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les enfants de l'iniquité ne pourront plus le tourmenter comme auparavant... et je t'ai donné du repos de tous tes ennemis. Jehovah t'annonce que c'est à toi que JEHOVAH VEUT FAIRE UNE MAISON 1... Ta maison et TON RÈGNE seront assurés pour toujours devant toi; ton trône sera stable à jamais. >>

Nous n'avons pas besoin de faire ressortir l'importance de cette déclaration solennelle. Rapprochée des paroles que l'Exode, le Lévitique et les Nombres mettent dans la bouche de Jéhovah et dont nous avons donné (p. 8-13) une très - exacte analyse, cette déclaration constitue un abandon total des droits de possession hau

הוא

1. Le texte ajoute en cet endroit : « Quand tes jours seront accom. plis, que tu seras couché avec tes pères, je maintiendrai après toi ta postérité qui sera sortie de tes entrailles, et j'en affermirai le règne. Lui (on traduit ordinairement ce mot par « ton fils) bâtira une maison à mon nom, et j'affermirai le trône de son règne à jamais...>> Ce passage est un des meilleurs exemples d'interpolation évidente que l'on puisse citer. Il n'a pas d'explication possible si on le suppose écrit du temps de David; il devient au contraire tout naturel si on le considère comme intercalé sous le règne de Salomon. Si David a pu dire quelque chose qui se rapproche de ceci, c'est beaucoup plus tard. (Voir Chroniques, liv. I, ch. xxvIII.)

C'est une occasion pour nous de faire observer combien le vrai sens des pensées et des paroles est difficile à saisir dans les monuments écrits d'un tel peuple. Assurément, pour chacun de ces écrits, il est arrivé un moment où sa forme définitive a été fixée; mais jusque-là, que d'altérations tel ou tel intérêt n'y avait-il pas introduites! Dans une histoire où l'événement venait constamment contredire des paroles réputées sacrées, l'œuvre de chaque siècle a dû être de modifier le passé d'après le présent, et de construire l'avenir avec ce qui résistait aux modifications.

tement exprimés jadis. C'est une donation de la terre et de ses habitants, c'est un testament (Y διαθήκη) en règle.

Rien ne nous paraît plus remarquable que le mot introduit par David dans sa formule solennelle d'acceptation. Après s'être humblement déclaré indigne d'une faveur aussi inouïe, il adresse à Jéhovah une question que nous trouvons exprimée de deux manières différentes dans le IIme livre de Samuel (loc. cit.), et dans le Ier livre des Chroniques (ch. xvII, v. 17). Rapprochées et réunies, ces deux leçons présentent un sens très-net. David dit, dans le premier de ces documents: «N'est-ce pas là la loi d'Adam sa niin? » et dans le second : « N'est-ce pas là la loi supérieure, la loi qui est au-dessus by

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Au-dessus de quelle autre loi David place-t-il cette loi primitive, cette loi d'abord destinée à l'homme? - Il n'y a pas d'hésitation possible; il la place audessus de la seconde loi, de la Torah donnée plus tard à Moïse. Tout autre sens serait forcé, même grammaticalement. En émettant ce vœu encore timide,

1. Le sentiment, hostile à Moïse, qui se montre ici nous semble fournir une explication à cet autre mot si obscur du cantique de Jacob (Genèse, ch. XLIX, v. 10): „bar pad ppo le législateur entre tes

pieds, ou sous tes pieds. — Cette traduction aíderait à restituer à la composition du cantique de Jacob sa véritable date, et au cantique lui-même son véritable auteur.

David se plaçait évidemment dans le courant d'idées que nous avons mis d'avance sous les yeux du lecteur, au début de cette étude (p. 37, 38, 41) et sur lequel nous rappelons l'attention. Il demandait à Jéhovah si, de même qu'il était revenu jadis sur l'un de ses arrêts en faveur de son serviteur Noé, il ne reviendrait pas, en faveur de son serviteur David, sur la sentence de mort prononcée contre Adam 1.

