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voir enseveli sous les ruines de la maison qui devait lui servir d'abri. L'homme franchement mondain a fait ses calculs; pour un misérable mets il a vendu son droit d'aînesse, il s'est réfugié dans l'insouciance ou dans l'incrédulité contre les préoccupations de l'avenir. Il a pris pour devise cette parole: «Mangeons et buvons, car demain nous mourrons.» Il ne cherche pas à se faire illusion.

Mais qu'il sera terrible le réveil du formaliste, de cet homme qui a fait quelques sacrifices aux apparences, dont la vie extérieure a été morale, qui a passé pour un chrétien, et qui s'est pris lui-même au sérieux. Son lit de mort est entouré d'amis pieux, dont la charité «croit tout, espère «tout». Il s'endort dans une paix profonde, mais trompeuse. On prononce sur sa tombe une oraison funèbre; on loue la piété, la charité, les bonnes œuvres du défunt. Mais son âme, où est-elle ?

28. Et quand Jésus eut achevé ces discours, le peuple fut étonné de sa doctrine. 29. Car il les enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes.

«Jamais homme n'a parlé comme cet homme.» Tel fut le témoignage que rendirent de Jésus-Christ ses ennemis, forcés de reconnaître dans le prophète de Nazareth une étrange et mystérieuse puissance. C'est qu'en effet le Saint-Esprit demeurait en Lui dans toute sa plénitude. Sa Parole «vivante, «efficace, et plus pénétrante qu'aucune épée à deux tran«chants», atteignait, avec l'autorité de Dieu, jusqu'au fond des consciences, et cette autorité s'imposait naturellement. et sans effort.

La voix du Seigneur Jésus a cessé de se faire entendre, mais sa Parole demeure avec nous, et si nos cœurs n'étaient pas endormis ou blasés par l'habitude, nous serions comme les Galiléens, étonnés de cette doctrine simple et sublime, qui nous parle avec la même autorité divine.

N'est-il pas arrivé parfois qu'un verset de l'Écriture s'est gravé dans nos âmes d'une manière ineffaçable, soit comme

avertissement, soit comme consolation, comme si le SaintEsprit lui-même l'avait souligné pour nous?

Voici, à ce sujet, un fait intéressant. Un jeune Anglais, M. D..., fit un voyage en Amérique peu de temps avant l'époque du Réveil. Fils aîné d'un pieux ministre anglican, M. D... avait reçu une éducation chrétienne et se croyait converti. Pendant son séjour à New-York, il se rendait chaque semaine dans une école du dimanche, où il dirigeait un groupe de jeunes garçons. Parmi les enfants qui composaient ce groupe se trouvait un nègre, nommé John Collins, qui l'intéressait par son intelligence et le zèle avec lequel il apprenait ses leçons. Un dimanche, cependant, l'enfant, contrairement à ses habitudes studieuses, ne savait pas ses versets. M. D... lui adressa quelques reproches, s'attendant à recevoir des excuses de la part de son élève. Mais l'enfant tenait sa Bible sur ses genoux, et son regard profond ne se détachait pas de la page ouverte devant lui. Indiquant du doigt un verset, il dit à son moniteur d'une voix émue: O Monsieur, écoutez ce verset: «Ce que nous serons n'a "pas encore été manifesté. » Depuis que j'ai trouvé ce passage, je ne puis lire autre chose, et voilà pourquoi je n'ai pas appris ma leçon. »

La position des noirs dans les États de l'Amérique du Nord, malgré l'émancipation, est loin d'être heureuse. Ils sont en butte à de pénibles humiliations, et il est probable que le petit Collins en avait eu sa part à l'école du dimanche. Le contraste entre sa vie actuelle, assombrie par un opprobre immérité, et ce radieux avenir qu'avait pressenti saint Jean, avait ébloui le pauvre nègre, et chaque mot de ce passage s'était gravé en lettres d'or dans son cœur. Quelques jours après cet incident, M. D... fut appelé auprès de John Collins, atteint d'une fièvre inflammatoire. Il trouva l'enfant près de sa fin, et, s'approchant de son lit, lui demanda si, dans ce moment suprême, il pouvait se confier au Seigneur. Le petit nègre se dressa sur son séant, et se penchant vers M. D... le visage illuminé par un doux sourire, il lui dit : «Ce que

nous serons m'a été manifesté. Nous serons semblables à Lui, le Sauveur!» L'enfant mourut; le jeune homme fut si frappé par le spectacle de cette foi vivante qui s'était ainsi cramponnée à une promesse de l'Écriture pour en faire sa nourriture, sa vie, qu'il se sentit repris dans sa propre conscience. Il reconnut que, malgré les belles feuilles d'une profession orthodoxe, il n'était qu'un rameau stérile; il avait le bruit de vivre, mais il était mort. Il se mit à chercher Dieu de tout son cœur, et fut un des premiers membres de la réunion de prières de Fulton-street, établie pour demander au Seigneur un réveil en Amérique.

CHAPITRE VIII.

1. Quand Jésus fut descendu de la montagne, une grande multitude de peuple le suivit. 2. Et voici, un lépreux vint se prosterner devant lui et lui dit : Seigneur, si tu le veux, tu peux me nettoyer.

