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ment du champ de bataille (ch. xxix, v. 8). « David dit à Aschisch mais qu'ai-je fait et qu'as-tu trouvé contre ton serviteur depuis le jour que j'ai été devant toi jusqu'à ce jour, que je n'aille pas combattre les ennemis de mon seigneur le roi? Aschisch répondit et dit à David : Je sais que tu es bon à mes yeux comme un ange d'Élohim; mais les princes des Philistins ont dit : qu'il ne monte pas avec nous au combat. » L'ange d'Élohim, ainsi que le nommait Aschisch, n'avait donc plus qu'à laisser faire ses affaires par ceux qui s'en étaient si bénévolement chargés. D'ailleurs, pendant son absence de Siceleg, résidence qui lui avait été assignée par le roi philistin, un gros d'Amalécites s'était emparé des femmes et des enfants à qui en était restée la garde; et, pour reprendre sur eux ce butin, il dut se mettre luimême à leur poursuite.

Cette petite expédition eut un plein succès; non-seulement David recouvra tout ce qui lui avait été pris, mais il y ajouta ce qu'il prit à son tour. Et rien ne pouvait arriver mieux à point que ces prises; car, comprenant de quelle importance il était pour lui, dans un tel moment, de se rappeler au souvenir de ses futurs sujets (ch. xxx, v. 26), «il envoya du butin aux anciens de Juda, à ses amis, en leur faisant dire : Voici un présent pour vous du butin pris sur les ennemis de Jéhovah. Il en envoya à ceux qui étaient à Béthel, à ceux de Ramoth vers le

midi, à ceux de Jéther, à ceux d'Aroer, de Séphamoth, d'Esthamo et de Rachol; à ceux qui étaient dans les villes de Jéraméel et de Céni, à ceux d'Arama, à ceux du lac d'Asan, à ceux d'Athach, à ceux d'Hébron et à tous les autres... >> bienfaits pleins d'à-propos et dont les fruits ne pouvaient longtemps se faire attendre !

Saül, lui, combattait à Gelboé (ch. xxx1). « Le combat fut rude contre Saül. Tous ceux qui tiraient de l'arc l'entourèrent et il fut grièvement blessé.

« Alors, appelant son écuyer: Tire ton épée, lui dit-il, et transperce-moi avec elle, de peur que ces incirconcis ne viennent me percer et se jouer de moi.

<< Mais son écuyer ne voulut point, car il était trèseffrayé. Alors Saül prit son épée et se jeta dessus.

« L'écuyer de Saül, ayant vu qu'il était mort, se jeta aussi sur son épée et mourut avec lui.

<< Ainsi mourut Saül, avec ses trois fils et son écuyer, tous ensemble le même jour. >>

CHAPITRE III

HEBRON ET JÉRUSALEM.

:

« Ce fut après la mort de Saül. David étant revenu de la défaite d'Amalec, demeura à Siceleg deux jours. Le troisième jour un homme vint du camp de Saül ses vêtements déchirés—de la terre sur sa tête; et à son arrivée devant David il se jeta à terre et se prosterna. David lui dit d'où viens-tu? — Il lui dit : Je me suis échappé du camp d'Israël.— David lui dit : Quel a été l'événement? Dis-le moi. Il dit : Le peuple a fui du combat, et plusieurs d'entre le peuple sont tombés morts; Saül et aussi Jonathan son fils sont morts... Je me trouvai par hasard sur la montagne de Gelboé; et voici, Saül se tenait penché sur sa lance et les chars avec les cavaliers allaient l'atteindre; alors, regardant en arrière, il m'aperçut et m'appela, et je dis: Me voici. Il me dit : Qui

es-tu? Je lui dis: Je suis d'Amalec. Il me dit: Tiens-toi près de moi et tue-moi; car l'angoisse m'a saisi, quoique toute ma vie soit encore en moi. Je me tins près de lui et le tuai, car je savais qu'il n'en reviendrait pas après s'être jeté sur sa lance; je pris le diadème qu'il avait sur sa tête, et le bracelet qu'il avait au bras, et je les apporte à mon seigneur.» (Samuel, liv. II, ch. 1er.)

Voici, ce semble, une toute nouvelle histoire. Comment concilier ce récit avec celui qui termine le livre précédent? L'homme dont nous avons vu Saül réclamer l'aide pour hâter sa mort était un écuyer, un serviteur attaché à sa personne, qui s'était refusé à ôter la vie à son maître, et qui, le voyant mort, n'avait pas voulu lui survivre et s'était tué lui-même à ses côtés. Ici, c'est un étranger, un homme appartenant précisément à la nation sur laquelle David vient de faire un riche butin.

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- Nous ne nous attacherions pas à constater une simple variante si le caractère particulier de celle-ci ne paraissait de nature à jeter d'avance quelque jour sur la manière d'agir de David, chaque fois qu'il attendra la nouvelle de la mort d'un de ses ennemis 1. S'il se trouve là

1. Dans une circonstance semblable, David, rappelant celle-ci, dira: « Celui qui m'a annoncé que Saül était mort, celui-là s'imaginait m'apporter une bonne nouvelle... » (Samuel, liv. II, ch. iv, v. 10). C'est sans doute parce qu'il voyait bien qu'il ne parvenait pas, malgré

quelqu'un qu'aucun lien n'attache aux familles d'israël, et sur les actes récents duquel personne n'ait intérêt à faire enquête, cet étranger sera le messager désigné pour apporter la nouvelle attendue; et alors nous verrons se reproduire quelque scène analogue à celle que voici 1 :

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Après avoir déchiré ses habits et pleuré amèrement, « David dit au jeune homme qui venait de lui annoncer la mort de Saül; D'où es-tu? Il dit: Je suis fils d'un étranger, Amalécite. David lui dit : Comment n'as-tu pas craint d'avancer ta main pour tuer l'oint de Jéhovah? - David appela l'un des jeunes gens, et dit: Approche, attaque-le. Celui-ci le frappa et il mourut. David lui dit: Que ton sang soit sur ta tête; car ta bouche témoigne contre toi lorsque tu dis : Moi j'ai fait mourir l'oint de Jéhovah. » (Ibid., ch. 1er, v. 11.)

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Aussitôt après, David compose, en l'honneur de Saül et de Jonathan, une de ses plus belles complaintes, la complainte de l'arc (v. 27); et, pour donner plus d'éclat à sa douleur et plus de durée au souvenir que le

tous ses efforts, à dissimuler ses véritables sentiments, qu'il cherchait, après l'événement, à prouver qu'on avait eu tort de les lui attribuer..

1. L'une de ces scènes (Sam., liv. II, ch. xv) est rendue plaisante par l'obstination d'un ami de David à devancer le messager couschite (nègre) que Joab avait sacrifié d'avance à l'indignation prévue de son maître.

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