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hospices. M. de Gérando, commissaire du gouvernement, combat la seconde disposition. M. Vatont s'étonne de cette défiance. Après avoir encore entendu MM. de Podenas, Aug. Giraud, Pruneile, Chasles, Laurence et Guizot, on adopte un amendement de M. de Rambuteau, portant que les maires présenteront à l'autorité supérieure une liste triple de candidats pour les deux fonctions, et que la, révocation ne pourra être prononcée que par le gouvernement.

Une longue discussion s'engage sur les articles suivans, relatifs à la reddition de compte des maires et aux tenues des conseils. Un grand nombre d'orateurs pré-› sentent leurs observations. Les modifications adoptées portent que le conseil municipal, présidé par le premier de ses membres, examinera le compte annuel d'administration financière du maire, et transmettra la délibération au préfel; qu'après deux convocations successives, auxquelles des conseillers n'auront pas satisfait, la séance aura lieu, quel que soit le nombre des membres; qu'enfiu les séances ne seront pas publiques, et que le scrutin secret pourra être exigé. La commission proposoit de rendre publique la séance du budget. Un amendement de M. Isambert, exigeant que les réglemens de police soient approuvés par les conseils, est rejeté.

On passe an chapitre relatif aux maires. D'après l'art. 18, ils seront chargés, sous la surveillance du préfet, de l'exécution des délibérations municipales, et, sous l'autorité de ce fonctionnaire, de l'exécution des lois et ordonnances. Une vive discussion s'engage sur l'art. 21 de la commission, qui leur attribuoit la présentation des commissaires de police et préposés de l'octroi, et la nomination des employés salariés sur les fonds communaux. Sur l'insistance de M. Guizot, il est décidé que la présentation des premiers sera l'objet d'une liste triple de candidats.

Le 11, on fait un rapport de pétitions. L'ordre du jour est prononcé sur un mémoire du sieur Gibert-Amand, à Paris, tendant à abroger l'article du Code pénal, relatif aux associations et réunions politiques.

M. de Remusat, rapporteur du budget des affaires étrangères, se borne à déposer son rapport sur le bureau du président. Un débat s'engage sur l'époque de la discussion. M. de Schonen fait en vain de nouveaux efforts pour obtenir la mise en délibération des projets de lois sur la liste civile. On décide seulement que la loi des douanes devra être discutée aussitôt après le budget des dépenses et la loi sur l'emprunt grec.

M. Laffitte développe sa proposition, tendant à libérer les libraires et impri meurs qui veulent abandonner à l'Etat les livres qu'ils ont donné en nantissement, lors de leur emprunt sur le fonds de 30 millions. Ces livres seroient placés dans les bibliothèques et autres établissemens publics. M. Firmin Didot appuie cette proposition, qui est ensuite prise en considération, malgré quelques observations de M. Auguis.

M. Bavoux développe en peu de mots la proposition qu'il a reproduite pour le rétablissement du divorce. La prise en considération est prononcée sponta

nément.

La chambre reprend la discussion de la loi sur les attributions municipales. Elle adopte le second paragraphe de l'art. 21, laissant au maire la nomination des autres emplois salariés sur les deniers de la commune, et les art. 22 et 23, d'après lesquels le maire sera sent chargé de l'administration, sauf à déléguer une partie de ses fonctions aux adjoints, ou, en leur absence, aux premiers conseillers municipaux, et procédera aux adjudications publiques dans l'intérêt de la commune, avec faculté de faire résoudre les difficultés qui se présenteroient par les adjoints et conseillers qui l'assisteront.

Une longue discussion a lieu sur les articles suivans, relatifs aux dépenses des communes. Il est arrêté enfin qu'elles seront ordinaires ou obligées, extraordinaires ou facultatives; les premières seront l'achat des registres de l'état civil, l'abonnement au Bulletin des Lois, les contributions des biens communaux, le loyer et l'entretien de la mairie, du cimetière, de la justice de paix et de l'école primaire, les indemnités de logement au curé, les traitemens du commissaire de police et des préposés de l'octroi, s'il y en a; les dépenses de la garde nationale et les frais de recensement de la population.

