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Cette Eglise gallicane, dont la gloire s'unissoit à celle de la nation, n'est-elle pas chaque jour impunément outragée par un prétendu culte, par une prétendue Eglise catholique française qui n'a d'autre but que de déchirer honteusement 'Eglise catholique, apostolique et romaine, et dont la singulière catholicité n'embrasse que quelques points à peine connus hors de la capitale. Quant à cette grande cité, tout ce qui se pique d'un peu d'instruction et de bon sens sait à quoi s'en tenir sur cette insultante parodie du christianisme. Ici, tout est contradiction, dérision, imposture on nie la Trinité, et l'on baptise; on n'admet en Jésus-Christ que la nature humaine, rejetant expressément sa divinité, et on célèbre le divin sacrifice, et on expose très-solennellement l'hostie mystérieuse; avec une audace intrépide, on fait faire à de malheureux enfans leur première communion! (1) On ne croit pas au Saint-Esprit, et on confirme; on n'admet point le purgatoire, et on dit des messes pour les morts; on déprine, on dédaigne la hiérarchie ecclésiastique, et un soidisant évêque, orné de tous les attributs de la dignité épiscopale, se produit fièrement avec une magnificence de costume qui, assurément, efface celui des prélats orthodoxes. Aussi est-il évêque, plus qu'évêque, plus qu'archevêque, il est primat par l'élection du peuple et du clergé : chose indubitable!

Après cet exposé, dont sans doute les détails ne paroîtront pas inutiles, nous allons renfermer toute notre pensée dans un seul raisonnement que nous osons croire sans réplique : Si un prêtre catholique s'établissoit dans une paroisse protestante circonscrite conformément à la loi du 18 germinal an X, et qu'il y dressât son autel sans nulle autorisation légale, avec quelle promptitude n'en seroit-il pas éconduit? Est-ce ainsi, lui diroit-on, que vous entendez la liberté des cultes et les droits acquis? Serez-vous le premier à vouloir nous troubler dans la possession de ce que nous avons de plus précieux?

(1) La Profession da foi de cette secte, toute politique, étant complètement en opposition avec l'intention réquise dans le ministre des autels pour la validité de la consécration eucharistique, il s'ensuit que ses prêtres ne consacrent pas, et que, par la même raison, tous les actes sacramentaux qu'ils prétendroient faire seroient radicalement invalides et nuls.

Eloignez-vous, et laissez-nous en paix. L'autorité publique n'auroit pas besoin d'être provoquée. Sa décision ne se feroit pas attendre, et elle seroit sévère. Or, nous le demandons : puisque devant la loi tous les cultes sont égaux, pourquoi souffre-t-on, à l'égard d'une paroisse catholique, le prosélytisme et l'envahissement qu'on ne souffriroit pas à l'égard d'une paroisse protestante?

Les pasteurs protestans, au surplus, et le clergé catholique, rendons cet hommage à la vérité. font ici cause commune. Grâce aux puissantes mesures qui fixèrent, il y a trente ans, leur position respective, ils ignorent entre eux toute collision. Celle que nous déplorons est condamnée hautement par nos rivaux naturels comme par nous-mêmes. Le respect pour l'ordre établi et pour la sécurité de chacun forme cet heureux accord. Mais les incrédules, nos implacables adversaires, qui affectent sans cesse de chercher leur apologie dans l'horreur que leur inspirent les guerres de religion, pourquoi se trouvent-ils toujours prêts à rallumer ces volcans éteints? pourquoi appuient-ils ouvertement un fanatisme qui, à défaut de conviction et de talent, emploie sans pudeur les plus indignes moyens d'oppression et de guerre intestine? Quel intérêt prennent-ils donc à ces prêtres perturbateurs de nos libertés, eux qui s'en disent les plus zélés partisans, les invincibles défenseurs?

Non; avec le moindre sentiment de bonne foi, d'équité, on ne peut fermer les yeux sur la désolante anarchie qui, armant le subordonné contre le supérieur, brise le nerf de la discipline dans la main des évêques. Un prêtre vicieux est interdit, à l'instant il se déclare sectateur du nouveau culte, dont le dogme fondamental est l'insurrection : il en propage la théorie, et bientôt il la met en pratique. Il n'est plus curé, il est apostat; il n'exerce plus dans l'église dont on l'a exclu non sans peine, mais c'est dans cette même paroisse qu'il rassemble ses partisans, et au premier signal, comme à Pouillé, à Clichy, à Lèves, à Chartres, la sédition renouvelle de sanglantes hostilités. Je ne reconnois plus le pape, dit le prêtre rebelle, comment reconnoitrois-je un évêque dont j'ai secoué le joug? J'ai cessé d'être son esclave, c'est à lui maintenant de trembler.

