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SAMEDI 15 JUIN 1833.

(N° 2115

TIMBER

Sur le cours de M. l'abbé Frere on Sorbonne

DE L'HOMME. (Suite.) → Dieu a créé l'homme pour gouverner les creatures dans la justice et l'équité, et les faire servir à ses usages.

(Leçon du 14 mars.)

Nous avons vu qu'après avoir créé l'homme, Dieu le plaça dans un lieu de délices où toutes les créatures étoient coordonnées pour la satisfaction de ses besoins. Nous trouvons également, dans le même texte, que Dieu eut en vue, avant même que l'homme existât, de créer un être semblable à lui par le gouvernement, l'empire et la souveraineté sur les créatures. Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram... et præsit, etc... Tel est le dessein de Dieu! et vous savez que vouloir, c'est agir, pour cet être incréé. Aussi, dès que ce dessein est conçu, l'acte arrive; Dieu crée l'homme, et aussitôt le bénit en lui disant: Croissez et multipliez; assujétissez-vous la terre, et dominez sur toutes les parties de la création, sur les poissons, sur les oiseaux, sur les animaux domestiques, sur les reptiles, dominez sur la terre. Crescite et multiplicamini, etc...

SEINE

Ainsi, rien de plus manifeste que le dessein de Dicu a été de faire un homme souverain sur toute la nature, représentant de la divinité dans cet attribut spécial du gouvernement et de la domination. Cette vérité est exprimée de nouveau dans les Psaumes; la pensée du roi-prophète, planant au-dessus des merveilles du monde primitif, s'arrête tout à coup sur le chefd'œuvre de la création, et s'écrie: « Seigneur, vous avez couronné l'homme de gloire et d'honneur, vous lui avez assujéti toutes les créatures. Omnia subjecisti sub pedibus ejus. Voyez-vous tous ces animaux, venant aux pieds de l'homme reconnoitre leur maître et recevoir un nom! Quelle plus noble manière d'exprimer la souveraineté de l'homme sur tous les êtres vivans! Nous trouvons la même idée dans l'Ecclésiastique: Et dedit illis potestatem super omnem terram et

Tome LXXVI. L'Ami de la Religion.

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posuit, etc. Et toutefois remarquez qu'en même temps que l'homme reçoit cette souveraine puissance, Dieu place dans la nature des animaux un instinct de soumission qui les porte à la reconnoitre: Et posuit timorem illius in omni carne. Dans l'origine, cette soumission fat universelle : tous les animaux reconnurent Adam pour leur souverain. A sa chute, cet ordre fut troublé, et il ne reste que quelques vestiges de la dépendance générale dans la privauté des animaux domestiques; et encore y a-t-il là une grande marque de la dignité de l'homme il commande, il fait un signe, et l'instinct de l'animal le presse de reconnoitre son maitre à l'instant. Vous voyez combien de désordres a introduits le péché; mais la destination première n'en est pas moins manifeste: l'homme a été créé pour gouverner les créatures dans la justice et l'équité. La justice exige que l'homme leur fournisse ce qui est nécessaire, et l'équité veut qu'il ne les emploie pas à un usage différent de ceux pour lesquels Dieu les a créés. Et de là ressort une autre considération : c'est que, si ces créatures ne sont pas gouvernées dans la justice, elles s'altéreront; car, nous l'avons vu, la conservation vient des rapports, et l'existence de ces rapports est la condition essentielle de l'existence de l'être vérité grande et nécessaire pour comprendre l'humanité! La sagesse incréée qui a établi ces rapports les maintient, et l'homme qui participe à l'intelligence de ces rapports, qui sont la loi, possède une lumière, lex lux; et dès lors il pénètre la nature des êtres, il voit leur fin, il les conserve, là il par travaille et concourt à sa propre conservation. Altérés ou malades, tous ces êtres cessent de lui être de quelque utilité. La ́maladie étant l'infraction des rapports, l'abus des êtres en est un autre, et tous les deux sont fruit du péché. En détournant les créatures de leur destination, l'homme viole donc leurs rapports; il les violente, elles souffrent : Omnis creatura ingemiscit et parturit usque adhuc, parce que, dès que la justice et l'équité cessent d'être la règle des gouvernemens de l'homme sur les créatures, il devient leur tyran. Mais qu'il revienne à la justice primitive, et vous verrez le bien-être partout. Ecoutez les paroles de la Sagesse sur la manière dont l'homme doit gouverner les créatures: Ut disponat orbem terrarum in æquitate, justitiâ et in directione cordis judicium judicet. Voilà la lumière et la règle ; l'homme les possède quand il veut exercer sagement son empire sur toutes

