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dans la confession secrète, la même soumission, la même résolution, le même zèle, qu'ils avoient dans la pénitence et la confession publique ? Pourquoi ne ferois-je pas pour racheter mon âme, cette âme immortelle, ce que font tous les jours les criminels pour racheter une vie passagère et périssable? Qu'un criminel ait obtenu du prince des lettres de grâce, refuse-t-il de se présenter aux juges commis pour les examiner et les vérifier? Il s'y porte de lui-même, il y court. C'est néanmoins, par une déclaration authentique, souscrire à tous les chefs d'accusation formés contre lui; c'est dans un jugement juridique et solennel se reconnoître coupable et digne de mort. Il n'importe, l'avantage de l'absolution lui fait oublier, ou lui fait soutenir toute confusion. Or la grâce de mon Dieu que j'ai perdue et qui m'est offerte dans le saint tribunal, est-ce un avantage moins estimable et qui me doive moins coûter? Ai-je un degré de foi, si je ne vais pas encore avec plus d'ardeur me montrer aux prêtres, Ostendite vos sacerdotibus; si je ne m'empresse pas de leur faire voir mon état, de leur découvrir mes misères, d'implorer leur médiation, et de recevoir de leur bouche une prompte et pleine rémission? Suivons donc, mes Frères, suivons le conseil de l'Apôtre, qui nous avertit d'approcher avec confiance de ce trône de grâce que Dieu a établi dans son Église, et où sont

assis ses ministres pour répandre selon son gré ses bénédictions: Adeamus ergo cum fiducia ad thronum gratiæ, ut veniam consequamur, et gratiam inveniamus in tempore opportuno.' C'est en leurs mains qu'il a déposé toute son autorité, et c'est en votre faveur qu'il leur a ordonné de l'employer. C'est à eux qu'il a dit: Tout ce que vous délierez sur la terre, je veux qu'il soit délié dans le ciel ; et tout ce que vous remettrez, je veux qu'il soit remis. Ses promesses là-dessus sont les plus précises et les plus formelles, ses volontés les plus expresses; et ne sommes-nous pas bien ennemis de nous-mêmes, si nous ne prenons pas soin d'en profiter?

Cependant, Chrétiens, ne nous étonnons pas que Dieu ait, s'il m'est permis de parler ainsi, une telle déférence pour la confession du péché. Ce n'est pas sans fondement, puisque la confession du péché a d'elle-même tout ce qui peut gagner le cœur de Dieu, et mettre l'homme dans l'ordre d'une pénitence parfaite. Autre principe, d'où je prétends que lui vient cette vertu si salutaire pour nous et si puissante. Car que fait la confession du péché? trois choses: elle humilie le pécheur dans la vue de son péché ; elle lui inspire la douleur et le repentir de son péché; elle lui tient lieu d'une satisfaction présente et actuelle de son péché. Or par-là elle détruit absolument en lui le péché. Prenez garde,

Hebr. 4.

s'il vous plaît: en humiliant le pécheur, elle lui arrache jusqu'à la racine du péché, qui est l'orgueil; en inspirant au pécheur le repentir et la contrition. elle efface la tache du péché, qui est ce que les théologiens appellent la coulpe; et en lui tenant lieu de satisfaction, elle expie même ou du moins commence à expier ce qu'attire après soi le péché, qui est la peine. De sorte qu'il n'y a rien dans le péché qui ne cède à son action et à son pouvoir. Tout ceci est remarquable, et mérite une réflexion particulière.

Je dis que la confession du péché humilie le pécheur: voilà son premier effet ; et en cela, non-seulementelle met le pécheur dans l'ordre de la pénitence, mais elle fait en lui la principale et la plus essentielle fonction de la pénitence. Car dans la pensée des Pères, qu'est-ce que la pénitence? Tertullien nous en donne une excellente idée; savoir, que la pénitence est comme un art ou une science dont Dieu se sert pour humilier l'homme, et par où l'homme a luimême appris de Dieu à s'humilier: Disciplina humilificandi hominis. 'Or de toutes les leçons renfermées dans l'étendue de cette divine science, il n'y en a pas une qui soit comparable à celle de confesser son péché : pourquoi? parce qu'il est certain que rien n'humilie tant l'homme que la confession du péché. Je ne dis pas cette confession vague et indéterminée

Tertul.

par où nous protestons en général que nous sommes pécheurs, sans spécifier en quoi ni sur quoi nous le sommes je ne dis pas cette confession mentale et tout intérieure qui se fait à Dieu du fond de l'âme, et qui ne consiste qu'à reconnoître devant lui ce qu'il sait assez et ce que nous ne pouvons lui déguiser; car, bien loin qu'il faille pour cela de grands sentimens et de grands efforts d'humilité, on s'en fait même honneur, et c'est une marque de piété mais je dis cette confession instituée par Jésus-Christ, et dont nous avons l'usage dans l'Église; c'est-à-dire cette confession où nous descendons au détail des choses; où nous ne nous contentons pas de dire, J'ai péché, mais où nous rendons contre nous-mêmes des témoignages particuliers de tel et tel péché; où nous disons, Voilà ce que j'ai pensé et ce que j'ai fait; voilà la passion qui m'a emporté; voilà le motif, l'intérêt qui m'a fait agir; voilà l'opprobre de ma vie, et c'est en ceci et en cela que j'ai trahi la cause de mon Dieu : enfin cette confession où nous faisons dans le tribunal de la pénitence ce que Dieu fera dans le jugement dernier, lorsqu'il ouvrira toutes les consciences des hommes, et qu'avec un rayon de sa lumière il ira fouiller et pénétrer dans tous les replis de notre âme. Car c'est justement le modèle que notre confession se propose à imiter, comme c'est aussi dans cette vue distincte de nous-mêmes que notre esprit trouve

son humiliation : Disciplina humilificandi hominis. Je dis cette confession que nous ne faisons pas seulement à Dieu, mais à un homme que nous regardons comme l'envoyé de Dieu; à un homme qui de lui-même ne nous peut connoître, mais à qui nous exposons toutes nos foiblesses, toutes nos lâchetés, toutes nos hypocrisies, tout ce qu'il y a de gâté et de corrompu dans notre cœur : nous soumettant à écouter tout ce que le zèle lui dictera, à subir toutes les peines qu'il nous imposera, à observer toutes les règles de vie qu'il nous prescrira. Car qu'est-ce que tout cela, sinon un exercice héroïque de cette discipline humiliante dont parle Tertullien? Disciplina humilificandi hominis.

Et c'est ici, mes chers Auditeurs, que vous pouvez remarquer avec moi la différence qui s'est rencontrée et qui se rencontre encore tous les jours entre l'esprit de l'erreur et l'esprit de la vraie religion. Car l'esprit d'erreur, qui est celui de l'hérésie, étant un esprit d'orgueil, il n'a pu souffrir de confession et de pénitence qui l'humiliât. Qu'a-t-il donc fait? il a secoué le joug de cette confession sacramentelle, qui oblige à déclarer le péché, et qui assujettit le pécheur aux ministres de l'Église, et n'a retenu qu'une ombre de confession, qui n'a rien de difficile ni d'humiliant pour lui. Et quelle humilité en effet de s'appeler simplement pécheur, puisque les plus grands saints ont eux-mêmes tenu

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