Dans de pareilles conjonctures, les évêques traités en enne

mis, heureusement choisis parmi les plus éclairés, les plus vertueux, savent se conduire en apôtres, ils en ont l'élévation et le courage; mais toujours est-il vrai que pour eux il n'existe plus de garantie, plus de Charte.

Nous finirons par révéler la véritable cause de l'abandon que l'épiscopat éprouve, de la malveillance envenimée à laquelle on le laisse en proie, des calomnies dont on l'accable; c'est que, fidèle à ses traditions et aux préceptes évangéliques il fait constamment profession de condamner la révolte. Inde ira. Une faction que les dépositaires du pouvoir savent réprimer, quand c'est à eux qu'elle s'attaque, obtient en compensation d'assouvir sur le clergé sa vieille haine. C'est ainsi qu'elle lui fait expier des doctrines peu libérales et des vertus qui ne sont plus en harmonie avec le siècle.

« Illa necis causam præbuit, ista manum. »

M. A. C.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

PARIS. On a entendu avec intérêt, dans la séance des pairs du 19, M. de Barante protester contre le paganisme du Panthéon. Ce fut immédiatement après la révolution de juillet et dans l'ivresse dela victoire que le parti irréligieux ravit ce monument à sa destination. On aime mieux voir cet édifice fermé et complètement inutile, que de souffrir qu'il retentît des chants de l'église et des prières de la piété. Depuis trois ans, à quoi sert le Panthéon? Ses voûtes sont muettes et son enceinte est abandonnée; on le réserve pour la sépulture des grands-hommes:

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Mais, a dit M. de Barante au nom de la commission sur les projets de grands travaux publics, cette pieuse destination exclura-t-elle la religion de ce temple de reconnoissance? En quel temps, en quel pays, honorer les morts a-t-il cessé d'être un sentiment religieux? Quelle bizarre contradiction voudroit-on établir entre l'immortalité de la gloire et l'immortalité de la destinée humaine? Depuis quand les tombeaux ont-ils un autre gardien que le culte de l'éternité ? C'est ce qu'avoit compris l'empereur; iln'avoit pas voulu que le Panthéon devint un musée funéraire mais une église, un lieu consacré pour le culte. Sans cela, comment pourrionsnous même l'appeler un lieu consacré? Sans doute, les sépultures que le pays honore devroient être mises à l'abri d'une intolérance exclusive et passionnée ; mais, à cette condition, l'édifice devroit prendre ou plutôt conserver un caractère religieux. Tant que cette question ne sera point décidée, l'administration des travaux publics ne peut s'occuper que des constructions indispensables. »

Les Frères des écoles chrétiennes, qui depuis bientôt trois ans sont exposés à tant d'avanies, qui là sont baffoués, ici sont privés de tout traitement, ont trouvé un moyen de se venger, ct, en hommes pleins de rancune, ils l'ont saisi avec empressement. M. Guizot luimême nous a appris qu'ils avoient établi des écoles du soir pour instruire les adultes. Ils en ont six à Paris. Dans ces écoles, on voit arriver à la chute du jour des enfans, des jeunes gens, des hommes mariés, des pères de famille; les uns viennent apprendre à lire, les autres à écrire, à compter, quelques-uns viennent prendre des leçons de dessin linéaire. Cet hiver, les deux classes étoient pleines; en cette saison, elles sont moins nombreuses. Après avoir passé toute la journée à donner leurs leçons accoutumées dans les classes d'enfans, après s'être fatigués à parler, à répéter, à expliquer, les Frères se dévouent à parler encore pendant plusieurs heures; ils auroient besoin de repos, ils n'en prennent d'autre que de faire une nouvelle classe qui dure jusqu'à dix heures du soir. Ainsi ces hommes, qui se lèvent à quatre heures du matin, retranchent sur leur nuit pour rendre service, et uniquement pour rendre service, car ce surcroît de travail ne leur procure aucun avantage pécuniaire; ils ne reçoivent rien de plus pour ces classes du soir. Tel est le zèle de ceux que l'on qualifie d'ignorantins et d'obscurans. Ils vont au-delà de ce qu'ils avoient promis; ils ne s'étoient engagés qu'à instruire l'enfance, ils étendent encore leurs soins à la jeunesse déjà formée, et à l'âge mûr. Qui leur inspire ce dévoûment? Est-ce l'ambition, la vaine gloire, l'amour des applaudissemens, le besoin de faire parler d'eux? Hélas! leur bonheur est de ne point occuper le public d'eux-mêmes, et de faire le bien en silence; ils n'ont d'autre mobile que l'amour de Dieu et du prochain. C'est ce motif surnaturel qui les soutient et les anime dans des fonctions qui exigent tant de patience et de charité. Quel motif humain pourroit remplacer les motifs de religion? L'expérience montre tous les jours ce qu'il faut attendre de maîtres intéressés, indifférens sur la religion, ou même irréligieux; et plus on mutipliera leur nombre, plus on reconnoîtra les suites naturelles du système qu'on a adopté.

