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M. le président se hâte de prononcer l'ordre du jour, en faisant observer que l'on n'a rien à voter à ce sujet. MM. Jousselin et de Tracy réclament vivement.

La chambre adopte ensuite, à la majorité de 237 contre 94, l'ensemble de la loi des dépenses de 1834.

On entame la discussion de la loi sur l'instruction primaire. M. Havin se plaint de ce que la révolution de juillet u'a rien fait pour le peuple, et se prononce contre l'admission des curés dans les comités. Les trois premiers titres sont adoptés. M. Dupiu propose de commencer la séance du lendemain samedi par la suite de cette loi; mais, sur les réclamations de MM. de Sehonen et Vatout, on donne la priorité aux propositions de loi sur l'ancienne liste civile.

Le 15, le rapport de pétitions du samedi ne présente de remarquable qu'un mémoire de M. Grenier, avocat à Montpellier, demandant la mise en accusation des ministres, pour la détention illégale de madame la duchesse de Berry, et sur lequel la majorité se hâte de prononcer l'ordre du jour. M. Coulmann s'opposoit à ce rejet, attendu que les ministres ont avoué l'autre jour que tout avoit été arbitraire dans cette affaire. On renvoie au garde-des-sceaux et au ministre du commerce une pétition relative au privilége des imprimeurs.

M. le maréchal Clausel annonce qu'il adressera à la prochaine séance des interpellations au ministère sur Alger, sous le rapport de sa conservation contestée, et des moyens de colonisation.

On passe à la proposition de M. de Schonen sur l'ancienne liste civile. M. Parant propose de reprendre l'ancien projet ministériel; mais sa motion est écartée à une foible majorité par la question préalable, après avoir été combattue par MM. Teste, Joly, Valout, rapporteur, et le ministre des finances. MM. Vivien et Auguis trouvent que l'on a déjà trop fait pour les créanciers de l'ancienne liste civile. Sur une question faite par M. Coulmanu, M. de Schonen dit que l'on a compté à Charles X 700,000 fr. en or au moment de son départ, et que l'on redoit 180,000 fr. à M. le duc d'Angoulême, et 4 millions et demi à madame la duchesse de Berry, sommes qui ne pourront être payées qu'après la liquidation définitive. M. Joly propose de vendre les produits disponibles des manufactures de Sèvres, des Gobelins et de Beauvais pour payer les créanciers de la liste civile. Cet amendement est rejeté, ainsi qu'un autre de M. Gautier de Rumilly, tendant à réduire à 1,500,000 fr. l'allocation proposée pour ces créanciers, déjà restreinte par la commission de 3 millions à 2 millions et demi. M. Laurence demande alors de ne fixer le vote qu'à 2 millions. Deux épreuves sont douteuses sur cet amendement. On procède au scrutin, et il est rejeté à la majorité d'une seule voix. L'art. ¡er, qui allone tes 2 millions et demi est ensuite adopté, avec un amendement de M. Vivien, antorisant les liquidateurs à faire le recouvrement des valeurs actives de l'ancienne liste civile, et qui deviendra l'art. 2.

L'art. 3 ouvre un autre crédit de 750,000 fr. pour être distribués par une commission, à titre de secours, aux pensionnaires les plus nécessiteux de l'ancienne liste civile, sans qu'aucune somme puisse excéder 400 fr. M. Bousquet propose

d'exiger des réclamans la production d'un certificat d'indigence, vérifié par le souspréfet. M. le rapporteur représente que ce seroit humiliant pour les pensionnaires. M. Charlemagne appuie l'amendement. M. Leprovost demande le rejet de l'article. Il soutient que ces pensionnaires sont des grands seigneurs, des courtisannes, des chouans, des émigrés qui ont participé à l'indemnité du milliard, ou des domestiques qui peuvent travailler. M. de Schonen réfute les inexactitudes et les sar casmes du préopinant. Il y a, dit il, 12,000 pensionnaires, dont la plupart sont des hommes vertueux, remarquables par leur dévoùment à la patrie dans tous les temps; 771 pensions ont été accordées pour des services militaires rendus à la France, et étrangers à tout parti; 333 pensionnaires ont éprouvé des malheurs par suite de désastres ou de l'invasion des alliés; 311 autres sont des personnes in dennisées pour pertes de pensions ou de créances pendant la révolution; une des pensions avoit été donnée à une mère de 32 enfans; son mari, centenaire, en a obtenu la survivance; un autre est un parent de Jeanne d'Aré. Enfin, il y a parmi les pensionnaires une dame de Marans, veuve d'émigré, qui est décorée de juillet pour avoir donné tout son avoir aux blessés. MM. Dubois et Salverte combattent encore l'article. On adopte d'abord l'amendement de M. Bousquet.

