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aura concours, lorsque vous serez toujours là pour donner l'impul- . sion, pour contrôler l'influence du clergé, vous pouvez être certains que le clergé sera obligé de devenir un instrument de progrès, et qu'il fera par émulation ce qu'il n'auroit pas fait peut-être de son propre mouvement.

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Rejeter du comité de surveillance locale le curé ou le pasteur, ce seroit une déclaration de suspicion générale prononcée contre le clergé en matière d'instruction primaire, et il ne peut dépendre de la chambre de prononcer une pareille interdiction.

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Quand on descend dans le détail des faits, on voit qu'indépendamment des Frères des écoles chrétiennes, il y a un grand nombre d'ecclésiastiques et de pasteurs qui s'occupent de l'instruction primaire, et qui y concourent avec activité. Je sais ce qu'ils font, parce que je suis chaque jour en correspondance avec eux pour cet objet. Gardez-vous donc de déclarer, je le répète, une sorte de suspicion générale contre le clergé, en rejetant purement et simplement l'adjonction qui se trouve dans l'article du gouvernement.

L'influence du clergé, en pareille matière, a ses avantages et ses inconvéniens. Je puis affirmer qu'il résulte de mes rapports journaliers que beaucoup de curés sont pleins de bienveillance pour l'instruction primaire. Craiguez qu'une décision générale ne confonde les bons et les mauvais. Vous vous priverez par là du concours des bons. Quant aux mauvais, croyez-vous annuler par là leur influence? Au contraire, l'article du gouvernement porte qu'il y aura près de chaque école communale un comité local de surveillance, composé du maire, du curé ou pasteur, et de trois conseillers municipaux désignés par le conseil municipal.

» On y comptera donc quatre laïcs contre un ecclésiastique; si l'ecclésiastique n'est pas bienveillant pour l'instruction primaire, son influence sera annulée dans le comité même au sein duquel il aura voix délibérative; mais si vous mettez cette influence en dehors du comité de surveillance, le membre du clergé reprend alors toute son indépendance, et pourra nuire par ses intrigues beaucoup plus que par son vote. S'il est étranger, à l'action du comité, il pourra exercer une influence beaucoup plus dangereuse au sein des écoles privées, auxquelles, avec raison, vous donnez une entière liberté. En pareille matière, ne vaut-il pas mieux que la lutte s'établisse en dedans au lieu de s'établir en dehors? Plus vous croirez l'influence du clergé malveillante, plus vous devez prendre les moyens nécessaires pour vous garantir de ses effets. Si le curé s'oppose à une bonne mesure, il se mettra dans son tort, et c'est vous au contraire qui vous serez montrés libéraux, généreux, modérés et raisonnables. Si au contraire vous adoptez le projet de la commission, vous vous écartez du principe fondamental de notre gouvernement, qui est d'ameuer, en matière d'instruction primaire comme en matière de gouvernement, toutes les opinions à se rap

procher et à transiger. Ce principe est que toutes les influences ainsi rapprochées et habituées à se connoître, à se comprendre, opèrent enfin un fusion salutaire de tous les intérêts. C'est là le principe fondamental de notre gouvernement fondé sur la liberté et la publicité; principe respecté dans le projet de loi tel qu'il vous a été présenté, et dont vous éloigneroit le projet de votre com

mission. »

Il n'y avoit pas grand'chose de raisonnable à opposer à ces considérations qui, dans la bouche d'un protestant, ne pouvoient être suspectes de partialité excessive pour le clergé. Toutefois, M. Salverte est venu dire que, si le cùré étoit une fois admis dans le comité, le clergé auroit de fait la direction de toutes les écoles, à raison de son influence; comme si on ne savoit pas que cette influence s'affoiblissoit de plus en plus dans la plupart des campagnes, témoins les tracasseries qu'y éprouvent tant de curés. M. Salverte a ajouté que, d'après le projet de la commission, les bons curés étoient sûrs d'être admis par le conseil municipal. C'est précisément le contraire; les bons curés sont à peu près sûrs de ne pas être choisis par des conseils municipaux qui partageront les préventions de la chambre. M. Ch. Dupin, qui a bien raison quelquefois, a répondu à M. Salverte: S'il y a de bons et de mauvais curés, a-t-il dit, il y a aussi de bons et de mauvais conseils municipaux; j'accorde que les bons conseils municipaux nommeront les bons curés : il est bien certain que les mauvais conseils ne nommeront jamais les bons curés. Laissez au clergé, a-t-il ajouté, la part d'influence qu'il peut, qu'il doit exercer sur l'enseignement de l'enfance et de l'adolescence. Quoi! vous voudriez vous priver du concours éclairé de 30,000 curés ou pasteurs qui possèdent une instruction bien supérieure à celle des habitans des campagnes! Il auroit pu dire plus, qui sout même souvent les seuls qui aient de l'instruction dans les campagnes. M. Vivien a soutenu l'amendement de la commission, et M. Renouard, rapporteur, a adopté les réflexions de M. Vivien. L'article de la commission, mis aux voix, a été adopté à une très-foible majorité.

