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sur le danger de s'attacher à des pasteurs qui ne seroient point envoyés par les pasteurs légitimes. Après cette instruction. viennent les dispositions de l'ordonnance; nous citerons ici les principales :

« Art. 1. Nous déclarons que François Guichetean, prêtre, qui, après avoir trahi les engagemens de son sacerdoce, a déserté l'Eglise catholique, apostolique et romaine, et s'est établi, sans mission de notre part, dans la paroisse de Pouillé, est schismatique, intrus, suspens et interdit, et, comme tel, privé de tout pouvoir et juridiction spirituelle, et inhabile à toute fonction sacerdotale. MM. les archiprêtres, curés, desservans, aumôniers, vicaires, et autres prêtres approuvés dans notre diocèse, en préviendront tous les fidèles, et les avertiront qu'il leur est défendu d'avoir aucune communication avec ledit Guicheteau en matière de religion.

» 2. Pareilles défenses sont faites de communiquer avec les simoniens, templiers, ou autres sectes nouvelles, de quelque nom qu'on les appelle.

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3. François Guicheteau étant dépourvu de tout pouvoir et de toute juridiction spirituelle, nous déclarons toute fonction sacerdotale, faite par lui depuis son intrusion à Pouillé, ou qu'il feroit dans la suite, abusive et sacrilège, tout mariage contracté devant lui nul, toute absolution donnée par lui également nulle et sacrilège. »

A la suite de l'ordonnance se trouvent deux pièces assez curieuses: l'une est une lettre du maire de Pouillé, l'autre est une délibération du conseil municipal. Le ridicule de la rédaction le dispute au ridicule du fond:

Le Maire De Pouillé, A M. le Maire de luçon (Sic.)

» Monsieur le Maire et Colègue, je Me fait l'honneur de vous adresser par Mon garde champêtre, Expédition de Délibération de Mon conseil Municipal, et une sur le Même délibéré adressée à Monsieur L'évêque de luçon.

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Afin que l'ou Ne puisses prètendre cas dignorence, vous voudrez Bien inserver dans vos archives de Votre Mairie, celle qui est a votre adresse; et de vouloir Bien aussi M'en accuser reception.

Recevez Monsieur le Maire Les salutations respectueuse de votre très dévoué servitem

PEPIN MAIRE

Pouillé le 7 Mai 1833 »

Du Registre des délibérations du Conseil municipal de la commune de Pouillé, pour l'an 1833, a été extrait ce qui suit. (Séance du 1er mai 1833.)

A MONSIEUR L'évêque de luÇON.

» Monsieur Evèque, les maire, adjoint, membres du conseil municipal de la commune de Pouillé soussignés, assemblés au lieu ordinaire de leurs séances, sous la présidence de M. le maire de ladite commune, par suite de la convocation faite par le maire, le 29 avril dernier, faisant ledit conseil au nom des habitans qui ont l'honneur de vous prévenir, M. ¡Evêque, que fatigué d'être sans pasteur; qu'ils ont vainement réclamé pendant douze années auprès de vous; ils ont librement et volontairement renoncé au culte romain, pour adopter le culte français, qui d'après l'article cinq de la Charte, qui dit formellement: chacun professe sa religion avec une égale liberté, et obtient pour son culte, la même protection, ils ont élu et choisi pour pasteur M. Guicheteau, prètre et vicaire-général de l'église française.

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Ils prient en conséquence M. l'évêque de Luçon de regarder la commune de Pouillé comme n'étant plus sous sa juridiction, et M. Barreau, curé de Mouzeuil, comme n'étant plus desservant.

» Ils sont cependant toujours avec respect, et la plus haute considération, de monseigneur l'évèque, et tous dévoués serviteurs.

»

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Fait et arrêté en séance municipale, à Pouillé, le 1er mai 1833.

Signé au registre, Jules PEPIN, PELLETIER, FAIVRE, BIBARD, MORIAU, MADY, JAUDEAU, adjoint, et PEPIN, maire. »

On est confondu de tant d'ignorance et d'absurdité. Un conseil municipal qui ne veut plus reconnoitre son évêque, .et qui change sans façon la religion de la commune ! Quel délire! Et, pour ajouter l'intolérance à la folie, on interdit aux catholiques l'exercice de leur religion, et on veut les forcer de communiquer avec l'intrùs. Les beaux fruits de la liberté !