M. Baude demande que, sur les 750,000 fr., on emploie 220,000 fr. en secour's aux condamnés pour causes politiques sous la restauration, dont le nombre est de 2,190. MM. Vatout, rapporteur, et Vienuet, combattent cet amendement commé étranger à l'objet en discussion Ils représentent que les 750,000 fr. sont déjà insuffisans, et qu'il ne convient pas d'accoler aux pensionnaires les condamnés, auxquels d'ailleurs ils s'intéressent. Un grand nombre de ceux-ci ont obtenu des em plois, et il n'y en a presque point dans l'indigence. M. Baude persiste dans son amendement, et il passe une assez forte majorité. La chambre rejette l'art. 4, qui excluoit des secours les personnes qui ont obtenu des pensions comme émi→ grés ou Vendéens, et celles qui ont été condamnées depuis la révolution de juillet pour délits politiques. Elle adopte enfin l'art. 5, portant que le ministre des finances présentera à la prochaine session la liste nominative des personnes secourues par cette loi, avec la quotité des secours.

On procède au scrutin sur l'ensemble de la loi. Plusieurs députés opposans s'étoient retirés; il n'y a que 226 boules, tandis qu'il en faut 230 pour la validité. On envoie alors chercher quatre des absens, et la loi passe à la majorité de 157 contre 73.

Le Gérant, Adrien Le Elere.

COURS DES EFFETS PUBLICS.—Bourse du 17 juin 1833.

Trois pour 100, jouissance du 22 déc., ouvert à 78 fr. 00 c. et fermé à 77 fr. 80 0. Cing pour 100, jouiss. du 22 mars, ouvert à 104 fr. 00 c. et fermé à 103 tr. 95 c. Actions de la Banque.

. 1807 fr. 50 c.

IMPRIMERIE D'AU, LE CLERE ET COMPÉ,

JEUDI 20 JUIN 1833.

(N° 2447.)

Nouveau Voyage en Italie, par M. le baron de Mengin-
Fondragon. (1)

IMBRE

Beaucoup de voyageurs modernes, à commencer par Dupaty et à finir par lady Morgan, ont vu l'Italie avec des yeux prévenus; ils ont jugé la religion, les gouvernemens, les peuples avec les idées étroites de l'esprit de parti; ils ont souvent exagéré le mal et dissimulé le bien : ils ont voulu faire rire au lieu d'instruire, et ont mis le persifflage et la malice au lieu de l'observation calme et de la narration impartiale. M. de Mengin-Fondragon est animé d'un esprit bien différent : il ne s'en est point rapporté aveuglément aux voyageurs qui l'ont précédé, il discute leurs récits, il examine par lui-même ; il n'est ni frondeur ni caustique; il aspire surtout à être vrai et exact, et il prévient qu'il ne faut point s'attendre à trouver dans son livre de brillantes illusions et d'agréables mensonges. Son style est simple: pas de descriptions pompeuses, de phrases à prétention, d'épisodes bien ou mal imaginés, d'artifices ingénieux ou non pour exciter l'attention et égayer le lecteur frivole. L'auteur rend compte de ses impressions, et les réflexions qu'il fait sont sages, judicieuses, et annoncent un observateur consciencieux qui sait se défier à la fois et de son imagination, et des trompeuses théories de son siècle.

Ce voyage est par forme de lettres, dont la première est de mars 1830. L'auteur entra en Italie par Nice, et remarqua sur-le-champ la différence entre l'esprit des habitans de ce pays

(1) L'ouvrage formera cinq vol. in-8°, papier vélin. Prix de chaque volume : 6 fr. 50 c., et 8 fr. franc de port. (Les deux premiers sont en vente.) Chez Meyer, rue du Pot-de-Fer; et au bureau de ce journal.

A cette occasion, nous indiquerons les prix de deux ouvrages qui se trouvent à la même librairie Meyer, et qui ont été annoncés dans ce Journal sans qu'on en ait marqué le prix : l'un est l'Histoire de la Philosophie ancienne et moderne, in-8°, annoncé N° 2083, prix 5 fr., et 6 fr. 75 c. franc de port; l'autre est la brochure intitulée le Clergé de France au dix-neuvième siècle, in-8°, annoncé No 2107, prix 1 fr., et 1 fr. 25 c. franc de port.

Tome LXXVI. L'Ami de la Religion.