Ainsi, c'est une chose décidée, les cures ne feront point partie nécessaire des comités de surveillance des écoles primaires ; ainsi, on les écarte partout, autant que l'on peut ; on les éloigne de fonctions mêmes qui leur seroient plus particulièrement dévolues. C'est certainement un triomphe pour le parti, qui se

réjouira de voir exclus des comités celui précisément qui y auroit soutenu les intérêts de la religion.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

PARIS. Le Moniteur du 3 mai contient une réponse à la lettre de M. Isambert en faveur des gens de Lèves. Cette réponse est sérieuse et discute des questions que M. Isambert n'avoit fait qu'embrouifler; comme elle est un peu longue, nous nous contenterons d'en extraire ce qu'elle a de plus solide et de plus précis :

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Pourquoi le gouvernement, demande-t-on, est-il intervenu dans des matières de culte? La question est mal posée. Le gouvernement n'est intervenu que dans une question d'ordre public, et pour protéger la liberté des cultes contre l'intervention exclusive d'une secte nouvelle; l'intolérance étoit du côté des novateurs. L'administration a rétabli le respect des droits. En effet, depuis que le curé de Lèves s'étoit affilié aux nouvelles doctrines, la population catholique de cette commune manquoit de prêtre d'église et de culte. Deux fois cet état de choses avoit failli produire de graves désordres.

» On sent qu'il étoit important de mettre un terme à ces violences, dans l'intérêt même de la liberté des cultes, qui ne signifie pas, apparemment, la prédominance exclusive d'un seul. L'autorité résolut donc de faire installer un curé dans l'église catholique, qui étoit restée fermée depuis quelque temps. Ce n'étoit pas, comme on le dit, intervenir dans les matières de culte, c'étoit protéger un culte contre le despotisme d'une secte; c'étoit assurer la vraie liberté.

» On ajoute : Chaque commune doit adopter la forme religieuse qui lui convient le mieux. Qu'est-ce à dire? Cette forme deviendra-t-elle donc exclu ́sive, intolérante ? Dites que chaque citoyen peut adopter telle croyance qu'il lui plaira; soit. Mais chaque commune! cela veut donc dire qu'elle s'assemblera, qu'elle votera, qu'il y aura une majorité et une minorité; par conséquent, qu'il y `aura ́un culte privilégié, et que les autres seront ou exclus ou persécutés ?

» Il ne dépend, ni du gouvernement, ni de l'administration, ni d'une commune, et encore moins d'une portion des habitans, de changer la destination des églises, mises par la loi à la disposition des évêques. L'autorité, soit à Lèves, soit à Clichy, devoit rendre au culte catholique un bâtiment qui lui appartient, de même qu'elle empêcheroit l'usurpation des temples protestans ou israélites, que tout prétre de la soi-disant église française voudroit envahir. Le culte prétendu français avoit à Lèves sa chapelle; mais les catholiques n'avoient plus leur église. L'autorité a voulu rouvrir l'église catholique, mais sans fermer la chapelle française, et les sectaires français ont opposé la violence à cette mesure d'équité. De quel côté est, dans ce cas, le fanatisme, l'iutolérance? Nous le demandons à tous les gens de bon sens et de bonne foi.

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lei, l'auteur de la lettre élève une prétention aussi étrange que dangereuse. La majorité des habitans de Lèves est ralliće, dit-il, à l'église française; la com

mune doit donc suivre ce mouvement ? Où iroit-on avec cette doctrine? La majorité étant catholique dans presque toutes les villes de France, il s'ensuivroit que les protestans, les israélites, devroient être privés du moyen d'exercer leur culte. Fermez les temples, les synagogues! C'est un ami de la liberté qui le demande, qui le veut ; car il n'admet pas les croyances des minorités. Il a besoin de cet argument pour une petite localité; et il ne s'aperçoit pas, dans sa préoccupation, qu'il prêche, pour toute la surface du royaume, la proscription de la croyance qu'il défend.

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Enfin, que propose-t-on ? De consulter les conseils municipaux sur leurs préférences religieuses. Outre ce pouvoir monstrueux qu'on prétend attribuer aux conseils municipaux, qui ne sont appelés à délibérer sur rien de semblable, jugez ce qui en résulteroit dans l'Est pour les israélites, dans l'Ouest et le Midi pour les protestaus. L'auteur de la lettre proclame lui-même que « c'est en matière de cultes » que les consciences sont le plus rebelles, » et il n'imagine rien de mieux que de mettre partout la religion de chaque commune aux voix dans le sein du conseil municipal; formalité inutile, s'il entend laisser leur liberté à toutes les croyances, et qui n'a de sens et de but que s'il prétend soumettre la minorité au choix, à la préférence de la majorité.