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

ROME. Le jeudi de la Fête-Dieu, après la messe dite dans la chapelle Sixtine par M. le cardinal Galeffi, le saint Sacrement fut placé sur le thalamo, sous le dais, et Sa Sainteté, revêtue de ses habits pontificaux, y monta, assisté des cardinaux-diacres RiarioSforza et Marco y Catalan. La procession se mit en marche vers la basilique Saint-Pierre. Elle étoit composée de tous les religieux mendians et autres, des élèves du séminaire romain, des curés, des chapitres des collégiales et des basiliques patriarchales. Venoient

ensuite les procureurs-généraux des ordres religieux, les chapelains de Sa Sainteté, les avocats consistoriaux, les camériers et les divers collèges de prélature. Après la croix papale, que portoit M. d'Avella y Navarro, auditeur de Rote, marchoient les pénitenciers du Vatican, les archevêques et évêques assistant au trône, et les cardinaux dans l'habit de leur ordre. Derrière le saint Sacrement étoient l'auditeur de la chambre, le trésorier général, le majordome, les protonotaires apostoliques, les généraux d'ordre et la garde-noble. La procession étant arrivée devant l'autel papal, le saint Père descendit du thalamo, et donna la bénédiction du saint Sacrement.

PARIS. On nous saura gré de faire connoître textuellement ce qui a été dit par M. le ministre des finances à la chambre des pairs, dans la séance du 19, relativement à l'amendement-Eschassériaux. La manière dont le ministre s'est expliqué sur cet amendement fait espérer que le gouvernement usera de tous ses moyens pour provoquer, dans la session prochaine, une décision moins désastreuse pour la religion. Après avoir cité l'amendement, le ministre a dit :

• Si cet article devoit avoir pour conséquence immédiate ou prochaine de supprimer les siéges créés depuis 1821, le gouvernement repousseroit une telle atreinte portée à la prérogative royale, à la loi, à la Charte, à la liberté des cultes:

Une atteinté portée à la prérogative royale, car la couronne, liée par les traités existans, a seule le droit de les modifier par des négociations dont l'initiative lui appartient;

- Une atteinte à la loi, car c'est la loi du 4 juillet 1821, qui avoit autorisé la création de treute siéges nouveaux : c'est en vertu de cette loi que des traités conclus avec la cour de Rome unt organisé ces nouveaux diocèses. Et comment la loi, qui, dans les cas généraux, ne vient qu'après les traités, pourroit - ellé aujourd'hui détruire des traités qui ne sont nés eux-mêmes que de la loj?

Une atteinte à la Charte, car son article 5, qui garantit à tous les cultes une égale protection, et son article 6, qui assigne des traitemens aux ministres de la religion catholique, ne seroient pas respectés par une disposition qui priveroit d'évêques, jusqu'à l'issue de négociations lentes et pénibles, les populations religieuses d'un tiers du royaume;

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Enfin, disons-nous, une atteinte à la liberté des cultes, car il n'y a pas de culte catholique sans évêchés, dont le saint Siege fixe les circonscriptions, d'accord avec les gouvernemens : les supprimer, ce seroit blesser le sentiment religieux, et troubler la paix des consciences.

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Heureusement, messieurs, l'article dont il s'agit n'est plus d'une application immédiate; c'est une disposition conditionnelle, qui, nous l'espérons, ne yencoutrera pas, d'ici à cette prochaine réunion, les cas qu'elle suppose. A tout événe

ment, le Roi nommera aux siéges qui viendroient à vaquer, sauf la question đu traitement, qui sera remise en discussion à la session prochaine. Nous ne doutons pas que la chambre des députés, frappée de la gravité de la mesure ne revienne à la décision qu'elle avoit prise trois fois, depuis la révolution de juillet, dans un sens tout opposé à l'article dont j'ai l'honneur de vous entretenir.

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Aucune prérogative ne sera donc compromise; aussi le gouvernement vous propose-t-il d'admettre provisoirement l'article dont il s'agit, sous les réserves. constitutionnelles et politiques que je viens d'énoncer.

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Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons obtenir de la session actuelle le vote du budget de 1834, et vous savez combien ce vote importe à la bonne administration des finances et au raffermissement de l'ordre; nous le sollicitons, Messieurs, de votre dévoûment aux intérêts de notre patrie. »

Il paroît que ces paroles du ministre ont excité des marques générales d'assentiment dans la chambre.

