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"comme les anges», n'a point voulu dire que les hommes rachetés deviendront des anges, lors de la résurrection. Les pécheurs sauvés par grâce seront plus grands que les anges mêmes, puisque Jésus, l'Homme-Dieu, leur Frère aîné, s'assoira sur le Trône de l'univers et qu'ils régneront avec Lui. Jésus-Christ ne touche pas non plus au principe de l'identité personnelle des ressuscités. Les paroles de consolation, adressées par saint Paul aux Thessaloniciens, n'auraient aucune portée, si nous ne devions pas reconnaître les bienaimés auxquels nous serons réunis dans la céleste patrie. Le Sauveur annonce seulement que les liens charnels de la vie terrestre seront brisés, comme le dit saint Paul: «Si nous. « avons connu Christ selon la chair, nous ne le connaîtrons «plus de cette manière. » L'homme glorifié sera transformé dans son être tout entier. «Il est semé corps animal et res«suscitera corps spirituel. » L'âme sera réunie au même corps, qui a été déposé dans la terre, mais le corps ressuscitera incorruptible», «glorieux », semblable à Christ, car nous le verrons tel qu'il est. (1 Cor., xv, 42-45; 1 Jean, III, 1.)

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31. Et quant à la résurrection des morts, n'avez-vous point lu ce que Dieu vous a dit: 32. Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais Il est le Dieu des vivants. 33. Et le peuple, entendant cela, admirait sa doctrine.

L'Éternel, parlant à Moïse, s'appela le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et ce titre, si glorieux pour les patriarches morts dans la foi, était la sûre garantie que leurs dépouilles, reposant dans la caverne de Macpéla, ressusciteraient au dernier jour. Jésus-Christ s'empare du titre que Dieu s'était donné, pour prouver d'une manière triomphante cette doctrine de la résurrection que niaient les Sadducéens, et qui est encore aujourd'hui le sujet des attaques des incrédules.

34. Les Pharisiens ayant appris qu'il avait fermé la bouche

aux Sadducéens, ils s'assemblèrent. 35. Et l'un d'entre eux, qui était docteur de la loi, l'interrogea pour l'éprouver, et lui dit: 36. Maître, quel est le plus grand commandement de la loi? 37. Jésus lui dit: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. 38. C'est là le premier et le grand commandement. 39. Et voici le second qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 40. Toute la loi et les prophètes se rapportent à ces deux commandements.

Celui qui aime Dieu de tout son cœur n'éprouve aucun autre amour qu'on puisse comparer à celui-là. Il est prêt à tout sacrifier au Seigneur, à tout endurer pour lui obéir et pour lui plaire. Celui qui aime Dieu de toute son âme et de toute sa vie (ces deux expressions sont quelquefois employées indistinctement dans les Écritures), est résolu de lui consacrer son existence, les prémices de son intelligence aussi bien que de son cœur, et à se laisser entièrement diriger par sa sainte volonté. Ce commandement, le premier et le plus grand de tous, suffit à convaincre de péché celui d'entre les hommes dont la conscience peut sembler la plus pure. Où est, en effet, celui qui peut dire en vérité: J'ai aimé Dieu de toute mon âme, de toute ma pensée, et j'ai constamment subordonné les affections de la terre à ce saint amour? Cet homme n'existe pas. Et cependant le chrétien, tout en reconnaissant sa profonde misère, sent au fond de son cœur le germe de cet amour suprême et fécond. La grâce de Dieu lui a été manifestée dans le don de Jésus; il l'a comprise, et il aime Celui qui l'a aimé le premier.

Le monde se divise en deux grandes catégories, ceux qui aiment Dieu et ceux qui ne l'aiment pas, qui doivent tout au Père des miséricordes et qui ne lui donnent rien en retour de ses bienfaits. Cherchons à reconnaître, pendant qu'il en est temps encore, à laquelle de ces deux classes nous appartenons, et quels sont les sentiments secrets de nos cœurs.

Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si ce précepte nous avait été laissé par quelque sage de l'antiquité, ou

bien s'il nous était enseigné par un des grands philanthropes de nos temps modernes, nous le regarderions comme le rêve d'une âme élevée, comme une utopie irréalisable pour notre nature déchue. Mais c'est le Seigneur Jésus-Christ qui nous donne ce commandement, et nous le retrouvons dans toutes les exhortations des apôtres. Nous ne pouvons pas le mettre de côté comme s'il s'agissait d'une hyperbole inventée par quelque visionnaire. Le dévouement du chrétien ne doit avoir aucune limite, puisqu'il doit être calqué sur un divin modèle. «Nous avons connu ce que c'est que la charité, en «ce que Jésus-Christ a mis sa vie pour nous; nous devons «donc aussi mettre notre vie pour nos frères. » (1 Jean, II, 16). Celui qui nous ordonne d'aimer notre prochain comme nousmêmes est tout-puissant, sa grâce nous suffit, et sa force s'accomplit dans la faiblesse, Lui qui nous a donné l'exemple d'une charité insondable, éternelle, peut enflammer nos pauvres cœurs d'un amour fraternel qui se manifestera par la patience, par le support, par l'affection, par l'oubli des injures, par des actes continuels d'abnégation et de dévouement. La difficulté n'est pas dans le degré d'affection que nous sommes capables d'éprouver pour certains êtres qui nous touchent de près et qu'il est facile d'aimer jusqu'à l'idolâtrie; mais de ressentir, pour tous ceux qui nous approchent, quels que soient leurs défauts, une affection tendre et fraternelle, portant les fardeaux les uns des autres, et accomplissant ainsi la loi de Christ. (Romains, XII, 10; Galates, vi, 2.) Saint Jean fait un si grand cas de l'amour fraternel qu'il le place à côté de la foi au nom de JésusChrist. (1 Jean, III, 23.)