Le sermon sur la montagne était à peine terminé, qu'une occasion se présenta pour le Seigneur Jésus de confirmer son enseignement par ses actes, et de prouver à la multitude qui se pressait autour de Lui, qu'Il possédait non-seulement l'autorité de la parole, mais une puissance qui attestait la divinité de sa mission. Les miracles de Jésus-Christ, ceux de ses apôtres et ceux dont nous trouvons le récit dans l'Ancien Testament, sont depuis dix-huit siècles l'objet des attaques et des railleries des incrédules. Les Juifs, qui acceptaient les miracles de Moïse et des anciens prophètes, Élie, Élisée, Ésaïe, ne pouvaient nier les faits dont ils étaient les témoins; ils se contentaient, comme nous le verrons plus tard, d'attribuer les miracles du Messie à Béelzébul. Les païens ne repoussaient pas plus que les Juifs l'authenticité de ces mira

cles. Mais comme ils admettaient que de simples hommes pouvaient en faire, ceux de Jésus n'étaient pas pour eux une preuve concluante de la vérité de la religion chrétienne à l'exclusion de toute autre.

Les incrédules des temps modernes ont été beaucoup plus loin. Ils nient jusqu'à la possibilité d'un miracle, qu'ils considéreraient comme une contradiction à la nature parfaite de Dieu, comme une dénégation aux lois immuables de la création, et comme un aveu, de la part du Créateur, d'une erreur dans ses œuvres, qui aurait besoin d'être réparée. Ceux qui pensent ainsi oublient que, par suite du péché d'Adam, une perturbation générale est venue altérer la perfection de la création; que l'homme, par le péché, a attiré la malédiction de Dieu sur l'œuvre qu'Il avait trouvée bonne; et que, en conséquence, la mort, les maladies, la souffrance morale, le travail, la stérilité du sol et une interminable série de maux venant désoler la terre, comme le dit saint Paul, «la création gémit dans la servitude». Loin de causer dans les lois de la nature un trouble que le péché y avait déjà introduit, les miracles ne faisaient, au contraire, que remédier à ce désordre. Non-seulement ils témoignaient de la mission divine de Christ, mais ils réparaient quelquesuns des désastres que la chute de nos premiers parents avait fait peser sur la terre; car les miracles opérés par le Fils de Dieu avaient toujours un but de miséricorde et d'utilité.

La question du surnaturel n'est pas, quoi qu'on en dise, uniquement intellectuelle, elle ne se résout point par le plus ou moins de probabilité. L'homme qui a placé toutes ses espérances dans le monde présent, et qui ne croit à rien au delà, repoussera instinctivement l'idée du miracle. Tout ce qui est en lui le prédispose à l'incrédulité. Tandis que celui qui croit au plus grand des miracles, à la manifestation du Fils de Dieu en chair, admettra facilement ceux qui ont signalé son séjour sur la terre. Il faut convenir que des écrivains orthodoxes ont nui quelquefois au principe qu'ils s'efforçaient de soutenir, en voulant faire des miracles la prin

cipale preuve de la vérité de la religion chrétienne; tandis qu'il en existe beaucoup d'autres, soit historiques, soit morales, qui sont bien autrement convaincantes.

Pendant que le Sauveur vivait, ses œuvres miraculeuses devaient être, en effet, une manifestation irrécusable de la divinité de sa mission, puisqu'ils se produisaient sous les yeux de témoins nombreux; et immédiatement après sa résurrection, les apôtres en parlèrent aux Juifs qui avaient vu «les merveilles et les miracles que Dieu avait faits par Lui « au milieu d'eux». (Actes, 11, 22.) Mais dans les Épîtres adressées aux Gentils qui ne connaissaient les œuvres miraculeuses de Jésus-Christ que par ouï-dire, les apôtres sont préoccupés tout d'abord de faire ressortir les grandes doctrines qui sont à la base de la foi chrétienne, et de prouver le fait de la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts.

Quelques hommes bien intentionnés et savants sont tombés dans une autre erreur à ce sujet. Cédant au désir de conserver intacte une partie de la vérité, ils en ont abandonné aux ennemis de la foi une autre, non moins importante que la première: ils se sont placés sur le terrain des explications dangereuses et des concessions funestes, dans le vain espoir de mettre d'accord leur croyance avec les progrès de la philosophie, de la science et de l'esprit humain. Ils se sont écartés ainsi de la simplicité de la foi qui accepte les mystères que Dieu nous a révélés dans sa Parole, par la seule raison qu'Il les a révélés. Nous croyons que les miracles occupent une place essentielle dans l'histoire du Sauveur. Mais ainsi qu'il a été dit avec raison: «Croyons aux mi«racles à cause de Christ et non à Christ à cause des mi«racles», qui sont la confirmation des doctrines du Sauveur, et non la preuve de la vérité de ces doctrines1.

Voici, un lépreux vint. Saint Luc dit que cet homme était couvert de lèpre. Des écrivains très-compétents affirment que la lèpre n'était pas contagieuse, bien qu'elle pût se

1. Voir TRENCH, Notes on the Miracles.

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