement sa parole. Il suppose qu'au moment du déluge la terre s'est arrêtée momentanément sur son axe. C'est bien là, ce nous semble, une conjecture. Nous ne voulons point la discuter ici; nous nous en tenons simplement au récit de la Genèse, et nous laissons à de plus habiles à tenter d'expliquer des faits où il faudra toujours, en dernière analyse, reconnoître l'intervention divine.

Dans le système de M. Chaubard, le déluge de Deucalion est distinct de celui de Noé. Il rattache même le déluge de Deucalion à la suspension du cours du soleil sous Josué, et trouve entre ces deux événemens des rapports qu'il est étonné qu'on n'ait pas aperçus jusqu'ici. C'est encore là une conjecture; mais nous ne voyons pas pourquoi de la suspension du soleil il résulteroit nécessairement un déluge. Ce que l'auteur dit à cet égard n'est pas concluant, n'est mème guère spécieux.

Dans un dernier chapitre, l'auteur cherche à assigner l'âge des grandes formations de terrains qui sont la base de son livre. Il traite là la question de la chronologie des livres saints. Il adopte le calcul du texte samaritain, et compte 6077 ans depuis l'origine du monde. C'est encore un point sur lequel on a beaucoup écrit, et sur lequel on écrira sans doute encore. Heureux le monde, s'il n'y avoit pas de discussions plus passionnées et plus dangereuses!

Nous ne doutons point que l'auteur n'ait acquis de graudes connoissances sur la géologie; mais cela ne suffit point pour faire un livre, et il manque au sien un peu de méthode et de clarté, et aussi, il faut le dire, un peu de cet art si difficile de jeter de l'intérêt sur les matières les plus abstraites.

Le Gérant, Adrien Le Clere.

COURS DES EFFETS PUBLICS.—Bourse du 3 juin 1833.

Truis pour 100, jouissance du 22 déc., ouvert à 79 fr. 65 c. et fermé à 79 fr. 70 0. Cinq pour 100, jouiss. du 22 mars, ouvert à 103 fr. 75 c. et fermé à 103 fr. 80 c. Actions de la Banque.

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. 1802 fr. 50 c.

IMPRIMERIE D'AD, LE CLERE ET COMP.

JEUDI 6 JUIN 1833.

301.)

Les vrais Principes opposés aux erreurs du dix-neuvième siècle, par M. V. de B..... (1).

C'est une consolation pour ceux qui se tiennent attachés aux saines doctrines de voir paroitre des ouvrages où l'on s'efforce d'opposer une digue au torrent des erreurs de toute espèce qui menace de tout dévaster, dans ce siècle dit siècle de lumière. De pareils ouvrages doivent être reçus du public, non-seulement avec faveur, mais avec reconnoissance, et on ne peut trop encourager les écrivains qui en sont capables à consacrer leur talent à cette lutte sacrée du génie du bien contre celui du mal.

Parmi les écrits récemment publiés dans une intention si louable, il en est un qui a dû exciter la curiosité des lecteurs, et par son titre, et par les lettres initiales du nom de l'auteur: nous voulons parler des Vrais Principes opposés aux erreurs du dix-neuvième siècle, par M. V. de B..... On ne pouvoit s'attendre qu'à y trouver d'excellentes choses, et l'attente n'a point été trompée. Rien de plus vrai, rien de mieux dit que ce qu'on trouve dans cet écrit, plein de choses exposées avec une brièveté qui ne nuit pas à la clarté, sur la philosophie moderne et sur la manie d'ètre progressif, qui paroit en être le caractère distinctif; sur la nécessité de prendre la religion pour guide et de rétrograder, pour retrouver la vérité, jusqu'à ces voies anciennes, si malheureusement abandonnées. On voit avec plaisir que l'auteur n'attache la vérité à aucun nom. Il déclare n'être ni à Descartes, ni à Locke, encore moins à Condillac et à ces philosophes qui ne savent voir dans ce monde que de la matière, et qui ne considèrent l'homme qu'en lui-même, sans rapport avec son créateur, et sans se soucier de son origine et de sa fin. Il rejette ces théories modernes que rien ne soutient, qui se combattent entre elles, et qui finissent toutes par être justement oubliées. Il croit, avec raison, qu'il n'existe qu'une

(1) In - 8o. Prix, 3 fr. 50 c., et 4 fr. 50 c. franc de port. A Avignon, chez Seguin; et, à Paris, au bureau de ce Journal.

