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du désir; et telle est l'origine de la concupiscence, qui n'est autre chose que le regard jeté sur les créatures en vue du plaisir qu'on peut en retirer. Eprise de l'aspect séduisant du fruit fatal, Eve le cueille, le mange, et à son tour pousse son mari à le goûter. Tulit Adam et comedit. Ainsi fut consom mée la première désobéissance et notre malheur. Ne cherchez plus ailleurs la cause des misères, des crimes et des folies qui composent l'histoire de l'humanité. Tout est là. Tulit et conedit. Tel est l'abrégé de tout le livre où nous recueillons ces paroles remarquables, qui nous font voir tant de bontés et de miséricordes du côté de Dieu, que la folie de l'homme a rendues inutiles en se laissant aller à l'orgueil. Oui, l'orgueil a tout perdu; et c'est ici le lieu d'étudier cette féconde cause du péché, si funeste à l'homme. Qu'est-ce en effet que l'orgueil, ce principe du mal? L'orgueil, de superbia, superbire, est ce sentiment par lequel l'homme se croit capable, par ses propres efforts, d'acquérir indépendamment de Dieu un bienètre que Dieu ne lui a pas donné.

Satan, ange rebelle, tombe par orgueil : envieux dès-lors du bonheur de l'homme innocent, il cherche un moyen, une route par où il puisse le conduire à transgresser les ordres du Créateur; il le prend par l'orgueil Vous saurez, lui dit-il, le bien que vous connoissez déjà, et le inal que vous ignorez encore: Scientes bonum et malum: Vos yeux alors seront ouverts sur toutes choses; vous serez comme des dieux. Adam se laisse aller à l'illusion: Si je prends ce fruit, semble-t-il se dire, par mon propre effort, par un acte de ma main, sans le secours de Dieu, contre sa défense, j'acquerrai une perfection qui me manque, je saurai: Scientes. Cette erreur n'est-elle pas encore celle de tout le genre humain? On se dit : Je puis me procurer ce bien par mes propres forces. On fait abstraction de Dien, lui moyen nécessaire, lumière de l'homme, qui seul peut donner une perfection, un bien-être qui nous manqueroit. De là les suites de notre orgueil, de là le châtiment de Nabuchodonosor réduit à l'état de brute, de là l'inconcevable folie de ce philosophe allemand qui écrivoit naguère : « J'ai dit que je voulois être libre, me façonner, me faire moi-même de mes propres mains. » Voilà l'homme, créature, boue, poussière, qui ose dire qu'il peut refaire son être!

C.....

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

PARIS. Un journal annonce qu'on va publier les mémoires de l'abbé Blache, et il applaudit à cette publication qui, dit-il, sera fort curieuse. Blache est un ecclésiastique mort à la Bastille en 1714, après une vie fort agitée. Il voyoit des complots partout, et dénonça le cardinal de Retz et ses adhérens coinme auteurs d'un projet d'ôter la vie au roi et au dauphin. Il dénonça le cardinal Lecamus, évêque de Grenoble, évêque pieux et zélé qu'il accusoit d'intrigues, de trahison et de perfidie. C'étoit le cardinal Lecamus, et avec lui M. de Harlay et le père La Chaise qui furent cause de la guerre de 1688. Blache dénonça surtout les jésuites, et fatigua toutes les autorités de ses plaintes et de ses récriminations. Rien n'est si commun dans ses mémoires que des empoisonnemens. Il fut arrêté en 1709 peut-être pour se débarrasser de ses poursuites, et mis à la Bastille. Le manuscrit de ses mémoires fut trouvé chez les jésuites à l'époque de la destruction de la société, et donna lieu à un compte rendu du président Rolland, du 27 février 1768, où brillent la crédulité et la passion. Ce président, le même qui avoit eu tant de part à la destruction des jésuites, adopte tous les rêves de Blache, qu'il cite comme une autorité irrefragable. Le manuscrit des mémoires passa à M. Rolland de Champbaudouin, son fils, qui l'avoit vendu, à ce qu'il paroît, à nn fameux bibliomane, M. Boulard. Après la mort de celui-ci, il a été acheté par des libraires qui se proposent de le publier. C'est comme si on publioit les mémoires des habitans de Bicêtre ou de Charenton. L'abbé Blache étoit un cerveau félé, dont les mémoires prolixes et ennuyeux n'apprendront rien. Barbier en parle dans son Examen critique en homme fort prévenu. Voir le Supplément au Dictionnaire historique de Feller, édition de 1820, tome IV. Après avoir lu le rapport du président Rolland, on se convainc que l'importance donnée à cette affaire étoit une manoeuvre des ennemis des jésuites.

