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ne prouvera jamais que ces mots expriment une union substantielle, c'est-à-dire une union qui, de deux substances, forme une substance unique, une personne.

Si c'est l'intelligence qui est l'homme, ce qui est dit du corps organisé ne sera pas dit de l'homme. Une intelligence n'ayant ni père ni mère, et étant, de sa nature, immortelle, on ne pourra pas dire qu'un homme est engendré ou descend d'un autre homme, ni qu'il meurt. Ce que nous appelons la mort n'atteindra pas l'homme, mais seulement le serviteur de l'homme devenu inhabile au service de son maitre. On dira peut-être qu'en admettant la définition communément reçue il n'y a également que la partie animale qui soit engendrée et qui meure. Cela est vrai en un seus ; mais, à raison de l'union qui existe entre les deux substances, elles sont également parties essentielles de l'homme, et la dénomination d'homme convient à l'une et à l'autre. La femme dans le sein de laquelle se forme un corps humain est dite mère d'un homme, parce que ce corps qui lui doit sa naissance est partie essentielle du tout, et qu'il est la cause (non efficiente, mais occasionnelle) de l'ame, qui, suivant les lois établies par le Créateur, doit lui être unie pour compléter l'homme; de manière que l'ame elle-même doit son existence à ceux qui engendrent le corps auquel elle est unie.

yo Platon a été conduit à donner sa définition par les faux principes qu'il avoit adoptés, ou qu'il s'étoit faits. Comme les autres philosophes païens, il n'avoit pas d'idée, du moins d'idée nette de la création. Il admettoit une matière éternelle; les ames ne sortoient point du néant, elles étoient des émanations de Dieu ou d'une ame universelle; leur union avec le corps étoit une union accidentelle. Il admettoit la métempsycose, ou la transmigration des ames d'un corps à l'autre. C'étoient là des écarts d'un génie souvent sublime, qui certainement ne sont pas admis de l'auteur des Recherches philosophiques, ni de celui des Vrais Principes. Il est cependant échappé à ce dernier de dire que l'ame étoit raisonnable avant d'être unie au corps; mais c'est sans doute une distraction: car il n'ignore pas que le dogme platonique de la préexistence des ames ne peut pas se concilier avec la doctrine catholique.

Au reste, il est à remarquer que Platon lui-même, malgré sa définition, n'a jamais nié que la dénomination d'animal

convint à l'homme. Comment l'auroit-il nié, lui qui pensoit le monde lui-même étoit un animal? Le mot même ame que n'a-t-il pas une relation évidente et nécessaire avec l'animal? Nier que l'homme soit un animal conduit à nier qu'il ait une

ame.

Dans un autre article, nous examinerons la question par rapport à la théologie, et nous ferons voir que si la définition qu'on veut nous faire adopter contredit les notions de la philosophie, elle ne s'accorde pas davantage avec les notions que nous donne la foi, principalement en ce qui regarde le grand mystère de l'incarnation.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

J.

PARIS. Les processions ont eu lieu dimanche dans l'intérieur des églises avec toute la pompe que permettoient les localités. A Notre-Dame, M. l'archevêque portoit le saint Sacrement.

On assure que deux ordonnances ont nommé aux siéges de Montauban et de Tarbes, Ces ordonnances sont antérieures à l'amendement de la chambre des députés. Les ecclésiastiques nommés sont, pour Montauban, M. l'abbé de Trelissac, grand-vicaire de Bordeaux; et pour Tarbes, M. l'abbé Double, archiprêtre de la cathédrale de Montauban. Ils ont été prévenus de leur nomination. M. l'abbé de Trelissac, qui avoit refusé le siége de Montauban il y a quelques mois, ayant été sollicité de nouveau, a enfin consenti à accepter. Un journal s'est plaint de cette nomination qu'il regarde presque comme un attentat contre la chambre. Mais d'abord l'ordonnance est antérieure à l'amendement, et ensuite l'amendement n'est que le vœu de l'une des trois portions du pouvoir législatif, et ne peut faire encore loi.

