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CHAMBRE DES PAIRS.

Le 6, M. Guilleminot propose au nom d'une commission l'adoption du projet de loi sur l'emprunt grec. M. de Montlosier s'inscrit de suite pour parler sur

cette loi.

On passe à la discussion de la loi transitoire sur l'amortissement. M. Portal fait lire par M. Mounier un discours où il propose un système d'après lequel 80 millions seroient annuellement affectés à l'amortissement, jusqu'à ce que la dette fût réduite à 100 millions de rentes; alors l'amortissement servit supprimé. M. de Montlosier se plaint de l'action de l'amortissement sur les 3 pour 100, d'où il résulte selon lui de grands dommages pour le Trésor. M. Gautier critique quelques dispositions du projet; mais il ne propose pas d'amendement, pour ne pas susciter d'obstacles à un ministère que son inclination, autant que sa conviction, l'engagent à soutenir. M. le ministre des finances combat le système de M. Portal et les observations des deux autres orateurs. Il déclare adhérer aux amendemens de la chambre des députés. Après avoir encore entendu M. Roy, rapporteur, la loi est votée au scrutin à l'unanimité moins 1.

CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

Le 5, M. le ministre du commerce et des travaux publics, répondant à M. de Gréa, donne des explications sur les deux lois rendues successivement au sujet de la réunion de deux communes du Jura.

On reprend la discussion du projet de loi sur les travaux publics. M. Duboys (d'Angers) appuie l'art. 6, portant qu'il sera établi dans l'Ouest un système de routes stratégiques. M. Beslay fils s'élève contre ce projet, dont le nom seul fait voir que l'on veut soumettre le pays au régime militaire. M. Pelet demande que l'on se borne à la création de routes ordinaires en Vendée. Son amendement est rejeté, et l'article, combattu par M. de Tracy, et défendu pår MM. Luneau, Thiers, de Rambuteau et Isambert, est adopté. L'art. 7, portant que la route de Poitiers à Nantes sera soumise au même système, passe également.

En ce moment, un inconnu s'écrie d'une tribune qu'il demande à être entendu pour obtenir justice. M. le président donne l'ordre de l'expulser. L'individu échappe quelque temps aux poursuites des huissiers, en circulant, au risque de tomber dans la salle, sur un entablement qui règne autour des tribunes, et d'où il répète sa réclamation. L'on parvient enfin à le conduire au poste de garde municipale. Cette scène, devenue tout-à-fait grotesque, excite une longue hilarité.

Des debats s'engagent sur l'art. 10, portant que, dans les départemens de l'Ouest, il est interdit de faire aucune plantation dans un rayon de 20 mètres du bord des routes stratégiques, et de laisser croître des haies à plus d'un mètre

30 centimètres de hauteur. M. Tribert s'élève contre cette innovation arbitraire, qui renverseroit le système de la culture et des pâturages dans ce pays. MM‹ Duboys, Mauguin et Thiers insistent sur la nécessité de cette mesure, pour empê-, cher toute embuscade aux tirailleurs. MM. Jousselin et Garnier-Pagès représentent qu'au lieu de calmer les populations de l'Ouest on va les exciter au mécontentement et à l'insurrection. MM. les généraux Demarçay et Sémelle appuient le projet d'éloigner les haies des routes. M. Thiers et Luneau proposent de s'en tenir à cette prohibition; mais leurs amendemens ne sont pas adoptés. Le ministre retire alors l'article et les suivans, de sorte que les choses resteront dans le droit commun, quant aux haies et plantations sur le bord des routes et ailleurs. On adopte ensuite l'art. 15, qui affecte 12 millions à l'exécution des routes militaires en question. M. Gaillard a demandé en vain que l'on réduisît à moitié ce crédit.

Le 6, M. Arago appuie, malgré l'interruption de M. Viennet, l'art. 16, allouant un million et demi pour l'établissement de 31 nouveaux phares. Il dit que pendant 15 ans il y a eu 1,612 naufrages sur les côtes de France, et que les EtatsUnis entretiennent 133 phares. L'article est adopté. L'article suivant affecte 500,000 fr. à des études de chemins de fer, principalement du Hâvre à Marseille, par Paris et Lyon. M. le ministre des finances, avant de se rendre à la chambre des pairs, présente des considérations générales dans l'intérêt de la loi en discussion, qui tournera, dit-il, au bien-être des contribuables. L'article passe, en supprimant la désignation des lignes. MM. Ganneron et Gaugnier proposent ensuite, mais sans succès, d'allouer des fonds pour des études de navigation sur les rivières et d'amélioration des chemins vicinaux.

