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ce germe vivace qui, couvé pendant l'exil, éclos plus tard sous le souffle intelligent d'Esdras, est devenu enfin, dans les murs reconstruits de Jérusalem et à l'ombre d'un nouveau temple, le vrai peuple de Jéhovah tel que, dispersé, il existe encore aujourd'hui.

Pendant ce temps, se maintenait inaperçu ou inavoué, sous une autorité divine réputée indiscutable, cet étrange conflit d'idées contradictoires qu'on a' désignées depuis sous le nom d'idées messianiques. Par suite du caractère presque également sacré dont Moïse et David s'étaient revêtus en attribuant l'un et l'autre leurs inspirations au même Dieu, ce même Dieu s'était trouvé affirmant par la bouche de l'un ce qu'il niait par la bouche de l'autre; et cela avait abouti à lui faire affirmer et nier à la fois sa propre unité. Nous avons déjà (p. 152) fait pressentir ce terrible écueil futur de la raison humaine en remarquant ce qui, dans ce peuple, faisait d'une génération divine un cas tout spécial.

L'influence de David persistant après sa mort, tandis que celle de Moïse restait presque à l'écart, les prophètes avaient pu sans difficulté continuer la contradiction davidique en transportant, dans l'avenir, à un autre oint de Jéhovah les qualités d'héritier et de fils. Mais ce compromis, encore possible pendant l'exil, perdit de plus en plus sa raison d'être après la reconstitution du nouveau

peuple et la publication, sous le titre d'oeuvre de Moïse et sous une forme inaltérée depuis, de la compilation sacrée qui seule représente la Torah proprement dite. Les idées de David avaient eu néanmoins une prééminence trop prolongée pour que, abritées comme elles continuaient à l'être sous l'autorité de Jéhovah, elles ne dussent, sous le second temple, former à côté du grand courant mosaïque un petit courant latéral. Mais, ce que l'orthodoxie juive, désormais solidement constituée, pouvait admettre comme expression poétique et séduisante d'espérances de plus en plus vagues, consentirait-elle à y ajouter foi lorsqu'après de longs siècles d'attente, ces mêmes idées viendraient à s'incarner de nouveau sous la forme d'un fils de Jéhovah ?

Cette question qu'un esprit prévoyant aurait pu se poser, nous allons lui voir recevoir, dans la petite histoire juive d'abord, puis dans la grande histoire générale, la solution la plus naturelle d'une part et la plus inattendue de l'autre.

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE.

DEUXIÈME PARTIE

LE CHRIST

DEUXIÈME PARTIE

LE CHRIST

CHAPITRE PREMIER

LA JUDÉE SOUS TIBÈRE.

En un coin presque imperceptible de la vaste scène qu'embrassait, sous les premiers Césars, le rayonnement politique de Rome, une observation attentive aurait pu révéler aux méditations d'un historien philosophe un phénomène bien remarquable et à coup sûr unique. Un petit groupe d'hommes à peine digne du nom de nation par le nombre de ceux qui le compo'saient, offrait le spectacle inconnu partout ailleurs d'une société pratiquant L'ÉGALITÉ.

TouS LES ENFANTS D'ISRAEL SONT » כל בני ישראל אחיהם

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