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De la sucesssion au trône d'Espagne, et de la convocation des cortès; par M. Clausel de Coussergues. (1)

On sait que Ferdinand VII révoqua, le 29 mars 1830, la pragmatique sanction de Philippe V sur la succession au trône. Les princes de la maison de Bourbon réclamèrent ; et en septembre 1832, Ferdinand, étant tombé malade, annula la pragmatique de 1830. Mais peu après les ministres furent destitués. Le 6 octobre, la régence fut donnée à la reine, et le système du gouvernement changea totalement. Enfin, le 31 décembre 1832, un nouveau décret remit en vigueur la pragmatique de 1830. Ces variations montrent assez la foiblesse du prince, qui cédoit tour à tour à des suggestions contraires. Don Carlos, frère de Ferdinand, réclama le maintien de ses droits. Ce prince a depuis été obligé de quitter l'Espagne. Il est permis de craindre les suites d'une mesure qui divise les fidèles Espagnols et ébranle les lois précédentes sur la succession au trône. Peut-être prépare-i-elle à l'Espagne de longues secousses et de grandes calamités.

M. Clausel de Coussergues a voulu éclaircir ici le point de droit. Il prouve que la pragmatique de Philippe V ne pouvoit être annulée sans porter atteinte au traité d'Utrecht, qu'elle n'a pas été annulée par Charles IV, qu'elle n'est pas contraire aux lois fondamentales de la monarchie espagnole, et qu'elle est même d'origine espagnole. L'estimable et judicieux auteur interroge sur ces divers points les monumens de l'histoire, répond aux argumens de la Gazetie officielle de Madrid, et demande que les membres des cortès, convoqués pour prêter le ser‚ment, examinent auparavant la question du légitime héritier, question si imporlante pour la tranquillité de l'Espagne et pour celle de l'Europe. Cet écrit d'un magistrat éclairé et d'un publiciste consciencieux peut servir à la résoudre. L'an- ́ teur a joint quelques notes à sa brochure; nous en remarquons une principalement qui n'a pas un rapport direct avec la discussion de l'auteur, mais qui peut offrir quelque intérêt : .

Qu'on nous permette de faire remarquer, au sujet de la loi salique, que c'est cette loi qui a principalement distingué les deux monarchies de France et d'Espagne, dès leur origine et jusqu'à nos jours. Les rois suèves et goths, et leurs compagnons d'armes, tons ariens, après avoir envahi l'Espagne, en persécutèrent les peuples, tons catholiques, détruisirent les églises, ou s'en emparèrent. Cette oppression de l'Espagne dura près de deux siècles, jusqu'au temps de leur roi Récarède, qui fut converti à la foi catholique par les inspirations d'une princesse française, comme, vers le même temps, une autre princesse française prépara la conversion des Anglo-Saxons.

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Clovis et ses compagnons, au contraire, reçurent la foi catholique dès leur entrée dans la première ville de cette partie de la Gaule qui alloit bientôt s'ap

(1) In-8°. Prix: 2 fr., et 2 fr. 25 c. franc de port. Chez Pihan de la Forest, rue des Noyers, n. 37; et au bureau de ce Journal.

peler la France. Ce fut saint Remi qui donna la sanction, le principe de vie, la loi salique : les évêques, chefs des cités gauloises, furent, comme l'a remarqué Gibbon, les vrais fondateurs de la monarchie française. Aussi la loi salique a-t-elle paru ne devoir régner en France qu'autant qu'y régneroient les anciens principes': elle devoit y être abolie lorsque l'athéisme du dix-huitième siècle les auroit fait momentanément oublier. Nos adversaires ont, sur ce sujet, les mêmes pensées que nous ce qu'ils redoutent uniquement, c'est de voir la religion florissante. Ils ont publié dans leurs feuilles, et ils n'ont pas dissimulé à la tribune, que, s'ils avoient conspiré pendant quinze ans pour détrôner Charles X, c'étoit contre l'apostolique, contre le jésuite, c'est-à-dire contre le chrétien, qu'ils avoient conspiré.