Il n'est pas sans intérêt de donner la suite du discours de David :

« Et qu'est-ce que David ajouterait encore, puisque tu connais ton serviteur? Seigneur Jéhovah, à cause de ta parole et selon ton cœur, tu as fait toute cette grande chose pour faire connaître ton serviteur... Et maintenant, Jéhovah Élohim, maintiens pour toujours la parole que tu as prononcée sur ton serviteur et sur sa maison, et fais comme tu as parlé. Et que ton nom soit grand à jamais; qu'on dise: le Jéhovah des armées, l'Élohim est sur Israël; et que la maison de ton serviteur David soit stable devant toi. Car toi, Jéhovah des armées, Élohim d'Israël, tu as ouvert l'oreille de ton serviteur et dit :

1. Ce que l'on peut considérer comme certain, c'est que le nom de fils de l'homme ou fils d'Adam (7), pris d'abord par Ézéchiel, le prophète de la résurrection, puis par Daniel, et enfin par Jésus, se rattache à cette idée, au moins dans le dernier cas, puisque l'apôtre Paul appelle expressément Jésus le nouvel Adam, et fonde en grande partie son argumentation sur ce rapprochement.

Je te bâtirai une maison. C'est pourquoi ton serviteur a pris courage pour faire devant toi cette prière. Et maintenant, Seigneur Jéhovah, tu es l'Élohim, et tes paroles seront vérité; c'est toi qui as prédit ce bien à ton serviteur. Veuille encore bénir la maison de ton serviteur, pour qu'elle soit éternellement devant toi; car toi, Seigneur Jéhovah, tu as parlé, et de ta bénédiction la maison de ton serviteur sera bénie à jamais. »

Certes, il serait difficile de répéter sur plus de tons et sous plus de formes l'engagement pris par Jéhovah. Le proclamer ainsi sans être démenti, n'était-ce pas en obtenir la ratification implicite?

Pour bien comprendre toute la valeur de cet engagement, il importe d'observer que le mot «< maison >> ne saurait avoir ici le sens de «lignée; » car Jéhovah déclare expressément que ce qu'il donne à David, c'est la maison dont il ne veut pas pour lui-même. Nous avons insisté sur toute cette mise en scène, parce qu'elle est non-seulement, comme nous l'avions fait pressentir, le point culminant de l'existence de David, mais aussi ce qui a une importance historique bien autrement considérable le point de départ de tout ce mouvement d'idées qui mérite à bon droit le nom de CYCLE

DAVIDIQUE.

Aussitôt après, comme pour justifier son nouveau

titre et faire éclater aux yeux de tous la protection déclarée de Jéhovah, David déploie une grande activité militaire, et, sans quitter son palais, dirige des expéditions contre tous ses voisins (Samuel, liv. II, ch. vin). Les Philistins sont battus et humiliés. Après une défaite sanglante des Moabites, « il les mesure au cordeau, les faisant coucher par terre. » Dépassant un usage qui consistait à diviser au moyen d'un cordeau les prisonniers de guerre en deux parties égales dont l'une était épargnée et l'autre mise à mort, « il en mesure deux cordeaux à faire mourir et un cordeau à laisser en vie. » Il fait battre les rois de Tsobah et de Damas, ceux d'Amalek et ceux d'Édom; il fait alliance avec Tohi, roi d'Émath.

:

On ne lui voit pas seulement déployer les talents du politique et du tacticien, il y joint ceux de l'administrateur consommé. Et avec quels éléments créait-il ainsi cette organisation savante? - Avec les éléments disparates et rebelles que peuvent fournir des hordes de Bédouins! Il pourvoit à tout il distribue les fonctions civiles et militaires; il nomme un archiviste, un inspecteur; ses fils sont cohénim; il n'oublie pas de consacrer ostensiblement à Jéhovah tout le butin qu'on apporte à Jérusalem. Ce n'est pas tout, il veut ajouter à sa gloire «< une bonté de Dieu » D (ch. ix, v. 3). On se souvient de cet enfant infirme dont notre

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