Si nous demeurons en Christ, nous porterons ces fruits de charité; et, attachés au vrai cep, nous serons, selon l'exhortation de saint Paul, «les imitateurs de Dieu comme «ses enfants bien-aimés».

41. Et les Pharisiens étant assemblés, Jésus les interrogea, 42. Et leur dit: Que vous semble-t-il du Christ? De qui doit

il être fils? Ils lui répondirent: De David. 43. Et il leur dit: Comment donc David l'appelle-t-il par l'Esprit son Seigneur, en disant: 44. Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Assiedstoi à ma droite, jusqu'à ce que j'aie mis tes ennemis pour te servir de marchepied? 45. Si donc David l'appelle son Seigneur, comment est-il son fils? 46. Et personne ne put lui répondre un seul mot; et depuis ce jour-là personne n'osa plus l'interroger.

Les Juifs croyaient que le Messie devait sortir de la postérité de David. Ils savaient que Dieu avait promis au roi qu'Il avait choisi d'établir un de ses descendants dans sa maison et sur son trône, et d'affermir ce trône à jamais. Ils se souvenaient de cette prédiction de Jacob: «Le sceptre ne «sera point ôté de Juda, ni le législateur d'entre ses pieds, «jusqu'à ce que le Scilo vienne, et c'est à lui qu'appartient «l'assemblée des peuples. » Or, les monarques d'Israël avaient été emmenés captifs en Assyrie, et il n'y avait plus de roi à Jérusalem. La promesse ne pouvait donc s'appliquer qu'au Messie, qui, selon leur attente, devait venir rétablir «le « royaume d'Israël ». (Actes, 1, 6.)

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Cette même question que Jésus fit aux Pharisiens, Il l'adresse à chacun de nous: «Que vous semble-t-il du «Christ? » Lui répondrons-nous, sans hésiter, avec Pierre : «Tu es le Fils du Dieu vivant»? Ou bien, dans le mystère de notre pensée intime, existe-t-il quelque doute sur la nature de Christ? N'est-Il pour nous que le Fils de David, un saint, un prophète, un martyr, un être idéal, qui n'est pas le Christ des Écritures? L'exemple de ces docteurs nous montre combien il est dangereux de n'admettre qu'une partie de la vérité, et de nous en satisfaire. La nation juive rèvait un prince temporel, un conquérant, un libérateur. Les Scribes, les docteurs de la loi et les sacrificateurs redoutaient une autorité qui pouvait menacer la leur. Ils avaient, par conséquent, les uns et les autres, intérêt à nier la divine origine de Jésus et à demeurer dans leur aveuglement volontaire.

Toute l'argumentation si claire et si simple du Sauveur repose sur ce fait que les docteurs juifs appliquaient le Psaume cx au Messie. Jésus établit ici que l'auteur de ce Psaume est David, et qu'il l'écrivit sous l'inspiration directe du Saint-Esprit. La citation est tirée littéralement des Septante, et elle se retrouve dans trois autres passages du Nouveau Testament (Actes, 11, 34; 1 Cor., xv, 25; Héb., x, 13).

CHAPITRE XXIII.

1. Alors Jésus parla au peuple et à ses disciples, 2. Et leur dit: Les Scribes et les Pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse. 3. Observez donc et faites tout ce qu'ils vous diront d'observer; mais ne faites pas comme ils font, parce qu'ils disent et ne font pas. 4. Car ils lient des fardeaux pesants et insupportables, et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne voudraient pas les remuer du doigt.

Dans ce discours, Jésus-Christ, s'adressant en même temps à la multitude et aux disciples, nous indique la place que ceux-ci occupaient encore dans l'économie juive, et nous donne la clef de la signification du chapitre XXIV de notre Évangile. Jusqu'au jour de la formation de l'Église dans la chambre haute, les disciples du Sauveur représentaient la fraction des croyants israélites, appelée dans les Écritures le résidu. Ainsi considérés par le Seigneur Jésus, ils devaient écouter les injonctions et obéir aux préceptes de la loi qu'enseignaient les docteurs assis dans la chaire de Moïse, en évitant toutefois de suivre le fâcheux exemple de ces docteurs dont les actions ne s'accordaient pas avec leurs paroles: «ils disaient et ne faisaient pas».

Dieu Lui-même avait fondé la religion que professaient les Scribes et les Pharisiens, et Jésus-Christ ordonne à la

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