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OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

SUR

L'ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU.

Les quatre Évangélistes ont raconté la vie et la mort de notre Seigneur Jésus-Christ. Ils nous ont transmis ses discours, décrit ses miracles, mais chacun d'entre eux nous a présenté la même personne et les mêmes vérités sous des aspects différents.

Saint Matthieu s'occupe plus particulièrement des relations de Jésus-Christ comme Fils de David et d'Abraham avec Israël, et fait ressortir le côté messianique de sa mission, sa réjection par les Juifs, et les conséquences qui en devaient découler. Son Évangile renvoie moins souvent que les trois autres aux lois et aux coutumes juives, tandis qu'il renferme de plus nombreuses citations de l'Ancien Testament, de ces prophéties littéralement accomplies, bien faites pour amener ses compatriotes à reconnaître en Jésus de Nazareth le Messie qui devait venir.

Saint Marc présente Jésus-Christ comme «le Serviteur »> par excellence, et nous le montre surtout dans l'infatigable dévouement de sa vie intime, «allant de lieu en lieu pour "faire le bien ».

Saint Luc s'attache à nous faire connaître le Fils de l'homme, «l'Admirable», dans la perfection de son huma

nité; tandis que saint Jean remonte plus loin que l'incarnation du Sauveur, et le voit de toute éternité «dans la gloire «qu'Il avait avec le Père avant que le monde fût fait». C'est le disciple bien-aimé, qui a vécu dans l'intimité la plus étroite avec le Sauveur, auquel il a été accordé de manifester avec le plus de clarté la splendeur de sa divinité.

Mais, de quelque manière que le Seigneur Jésus nous soit présenté par les historiens inspirés, que ce soit comme Messie, ou comme Serviteur, comme Fils de l'homme, ou Fils de Dieu, la parfaite harmonie de sa personne et de son œuvre n'est jamais troublée. Il plane dans la majesté de son abaissement, dans la sérénité de sa douleur, dans cette pureté absolue, mais toujours sympathique, que l'imagination de l'homme ne saurait ni atteindre ni exprimer. Nous sommes nous-mêmes trop incomplets pour inventer la perfection, et quand un romancier ou un poëte a essayé de la dépeindre, notre cœur s'est détourné avec une sorte de lassitude de ces héros de marbre ou d'airain, dont la vertu rigide, dont la charité factice repoussent au lieu d'attirer. Le Saint-Esprit seul pouvait, en se servant d'hommes préparés à cette tâche, retracer la vie du Sauveur; et en nous en donnant quatre récits divers, il nous montre l'importance que nous devons attacher à l'enseignement spécial contenu dans chaque Évangile,

L'Évangéliste Matthieu, quoique Israélite, était employé par le gouvernement romain, en qualité de percepteur d'impôts, fonction que les Juifs considéraient comme avilissante. A en juger par l'exhortation de Jean-Baptiste adressée aux péagers, et d'après d'autres passages des Évangiles, il y a lieu de penser que les péagers méritaient pour la plupart le mépris dont ils étaient l'objet.

La tradition nous a laissé quelques données très-contradictoires sur le pays où Matthieu a évangélisé, et sur sa fin. Jérôme et Ambroise affirment qu'il travailla longtemps en Perse et qu'il mourut chez les Parthes. D'autres placent la scène de son activité missionnaire en Éthiopie. Les uns attri

buent sa mort au martyre par le feu, tandis que Clément cite notre Évangéliste comme l'un des seuls, parmi les premiers disciples du Sauveur, qui échappèrent à une mort violente.

La même diversité d'opinions se produit au sujet de la langue dans laquelle a été écrit son Évangile. Certains commentateurs pensent qu'il fut écrit en hébreu ou plutôt en syriaque, dialecte probablement alors en usage dans la Judée; d'autres supposent qu'il le fut en grec. La majorité des plus anciens Pères de l'Église inclinent vers la première de ces hypothèses, tandis que les savants de notre époque sont d'une opinion contraire.

Évitons de donner à ces questions secondaires une importance exagérée, et hâtons-nous de nous mettre en présence du Sauveur lui-même, de Jésus, Dieu manifesté en chair.

ÉVANGILE

DE

NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST

SELON SAINT MATTHIEU.

CHAPITRE PREMIER.

1. La généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham.

Arrêtons-nous quelques instants à ce premier verset, et pour en bien apprécier l'importance, essayons d'envisager cette question généalogique. Il faut nous rappeler d'abord que Dieu, lorsqu'Il fit sortir Abraham de Caran pour le conduire dans le pays de Canaan, lui avait déclaré qu'en lui «seraient bénies toutes les familles de la terre». Cette promesse lui fut réitérée plus tard. Elle était la confirmation de celle que l'Éternel avait faite à nos premiers parents dans le jardin d'Éden, lorsque, s'adressant au serpent qu'Il venait de maudire, Il dit : «Je mettrai de l'inimitié entre toi et la femme, et entre ta postérité' et sa postérité; celle-ci te brisera la tête, et tu la blesseras au talon». C'était donc dans la famille d'Abraham et dans la descendance directe d'Isaac que devait naître le Messie.

Il est presque superflu de démontrer qu'il fallait également que Christ fût de la maison de David. Cela ressort

1. C'est-à-dire Jésus-Christ (la postérité de la femme) qui est descendu dans la tombe, mais qui, en s'affranchissant des liens de la mort par sa glorieuse résurrection, a brisé la tête de Satan.

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