Il s'est trouvé deux avocats qui ont consenti à adhérer à la consultation de M. Franque en faveur de l'église française, c sont MM. Ad. Gatine et Routhier, avocats aux conseils du roi et à la cour de cassation. La consultation du premier est du 30 avril dernier. L'auteur veut y établir deux choses, que la liberté religieuse est reconnue par nos lois et que les églises appartiennent aux communes. On jugera de la force du raisonnement de M. Gatine par le passage suivant:

Nous n'entendons pas assurément faire ici le panégyrique du Culte catholique français. Il n'appartient pas à des jurisconsultes de le juger comate reli

gion, comme église, comme nouvelle communion. Mais toutes les choses d'icibas sont en progrès incessant et infaillible. Le Culte catholique romain, forme humaine d'une religion, fille du Ciel, n'en est pas peut-être l'expression la plus parfaite, ni la dernière transfiguration. Peut-être le Culte catholique français atteint-it un degré de plus dans cette carrière indéfinie de perfectibilité où la loi du progrès pousse les religions comme tout le reste. C'est à Dieu, ce n'eșt pas César d'en juger.»>

En supposant qu'il soit vrai que toutes les choses ici-bas sont en progres incessant et infaillible, ce qui peut être contesté et ce qui au surplus auroit pu être dit en français, il ne s'ensuit pas que la religion soit aussi sujète, au progrès. Par là même qu'elle est Fille du Ciel, elle n'est point exposée à la mobilité des choses humaine. La religion catholique n'est point une forme humaine; la rabaisser ainsi, c'est la nier. Quant à l'église de Châtel, c'est une absurdite que de voir un degré de plus de perfectibilité dans un culte qui n'en est pas un, qui a été improvisé un beau matin, qui se modifie tous les jours et qui ressemble beaucoup à une momerie. La consultation de M. Routhier n'est pas tout-à-fait impie, mais elle est courte et maigre, et ne jette aucune nouvelle lumière sur la question.

-Les obsèques de M. l'évêque de Clermont ont été célébrées le 17 avec une grande pompe et une affluence extraordinaire : toutes les rues étoient couvertes de monde. La marche étoit ouverte par un détachement de hussards à pied. Les enfans de l'hospice étoient conduits par les Filles de Charité. Les Frères des écoles chrétiennes précédoient les élèves du séminaire. Les curés et vicaires des environs s'étoient joints au clergé de la ville. Quatre grands-vicaires tenoient les coins du poêle. Le cercueil étoit porté par six élèves du grand-séminaire, que d'autres relayoient de temps en temps. Le deuil étoit conduit par M. de Dampierre, neveu du prélat. On remarquoit en costume le général commandant la division, le commandant du département avec leur état-major; le préfet, le tribunal, le conseil municipal (moins le maire); la troupe de ligne et la garde nationale formoient la haie: les artilleurs de cette garde et les gendarmes escortoient le cercueil. La tranquillité n'a pas été troublée un seul instant. D'après le vœu du clergé et des fidèles, les corps a été inhumé, avec autorisation, dans une chapelle de la cathédrale. Le lendemain, un service solennel a été célébré à la cathédrale : M. l'abbé Gannat, grand- vicaire, a prononcé l'oraison funèbre.

-La fête du Sacré-Coeur, établie en 1720 à Marseille par M. de Belzunce, à l'occasion de la peste, a été célébrée avec ferveur le vendredi après l'octave de la Fête-Dieu. Dès le matin, à la messe basse,

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