X

SEIN

et celui qu'on est parvenu à faire prévaloir en France. Les mœurs sont simples et paisibles; il y a à Nice plusieurs couvens qui ne paroissent pas inspirer d'effroi aux habitans. Comment imaginer des gens qui dorment tranquillement, ayant un collège de jésuites à leurs portes? En France, il y auroit là de quoi mettre en émoi les libéraux les plus tolérans. M. de Mengin visite un couvent de récollets, et rapporte sa conversation avec un des religieux. Il relève le jugement de Dupaty sur Nice. A Nice, disoit le philosophe voyageur, point de mœurs, peu de religion, et beaucoup de dévotion; c'est-à-dire beaucoup d'hypocrisie. Tel est le genre de Dupaty, qui, dans son style sautillant et épigrammatique, ne manquoit pas l'occasion d'insinuer les idées philosophiques dont il étoit épris. C'est dans le même esprit que Dupaty disoit de Gênes qu'il y avoit tant de prêtres dans cette ville qu'il n'y avoit pas de religion : sarcasme que l'auteur a cru piquant, et qui n'est que ridicule. On concevroit, dit M. de Mengin, qu'il n'y eût pas de religion là où il y auroit beaucoup de mauvais prêtres. Mais ce n'est pas là la pensée de Dupaty, qui a dit une chose évidemment fausse. Est-ce qu'en France, dans les campagnes où il n'y a pas de prêtre, il y auroit plus de religion? L'expérience et le bon sens font justice de l'épigramme de l'adepte philosophe.

M. de Mengin-Fondragon visite en passant les églises. A Pise, il décrit le baptistère, le campo santo, la cathédrale. Mais c'est à Rome surtout qu'il trouve des objets d'admiration. La place Saint-Pierre, l'obélisque, le magnifique portique cirtulaire, la façade de l'église, son vaste portique, tout cela précède dignement l'intérieur de la basilique. Le voyageur est comme accablé de la grandeur et de la magnificence de ce superbe monument. Il en donne les dimensions, et en décrit les principales parties. Il passe ensuite au Vatican, et fait connoitre, d'après l'abbé Cancellieri, les cérémonies de la chapelle pontificale pendant la semaine sainte, Ces cérémonies, comme on sait, attirent beaucoup les étrangers, et les protestans euxmêmes en sont frappés. Notre fameux Lalande en parle avec respect dans son Voyage d'Italie :

« La pompe qui environne le pape et les cérémonies de l'Eglise romaine, dit-il, sont les plus majestueuses, les plus augustes et les plus imposantes qu'on puisse voir. Je sais qu'une philosophie destructive de toute inégalité, de toute religion, de tout pouvoir, fait regarder à certaines personnes tout ce qui est cérémonie comme

un jeu; mais, de quelque manière que l'on considère celles de la cour de Rome, elles ne peuvent être que respectables. Il n'y a point de monarchie aussi ancienne que celle-là; il n'y a pas de souverain dont le pouvoir ait été aussi grand, qui soit respecté encore actuellement dans un si grand nombre de royaumes; il n'y en a pas qui, comme lui, portent l'empreinte de la royauté et de la divinité tout à la fois, dont les mœurs soient plus austères, et tout ce qui l'environne plus imposant. »

L'auteur du Nouveau Voyage visite aussi les monumens de l'ancienne Rome; il donne le plan de l'ancien Forum; c'est le sujet d'une carte détaillée et accompagnée de notes explicatives. Un appendice du premier volume renferme divers renseignemens sur les antiquités romaines et sur les usages modernes. L'auteur apprit à connoitre le gouvernement pontifical par des entretiens avec des gens éclairés. Il rapporte entre autres un entretien qu'il eut avec M. l'avocat Fea, qui n'est pas seulement un antiquaire fort instruit, mais qui est encore un observateur judicieux et un très-bon esprit. Nous donnerons la substance de cet entretien, qui répond à différens préjugés assez répandus ;

« Le gouvernement papal, dit M. Fea, n'est point insouciant, comme on s'efforce de le faire croire. Il fait tout ce qu'il peut, mais il n'a ni la force ni les moyens de faire tout ce qu'il veut. On vante avec raison les travaux des Français, tant à Rome que dans le reste de l'Italie; mais ils y sont venus en vainqueurs, ils imposoient des lois et d'énormes impôts aux vaincus, et avoient de puissantes armées pour se faire obéir et pour obtenir les sommes qu'ils demandoient arbitrairement, et avec lesquelles ils faisoient exécuter ces travaux. Mais un prince légitime, père de ses peuples, ira-t-il les vexer, les écraser ainsi d'impôts? Le pourroit-il, d'ailleurs, sans craindre des troubles? et auroit-il assez de forces pour y parvenir, quand même il le voudroit?

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Cependant, quant à ce qui regarde les arts et les sciences, quels souverains, je te demande, les ont plus protégés que les papes? Où voit-on plus de monumens modernes aussi magnifiques qu'à Rome? Outre Saint-Pierre, la merveille du monde, que d'églises aussi riches que belles! que de statues et de peintures, objet de la convoitise de toutes les nations! Où trouve-t-on d'aussi vastes et d'aussi magnifiques palais qu'à Rome, où ils ont leurs musées et leurs galeries de tableaux précieux? Cependant, c'est aux papes et aux cardinaux que la plupart doivent leur existence, Outre ces

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