La Tribune annonça mercredi dernier qu'un service ́auroit lieu le lendemain à l'Eglise française, près la porte Saint-Denis, pour les victimes des 5 et 6 juin. Ce ne fut qu'après cette annonce, dit le journal d'Auzou, qu'on alla à son église faire la demande du service. On ne l'y trouva pas, et le service fut promis. Mais le soir un commissaire de police vint défendre la célébration. Auzou s'engagea à déférer à cet ordre, et alla prévenir à la Tribune que le service n'auroit pas lieu. Ce journal l'annonça en effet le lendemain matin, en même temps on apposa les scellés sur l'église qui resta fermée toute la journée. A l'heure indiquée arrivèrent successivement en deuil plusieurs de ceux qui avoient demandéleservice; il est inutile de dire que leur intention étoit que le service se fit pour les hommes du mouvement qui avoient péri les 5 et 6 juin. Des sergens de ville étoient distribués dans le quartier. Il n'y eut

aucun trouble. Ceux qui étoient venus pour le service trouvant la porte fermée se retirèrent. On dit que plusieurs se rendirent à l'église des Blancs-Manteaux où une mère faisoit dire une messe basse pour son fils tué à la barricade de Saint-Merry. Cette pauvre mère avoit sans doute un motif de piété. En' étoit-il de même des autres, et leur demande n'avoit-elle pas un autre motif et un autre but? C'est ce qui n'est guère douteux. Quoi qu'il en soit, il n'y eut point de service à la porte Saint-Denis. Dans la nuit on voulut bien lever les scellés, et dès le lendemain l'église française fut ouverte comme de coutunie. Ainsi elle est bien plus favorisée que l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, qui est fermée depuis deux ans et demi, sous prétexte d'un service qui avoit déplu. Il n'est pas permis d'entraver le culte de l'église française, la liberté des cultes est là pour la protéger; mais pour le culte catholique c'est différent, on peut le suspendre ou l'empêcher indéfiniment.

Les craintes que nous avions manifestées, d'après la Gazette de Picardie, sur la conduite de l'autorité envers la soeur institutrice de Boves, ne se sont que trop promptement réalisées. La soeur ayant appris que l'on devoit venir à Boves le lundi 3, pour fermer son école, et ne voulant point être l'occasion de nouveaux troubles, a quitté le village la veille après la grand'messe. Le lendemain, le procureur du roi d'Amiens et le secrétaire du conseil municipal de Boves se rendirent au domicile de la sœur pour l'obliger à fermer son école; elle les avoit prévenus en se retirant, et les enfans qui s'étoient présentés le matin à son école avoient été renvoyés par M. le curé chez leurs parens. Ainsi on est parvenu à faire renvoyer de Boves une religieuse paisible qui n'avoit pris aucune part aux troubles, qui ne méritoit aucun reproche, et dont le seul tort étoit d'avoir mérité et obtenu la confiance des deux tiers de la paroisse. Cette partialité et cette injustice sont révoltantes. Ainsi on ne craint pas d'affliger et de molester une partie notable de la population, et de lui ôter une institutrice qu'elle estimoit pour la forcer à adopter une institutrice qui ne lui convient pas. Peut-être objectera-t-on que la sœur n'avoit point de dis plôme, et bien il falloit lui en donner un, car elle le méritoit. Au lieu de cela, on l'expulse; il y a eu des troubles à Boves, une autre qu'elle y a pris part ou en a été l'occasion, et c'est la sœur qu'on renvoie. Que l'on vienne après cela nous parler du zèle de l'administration pour l'instruction publique, des écoles que l'on ouvre, des moyens qu'on prend pour favoriser les méthodes propres à éclairer le peuple, nous répondrons que ce n'est pas le grand nombre des écoles qui importe le plus, mais leur bonne direction, et que des maîtres choisis sans discernement feroient plus de mal que de bien, C'est un zèle bien mal entendu que de fermer des écoles suivies, estimées et utiles pour en favorier une qui n'avoit pas la confiance, Aussi on dit que le mécontentement est, grand à

Boves, et que les plus sages même dans le conseil municipal sont outrés de l'arbitraire et de la partialité de l'administration. Telles sont en substance les réflexions de la Gazette de Picardie dont nous partageons la juste indignation.

On nous mande de Provence que, depuis quelque temps, on y voit circuler en abondance des Bibles, des Psautiers et des nouveaux Testamens, le tout en français. On les donne à bas prix, quoiqu'assez bien imprimés. Les Bibles paroissent être de la traduction de Le Maître de Saci, du moins elles portent ce nom. Mais il est à remarquer que l'on y a supprimé les livres de Judith, de la Sagesse, de l'Ecclésiastique, des Machabées et une partie de Daniel. Or ces livres sont précisément ceux que les protestans n'admettent pas. Ainsi l'influence protestante est visible là. Le nouveau Testament détaché est, suivant la version d'Ostervald, ministre protestant, qui a eu quelque réputation dans son parti et qui est mort en 1747, laissant une édition de la Bible française de Genève, et d'autres ouvrages. Pourquoi dans un pays catholique cette préférence affectée pour une traduction d'un protestestant? Il est difficile de ne pas voir là un effet du zèle des sociétés bibliques qui étendent de tout côté leur propagande. Ces livres sont envoyés dans les colléges où on les propose presque pour rien. Les jeunes gens sont tentés d'avoir pour 50 sous une Bible bien imprimée; pour 12 sous le Psautier, les Proverbes, l'Ecclé siaste et Isaïe; pour 10 sous le nouveau Testament. On espère sans doute insinuer par là les idées protestantes; la suppression des livres rejetés par les protestans et le choix de la version d'Ostervald l'indiquent assez. Faut-il croire que le ministre de l'instruction publique et l'inspecteur général des écoles primaires, qui sont protestans, ne sont pas étrangers à cette émission de livres? Quoi qu'il en soit, les pasteurs, les parens, les chefs d'institution doivent tâcher de détourner de telles lectures ceux qui leur sont confiés. On se plaint du prosély tisme des catholiques, mais que dira-t-on de ce prosély tisme sournois des protestans qui répandent sous le nom d'un catholique des Bibles à moitié protestantes. N'est-ce pas là tromper son monde?