Tome LXXVI. L'Ami de la Religion.

Q

vraie philosophie, comme il n'existe qu'une vraie religion, et que c'est une absurdité de croire qu'elle ait été ignorée jusqu'à Dos jours. Il indique nettement et brièvement les preuves incontestables des vérités qui sont la base du vrai système philosophique, et qui ont été très-bien connues des philosophes antérieurs aux XVIII et XIXe siècles, l'existence de Dieu, l'immatérialité, la spiritualité, l'immortalité de l'ame humaine, etc. etc. etc.

Tout cela, et beaucoup d'autres choses sur les nouveaux systèmes, méritent des éloges. Mais on regrette que l'estimable auteur ne se soit pas borné à combattre la philosophie moderne et les erreurs de notre siècle, comme le titre de son livre l'annonçoit, et qu'il ait mêlé à d'excellentes vues quelques théories qui peuvent aussi paroitre nouvelles et n'être pas goûtées de ceux qui s'en tiennent aux principes reconnus vrais et aux voies anciennes. On pourra lui reprocher de ne s'être pas tenu luimême assez en garde contre la manie d'être progressif, et de rejeter comme surannées des vérités admises par les philosophes de tous les siècles. Bien des lecteurs auront lu avec étonnement ces paroles: Ne disons plus, suivant l'ancienne définition, que l'homme est un animal raisonnable.

Ce n'est donc plus seulement la philosophie du xvi et du XIXe siècle qu'il combat; car ce n'est certainement pas aux philosophes modernes qu'il faut attribuer cette définition de l'homme. Pour en trouver l'origine, il faut remonter jusqu'à la plus haute antiquité, je dirai même jusqu'aux jours de la création, puisque l'histoire de la création de l'homme nous le montre composé d'un corps et d'une ame comme tous les animaux, avec cette seule différence que son ame est d'une nature supérieure, étant non-seulement sensitive, mais intelligente prérogative qui élève sans doute l'homme au-dessus des autres animaux, et l'en constitue le roi, mais qui ne peut faire qu'il n'appartienne pas à une classe à laquelle il tient par sa nature.

Les anciens sages, dit saint Augustin, ont défini l'homme 'un animal raisonnable et mortel. Ce grand docteur ne fait aucune difficulté d'admettre cette définition; il la donue même pour exemple d'une définition exacte, qui explique nettement la nature de l'homme. Il est, dit-il, distingué de la brute par Pattribut raisonnable, et des substances spirituelles par l'attribut mortel. Elle a été également admisc par les autres

Pères de l'Eglise, par les docteurs, par des conciles même, et par l'universalité des théologiens et des philosophes. Je dis l'universalité, car ceux qui ne l'ont pas adoptée sont en si petit nombre qu'ils ne doivent pas être comptés. S'il y a une définition en philosophie sanctionnée par l'approbation de tous les siècles, c'est donc bien celle de l'homme animal raisonnable. On n'a retranché de la définition des anciens sages que le mot mortel, comme superflu et suffisamment contenu dans le mot animal, puisque tout animal est mortel de sa na

ture.

Pourquoi donc ne devons-nous plus aujourd'hui nous exprimer comme on s'est exprimé dans tous les temps? La nature de l'homme n'a pas changé, et la définition qui lui a convenu pendant tant de siècles doit lui convenir encore. Il y a, dit-on, une distance infinie de l'être intelligent à celui qui ne l'est pas, et c'est offenser la dignité de l'homme que d'établir un rapprochement entre lui et la brute. Chose étonnante qu'on ne s'en soit pas aperçu plutôt ! Par la même raison, il ne doit plus être permis de dire: Memento, homo, quia pulvis es et in pulverem reverteris; quid superbit terra et cinis? Il est clair que parler ainsi, c'est établir un rapprochement entre l'homme et la matière. C'est cependant le Saint-Esprit qui nous donne cette leçon, si humiliante pour notre dignité.