La statistique de l'église Auzou n'est pas brillante. M. l'abbé Thiberand, dont nous avons parlé il y a quelque temps, et qui s'étoit affilié à cette église, n'y est pas resté longtemps. On se moquoit un peu, dans ce jeune clergé, du vieux prêtre constitutionnel et de son obstination à dire la messe en latin. Ne devoit-il pas se conformer au goût du siècle et suivre les progrès de la raison? Si on avoit pu innover en 1790 et faire un schisme, n'étoit-il pas naturel qu'un schisme fait quarante ans plus tard fit un pas de plus dans la voie du perfectionnement? Falloit-il se traîner dans les mêmes ornières? Ainsi je m'éJonne des scrupules de M. l'abbé Thiberand; puisqu'il avoit prêché sur la danse, il auroit dû mieux comprendre la nécessité de

suivre le grand mouvement imprimé à la civilisation. Enfin il a quitté l'église française. Deux autres membres de cette église, MM. Paquet et Gilles, continuent à y être attachés. Nous avions douté qu'ils fussent prêtres; il paroît en effet qu'ils n'ont pas reçu les ordres. Le premier vient, à ce qu'on dit, du diocèse de Bayeux, et l'autre de Bourgogne. L'abbé Plumet et l'abbé Laverdet commencent à se lancer dans la carrière de la prédication. Celui-ci a prêché dernièrement sur l'infaillibilité du pape et des évêques réunis en concile, sujet d'un grand intérêt et d'une utilité pratique pour l'auditoire qui se trouvoit alors dans la ménagerie Martin. On se demande où l'ancien maitre d'école de Clichy a pris tant d'érudition sur un sujet étranger jusqu'ici à ses études. M. Plumet a fait aussi un discours contre les méchans; on espère que son premier sermon sera sur la tempérance, ce qui ne laissera pas que de lui faire honneur, après son aventure à NotreDame. Le même a fait insérer dans le Bon- Pasteur des articles sur l'omnipotence des évêques romains dans les choses temporelles. Rien ne pouvoit être plus à propos dans un temps où évidemment ce sont les évêques qui font la loi et qui usurpent tous les pouvoirs. Des orateurs d'une si haute portée donnent un grand relief à l'église dont ils sont les organes. On dit que M. Auzou a été cité devant le juge de paix de Neuilly pour avoir enfreint l'ordonnance de police sur l'exercice extérieur du culte. Il est assez singulier que celui qui dans son journal tourne en ridicule les processions, se soit mis lui-même en contravention envers l'ordonnance de police. Le sieur Heurtault, de l'église Châtel, qui s'est installé à Boulogne et qui prend le titre de membre du conseil de la cathédrale de Paris, ayant été condamné à deux jours de prison pour avoir refusé de monter sa garde, a demandé à subir sa peine dans une prison de Paris, ce qui lui a été accordé. Il craignoit sans doute, s'il eût subi sa peine à Boulogne, de perdre un peu de considération aux yeux des habitans. Toute la paroisse lui rend cette justice qu'il n'avoit rien à perdre à cet égard.

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M. l'évêque de Chartres a visité dernièrement une partie de sou diocèse. Il a donné la confirmation dans l'arrondissement de Nogent-le-Rotrou, et, loin d'y éprouver aucun désagrément, il n'a vu partout que des signes de bienveillance, de respect et de piété. Le 17, le 18 et le 19 juin, il a administré ce sacrement dans les trois églises de Nogent-le-Rotrou. Le nombre des fidèles étoit considérable. Le prélat a prêché sur les caractères de la vraie piété, et a montré qu'elle étoit sévère pour elle-même, et indulgente pour le prochain. Il a enseigné les moyens de s'élever vers Dieu, tout en s'acquittant de ses devoirs ordinaires, et surtout en voyant les merveilles que Dieu a semées autour de nous dans la nature. Ses paroles, également pleines de jugement et de piété, of

froient ce ton de simplicité ornée qui se met à la portée de tous les esprits. Tous ceux qui approchoient le prélat remarquoient qu'on ne découvroit en lui aucune trace d'amertume contre ses ennemis et contre ceux qui lui ont fait le plus de mal. Ceux qui s'en étonneroient ignoreroient apparemment tout ce qu'il y a de charité dans le cœur d'un évêque, et tout ce qu'il y a d'aimable et de généreux dans le caractère particulier de M. l'évêque de Chartres.

Nous avons rapporté, d'après la Gazette du Maine, ce qui s'étoit passé au Grand-Lucé, diocèse du Mans, le jour de la FêteDieu, M. Germond, curé du Grand-Lucé, écrit à ce sujet à la Gazette du Maine; sa lettre, très-bien faite, justifie le maire, mais montre que le reste du récit n'étoit que trop vrai :