La chambre adopte les derniers articles sur la création de rentes pour pourvoir aux 101 millions de travaux, et sur leur remplacement par une dotation équivatente de l'amortissement, et un article additionnel de M. Duchâtel, mettant à la disposition du ministère, pour les travaux de cette année, 10 millions, don't 5,750 francs pour ceux de Paris. M. B. Delessert propose ensuite un amendement portant que la moitié des honoraires et indemnités des architectes sera mise en réserve, et ne leur sera payée que lors de l'achèvement total des travaux, et qu'il ne leur sera rien payé pour les travaux qui excéderoient leurs devis. Cette disposition passe d'abord sans que l'on y fasse attention. M. Thiers réclame aussitôt, en disant qu'elle est inexécutable. Les centres demandent que l'on recommencent le vote; les extrémités s'y opposent. On rejette la question préalable. M. B. Delessert développe alors son amendement. Le ministre fait observer que la première partie est injuste; celle-ci est définitivement rejetée, et la seconde phrase seule adoptée. L'ensemble de la loi est ensuite voté à la majorité de 228 contre 83.

On passe à la discussion de la loi sur l'expropriation pour cause d'utilité publique. M. Réalier-Dumas demande que l'on accueille tous les amendemens de la chambre des pairs. On les adopte successivement jusqu'à l'art. 14, où la chambre des pairs a supprimé l'expertise générale, et qui passe comme les précédens, malgré quelque opposition.

Divers Entretiens sur la Vie cachée de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ; par le P. Charles Lalemant (1).

Ces Entretiens sont au nombre de quarante-cinq, et traitent de l'excellence de l'eucharistie, de l'état de Notre-Seigneur dans l'eucharistie, des rapports de l'eucharistie avec l'incarnation, des effets de l'eucharistie, etc. Ces Entretiens sont suivis de quatre autres, pour purifier l'ame et la disposer à la réception de ce sacrement. L'auteur, étonné du peu de fruit que l'on retire de la sainte Table, a cru, dit-il, que cela pouvoit provenir de ce que l'on ne fait point assez de discernement du pain céleste. Il a donc cherché à faire comprendre la grandeur de ce mystère et les dispositions que l'on y doit apporter. Ses réflexions nous ont paru judicieuses et propres à faire du fruit.

Nous ne connoissons point le P. Ch. Lalemant ; le catalogue des écrivains jésuites ne porte point ce nom, et ne fait mention que des pères Louis et Jacques-Philippe Lallemaut, le premier, mort en 1635, et le second en 1748. L'approbation des Divers Entretiens est de 1656. L'éditeur annonce qu'il a été nécessaire de retoucher le style, qui offroit quelques expressions surannées, ce qui n'est pas étonnant pour un ouvrage qui remonte au milieu du 17° siècle.

Après les Entretiens viennent des Pensées sur l'Eucharistie, tirées de la Doctrine spirituelle du P. Louis Lallemant, que nous avons nommé tout à l'heure; un Entretien pour la fête du saint Sacrement, par le P. Nouet, autre jésuite, tiré de son livre de la Fie de Jésus-Christ dans le saint Sacrement; et des Réflexions sur la communion et ses effets, par le P. Surin, tirées de son Catéchisme spirituel.

On y a joint la Préparation au Viatique pour la bonne mort, et des détails sur la Confrérie de la bonne Mort, érigée dans l'église des Dames de SaintThomas de Villeneuve, à Paris. Cette confrérie a été approuvée par le saint Siége, et a obtenu des indulgences plénières et partielles, dont on trouvera ici l'indication.

(1) In - 18. Prix, 1 fr. 25 c., et 1 fr. 75 c. franc de port. Chez Gaume, rue du Pot-de-Fer; et au bureau de ce Journal.

Le Gérant, Adrien Le Clere.

COURS DES EFFETS PUBLICS. Bourse du 7 juin 1833.

Trois pour 100, ¡ouissance du 22 déc., ouvert à 78 fr. 75 c. et fermé à 78 fr. 60 c. Ging pour 100, • jouiss. du 22 mars, ouvert à 104 fr. 40 c, et fermé à 104 fr. 30 c. Actions de la Banque.

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0000 fr. 50 c.

IMPRIMERIE D'AD. LE CLERE ET COMP".

MARDI 11 JUIN 1833.

(N° 2413.)

r、i,,",

ROAL.