Mois de Marie, ou Exercices pour consacrer le mois de mai à la sainte Vierge; par M. l'abbé Tharin, grand-vicaire de Nancy. (1)

Ce livre, qui ne nous est parvenu que ces jours-ci, est un nouveau moyen d'encourager une dévotion répandue aujourd'hui en Italie et en France. L'auteur indique la manière de sanctifier le mois de Marie. Il donne pour chaque jour use méditation sur la vie, les vertus ou les fêtes de la sainte Vierge, une prière pour demander de l'imiter, et un exemple tiré des Vies des Saints, et relatif à la dévotion envers Marie. A la fin, l'auteur donne le plan d'une neuvaine à la sainte Vierge, que l'on pourroit faire à telle époque de l'année que l'on voudroit.

Ce Mois de Marie, qui respire la dévotion pour la mère de Dieu, est accompagné d'une lettre par laquelle l'auteur l'offre à madame la duchesse de Berry.

(1) In-18. A Besançon, chez Monnot.

Le Gérant, Adrien Le Clere,

COURS DES EFFETS PUBLICS. Bourse du 13 mai 1833.

Trois pour 100, jouissance du 22 déc., ouvert à 77 fr. 80c., et fermé à 78 fr. 10 c. Ginq pour 100, jouiss. du 22 mars, ouvert à 102 fr. 90 c., ct fermé à 102 fr. 95 c. Actions de la Banque.

. 1775 fr. 00 c.

IMPRIMERIE D'AD. LE CLERE ET COMP®.

JEUDI 16 MAI 1833.

(N° 3002.)

Sur les heureux progrès de notre civilisation.

Il est de mode aujourd'hui, dans la plupart des journaux et des livres, quand ils comparent le temps présent aux temps anciens, de faire remarquer combien notre siècle l'emporte sur ceux qui l'ont précédé : nos mœurs, dit-on, sont plus douces et plus épurées, et nous ne voyons plus, Dieu merci! ces crimes atroces, ces vices honteux et ces mœurs barbares qui souil'ent l'histoire du moyen âge on se fait un mérite, entre autres, d'avoir abattu ces monastères, asiles, à ce qu'on prétend, de la superstition et de l'ignorance, et d'avoir consacré nos anciennes abbayes ou à l'industrie, ou à des établissemens d'utilité publique. Un journal qui vante sans cesse notre civilisation, et qui se moque des anciennes mœurs et des anciennes institutions de notre patrie, a cependant raconté des détails qui donnent un terrible démenti à son système. On sait que l'abbaye de Clairvaux, autrefois dans le diocèse de Langres, aujourd'hui dans celui de Troyes, est deve

nue

une maison de détention. C'est le sort de plusieurs de nos plus célèbres monastères. Les abbayes de Fontevrauld, de Saint-Michel, de Loz, etc., sont aussi des maisons de détention. Sans doute, quand saint Bernard et les autres saints personnages fondèrent, il y a plusieurs siècles, ces pieux asiles, et qu'ils y réunissoient des centaines de religieux uniquement occupés de la pénitence et de la prière, ils ne pensoient pas que, long-temps après eux, ces mêmes asiles seroient remplis de criminels qui avoient mérité d'être séquestrés de la société, et qu'ils seroient le théâtre de la plus épouvantable corruption. Quelle différence entre le temps où ces voûtes ne retentissoient que des louanges de Dieu et le temps où elles n'entendent des chants licencieux, des imprécations et des blasphèmes! Quelle différence entre ces fervens et modestes cénobites, qui n'avoient quitté le monde volontairement que pour travailler avec moins d'obstacle à leur salut, et pour s'exercer aux plus touchantes vertus qu'il est donné à l'homme d'atteindre, et ces

Tome LXXVI. L'Ami de la Religion.

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que

êtres dégradés par le vice, que la justice humaine condamne à expier là leurs forfaits! Croit-on que la destination nouvelle de ces anciens monastères soit plus honorable pour l'humanité que leur destination primitive?