et

les créatures, sur les plantes et les animaux, dont il doit user avec raison, et les voir même dans la sagesse de Dieu. Je ne fais, en parlant ainsi, que résumer un beau passage du grand saint Athanase, qui exprime de la manière la plus énergique l'excellence et la dignité de l'homme.

Voilà donc l'homme établi pour gouverner les créatures dans la justice et l'équité; nous avons ajouté: et pour les faire servir à ses usages. L'usage premier et principal, c'est celui de la nutrition. Les animaux et les créatures ont été donnés à l'homme pour sa nourriture, pour se vêtir, et enfin pour l'aider. L'Ecriture nous indique cette vérité, lorsqu'elle nous dit que Dieu, après avoir créé l'homme et l'avoir établi dans le paradis terrestre, lui dit : « Je vous donne tous ces arbres, toutes ces plantes pour votre nourriture. » Voilà le premier usage. Dans l'origine, les fruits et les végétaux seuls devoient y concourir; mais depuis, la nature s'étant affoiblie, les animaux ont dû servir à la nourriture de l'homme, qui les a immolés pour se soutenir. Il n'en est pas moins établi que la nourriture végétale est plus conforme à l'ordre primitif; c'est afin de s'en rapprocher le plus que plusieurs ordres religieux s'abstiennent de mets ayant eu vie. Aussi, quel calme des sens on y goûte, quels progrès dans l'esprit de vérité! L'ame d'un saint religieux retrouve cet empire sur la chair que le premier homme perdit avec son innocence.

De L'Homme, (Suite.) — I'homme avoit été créé pour la gloire et l'immortalité bienheureuse. Caractères de la mort, introduite par le péché.

(Leçon du 21 marз.)

L'homme a été créé pour aspirer à une vie immortelle et glorieuse : tel étoit le dernier rapport indiqué par notre définition au commencement de ce cours. Les développemens 'que nous allons suivre aujourd'hui, pour terminer notre étude sur l'homme innocent, feront passer sous nos yeux le tableau ra ́vissant de cet état de bien-être, de privilège et de gloire que le péché a détruit: sujet de larmes et de regrets sans fin, comme le dit Bossuet, si dans la suite des âges de son chagrin, la triste humanité n'eût rencontré le consolateur Jésus

Christ. Et d'abord, pour nous faire une idée de cet état glorieux dont l'homme devoit jouir après cette vie sans passer par la mort, il est nécessaire de bien fixer notre attention sur ce point, à savoir que la mort n'est point dans l'humanité d'institution divine, mais qu'elle y est survenue par le péché, comme un châtiment, une peine. Créé par un mouvement d'amour dans un état universel de bien-être, l'homme innocent et juste devoit toujours être heureux sur la terre.

Cette immortalité ne résultoit point seulement, pour l'homme, de l'usage du fruit de l'arbre de vie, mais elle étoit également un effet de l'organisation merveilleuse que le corps humain avoit reçue des mains créatrices. Dans l'ordre primitif,après avoir passé un certain temps sur la terre, l'homme devoit être élevé à un état meilleur, et, sans passer par la mort, quitter cette terre, et aller dans les régions supérieures, où son corps seroit devenu spirituel, en ce sens qu'il n'eût plus été sujet, pour se conserver, à s'approprier des alimens étrangers.