Il y a un rapprochement plus étonnant encore, et que nous ne devons pas rejeter. Il n'est pas vrai qu'il y ait une distance infinie entre l'homme et la brute; car le fini ne peut pas être séparé du fini par l'infini; mais il y a incontestablement une distance infinie entre Dieu et l'homme. Nous disons néanmoins, et nous continuerons de dire l'homme Dieu. Pourquoi done craindrions-nous d'offenser la dignité de l'homme par un rapprochement entre lui et la brute, rapprochement infiniment moins étonnant que celui que la foi établit entre Dieu et l'homme? Quoi! nous dirons un Dieu fait chair, un. Dieu incarné, et nous n'oserons appeler l'homme un animal raisonnable! Ce sera offenser sa dignité que de faire un rapprochement entre son ame tenant le dernier rang dans l'ordre des intelligences, et la matière organisée! Peut-être faudroit-il plus craindre de flatter l'orgueil de l'homme que de blesser sa dignité. C'est l'orgueil qui l'a perdu, et son péché n'a pu être effacé que par l'humiliation d'un Dicu.

Nous ne saurions, ajoute-t-on, concevoir une trop haute idée de notre nature. C'est cependant cette trop haute idée qui a été le principe de tous les malheurs du genre humain. Si nous considérons ce que Dieu a fait pour nous en nous élevant au-dessus de notre nature par un prodige de sa toutepuissance, en nous donnant le nom et la qualité d'enfans de Dieu, ut Filii Dei nominemur et simus: nous ne pouvons sans doute avoir une trop haute idée de la dignité à laquelle nous sommes élevés, puisque nous n'avons au-dessus de nous que Dieu lui-même. Mais si nous ne considérons que notre nature, il est bien facile que nous nous estimions au-delà de ce que nous sommes. La vérité est que l'homme est, dans la chaîne des êtres, l'anneau qui unit la matière organisée au pur esprit. Par sa raison il est au dernier rang des intelligences, et par son corps au premier rang des animaux. L'usage qu'il fait de sa raison le rend, it saint Thomas, le meilleur ou le pire des animaux. J.

(La suite à un numéro prochain.)

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

PARIS. M. Savary, duc de Rovigo, est mort à Paris, dimanche au soir. Il étoit attaqué depuis assez long-temps d'un ulcère à la langue, qui ne laissoit aucun espoir de guérison. Les personnes qui s'intéressoient le plus à lui, le voyant décliner rapidement, songèrent à l'avertir de sa position. Le général Cafarelli se chargea de porter les premières paroles qui furent très-bien accueillies du malade. M. l'archevêque, qui avoit offert ses services avec empressement, vint voir le duc qui le reçut parfaitement, et de lui-même lui fit comprendre par un geste expressif qu'il s'occupoit des pensées de l'éternité. Le genre de la maladie ne permettoit guère au mourant de parler, il ne pouvoit s'expliquer que par signes ou en écrivant avec de la craie sur une planche. A la fin de ce premier entretien, il demanda à M. l'archevêque sa bénédiction. Le prélat annonça qu'il reviendroit le lendemain et qu'il étoit d'ailleurs à la disposition du malade, à quelque heure que ce fût. On vint l'avertir le dimanche de très grand matin. Le prélat s'y rendit en toute hâte, confessa le malade et lui administra l'extrême-onction. La nature du mal ne permit pas de donner le viatique. Le monrant avoit toute sa présence d'esprit, et donna des marques sensibles de foi. Il témoigna sa reconnoissance à M. l'archevêque qui vint plusieurs fois le voir dans la journée. Il s'unissoit aux prières qu'on récitoit autour de son lit.

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