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Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haissent et priez pour ceux qui vous outragent et qui vous persécutent. 45. Afin que vous soyez enfants de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. 46. Car si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense en aurez-vous? Les péagers même n'en font-ils pas autant? 47. Et si vous ne faites accueil qu'à vos frères, que faites-vous d'extraordinaire? Les péagers même n'en font-ils pas autant? 48. Soyez donc parfaits comme votre Père qui est dans les cieux est parfait.

Reconnaissons l'empreinte divine dans ces préceptes. Est-il un homme, un philosophie, un héros, un philanthrope, qui eùt pu concevoir la pensée de cet anguste code de pardon, d'abnégation et d'amour, dont le principe même est si contraire à nos dispositions naturelles?

Le Seigneur veut nous enseigner que nous devons être plus que rigoureusement justes, remplis de grâce et de miséricorde, imitant l'exemple de notre Père céleste qui répand à pleines mains les bienfaits de sa providence sur les ingrats et sur les indignes. Ce côté du caractère de Dieu n'avait point encore été pleinement mis en lumière; mais Jésus était venu le révéler, non-seulement par ses paroles, mais aussi par sa vie tout entière.

Dieu veut une charité active. Il ne nous dit pas: Ne haïssez point vos ennemis; ne leur faites point de mal, mais: Aimez-les; faites-leur du bien.

Aimer ceux qui nous aiment, n'est qu'une loi naturelle à laquelle les mondains n'ont aucune peine à se conformer. Mais pour faire comprendre à ses disciples qu'il faut que les enfants de Dieu aillent bien au delà, Jésus place devant eux un parfait modèle, celui du Père céleste, que nous sommes appelés à imiter. Or, Il s'est manifesté en Christ comme un Dieu d'amour; et si nous voulons avoir quelque ressem

blance avec Lui, il faut que nous soyons revêtus aussi de «la «charité qui est le lien de la perfection», et «la plus excel«lente voie». «La charité vient de Dieu; et quiconque aime «<les autres est né de Dieu et connaît Dieu» (Col., ш, 14; 1 Cor., XII, 31; 1 Jean, iv, 7).

CHAPITRE VI.

1. Prenez garde de ne pas faire votre aumône devant les hommes, afin d'en être vus, autrement vous n'en aurez point de récompense de votre Père qui est aux cieux. 2. Quand donc tu feras l'aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin qu'ils en soient honorés des hommes. Je vous dis, en vérité, qu'ils reçoivent leur récompense. 3. Mais quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache

pas

ce que fait ta droite, 4. Afin que ton aumône se fasse en secret, et ton Père, qui te voit dans le secret, te le rendra publiquement.

Le Seigneur Jésus avait dit à ses disciples: «Que votre lu«mière luise devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes «œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. " Et avant sa passion Il renouvelle cette même exhortation : «C'est en ceci que mon Père sera glorifié, si vous portez «beaucoup de fruit. » Le but que nous devons nous proposer en accomplissant les devoirs de la charité chrétienne, c'est donc la gloire de notre Dieu. Si, au contraire, nous avons recherché les éloges des hommes, nous avons, en les obtenant, reçu notre récompense, et nous n'aurons rien à attendre au grand jour de la rémunération quand le Seigneur daignera reconnaître les œuvres qui auront été faites dans le silence et dans l'humilité pour l'amour de son nom.

5. Et quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites; car ils aiment à prier, en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues, afin d'être vus des hommes. Je vous dis, en vérité, qu'ils reçoivent leur récompense. 6. Mais toi, quand tu pries, entre dans ton cabinet et, ayant fermé la porte, prie ton Père qui est dans ce lieu secret, et ton Père, qui te voit dans le secret, te le rendra publiquement.

Les Juifs étaient tenus de se rendre dans les synagogues à certaines heures, pour faire la prière. Lorsque toutefois l'une de ces heures surprenait un homme dans la rue, il devait, à l'instant même, s'arrêter pour prier. Les hypocrites, auxquels Jésus fait allusion ici, avaient soin de se trouver souvent dehors à l'heure de la prière, afin d'avoir l'occasion de prier en pleine rue ou dans quelque lieu public. Les mêmes couturnes sont encore observées dans les pays mahométans: on doit prier à des heures déterminées, quelle que soit la place où l'on se trouve.