Ces nobles idées sur l'état spirituel dans lequel l'homme devoit être établi dans cette vie sont fondées sur ce qui attend l'homme régénéré, dont le type se trouve dans le premier, Adam. Oui, le même verbe qui avoit créé l'homme dans un état d'innocence et de bien-être parfait, ce même verbe, recréant de nouveau, par la régénération, notre humanité, la destine à un état spirituel et glorieux. C'est la tradition de l'Eglise, l'enseignement des saints Pères, la pensée unanime des théologiens, à la tête desquels il faut placer saint Augustin, qui, dans la Cité de Dieu et dans son livre de Genèse expliquée suivant la lettre, assure que l'homme devoit arriver à un état plus parfait sans souffrir la mort, et jouir éternellement de cette mutation plus parfaite où l'esprit eût possédé toute connoissance et le cœur toute vertu. Dans cet état primitif, Adam jouissoit de la présence de Dieu, usoit des créatures, et possédoit ainsi le bien-être spirituel et physique, bien-être universel.

Mais à quelle condition Dieu avoit-il attaché tant de biens et une destination aussi glorieuse? Question importante, si malheureusement résolue par l'infidélité d'Adam. Etudions-la avec attention, car elle explique le mystère de notre malheur. Nous trouvons dans la sainte Ecriture quelle étoit la condition attachée à la jouissance du bien-être universel pour Adam, et au privilége d'immortalité. Après avoir établi l'homme dans ce

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haut degré de perfection, voici ce que le Créateur lui commande: Vous ferez usage de tous les fruits du paradis ; ils sont en votre puissance et pour votre bien-être, mais vous ne toucherez pas au fruit de l'arbre de la science du bien et du mal. Vous entendez le précepte et la défense; voici la sanction : Au jour où vous en mangerez, vous mourrez, morte morieris. Ce commandement étoit d'une facile observation; Adam jouissoit de tous biens, il n'avoit pas besoin du fruit défendu pour se conserver, et ensuite la défense repose sur un objet sensible, afin que l'esprit de l'homme en soit continuellement frappé par le moyen de ses yeux.

Malgré tant de précautions, l'homme oublia, ou plutôt il transgressa bien sciemment le précepte divin, entrainé par l'orgueil qui ne lui fit rencontrer que la misère et la mort; et encore, quelle mort! Connoissons-la dans toutes ses phases expliquées par saint Augustin. Le commandement du Créateur restant inviolé, faisoit vivre l'homme; mais Adam, trangressant cet ordre, oublie son Dieu et se livre à lui-même; et ses rapports avec son Créateur étant brisés, l'homme n'a plus la vie de vérité et de justice; première mort, la mort de l'ame: puis l'ame séparée de Dieu est contrainte de quitter le corps auquel elle devoit rester unie sous l'empire de l'innocence, ce qui constitue la mort du corps. Enfin l'homme, tout entier séparé de Dieu, dans son ame, dans son corps, subiroit une peine éternelle; de là sa dernière mort telle est la profondeur de cette expression, morte morieris. Abime effrayant qui épouvantoit le regard de tous les saints Pères, quand ils ont cherché à le sonder, et qui eût jeté le désespoir dans leur ame, si leur pensée n'eût été attentive au calvaire, où l'immortalité nous fut reconquise à la suite de ce sublime conflit qui vit la mort abattue par Jésus-Christ : Ero mors tua, o mors.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

C.

PARIS. Il y eut le 10 février dernier une mascarade dérisoire à Boulogne, près Paris. Un sieur Carrette y contrefit l'évêque; il étoit suivi de deux prêtres et d'un enfant de chœur. Ils firent le tour de l'église en chantant et faisant des contorsions dont l'intention étoit manifeste. Un procès verbal fut dressé, et M. Carrette, qui a été seul reconnu, a été traduit en cour d'assises, comme ayant outragé la religion. Il a paru à l'audience du 13 juin.

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