» On voit comment le besoin de soutenir une question isolée, à l'égard d'une croyance obscure, et pour une étroite localité, a entraîné le signataire de la lettre dans une série de contradictions et d'inconséquenees qu'il suffit de signaler. Les exposer, c'est y répondre.

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M. Isambert a voulu répondre à l'article du Moniteur. Cette réponse n'est pas fort concluante. M. Isambert y divague un peu ; par exemple lorsqu'il dit que le clergé s'étoit emparé autrefois des édifices religieux des païens et des druides. C'est aller chercher loin ses preuves, quand il s'agit de savoir si l'église de Lèves appartient aux catholiques ou à un parti né d'hier. M. Isambert persiste à soutenir que les églises appartiennent aux communes, et oppose à la loi organique du concordat, qui est précise sur ce point, des arrêtés particuliers, des avis du conseil d'état qui ne sauroient apparemment infirmer une loi. Il veut qu'en fait de religion ce soit la majorité des habitans qui décide, ce qui pourroit donner lieu à des changemens sans fin. De bonne foi, les trois quarts des habitans des troisquarts des communes sont hors d'état de se décider par leurs propres lumières pour telle ou telle religion. A la suite de sa discussion, M. Isambert prétend que M. Ledru a été interdit illégalement; que le préfet auroit dû d'office faire annuller au conseil d'état cet interdit; comme si le conseil d'état pouvoit annuller un interdit lancé par un évêque. Ce député ajoute qu'il connoît l'affaire de Lèves mieux que le Moniteur. Je crois qu'en effet il la connoît, et que, s'il vouloit nous dire tout ce qu'il en sait, on apprendroit les ressorts secrets qui ont mis tout en mouvement. J'ai

passé dix ans de ma vie dans cette commune, dit-il, je sais combien les habitans en sont paisibles. En effet ils l'ont prouvé le dimanche 28 avril. Il a fallu un concours de circonstances irritantes pour qu'ils aient manifesté un sentiment d'opposition. N'est-il pas plaisant d'appeler sentiment d'opposition des barricades, des coups de pierre et le pillage d'un évêché? Quel sentiment! J'aime à croire qu'on ne trouvera pas parmi eux un coupable. Comment, on ne trouvera pas un coupable parmi ceux qui ont fait reculer la force armée et qui ont dévasté l'évêché? Mais où sont donc les coupables? M. Isambert va nous l'expliquer. L'appareil déployé à Lèves a conduit dans cette commune des perturbateurs qui n'avoient pas encore trouvé l'occasion de faire naitre une collision. Ainsi ce sont apparemment les soldats qui ont dressé les barricades à l'aide desquelles on les a repoussés; ce sont peut-être aussi eux qui avoient entrepris la dévastation qu'ils ont fait cesser. On ne pouvoit rien imaginer de plus ingénieux pour disculper les gens de Lèves.

Le jubilé s'ouvrira, dans le diocèse de Blois, le dimanche 12 mai. M. l'évêque de Blois l'a annoncé par un mandement du 10 avril, où il presse son troupeau de profiter de tant de grâces qui lui sont offertes:

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Voyez comme le Père des miséricordes cuultiplie en notre faveur les témoiguages de sa bouté, à mesure que les dangers qui nous envirounent deviennent plus nombreux et plus pressans! En peu d'années, ô providence qui d r ge et ordonne tout en ce monde pour le salut des élus! en peu d'années, troi souverains pontifes ont successivement ouvert aux fidèles les précieux trèsors de l'Eglise, et la plupart d'entre vous ont vu jaillir de ces sources sacrées les grâce, qui suppléent à notre indigence. Trois fois donc le maître de la vigne est venu pour recueillir le fruit qu'il avoit droit d'attendre du figuier auquel il a donné tant de soins. Mais qu'it eu est un grand nombre, nous le disons en 'gémissant, comme l'apôtre, qui n'ont répondu à tant de sollicitude que par une désolante stérilité, et qui, arbres infructueux, ont jusqu'ici occupé inutilement la terre! Ah! leur dirousnous encore cette fois, voíci une nouvelle visite du maître, håtez-vous d'en profiter et ne forcez pas sa bouche à prononcer contre vous un arrêt d'éternelle malédiction, lorsqu'elle ne voudroit s'ouvrir que pour vous bénir. O vous, qu'une négligence trop prolongée et trop coupable a tenus éloignés encore cette année de la table sainte où vous invitoit votre Dieu, où vous pressoient peut-être de vous rendre les besoins multipliés de votre ame, entrez dans la nouvelle voie de salut qui va s'ouvrir devant vous. Et pourquoi vous obstineriez-vous à périr éternellement, alors que l'Eglise épuise en quelque sorte pour vous sauver toutes les ressources dont son divin époux lui a laissé la dispensation? »

Les

propagateurs de l'impiété ont à se féliciter du succès de leurs plaisanteries et de leurs déclamations irréligieuses. Ils font des prosélytes dans les campagnes. Deux faits arrivés coup

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