Ces prières, débitées machinalement par acquit de conscience ou récitées dans un esprit d'ostentation pour attirer les regards des hommes et conquérir à peu de frais une réputation de sainteté, sont en abomination devant Dieu, qui veut être adoré «en esprit et en vérité ». Pour que nos prières soient agréables à Dieu, il faut qu'elles partent du cœur et que le Saint-Esprit lui-même nous les inspire; «car nous ne "savons pas ce que nous devons demander pour prier comme «il faut». La prière, à cause de la faiblesse de la chair, peut être parfois une lutte; mais si c'est, en effet, le Saint-Esprit qui «intercède pour nous par des soupirs qui ne peuvent s'exprimer», la victoire sera manifestée au jour béni où nous pourrons ériger notre Péniel et dire: «J'ai vu Dieu face à «face, et mon âme a été délivrée. »

7. Or, quand vous priez, n'usez pas de vaines redites comme les païens; car ils croient qu'ils seront exaucés en parlant beaucoup. 8. Ne leur ressemblez donc pas; car votre

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Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez.

Quelle parole consolante pour les enfants de Dieu! Quelques personnes, dépourvues de piété réelle, voudraient trouver ici une excuse pour des prières courtes et insuffisantes. Mais le Seigneur veut que nous lui demandions les grâces et les bénédictions qu'Il est disposé à nous accorder. Dieu ne sépare pas la fin des moyens qui y conduisent. La prière est le privilége de l'enfant de Dieu, plus encore que son devoir; sans elle, la vie spirituelle languit et risque de s'éteindre.

Jésus ne défend donc pas de prier beaucoup et longtemps, Lui qui passait des nuits entières dans la prière; ce qu'Il condamne, c'est l'importance exagérée attachée à la forme et au devoir extérieur. Pour Lui, les «vaines redites» ne sont pas toujours l'emploi des mêmes expressions dans la prière. Ne le voyons-nous pas, dans le jardin de Gethsémané, répéter, à trois reprises différentes, les mêmes paroles? Ainsi done, lorsqu'une pensée d'angoisse nous poursuit, lorsque nous sommes sous le coup d'une épreuve ou sous l'empire de quelque tentation, nous avons la liberté de renouveler le même cri de douleur. Il est dans la vie des moments où il serait impossible de formuler des phrases, et où le cœur brisé ne peut trouver qu'une plainte monotone. Ce ne sont pas là de vaines redites; c'est l'expression navrante de l'angoisse humaine, et Jésus, dans sa miséricorde, sympathise avec cette agonie de l'âme, qu'Il a Lui-même connue.

9. Vous done, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié. 10. Que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. 11. Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. 12. Pardonne-nous nos péchés comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. 13. Et ne nous induis point dans la tentation, mais délivrenous du malin, car à toi appartiennent le règne, la puissance et la gloire, au siècle des siècles. Amen.

Bien que les requêtes contenues dans l'oraison dominicale conviennent aussi aux chrétiens, elles étaient destinées tout d'abord à l'usage des Juifs fidèles. Jésus-Christ place ses disciples en communication directe avec leur Père céleste, de qui découle toute grâce excellente, et leur apprend à le connaître dans sa majesté et dans sa miséricorde. Plus tard, le Saint-Esprit, appelé à faire sa demeure dans les cœurs des chrétiens, leur enseignera d'autres prières, tout imprégnées de reconnaissance et de saint amour envers le Crucifié. Ni dans les Actes des Apôtres, ni dans les Épîtres, ni dans l'Apocalypse, il n'est question de cette prière d'une beauté incontestable, mais dont on a beaucoup abusé, en récitant ces requêtes sans chercher à les comprendre, ni se demander à quoi l'on s'engage en les adressant au Seigneur. Combien de personnes qui, tout en s'avouant que, dans l'état d'âme où elles se trouvent, elles n'oseraient pas prier, ne craignent pas cependant de prononcer matin et soir l'oraison dominicale comme une chose sans conséquence!

Il y a même, pour des chrétiens sincères, qui ont pris dès leur enfance l'habitude de répéter journellement l'oraison dominicale, un certain danger de le faire machinalement, et de tomber ainsi dans le formalisme. Aussi nous est-il trèsutile d'examiner en détail le sens précis de chacune des demandes contenues dans cette prière si simple et si belle dans sa brièveté.

Notre Père qui es aux cieux. Dans plusieurs passages de l'Ancien Testament, Dieu compare ses relations avec Israël à celles d'un père avec ses enfants, et le psalmiste et les prophètes invoquent l'Éternel sous ce nom, Lui rappelant ainsi les liens étroits et tendres qui l'attachent au peuple élu. (Deut., XXXII, 6; 2 Sam., vII, 14; Psaume LXVIII, 6; CIII, 13; Prov., III, 12; Ésaïe, LXIII, 16; LXIV, 8; Jér., xxx1, 9; Mal., 1, 6.)

Et dans un sens plus général, Dieu est le Père de toutes ses créatures; Il nous a tirés du néant, Il a formé notre corps d'une étrange et admirable manière, et Il nous a confié

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