» Les caricatures qu'ils faisoient circuler avant leur triomphe, dont ils couvrirent, depuis, les murs de la capitale, faisoient toutes allusion à sa piété : l'auguste fille de Louis XVI fut associée au même honneur. Plus tard, on représenta le roi sous la figure d'un mendiant, portant toujours sur lui les signes de sa foi. Les vrais Français, qui passoient devant ces images, forcés d'élever leurs pensées vers un autre ordre de choses, ne pouvoient s'empêcher d'éprouver une pieuse et profonde joie, en songeant que ce mendiant avoit distribué, par année, sept mi!lions à des indigens ; que les deux princes, ses fils, et les deux princesses, ses filles, étoient la providence de toutes les pauvres familles du royaume, dont l'incendie avoit détruit la chaumière, dont l'intempérie des saisous avoit ruiné la récolte, et que les députés des départemens ne s'adressoient jamais à l'une de ces personnes royales, sans en obtenir ces secours. Aussi ce n'est pas le peuple français qui a fait la guerre à ces princes, pas plus que le peuple français ne la fit à Louis XVI, en 1789, et à Louis XVIII, au 20 mars. »

AVIS.

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Le Gérant, Adrien Le Clerc,

COURS DES EFFETS PUBLICS.

Bourse du 28 juin 1833.

Trois pour 100, jouissance du 22-déc., ouvert à 78 fr. 60 c., et ferme à 77 fr. 60 c. Ginq pour 100, jouiss. du 22 mars, ouvert à 103 fr. 95 c., et fermé à 104 fr. 00 c. Aetions de la Banque.

0000 fr. 00 c

IMPRIMERIE D'AD. LE CLERE AT COM?“,

MARDI 2 JUILLET 1833.

(N° 2422:)

Sur le cours de M. l'abbé Frere en Sorbonn

DE L'HOMME. (Suite.) - L'homme déchu; nature du péché; ses causes. (Leçon du 28 mars.)

Nous avons étudié jusqu'ici l'excellence de la nature de l'homme, la perfection de ses rapports, l'étendue de ses magnifiques priviléges, la gloire de ses destinées. Pourquoi une si brillante histoire n'est-elle point la nôtre? et comment les rejetons d'une aussi florissante tige sont-ils frappés de dessèchement et de langueur? mystère doublement enveloppé de ténèbres pour la science antique comme pour les penseurs modernes qui étudièrent ailleurs que dans le grand livre la vérité des choses. Oui, notre Eglise catholique seule connoit les maux de l'humanité, parce que seule elle a reçu de Jésus-Christ lá connoissance, le pouvoir de les guérir. Et c'est là ce qui distingue son enseignement divin des théories et des systèmes, le propre de la vérité étant de conserver et d'améliorer toujours. Ayons le courage de connoitre notre nature telle que le péché l'a faite; remontons à la cause de la grande maladie de l'humanité, et cherchons-en le remède; car, vous le savez, dans la médecine, point de guérison, si on n'a découvert la cause du mal. Eh bien! la religion catholique à une certitude plus grande que celle du médecin qui connoît là cause d'une maTadie et la guérit par les remèdes convenables; et aussi de cette révélation de l'origine et du remède de nos maux résultent le bien-être de l'homme, l'amélioration individuelle et sociale, le retour à tout bien, l'exemption de tout mál.

Et voilà ce que peut l'Eglise catholique dans son enseignement vous trouverez une science parfaite, profonde, de la nature de l'homme; science non-seulement d'une théorie admirable, mais d'application et d'expérience infaillibles. Notre étude sera donc toute expérimentale. Ne craignez pas d'y rencontrer des systèmes : ce sera l'esprit de vérité qui nous enseignera la vérité ; et d'ailleurs, il faut le dire; il y a en morale

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des vérités aussi certaines qu'en mathématique, essentiellement distinctes par leur objet, et différentes parce que l'ètre moral diffère de l'être étendu, l'esprit de la matière. Chaque étre a ses lois, son mode d'investigation; il faut les examiner nécessairement selon ce mode qui lui est propre. On passe plusieurs années à étudier la nature physique, et l'on ne voudra pas consacrer quelque temps à expliquer la science morale! ou bien, parce qu'on raisonne juste sur les mathématiques, on croira parler de même sur les vérités de l'ordre moral! Non il n'y a que la connoissance que nous aurons le bonheur d'acquérir dans l'enseignement de l'Eglise qui puisse nous aider à résoudre toutes les difficultés, tous les problèmes de la nature de l'homme. A la lueur du livre de vérité, nous sonderons la mine des siècles passés, les ténèbres des àges futurs; tous les peuples passeront sous nos yeux, nous pénétrerons les causes de leur grandeur ou de leur décadence: rien n'échappera à une pareille investigation. C'est la Bible à la main que nous allons commencer l'histoire de la nature humaine; là, l'erreur ne sauroit pénétrer : tout y est divin. Quand tous les livres périroient, celui-là seul nous offriroit tout ce qui est nécessaire pour notre instruction et notre salut.