Les vrais Principes opposés aux erreurs du dix-neuvien siècle, par M. V. de B..... (Suite.) (1), outs

Examinons maintenant la définition qu'on veut nous fair adopter, comme plus convenable à notre dignité. L'homme, nous dit-on, est une intelligence servie par des organes. Nous avions toujours eru que l'illustre auteur des Recherches philosophiques n'avoit point prétendu donner, par ces paroles, une définition rigoureuse de l'homme, et réformer la définition reçue. Cet écrivain célèbre, aussi recommandable par ses sentimens religieux que par son profond savoir, combattoit une philosophie toute matérielle qui ne voyoit dans l'homme qu'une. matière organisée et sensible qui reçoit l'esprit de tout ce qui l'environne et de ses besoins. C'est en opposition à cette absurde définition, dans laquelle l'esprit est subordonné à la matière et supposé venir de la matière, qu'il établit que l'homme est une intelligence servie par des organes; prenant la partie la plus noble pour le tout, et montrant la subordination naturelle des deux parties de l'homme, dont l'une est faite pour commander, et l'autre pour obéir. C'est du moins ainsi que nous l'avons entendu. Mais, si on nous présente aujourd'hui cette définition comme rigoureuse et préférable à celle qui a été adoptée sans réclamation dans tous les siècles, l'attachement aux vrais principes nous oblige de dire qu'elle nous paroit inadmissible, et que nous la croyons fausse en philosophie, dangereuse et erronnée en théologie,

Nous ne lui reprocherons pas la nouveauté; car il faut avouer qu'elle est ancienne. Elle n'a paru nouvelle que parce qu'elle étoit oubliée. Saint Grégoire de Nysse en fait mention, et l'attribue à Platon. Saint Thomas dit également que Platon définissoit l'homme une ame servie par un corps. Posuit hominem esse animam corpore utentem. Entre cette définition et celle qu'on nous présente, il n'y a de différence que

(1) In-8°, prix, 3 fr. 50 c., et 4 fr. 50 c, franc de port. A Avignon, chez Seguin; et, à Paris, au bureau de ce journal.

Tome LXXVI. L'Ami de la Religion.

S

plus d'exactitude dans l'expression de Platon; car l'ame humaine, quoique intelligente, ne peut qu'improprement être appelée intelligence. Elle est raisonnable, et la raison, selon saint Thomas, suppose l'imperfection de l'intelligence. C'est par cette imperfection que l'ame humaine est distinguée des anges, ou des intelligences proprement dites. Saint Thomas rejette la définition de Platon, et la combat dans sa Somme théologique, dans ses Commentaires sur le Livre des Sentences, dans son Traité contre les gentils, dans son Commentaire sur l'Epitre aux Romains, et partout où il a occasion d'en parler.

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Et, en effet, une définition doit expliquer clairement la nature de la chose définie, et la distinguer de toute autre chose. Mais dire que l'homme est une intelligence, ou une ame servie par des organes, est-ce expliquer la nature de l'homme? est-ce faire connoitre suffisamment l'union qui existe entre la substance intelligente et la substance matérielle? Il est clair que non. Cette union n'est pas une simple relation de supériorité et d'infériorité, de commandement et d'obéissance: elle est telle que de deux substances distinctes il résulte une seule substance, une seule chose, une seule personne, laquelle n'est ni le corps ni l'ame, mais un tout résultant des deux parties qui ne peuvent être conçues séparées, le tout restant ce qu'il est, restant homme. C'est ce qu'enseignent communément les philosophes, et en particulier saint Augustin Substantia ista, res ista, persona ista, quæ homo vocatur, constans ex anima rationali et carne mortali. En vertu de cette union, toutes les actions propres à l'une ou à l'autre de ces substances sont attribuées au tout, qui est le principe agissant. Ainsi, de même qu'on dit l'homme pense, l'homme raisonne, on dit également l'homme mange, l'homme dort, et aussi l'homme naît, l'homme meurt.

Ce n'est point une union de cette nature qu'expriment les mots ame ou intelligence servie par des organes. L'ange Raphaël, tout le temps qu'il accompagna le jeune Tobie, se faisoit servir par des organes, et il n'étoit pas homme. Platon, auteur de cette définition, comparoit l'union de l'ame avec le corps à celle d'un pilote avec le vaisseau qu'il dirige dans sa course. Quelques-uns de ses disciples l'ont comparée à celle du corps avec les vêtemens dont il se couvre. On pourra peut-être imaginer d'autres comparaisons moins défectueuses; mais on

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