Monsieur, je viens de parcourir votre numéro du 25 juin. Je voudrois bien pouvoir nier d'une manière absolue la scène scandaleuse que vous y rapportez comme ayant eu lieu au Grand- Lucé le jour de la Fête-Dieu. Malheureusement, c'est un fait sur lequel je n'ai qu'à me taire, et dont j'ai eu à gémir avec tous les filėles; mais je dois à la vérité de rectifier des circonstances qui me touchent, puisqu'on me cite. Vous avez été mal informé, Monsieur, quand on vous a dit que M. le maire avoit donné injonction au curé de ne pas faire sortir la procession. M. le maire sait trop bien qu'il n'a point d'ordre à donner pour régler les cérémonies du culte, et je me plais à lui rendre cette justice, qu'il ne s'en est jamais aucunement mêlé. Je n'ai, au contraire, qu'à me louer du procédé de M. le maire dans la circonstance, et je suis fâché qu'on ait mal interprété ses intentions. Le samedi 1 juin, il se rendit au presbytère pour me prévenir que, par ordre de M. le sous-prefet, la revue du bataillon auroit lieu le dimanche de la Fête-Dicu, à neuf heures, et sur la Place de l'Eglise. Il ajouta qu'il étoit bien contrarié de cette circonstance; mais qu'il n'y pouvoit rien; que si la chose dépendoit de lui', au moins la revue ne se feroit pas sur la Place de l'Eglise, pendant la messe, mais hors la ville, pour ne troubler personne; mais que l'ordre de s'assembler sur la place, et à cette heure, venoit d'en haut, et qu'il ne pouvoit rien y changer. M. le maire ajouta encore qu'il avoit cru devoir me prévenir d'avance, afin que je pusse le lendemain, à la messe, en avertir mes paroissiens, et leur indiquer l'heure que je trouverois la plus convenable pour la procession. C'est bien une preuve qu'il n'entroit aucunement dans les vues de M. le maire d'empêcher de sortir. La procession a eu lieu effectivement sur les six heures du soir avec toute la pompe accoutumée. Les fidèles s'empressèrent d'y assister avec d'autant plus de recueillement, que leur piété avoit été plus affligée par la scène scandaleuse du matin. »

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On répète sans cesse aux prêtres qu'ils doivent rester étrangers à la politique, et on voudroit cependant qu'ils entrassent dans la politique d'une certaine manière. Le Breton, de Nantes, et après lui le Constitutionnel et le Moniteur, avoient cité avec éloge un discours du vicaire de La Potheric, près

Angers, qui auroit dit en chaire qu'il falloit que le jour de la Fête-Dieu tous les cierges fussent ornés des couleurs natiopales, et que chacun devoit enfin se déclarer pour le gouvernement du roi constitutionnel. M. Ménard, vicaire de La Potherie, écrit le 20 juin à l'Indépendant d'Angers qu'il n'a rien dit de semblable. Il a seulement, dans son prône, invité les habitans à préparer tout ce qui étoit nécessaire pour l'éclat de la procession de la Fête-Dieu, à ne pas exposer le clergé aux misérables tracasseries et aux vexations qui avoient eu lieu dans cette paroisse il y a deux ans, et à se garder de blesser par des symboles politiques, et par le choix des couleurs, une susceptibilité puérile et ombrageuse. M. l'abbé Ménard déclare donc qu'il ne peut accepter les éloges qu'on lui a donnés, et que son curé et lui ne sont point disposés à souiller leur noble ministère par des allocutions politiques, et par des flatteries obsequieuses. A Evron, la flatterie abséquieuse a été poussée par de lá les bornes. On avoit dressé des reposoirs pour la procession de la Fête-Dieu; le maire imagina de faire placer sur un des reposoirs le buste du Roi des Français, entouré de drapeaux tricolores. D'autres disent que ce fut la garde nationale qui l'avoit demandé. Quoi qu'il en soit, M. le curé ne crut pas devoir tolérer cet acte d'idolatrie, et il aima mieux renoncer à faire sortir la procession. Les libéraux trouvèrent moyen de s'en dédommager; ils firent la procession sans le clergé. Le maire, les adjoints, la garde nationale, la troupe de ligne, la gendarmerie, sortireut de l'église en grande pompe, et allèrent chanter devant le reposoir le Domine salvum, avec accompagnement, bien entendu, de la Parisienne et de la Marseillaise. Quel acte de religion! quelle dérision sacrilége!

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Le Mémorial des Pyrénées, qui s'imprime à Pau, fait un touchant éloge d'une pieuse fille de la Charité, Catherine André, dite sœur Thérèse, supérieure de l'hospice de Pau, est morte récemment. Elle étoit née à Vieuse, près Moulins, et entra à quinze ans dans cette congrégation, où, dit le Mémorial, on a pour cloître les salles des hôpitaux, pour clôture l'obéissance, pour grille la crainte de Dieu, et pour voile la modestie. Elle fut envoyée à Pau vers 1805, et y a exercé son pénible ministère pendant vingt-huit ans. Une foi vive, une piété éclairée, un graud attachement aux devoirs de son état, un admirable esprit d'ordre, un tact parfait, distinguoient la soeur Thérèse. Les ressources de son patrimoine et celles que lui procuroit une confiance justement méritée, farent constamment employées au bien de l'établissement qu'elle dirigeoit. Par ses soins et à ses frais, une partie des greniers fut convertie en une vaste salle destinée aux enfans encore à la mamelle, l'église entièrement restaurée, la sacristie, la pharmacie et le laboratoire bien fournis. Elle ne manquoit point l'occasion de rappefer aux malheureux qu'elle soignoit les principes de la religion,

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