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Nous sommes allé présenter nous-même ce livre à Rome. Un théologien désigné à cet effet l'a examiné, et a déclaré qu'il ne contenait rien contre la foi, la doctrine et la morale. Quant aux opinions libres qui peuvent s'y trouver, nous seul en demeurons responsable.

Immuable comme la vérité éternelle dont elle est l'auguste dépositaire, Rome laisse à l'esprit humain l'essor de son incessant développement. Tout en préservant de la moindre atteinte le sanctuaire des divines vé

rités que l'Église a reçues du ciel, elle laisse à tous le droit de creuser ses insondables profondeurs, pour en faire jaillir une lumière toujours plus éclatante. Nulle part sur ce point on ne saurait trouver une liberté plus complète et plus vraie. Aussi est-ce avec un amour filial que nous lui soumettons de nouveau ce travail.

UNITÉ, DANS LA LIBERTÉ, PAR LA CHARITÉ, voilà l'inscription que nous avons lue au frontispice de la ville éternelle, de l'arc des Césars au fond des catacombes. Nous l'avons écrite en lettres de feu aux entrailles de notre cœur, pour en féconder cette œuvre éclose au souffle de cet Esprit de vie.

INTRODUCTION.

TRANSITION DES PRINCIPES GÉNÉRAUX D'UNE THÉODICÉE

PRATIQUE A LEUR APPLICATION.

« Médite ces choses, sois en elles, afin que ton progrès se manifeste à tous. >>

(SAINT PAUL, I Tim., c. iv, v. 15.)

I.

On a accusé nos Principes généraux d'une Théodicée pratique d'être un livre abstrait. La remarque est juste, mais la critique ne l'est pas, nous ne pouvions le faire autrement sans aller précisément contre le but de l'ouvrage. En effet, qui venions-nous combattre? qui voulions-nous convaincre? Les hommes de l'abstraction, métaphysiciens ou philosophes. Comment leur parler et se faire entendre d'eux, sinon en employant leur propre langue? Comment les atteindre, sinon en descendant sur leur propre terrain? Comment lutter avec eux, sinon en se servant de leurs propres armes ? Puisqu'ils ne croient qu'à elle, c'est par l'abstraction même qu'il fallait leur montrer le néant de l'abstraction, par la métaphysique le vide de la métaphysique, par leur propre méthode l'inanité de cette méthode.

C'est une condition trop oubliée, trop méconnue de toute lutte intellectuelle, que, pour qu'elle soit efficace et féconde, il faut qu'on y procède d'abord par un acte de pénitence, de sacrifice et d'amour, en renonçant à soi-même, à sa propre méthode, à son propre langage, pour prendre ceux de son adversaire. Ennemis implacables de l'abstraction, qui ar

rache les hommes à la pratique, à la réalité de la vie, pour les noyer dans l'abîme d'une spéculation chimérique, nous sommes venu nous nier nous-même en faisant de l'abstraction. C'est que cette négation elle-même était déjà une démonstration vivante de la supériorité de notre méthode pratique. En effet, la pratique implique la théorie dont elle n'est que l'incarnation dans la réalité en acte, mais la théorie prise sous forme purement abstraite, c'est-à-dire comme étant à elle-même sa raison d'être et sa preuve, exclut au contraire toute pratique. La première est donc d'autant supérieure à la seconde qu'elle la comprend en soi sans y être comprise, qu'elle est l'ensemble dont l'autre est un détail, le tout dont l'autre est une partie de sorte qu'en prenant la pratique pour point de départ, pour règle et pour but, la forme abstraite ou plutôt philosophique elle-même aboutit à des conclusions réelles, légitimes et vraies. Voilà comment la métaphysique peut démontrer le néant de la métaphysique pure, tout en la réhabilitant par une sorte de transposition qui la replace dans les données de la pratique. Voilà comment l'abstraction peut se servir d'elle-même pour se nier par l'acte même qui l'affirme, et s'affirmer par l'acte qui la nie. Étonnante et merveilleuse antinomie, qui se retrouve à la base de tous nos actes comme essence et condition de la vie !

Au reste, le titre même du livre en justifiait assez la forme philosophique. Il s'agissait de principes et de principes généraux, c'est-à-dire, de la théorie dont la suite devait être l'application, du thème philosophique dont le reste devait être la pratique vivante. Nous avons donné seulement le plan de l'édifice, mais non l'édifice lui-même. Quelques-uns viennent qui nous disent: Mais ce n'est là encore qu'une abstraction. Eh! sans doute; mais, dans la pensée de l'architecte comme dans la réalité de la vie, le plan ne précède-t-il pas l'édifice? Nous avons livré le plan au pu blic, c'était notre devoir, afin qu'au moment d'édifier, notre

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