Page images
PDF
EPUB

ment à ce descendant, que, le plus souvent, la personne de David disparaît, et que tout ce que les psaumes mettent dans la bouche de Jéhovah semble adressé directement par lui à Jésus. Plein de cette idée, l'apôtre s'écrie (ibid., ch. v, v. 5): « Le Christ ne s'est point élevé de luimême à la dignité de souverain pontife, mais il l'a reçue de celui qui lui a dit : Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui (Ps. 11); selon ce qu'il lui dit aussi dans un autre endroit : Tu es le cohen éternel, selon l'ordre de Melchisedech. » (Ps. cx.) Ce dernier mot bien interprété va lui fournir une foule de lumières nouvelles. Comment, d'abord, douter que Jéhovah ne soit à la veille de donner enfin à son peuple, à titre d'héritage inaliénable et éternel, cette terre de Judée qui fut de tout temps sa possession, puisque, sur ce point capital, il ne s'en est pas tenu à une simple promesse, mais qu'il y a ajouté le serment? « Comme les hommes jurent par celui qui est plus grand qu'eux (ch. vi, v. 16 et suiv.), et que le serment est la plus grande assurance pour terminer tous leurs différends, Jéhovah, voulant aussi faire voir avec plus de certitude aux héritiers de la promesse la fermeté immuable de sa résolution, a ajouté le serment, afin qu'étant appuyés sur ces deux choses inébranlables par lesquelles il est impossible que Jéhovah nous trompe, nous ayons une puissante consolation... Et que cette espérance serve à notre âme comme

d'une ancre ferme et assurée, et qui pénètre jusqu'au dedans du voile du sanctuaire où Jésus, comme précurseur, est entré pour nous, ayant été établi cohen éternel, selon l'ordre de Melchisédech. »>

Paul accumule ici les citations et les images pour établir la différence entre ce cohen et ceux qui l'ont précédé, « puisque celui-ci est sorti de Juda, tribu à laquelle Moïse n'a jamais attribué le sacerdoce. »

Il insiste aussi sur la différence entre les anciens sacrifices et celui de Jésus : « Il ne s'est pas offert plusieurs fois (ch. Ix, v. 25 et suiv.), comme fait le grandprêtre qui entre tous les ans dans le sanctuaire en portant un sang étranger; car autrement il aurait fallu qu'il eût souffert plusieurs fois depuis la création du monde; au lieu qu'il n'a paru qu'une fois, à la fin des siècles, pour abolir le péché en s'offrant lui-même pour victime. » Tant qu'il n'y a eu d'autres sacrifices que celui des taureaux et des boucs, « on a parlé de nouveau tous les ans de péchés; car il est impossible que le sang des taureaux et des boucs abolisse le péché» (ch. x, v. 3-4); mais désormais, par le sacrifice de Jésus, le péché va disparaître de la terre; et Paul le prouve en mettant dans la bouche de Jésus lui-même une partie du psaume XL.

Le point important que Paul veut établir ici, c'est cette abolition complète du péché, qui caractérisera la pé

riode qui est sur le point de s'ouvrir, et qui a même déjà commencé pour les élus. (Ibid., v. 11 et suiv.) « Au lieu que tous les prêtres se présentent tous les jours, sacrifiant et offrant plusieurs fois les mêmes hosties qui ne peuvent jamais ôter les péchés; celui-ci ayant offert une seule hostie pour les péchés,... a tout de suite, par cette seule oblation, rendu parfaits ceux qu'il à sanctifiés. » — Se sentant cependant contredit par les faits, il ajoute qu'il s'agit seulement pour ceux-ci de ne plus retomber volontairement dans le péché, durant le peu de temps qu'ils ont encore à attendre, s'ils ne veulent pas perdre une occasion de salut qui ne se représentera plus. « Car (v. 26) si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il n'y a plus désormais d'hostie pour les péchés, mais une attente effroyable du jugement... » Jugement dont il prouve l'imminence en citant, comme actuelle, l'une des menaces fulminées jadis par David contre ses ennemis (Ps. cxxxv, v. 14) : « C'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. »

Les versets qui suivent ne peuvent appartenir aux premiers temps de la prédication de Paul; car il y est question de longues épreuves déjà subies qui paraissaient avoir mis à bout la patience des plus confiants, puisque l'apôtre a recours à cette forme expressive « μ.ɩxρòv őбav őбov » pour leur montrer qu'il ne restait «qu'un

tout petit, tout petit peu de temps » à attendre celui qui devait venir. (Ibid., v. 37.) Nous voyons aussi employer au verset suivant une figure qui ne dut que plus tard devenir le pivot de toute la doctrine de Paul; c'est ce mot emprunté à Habbakuck : « Le juste vir de la foi. » Durant toute la première période dont nous nous occupons ici, Paul ne dut être sollicité par rien à systématiser son idée, à aller en quelque sorte au fond de cette recette de vie qu'il se bornait alors à offrir à ses coreligionnaires. Nous ne pouvons cependant passer sous silence le parti tiré, à la fin de l'Épître aux Hébreux, de la théorie raisonnée de la conservation de la vie par la foi, qui va être bientôt l'objet principal de notre étude :

Il va sans dire que tous les hommes qui ont existé jusque-là, hors du peuple hébreu, ont été comme un vil bétail passant du berceau à la tombe; rien n'a été ni disposé ni prévu pour ces pâles générations, écartées de la face de Jéhovah, et que la mort a dévorées. Mais l'apôtre se demande, si parmi son peuple luimême, les générations passées ont été tout entières la proie du néant, ou si quelques privilégiés lui ont échappé. Il tranche la question en disant que ceux qui, parmi les anciens de son peuple, ont fait acte de foi et ont vécu dans cette foi ne peuvent pas être morts. Alors il énumère tous ceux qui, d'après l'Écriture, lui

semblent avoir vécu ainsi; et il n'hésite pas à assurer que les corps de ces hommes, pour reprendre vie, attendent que le ciel ait tenu sa promesse. Pendant toute la première partie de leur vie, ils ont été comme des étrangers sur la terre promise à eux et à leur pòstérité (voir la note de la page 13, 1re partie); mais, quand le ciel aura fait descendre sur terre la patrie nouvelle qui s'y prépare, ils l'habiteront non plus comme étrangers, mais en qualité de cohéritiers du Messie. S'ils n'ont pas encore reparu, c'est que Jéhovah a voulu, dit Paul (v. 40), « par une faveur particulière qu'il a faite à la génération actuelle, qu'ils ne reçussent qu'avec nous l'accomplissement de la promesse. » C'était en effet une faveur précieuse que d'être dispensé, par la proximité de l'événement, d'un sommeil prolongé comme celui qui retenait encore les anciens croyants dans leur tombe.

Ce court aperçu suffit pour caractériser la première manière de Paul, nous allons passer à la seconde; - la qualité des auditeurs donne à celle-ci une valeur historique bien autrement grande, et nous verrons aussi que, sous certains rapports, elle peut fournir à la méthode philosophique un exemple bon à imiter. Nous avons déjà fait entendre que nous ne nous proposions pas de suivre pas à pas la carrière évangélique de Paul. Le

« PreviousContinue »