Si on hésitoit à répondre, nous engagerions à consulter les séances des cours d'assises de Troyes en décembre 1831 et 1832. Dans la première, le nommé Claude Gueux, détenu à Clairvaux, fut condamné à la peine de mort pour avoir assasiné le gardien en chef de la maison, le sieur Delacelle. Il avoit constamment désigné comme son complice Albin Legrand, autre détenu, qui cependant ne fut pas condamné. Les débats révélèrent toute la turpitude des mœurs de la maison de détention. Albin Legrand avoit succédé à Gueux dans l'ascendant qu'il exerçoit sur ses camarades, et aussi dans ses honteuses passions. La soif du crime qui tourmentoit ce scélérat consommé eut bientôt fait une victime: il tua le malheureux Delaroche, détenu pour simple délit à Clairvaux, et essaya ensuite de se donner la mort à lui-même. N'y ayant pas réussi, il a été traduit devant la cour d'assises de l'Aube, et il y a comparu le jour anniversaire de la condamnation de Gueux. Là, comme aux précédens débats, les détenus assignés comme témoins ont épouvanté les assistans du tableau d'une horrible corruption. M. Mongis, substitut, a porté la parole pour le ministère public; il a cherché à prémunir les jurés contre un nouvel essai d'une indulgence meurtrière; il a rappelé qu'en 1827 Gueux avoit déjà comparu sur les bancs de la cour d'assises, accusé de tentatives d'assassinat sur le gardien Delacelle, et que, malgré la preuve palpable du crime, Gueux avoit été acquitté par le jury: d'où il résulte que trois ans après une nouvelle tentative eut un funeste succès; Delacelle eut le crâne ouvert de trois coups de hache. Albin Legrand, complice du crime, a dit M. Mongis, échappa aussi, par l'effet d'une semblable indulgence, à la condamnation qui sembloit l'attendre, et cette indulgence a coûté la vie à Delaroche. Après les plaidoiries, la question de préméditation ayant été écartée, Albin Legrand n'a été condamné qu'aux travaux forcés à perpétuité.

Tous les détails de cette affaire sont horribles, et tels que nous n'oserions les mettre sous les yeux de nos lecteurs. Le journal qui les retrace sommairement en est lui-même épòu

vanté, et jette un coup-d'œil de compassion et d'horreur sur les maisons de détention. Il est sûr que cet échantillon des progrès de notre civilisation n'est pas consolant, et que la différence entre les mœurs de Clairvaux au douzième siècle et aujourd'hui n'est pas fort honorable pour l'époque actuelle. O saint Bernard, grand homme, qui fûtes l'oracle de votre siècle par votre génie, et le modèle de tous les siècles par vos vertus, qui vous eût dit que vos disciples, qui paroissoient plutôt des anges que des hommes, seroient remplacés un jour par l'écume de la société et par des scélérats ramassés de tous les coins de la France! qui vous eût dit que cette école de piété et d'austérité deviendroit un repaire de crimes effroyables et de vices honteux! Qui pourroit se rappeler sans émotion que c'est de cette maison, aujourd'hui souillée par tant d'horreurs, que saint Bernard écrivit des lettres si admirables, adressoit de si sages conseils aux pontifes et aux rois, combattoit les erreurs, et exerçoit sur son siècle une si étonnante et si salutaire influence! C'est de là qu'il sortoit pour réconcilier les rois entre eux, pour éteindre les haines, la discorde et les révoltes, pour réprimer les abus et les scandales, et pour étonner les peuples par le succès de ses prédications, par l'ascendant de ses vertus et par les prodiges qui accompagnoient ses missions. Quiconque comparera avec impartialité l'histoire de cette époque et celle de la nôtre, jugera que si nous l'emportons sur nos ancêtres sous quelques rapports, ils peuvent prendre leur revanche sous bien d'autres. Sans doute il ne faut pas juger toute la société actuelle par la maison de détention de Clairvaux; mais tant de crimes qui retentissent à nos cours d'assises, tant de délits et de scandales portés chaque jour devant nos tribunaux, l'impudence et la mauvaise foi de nos journaux, le grossier matérialisme du peuple, nos passions effrénées, notre amour immodéré de l'indépendance, notre manie irréligieuse, nos railleries et nos profanations sacrilèges, la licence de nos spectacles et de nos gravures, nos discordes, nos haines, nos émeutes, nos révoltes, tout cela forme un terrible argument contre la douceur de nos mœurs et les progrès de notre civilisation.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

PARIS. Un journal d'un titre assez frivole a donné assez souvent, sur la famille royale exilée, des articles où l'on trouve plus de bien

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