De toutes ces idées préliminaires, il faut tirer deux principes essentiels, sur lesquels roule tout ce qui se fait dans le genre humain, principes qu'il faut considérer dans les livres saints: le premier, la cause du mal dans la volonté de l'homme, et tous ses effets; le deuxième, la cause du bien dans la miséricorde de Dieu, et tous les effets de cette miséricorde. Ces préliminaires établis, entrons en matière. Considérons le péché.

Le péché est là transgression de la loi : Peccatum est legis transgressio, dit saint Augustin; et comme on peut manquer à la loi par pensées, par paroles et par actions, le même Père ajoute que le péché est toute action, parole ou pensée contraires à la loi éternelle: Factum, conceptum, dictum adversus æternam legem. Mais voulez-vous avoir une idée bien claire, profonde et intelligible sur le péché? concevez bien l'état primitif de perfection. Bossuet, dans son quatrième sermon sur le mystère de la circoncision, développe parfaitement cette matière. Nous avons donc dit, pour donner une idée du péché, que c'est une transgression aux lois de Dieu. C'est un pouvoir créé qui se rend indépendant de son créateur : cette

idée va ressortir de l'examen des trois exemples du péché que nous allons considérer; et afin de bien fixer et éclairer notre esprit dans cette étude, servons-nous du langage et des termes métaphysiques heureusement employés dans l'école.

Il y a une cause occasionnelle du péché, une cause formelle, c'est-à-dire une cause qui affecte l'ame, et enfin une cause efficiente, qui a vraiment fait l'objet par lequel l'homme a consommé le péché. La cause occasionnelle est le démon; la cause formelle est l'orgueil; la cause efficiente est la désobéissance. C'est par l'instigation du démon que le péché arrive dans le monde. Ne soyons pas étonnés d'y entendre un animal articuler des sons: un être intelligent et supérieur est le principe de ce prodige, il ne doit pas nous étonner; et nous verrons plus tard l'existence et l'influence du démon. Ainsi, d'après le texte sacré, le serpent parle à la femme: Serpens erat callidissimus. C'est parce qu'il est fin qu'il s'insinue; il surprend, il pique, il dépose un veuin, il tue. Admirez combien tout ceci est rempli de convenance et de mystère! C'est la sagesse elle-même qui nous l'a révélé. Pourquoi Dieu, continue l'insidieux serpent? Cur, etc. (Il avoit seulement interdit l'usage d'un seul fruit.) Voyez comme le démon dirige son attaque par la vue de la généralité! La réponse de la femme annonce une vérité : De fructu..... Ne forte moriemur. Remarquez-vous cette expression fortè, qui dénote l'insinuation du venin diabolique. Dieu commande, la femme doute, le démon nic: Dixit autem: Nequaquam. Non, non, vous ne mourrez pas entendez-vous le menteur? Ah! qu'il s'établit à juste titre le père du mensonge en s'exprimant ainsi pour notre perte!

Remarquez, par la suite du texte sacré, comme le démont pousse l'homme à la vanité, à la vaine gloire : C'est qu'au jour où vous mangerez de ce fruit, répond-il à l'imprudente Eve, vos yeux seront ouverts : semblables à des dieux, vous saurez le bien et le mal. Nous trouvons là les deux premières causes que nous avons assignées au péché : cause occasionnelle, le démon qui excite; cause formelle, la vanité qui perd nos premiers parens. En effet, remarquons la suite: Pidit igitur quod erat aspectu bonum. Voilà la femme qui regarde ce fruit défendu ainsi commence le plaisir. Le serpent a fait briller la beauté, la bonté du fruit. Eve a regardé ces fruits avec l'œil

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