Le dimanche 16 juin, M. l'archevêque de Paris, après avoir assisté à la procession de la Métropole, se rendit au couvent de la congrégation de la Mère de Dieu, à Picpus, où il visita l'établissement. De là, le prélat se transporta au collège Stanislas, où maîtres et élèves attendoient avec impatience la visite de leur premier pasteur. A l'issue des vêpres que le prélat célébra pontificalement, il administra le sacrement de confirmation à 40 élèves qui le matin avoient fait leur première communion. Après cette cérémonie, Monseigneur adressa aux élèves une exhortation touchante qui fut écoutée avec la plus religieuse attention. La cérémonie fut terminée par le salut solennel du très-saint Sacrement. Dans la soirée, le prélat a visité les différentes divisions qui' partagent les élèves de ce collége; partout il a été reçu avec des témoignages de joie. Ces jeunes élèves se rappeloient les malheurs du pieux pontife, et ce souvenir le leur rendoit encore plus vénérable.

-M. l'abbé Thibault, chanoine de Bayonne, a été nommé, par M. l'archevêque, au canonicat vacant dans le chapitre : il a été installé lundi dernier. M. l'abbé Thibault avoit prêché avec succès le carême à Saint-Merry, et s'étoit fait entendre aussi dans plusieurs autres églises.

- Les processions de l'octave de la Fête-Dieu n'ont pas été moins brillantes à Poitiers et au Mans, que la procession générale du premier dimanche. Dans ces deux villes les habitans avoient multiplié les reposoirs; il y en avoit huit sur la seule paroisse de la Couture, au Mans. La procession de la cathédrale ayant passé devant le corps de garde de l'Hôtel-de-Ville, l'officier, commandant du poste, a fait prendre les armes aux hommes présens et on a rendu les honneurs militaires au saint Sacrement. A Saint

Pavin, hors des murs, il y avoit sept reposoirs; la garde nationale avec tous ses officiers escortoit le saint Sacrement. A Mamers, elle a également pris les armes pour assister à la cérémonie. On dit que le sous-préfet en costume suivoit la procession. A Ballon, à Beaumont, à la Châtre, au Lude, à Sablé, on a remarqué le même empressement de la garde nationale. La ville de Compiègne a vu cette année la procession solennelle du saint Sacrement, dont elle avoit été privée il y a un an. M. Auger, curé de Saint-Antoine, et M. Boudeville, curé de Saint-Germain, se sont rendus, à la tête du clergé de leur paroisse respective, à l'église royale de SaintJacques, principale paroisse de la ville. Le saint Sacrement étoit porté par M. Trouvelot, curé doyen de Saint-Jacques. Deux cents cuirassiers du 2o régiment formoient la haie. A côté du dais marchoit une escorte de la gendarmerie. Le saint Sacrement étoit suivi du corps des officiers des cuirassiers, et ensuite d'une foule immense. Toutes les rues par où a passé la procession étoient tendues, à l'exception de quatre ou cinq maisons. Le maire, qui avoit tout disposé pour le bon ordre, étoit absent, ainsi que le souspréfet. Un beau reposoir avoit été préparé à la grille du château, comme de coutume: il n'y en avoit pas à l'Hôtel-de-Ville, Aucune autorité civile n'a paru, ni la garde nationale. Tout s'est passé avec beaucoup d'ordre et de la manière la plus convenable. A Toulon, tout se préparoit pour la procession de la FêteDieu. Le commandant de la place avoit promis l'escorte d'honneur; des piquets de troupes de ligue devoient par son ordre stationner sur la place et rendre les honneurs militaires que le poste de garde nationale de l'Hôtel-de-Ville auroit peut-être refusés, comme l'année dernière. Mais le samedi à six heures du soir, le maire, M. Guieu, avocat, prévient M. le curé que la procession ne pourroit avoir lieu, attendn qu'il y a Toulon un oratoire protestant. Du reste la lettre étoit polie, le maire prioit le curé de ne pas faire la procession. Le sage pasteur déféra à cette invitation. La Gazette du Midi du 14 contient une lettre d'un catholique de Toulon, qui montre que la raison alléguée par le maire n'avoit aucune force. Comment 50 à 60 protestans pourroient-ils entraver le culte de près de 30,000 catholiques?

Une circulaire de M. l'évêque de Digne, en date du 28 décembre dernier, est relative aux conférences ecclésiastiques de 1832 et 1833. Le prélat se félicite d'avoir pu dernièrement visiter son diocèse, et d'avoir pu présider à la retraite ecclésiastique qui n'avoit point eu lieu depuis deux ans. « Là, pendant huit jours, dit-il, de pieux exercices furent constamment suivis par près de 170 prêtres, qui sembloient n'avoir tous qu'un cœur et qu'une ame; ceux qui, retenus par le service indispensable des paroisses, ne purent répondre à l'appel, ne s'en consolèrent qu'en faisant leur retraite au milieu de leurs ouailles, tandis que les autres regardoient comma

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