-II y a actuellement en Angleterre 413 chapelles catholiques, y compris les 8 du pays de Galles et les 3 de Jersey, de Guernesey et de l'Ile-de-Man. Il y en a 54 en Ecosse. C'est donc, en tout, 467 pour la Grande-Bretagne. Il y a aujourd'hui en Angleterre plus de 70 nouvelles chapelles catholiques. Une nouvelle chapelle a été ouverte le 16 décembre dernier à Perth, ville importante à quelques lieues d'Edimbourg. M. Scott, vicaire apostolique de l'Ouest, étoit venu à Perth pour cette cérémonie. En Angleterre, on a ouvert une chapelle à West-Bronswich, et c'est M. George Spencer, frère de lord Althorp, qui sera chargé de cette congré

gation naissante. M. Spencer est celui dont la conversion fit tant de bruit il y a quelques années. Il est allé étudier à Rome, où il a été ordonné prêtre. Cette année, deux nouvelles chapelles ont été ouvertes, l'une à Dublin, Westland-Row, le jour de Pâques; l'autre à Grantham, dans le district du Milieu, en Angleterre. Le marquis de Bristol a donné un terrain et près de 2,000 liv. sterf. pour bâtir une chapelle à Brighton. Le 17 mars, le docteur Blake, évêque catholique de Dromore, a été sacré à Newry, par le docteur Kelly, primat d'Irlande, assisté des évêques de Clogher et de Kilmore. Le district du Nord, en Angleterre, alloit avoir un coadjuteur, M. Jean Briggs, missionnaire à Chester; ses bulles étoient arrivées, et il devoit être sacré par M. Penswick, vicaire apostolique de ce district. On songe sans doute à donner un successeur à M. Gradwel, coadjuteur du vicaire apostolique de Londres, dont nous avons annoncé la mort. M. Auguste Macdonald, recteur du collège écossais à Rouen, y est mort le 3 janvier dernier, à l'âge de 73 ans. Il avoit succédé dans cette place à M. M'Pherson, en 1826. On attribue sa mort à ce qu'il a voulu faire les stations du jubilé, quoique étant indisposé. Comme il n'y avoit personne dans le collège pour prendre soin des élèves, ils ont été transférés au collège de la Propagande. On regrette un autre missionnaire, M. Guillaume White, mort à Liverpool le 4 novembre dernier, à l'âge de 41 ans : il avoit montré beaucoup de zèle dans le temps des. ravages du choléra.

NOUVELLES POLITIQUES.

PARIS. Madame la duchesse de Berry a enfin quitté la citadelle de Blaye le8 juin, à dix heures du matin. Elle a été conduite à la corvette l'Agathe sur un canot commandé par M. Mollier, et a été embarquée le même jour sur ce bâti・ment pour Palerme. Le général Bugeaud et le docteur Deneux l'accompagnent jusqu'à cette destination. M. le prince et madame la princesse Théod. de Bauffremont, ainsi que M. le comte de Menars, ont obtenu la permission de la suivre, et sont montés avec elle dans le bâtiment. Le Moniteur du 9 ajoute que l'enfant de la duchesse et la nourrice sont partis avec elle. Quatre à cinq mille personnes étoient réunies au bord du chenal, que le canot a suivi pour se rendre à la corvette. L'Agathe a appareillé de suite, par un vent très - favorable et un temps fort beau. Au bout d'une heure, elle étoit à perte de vue. La chambre des députés a repoussé, le 10, par l'ordre du jour, des réclamations contre la mise en liberté de la princesse.

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Le Moniteur contient des détails effrayans sur les réfugiés italiens, à l'occasion de l'épouvantable attentat arrivé à Rodez. Dès le mois de juillet 1832, il y eut des divisions, entre les réfugiés italiens de ce dépôt ; ou parloit d'une association' secrète et de sentences de mort portées. On dissémina les réfugiés 3 on 'ena

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